Entretien avec Yashima, la mangaka derrière Android Type One

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C’est avec plaisir que nous avons pu échanger avec Yashima, discrète et talentueuse autrice du manga Android Type One. Ce titre SF dont le 2e tome sort cette semaine est édité par le jeune label manga des éditions Omaké (voir AnimeLand 238) et est l’une des sensations de ce débuts d’année.

AnimeLand : Pouvez-vous nous parler de votre parcours : depuis votre formation jusqu’à la parution de Android Type One ?

Yashima : J’ai d’abord commencé comme designer dans une agence de pub pour des publications ou des publicités diverses. Comme j’étais une grande fan de maquettes, j’ai également été créatrice de moules pour maquettes pendant un temps. Mais c’est il y a environ 10 ans, quand j’ai découvert l’existence de Pixiv et de Twitter, que je me suis lancée dans la création de mangas. Donc, à côté du boulot, j’ai commencé à créer des œuvres personnelles sur mes comptes Pixiv et Twitter (NDA : voir plus bas). Et c’est lors de la convention de vente de fanzines Comitia que j’ai été remarquée par un éditeur. J’y vendais mon fanzine Android Type One.

AL : Avez-vous déjà été assistante ? Si oui, de qui ? Et travaillez-vous seule maintenant ?

Y : Non, je n’ai pas d’expérience d’assistante. J’ai toujours dessinée seule et je me dis même que dessiner à plusieurs ne doit pas être une mince affaire…

AL : Comment est né le projet Android Type One ?

Y : Disons que j’ai grandi en regardant des séries tokusatsu SF comme Android Kikaider, et qui montrent la cohabitation entre des humains et des robots. J’aimais donc déjà moi-même imaginer le futur et un monde dans lequel les androids et les humains vivraient ensemble. Parfois, je passais pour quelqu’un d’assez étrange dans mon entourage (rires). Mais aujourd’hui, cette cohabitation tend à devenir concrète. Les gens réalisent qu’on se rapproche de ce monde quand on découvre des vidéos de robots android qui font des acrobaties incroyables ou qui sont capables de passer l’aspirateur ! On commence à entrevoir ce futur ! Je me suis donc dit que je pouvais désormais partager avec d’autres cette thématique si chère à mes yeux. Au départ, j’ai voulu mettre mes compétences de designer publicitaire en imaginant un vrai/faux catalogue de robots android domestiques. Et au final, ce catalogue est petit à petit devenu un manga.

AL : Il y a beaucoup de série de SF qui évoquent la relation homme-machine. Comment réussir à créer quelque chose de nouveau ?

Y : Je n’ai pas particulièrement cherché à proposer quelque chose de “nouveau” pour me démarquer. Néanmoins, j’avais cette volonté d’avoir une approche “animiste” dans mon manga. Il ne faut pas y voir ici le sens religieux de l’animisme. Mais n’avez-vous jamais ressenti une petite pointe de tristesse au moment où vous avez dû vous séparer d’un ordinateur ou d’une machine cassés ? Parce que vous aimiez bien cette machine et parce que vous aviez passé de bons moments ? Ça paraît anodin, mais je pense que ce ressenti pour les machines est une émotion universelle.

« celui qui m’a le plus influencé reste Tomonori Kogawa »

AL :  La fiction et le fantasme d’une société humanoïde semble plus que jamais possible. Vous semblez avoir un regard optimiste sur le sujet. Vous confirmez ?

Y : C’est une question difficile ! Aujourd’hui et plus que jamais, l’humanité s’interroge sur les questions de diversité. Par exemple, on nous donne de nombreuses occasions de remettre en cause les questions de genre et la façon de nommer ou de considéré la diversité. Ces questions font l’objet de vifs débats. Je suppose que la question de la considération de l’android et de l’intelligence artificielle (IA) sera elle aussi intégrée à ces débats, au fil du temps. J’espère être encore de ce monde quand ces débats auront lieu sur la place des android, mais tout ce que je peux souhaiter, c’est que les débats soient apaisés.

AL : La série s’est terminée en 3 volumes. Était-ce une volonté de votre part ou une décision éditoriale ?

Y : Ce n’était pas forcément un plan prévu dès le départ, mais le déroulé naturel de mon histoire a fait que cela tenait sur 3 volumes. Néanmoins, la fin de l’histoire était déjà décidée, en concertation avec l’éditeur, dès lors que la prépublication a commencé au Japon. Je ne voulais pas que ce manga soit une histoire avec des héros bien définis, mais plutôt le récit d’un événement se passant dans un futur plus ou moins proche. J’ai voulu que mon manga soit suffisamment ouvert pour que le lecteur puisse de lui-même imaginer ce qu’il se passe autour.

AL : Votre style évoque un mélange entre Fumyo Kono et Kenichi Yoshida. Quelles sont vos modèles ou inspirations ?

Y: Il est vrai que j’ai une immense admiration pour certains animateurs qui ont un don pour représenter les volumes, dont fait indéniablement partie Kenichi Yoshida, que je respecte beaucoup. Mais celui qui m’a le plus influencé reste Tomonori Kogawa (vétéran de l’animation passé sur Densetsu Kyojin Ideon et Dumbine). J’ai aussi été influencé par des sculpteurs ou des créateurs de poupées artistiques.

AL :  Avez-vous un dernier mot pour les lecteurs français ?

Y : J’espère qu’à la lecture de mon manga, vous vous serez posé la question “et si les android existaient réellement?”. Et qu’ensuite, vous tenterez d’imaginer de nouvelles histoires, de nouvelles situations et de nouvelles vies à de nouveaux Type One ! Merci !

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Pour suivre YASHIMA

Remerciements aux éditions Omaké et à Marion Cochet Grasset sans qui cette interview n’aurait pas été possible.

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Cami-Sama
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