Hellsing, une longue nuit en enfer

0

À cet effet, ils multiplient les références et les jeux de mots. Voici donc, en complément de l’article paru dans AnimeLand n°82, un petit décryptage onomastique.

C’est l’organisation secrète Hellsing, un groupe de chasseurs de vampires très étroitement lié au gouvernement britannique, qui donne son titre à la série. Ce nom n’est certainement pas étranger aux amateurs de fantastique, qui auront reconnu une subtile déformation de celui du professeur Abraham van Helsing. Originellement hollandais, ce patronyme a été anglicisé pour les besoins de la série, l’ajout d’un second « L » autorisant une allusion directe, et plutôt fine, à l’enfer (« Hell » en anglais). L’intérêt principal de ce jeu de mots est sans doute qu’il permet d’emblée de poser l’anime sur le plan de la mystique chrétienne. Pour bien s’en convaincre, il suffit de regarder le logo de la série, qui accole une croix et une prière anti vampires. Ce point précis constitue un retour aux sources du Dracula de STOKER, dans lequel la religion était également omniprésente. À l’heure actuelle en effet, la tendance du genre vampirique, accompagnant en cela la baisse du sentiment religieux en Occident, serait plutôt à la laïcisation, crucifix et eau bénite étant de plus en plus souvent renvoyés au rayon des antiquités poussiéreuses.

Médecin et philosophe, van Helsing, l’un des personnages secondaires les plus importants du roman de STOKER, était promis à un grand avenir. Il devint en effet l’archétype absolu du chasseur de vampires, tout à la fois scientifique, homme d’action et spécialiste du surnaturel. Dans Dracula cependant, il est entouré d’une poignée d’amis sans lesquels il n’aurait aucune chance contre le comte. Cette idée selon laquelle les humains doivent s’unir contre les vampires parce que ce sont de très puissants ennemis, a connu depuis une fructueuse descendance. Dans Vampires, véritable western fantastique contemporain, John CARPENTER pousse cette logique jusqu’à l’unité de mercenaires, mettant en scène des professionnels de la destruction des non-morts. Avec Hellsing, une nouvelle étape est franchie puisque l’action y tourne autour d’une vaste organisation paramilitaire, fortement hiérarchisée et supérieurement équipée. En conséquence de quoi, la série, qui n’hésite jamais à abuser du ralenti ou du grand angle, oscille en permanence entre film d’action et film de guerre.

Au delà d’Hellsing, deux autres noms méritent décryptage. D’abord celui de Victoria, la jeune recrue qui tient l’un des rôles principaux de la série. Son prénom renvoie sans doute possible à la reine Victoria elle-même, qui porta la couronne d’Angleterre de 1837 à 1901, c’est-à-dire à l’apogée de l’Empire britannique. La référence au Dracula de STOKER, littéralement pétri de la morale et des valeurs de son temps, est limpide. L’ouvrage, publié pour la première fois en 1897, décrit en effet des événements se déroulant quelques années plus tôt, soit en pleine époque victorienne. Quant au second clin d’oeil, ils est encore plus explicite, puisque le nom d’Alucard, un maître vampire au service du groupe Hellsing, n’est autre que celui de Dracula lu à l’envers ! Notons pour la petite histoire que ce palindrome est connu depuis au moins 1943, puisque c’était alors déjà le nom du vampire incarné à l’écran par Lon CHANEY Jr dans Le fils de Dracula de Robert SIODMAK.

À défaut d’être proprement victorien, le look d’Alucard n’en évoque pas moins la mode du XVIIIe et XIXe siècle anglais. C’est évidemment la meilleure manière de suggérer qu’il est, en dépit de sa jeunesse apparente, une créature pluriséculaire, mais aussi, du moins si l’on se fie à l’allure de son costume, une personne de qualité. Ces deux caractéristiques, l’âge vénérable et la distinction vestimentaire, sont depuis STOKER, les marques distinctives de Dracula. Si dans Hellsing, l’ample manteau écarlate d’Alucard renvoie d’abord à celui porté par Vash dans Trigun, on pourra néanmoins remarquer qu’il évoque plus qu’un peu cet indispensable accessoire de la panoplie du gentleman vampire qu’est la cape. Totalement absente du livre de STOKER elle s’est cependant imposée, pour d’évidentes raisons de prestance, dès les premières adaptations théâtrales de Dracula, devenant tout à fait indissociable du personnage après que Bela LUGOSI puis Christopher LEE l’aient endossée au cinéma. De Dracula à Alucard, de STOKER à Hellsing, la filiation apparaît donc parfaitement claire, mais après tout rien de plus logique. Bon sang ne saurait mentir, n’est-ce pas ?

Parlez-en à vos amis !

A propos de l'auteur