Bienvenue chez les (Franco-)Belges !

20 sujets de 301 à 320 (sur un total de 348)

Posté dans : Manga & BD

  • Xanatos
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    Xanatos le #526965

    Oh ça oui, les animaux de compagnie de Gaston Lagaffe sont en effet loin d’être vertueux !

    Surtout la mouette rieuse ! Je me souviens d’un gag où, pour ouvrir ses boites de sardine, elle les jetait dans le vide et visait délibérément les têtes des gens pour les ouvrir ! L’agent Longtarin et Monsieur de Mesmaeker en ont fait les frais ! Quelle grosse sadique cette mouette rieuse !

    Tiens j’ignorais que Maurice Rosy eut l’idée de faire doter de la parole le Marsupilami et que cela déplut à Franquin qui ôta cette faculté de son fabuleux animal dans les albums suivants.

    Je comprends d’autant mieux pourquoi il a été autant blessé et déçu par le dessin animé télévisé de Disney axé sur le Marsupilami, car dans celui-ci, l’animal est anthropomorphe et parle en permanence !

    Yves Delporte a même ajouté que Franquin fut effondré quand il vit le calamiteux résultat final !

    Mais c’est vrai que de grands scénaristes ont épaulé Franquin dans les créations de ses albums de Spirou et Fantasio. Si Franquin créa le génial Zorglub (son meilleur méchant à ce jour) c’est Greg qui eut la formidable idée de créer les zorglhommes et surtout la zorglangue où les soldats de Zorglub parlent à l’envers ! 🙂

    Au sujet de la Marsupilamie, je me souviens toutefois que, sous ses dehors ingénus, Franquin spécifiait bien qu’elle avait une force herculéenne équivalente à celle des mâles de son espèce et, dans une case mémorable, elle dévora un immense banc de piranhas en un clin d’oeil !

    Elle est loin de l’archétype des jouvencelles en détresse !

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #526996

    Tiens j’ignorais que Maurice Rosy eut l’idée de faire doter de la parole le Marsupilami et que cela déplut à Franquin qui ôta cette faculté de son fabuleux animal dans les albums suivants. Je comprends d’autant mieux pourquoi il a été autant blessé et déçu par le dessin animé télévisé de Disney axé sur le Marsupilami, car dans celui-ci, l’animal est anthropomorphe et parle en permanence ! Yves Delporte a même ajouté que Franquin fut effondré quand il vit le calamiteux résultat final ! Mais c’est vrai que de grands scénaristes ont épaulé Franquin dans les créations de ses albums de Spirou et Fantasio. Si Franquin créa le génial Zorglub (son meilleur méchant à ce jour) c’est Greg qui eut la formidable idée de créer les zorglhommes et surtout la zorglangue où les soldats de Zorglub parlent à l’envers !

     

    Ah, Xanatos, de mon côté j’ignorais que c’était Greg, en effet un copain et appui du pauvre Franquin souvent épuisé par ses nombreuses prestations, qui avait inventé les zorglhommes et leur langage ! Dans Les Pirates du Silence, non seulement c’est Rosy qui scénarisait mais c’est Will qui dessina tous les décors de la ville élitiste et hyper-moderne dans le goût des “fifties/ sixties”. La santé de Franquin chancelait à ce moment-là (hélas son coeur a fini par lâcher plus tard).

    Il y aurait sans doute beaucoup à dire sur les animaux et les humains dans les BD. Franquin par contrat ayant hérité de Spip avec Spirou et Fantasio, il a reconnu qu’il ne savait pas trop quoi en faire, car il dialoguait quasiment avec Spirou au temps de Jigé. Dans Il y a un sorcier à Champignac, la gentille bestiole propose à Spirou de partir en éclaireur depuis le parc vers le château du comte, car “on me prend souvent pour un écureuil ordinaire”, mais Spirou lui répond que “non, c’est trop dangereux”. Mais ensuite Spip n’a que des monologues intérieurs, sans communiquer avec son maître. Franquin petit à petit le réduira même au statut d’animal vraiment opaque et muet, qui joue souvent avec le marsupilami mais ne commente plus l’action dans sa tête. Notre auteur aime beaucoup les animaux, les vrais, il les veut authentiques, sans anthropomorphisme irréel. L’évolution est un peu la même chez Hergé : dans Tintin, au début Milou dialogue presque avec son maître (qui cependant ne semble pas l’entendre), puis il deviendra simplement un chien, non sans garder souvent son monologue intérieur.

    Il y a des animaux compagnons des humains mais très anthropomorphiques, Scooby-Doo par exemple, mais je connais très peu la série, à ta différence cher Xanatos !

    Une des grandes qualités de Billy the cat c’est de ne pas mêler le langage humain et la communication animale. Cela fait vrai !

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #527827

    Parution d’un essai format album BD Lucky Luke, le Far-West du crime et de la justice par Historia BD, 130 pages à 9,90 euros, c’est pas cher ! D’autant que les intervenants sont de bonne compétence historique, et les photos exceptionnelles.

    On s’en souvient, Lucky Luke à ses débuts (“Arizona”) outre très mal dessiné, méconnaissable (et de tête changeante, car Morris ne se souvenait pas trop de son visage au fil des parutions de planches au jour le jour) n’était pas très sympathique. Il boit du whisky, un peu plus tard des “bières sans faux col” et règle ses vendettas plus qu’il ne coince des crapules. Jolly Jumper n’a pas non plus la tête qu’il aura plus tard : ce n’est qu’un cheval ordinaire, qui n’a nulle pensée. Luke tue Phil Defer, et la censure Dupuis impose une invraisemblable rectification : un témoin dans une bulle signale “il s’en tirera avec une épaule brisée”, alors que toute la scène le montre abattu raide, le croque-mort bien ennuyé pour un cercueil d’une telle longueur ! On le sait aussi, Luke tue Bob Dalton dans “Hors-la-loi”. Ici la censure consista à ajouter après l’attaque manquée des Dalton sur deux banques en même temps (détail historique) : “Ils moururent quelques temps plus tard”. Goscinny changea tout cela  et créa un Lucky Luke justicier mais humain, sobre mais fumeur, et un Jolly Jumper brillamment intelligent, très porté sur le commentaire intérieur, pour le bonheur de la série. Cet essai est très instructif sur les conditions réelles de la justice de la “Frontière”. Une de ses révélations est que la grande majorité des desperados étaient d’ex-combattants sudistes humiliés par leur défaite dans la Guerre de Sécession, revanchards envers la République Unioniste… et habitués aux armes. Chapitre passionnant sur les armes, justement : face à la demande, les deux grands fabricants, Colt et Smith & Wesson se lancèrent dans une concurrence technique larguant vite et de loin les vieux pistolets et fusils d’Europe. Les grands gagnants furent Colt avec le revolver six-coups Peacemaker, et un troisième larron, Winchester avec sa carabine à répétition tirant 15 balles de calibre 44 ! La version à canon scié étant la plus pratique pour les cavaliers (et pour Josh Randall). Il y eut deux types de juges : ceux nommés directement par le président Grant, tel le juge Parker chez Lucky Luke, et ceux plus ou moins autoproclamés, tel Roy Bean, ex-criminel qui se fit élire en chassant un concurrent à coups de revolver (le grand rêve de nos politiciens !!). Sa justice d’inculte était aussi fantaisiste que raciste, comme on s’en doute. Très bon chapitre aussi sur l’agence Pinkerton. Les Amérindiens ne sont pas oubliés dans l’analyse, qui bien sûr pointe du doigt l’idéalisation regrettable de la colonisation dans les albums de Lucky Luke, mais n’oublie pas de dire que les Indiens de l’Ouest formaient des tribus guerrières où “être un homme” signifiait conquérir un scalp. Le chapitre des femmes-bandits est frappant aussi, car il y en eut un certain nombre. Hélas l’album Lucky Luke “Belle Starr”, postérieur au décès de Goscinny, est faiblard, ennuyeux, et néglige sa jeunesse bien plus spectaculaire… Calamity Jane n’était pas une “desperada”, juste une aventurière, même si elle fut la “bonne ménagère” d’une bande de voleurs de chevaux. A propos, “desperado”, venu de la langue latino-mexicaine, a donné l’adjectif “desperate” en anglo-américain, mais ne signifie pas “désespéré”, mais “prêt à tout”.

    Bref, le bouquin est très riche, et j’en recommande vivement la passionnante et globalement objective somme d’analyses !! Juste un peu trop de préjugés économistes…

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #527868

    Tiens, j’apprends par un journal d’hier qu’à Los Angeles on vient de vendre aux enchères le revolver d’où est partie la balle fatale à Billy the Kid ! C’est le Colt Peacemaker de Pat Garrett. Montant record de tous les temps pour une arme à feu : 6,03 millions de dollars, soit 5,11 millions d’euros. Pat Garrett, ex-chasseur de bisons, ex-tenancier de saloon, puis shérif était obsédé par la capture de Billy the Kid (5000 dollars de prime !), et y parvint une fois. Mais Billy était un expert de l’évasion et s’envola (Goscinny reprit le thème de l’évasion de Billy, mais toujours ratée, dans “L’Escorte”). Garrett réussit à repérer la chambre de Billy et l’y attendit en pleine nuit, l’abattant de deux balles dès qu’il entra. Peu héroïque ! Billy était un fin tireur, mais il est difficile de savoir son score de meurtres, car devenu star des journalistes, il en rajoutait à plaisir devant eux… mort à 21 ans, il était “le Kid” aussi par sa petite taille (1,60 m)…

    Geoff34
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    geoff34 le #528258

    L’actualité sur Blacksad, le tome 6 “Alors, tout tombe. Première partie” arrive début octobre et une série audio va bientôt sortir

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #528309

    Ah, c’est le bien, Blacksad ! Merci, geoff34 !

    J’ai envie de recommander un “plus que Belge” puisque Néerlandais, Henk Kuijpers, une star aux Pays-Bas et Belgique flamande, hélas pas tellement célèbre en zones francophones car assez mal distribué, mais considéré là-bas à 74 ans comme le “grand maître de la ligne claire”. Il faut dire que les premiers albums de son héroïne, Franka, étaient souvent situés en cette région nord-européenne avec enseignes, panneaux, marques dans cette langue parfaitement incompréhensible même avec quelques notions d’allemand. Les albums plus récents, situés en France, passent mieux la rampe pour nous.

    Franka, célibataire mais libérée, mène une vie moderne, sans luxe et sans pauvreté, avec son fidèle petit bouledogue Barts ; elle se trouve régulièrement embarquée dans des intrigues mouvementées, dynamiques, très bien menées (l’idole de l’auteur était Maurice Tillieux, à côté de Franquin et d’Hergé). Le sang de Franka ne fait qu’un tour quand elle est confrontée à la fraude, à la lâcheté, aux perverses ruses de sinistres personnages dans des milieux très variés. Courageuse, elle sait se battre mais Henk Kuijpers n’exagère jamais sa force : elle est surtout souple, rapide, très futée. Dans les 5 premiers albums, apparus à partir de 1975, elle a encore une tête un peu trop grosse sur un corps peu formé d’adolescente et des yeux écarquillés, influence de la BD ligne claire du temps. Mais les deux (excellents) albums du “Cycle du dragon” changent la donne : elle y est une jeune femme approchant 25 ans, un canon mature en pleine séduction mais naturelle, sportive, jamais maniérée malgré une gestuelle féminine parfaitement rendue. S’y déroule une grande aventure en Indonésie, où la quête d’une mâchoire étrange va la jeter dans un “monde perdu” à dinosaures, robinsonnade piégée en compagnie d’une espionne chinoise, son ennemie, et d’une jeune chercheuse ambitieuse, indifférente aux coûts humains de la science. Forcées de s’allier pour survivre… Palpitant ! L’album suivant, “Victime de la mode”, change le milieu comme toujours avec Kuijpers : Paris et la Côte d’Azur. Une jeune prodige de la couture et du design de mode, Laura Lava, passe de la vie pauvre faite d’expédients à la réussite, comme il peut en effet arriver dans ce monde-là, parfaitement étudié et montré par l’auteur ; mais les coups fourrés guettent, et Franka va se trouver en défendre Laura jusqu’à deux fois lui sauver la vie. Elle noue régulièrement amitié, fait et cause, avec d’autres jeunes femmes, sans avoir goût pour elles car l’auteur nous montre parfois leurs amours passagères avec des “beaux mecs”, simples objets sexuels, histoire de s’éclater un peu et surtout de ne pas se faire piéger en bobonne au foyer ! Les hommes jouent un rôle très secondaire, même, et les albums Franka sont infiniment plus féministes que ceux des maîtres de l’auteur : on est très loin de la Castafiore, de Seccotine, de M’oiselle Jeanne… Le seul problème est de se les procurer, car c’est par le hasard des soldeurs que j’ai pu dégoter cinq albums. Des commandes sont bien sûr possibles. La qualité du dessin de Kuijpers est à tomber : ferme élégance du trait, richesse des détails, effets de profondeur, “tableaux” somptueux… A connaître !!

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #528555

    Kid Paddle est pour moi une série des plus hilarantes, un pur bonheur de rigolade !

    Midam, auteur belge chauve à petite barbiche, tend à développer maintenant le spin-off Game Over, série amusante aussi certes, mais je garde préférence pour Kid, son père, sa soeur Carole, ses deux copains Horace et Big Bang. On ne sait rien de sa mère. Dans les albums récents paraît aussi une copine, une gothique à piercings et tête demi-rasée au goût pour l’horreur égal à celui de la petite bande. Le décor de la chambre de Kid déchire (mention spéciale à la figurine de Sergent Dégueulis Sulfurique !), à l’opposé de celle de la chambre de Carole, tapissée de rose et petits coeurs, pleine de mignonnes licornes et têtes Barbie à coiffer. Très imaginatif, Kid part souvent dans un rêve éveillé où son brave homme de père devient un homme brave, un Conan le Barbare, un mercenaire tatoué ou un marginal grunge heavy metal… avant la (re)chute dans le réel, tellement terne ! Big Bang, petit génie scientifique aux énormes loupes pour lunettes, crée des machines et expériences déjantées, brillantes mais toujours facteurs de désastres pour Kid. Le très naïf Horace qui a des goûts très puérils (Rikiki le canard ), est la victime-née des “plans Kid” et se retrouve très souvent à l’hosto, lunettes et crâne en morceaux, voire les unes dans l’autre. Il n’y a aucune méchanceté chez Kid et ses copains, c’est là toute l’habileté de Midam : ils vivent leur monde, où l’horrifique est une culture qui les passionne, tout juste s’ils persécutent un peu le pitbull gardien de la salle de jeux vidéos. Enfin, le dessin excellent de Midam ne contribue pas peu au comique inénarrable des situations ! Un must !

    Xanatos
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    Xanatos le #528650

    Kid Paddle

    Ah Kid Paddle, j’adore ! 😀

    Je trouve cette BD très bien dessiné, fun et vraiment hilarante, je suis d’accord avec ton avis enthousiaste mon cher Yupa ! 😀 Et certains titres d’albums tournent en dérision certains titres de films cultes comme celui-ci et ce de manière très drôle ! 😆

    Kid Paddle tome 4

    D’une part, j’adore le trait de Midam qui est très attrayant, incroyablement expressif et les personnages arborent des mimiques à mourir de rire ! 😆

    On sent d’ailleurs qu’il s’éclate à dessiner des monstres ce qui lui permet de se lâcher et de les doter d’expressions faciales irrésistiblement drôles !

    Kid est un gosse qui adore s’amuser et jouer et je dois dire que ses interactions avec son père sont particulièrement savoureuses, ce dernier étant très à cheval sur la discipline et ne veut pas que son fils néglige ses études… Hélas pour lui, il n’arrive pas à toujours à recadrer son turbulent fiston !

    Ce que j’aime aussi avec Kid Paddle, c’est que si certains gags sont des parodies désopilantes de classiques du jeu vidéo (Kid et ses amis par exemple jouent à Aladdin sur Megadrive tiré du film d’animation Disney réalisé par John Musker et Ron Clements qui est l’un des bijoux de la console Sega) mais l’humour de l’oeuvre est généralement accessible à tous et se montre incroyablement délirant et tordant pour le plus grand plaisir de nos zygomatiques ! ^_^

    Et effectivement, il n’y a aucune méchanceté dans Kid Paddle, c’est une BD qui est un hymne à l’imaginaire, Kid étant en effet un enfant faisant preuve de beaucoup de créativité et d’une imagination fertile ! 🙂

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #528753

    Tu as bien raison de le pointer, Xanatos, le sens de la mimique hilarante ou expressive de Midam est éblouissant ! Et j’adore la démarche qu’il donne à ses personnages.
    Quand Carole a un petit creux, elle entre dans la cuisine avec une tranche de pain de mie à la main ; mais elle recule devant le distributeur de miel, monstre à grand nez d’où le produit coule comme de la morve. Elle se tourne vers les cerises, mais elles semblent du cerveau cru et sanglant dans un crâne ouvert de pustuleux  à langue pendante, glip ! Les packs de céréales sont décorés d’immondes blorks, et la porte du frigo tapissée de magnets à créatures vomissantes ou pourries… Carole renonce. Quand plus tard une de ses copines un peu dodue lui demande “C’est quoi ton secret pour rester mince ?” elle répond, résignée : “J’arrive facilement à limiter les grignotages.” 🙂

    Trop drôle ! Et comme souvent avec l’auteur, tout est dans la chute, géniale !

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #528934

    Vient de paraître une bio de Maurice Tillieux (Ed. de L’Aventure) à 12 euros, pour le centenaire de sa naissance. Il s’est tué en voiture à 57 ans en 1978, donc il s’en fout un peu, mais c’est pour ses fans (moi par exemple)… Né près de Liège  en 1921 donc, c’est un des “grands” de l’école de Marcinelle, ami de Peyo, de Franquin, de Morris, puis des “jeunes” Walthéry, Jo-El Azara, Desberg… C’était avant tout un scénariste excellent, un vrai raconteur, mais aussi un auteur complet avec en particulier son oeuvre-culte, la saga Gil Jourdan. Ce détective transpose un autre héros, Félix, dont les deux acolytes assez peu réussis encore seront génialement changés en Libellule, cambrioleur repenti, et Crouton, inspecteur voué aux mésaventures comiques mais qui apporte au “privé” Gil Jourdan l’appui des autorités policières. Par rapport aux canons de rigueur dans la BD 1950 / 1960 : héros adolescent ou à peine mûr (Tintin, Spirou… ) avec petit compagnon animal, Félix et ses deux aides étaient des adultes pris dans des polars assez durs, ce que Charles Dupuis refusait. Par besoin d’un vrai scénariste, il a fini par implorer Tillieux pour le “Journal de Spirou”, et celui-ci a bien voulu s’adapter à la tâtillonne censure française, inconnue en Belgique. D’où le changement de son trio de base, et celui de la cocaïne dans “Popaïne et vieux tableaux”, premier et formidable récit “Jourdan” suivi de 3 autres chefs-d’oeuvre de l’avis unanime : “La voiture immergée”, “Les Moines rouges”, “Les cargos du crépuscule”. Bien sûr, “L’Enfer de Xique-Xique”, “Le Chinois à deux roues” et “Le gant à trois doigts” conservent un excellent niveau : tous les Gil Jourdan peuvent être lus et relus avec grand plaisir !  A part dans le cinéma de Michel Audiard, les “répliques qui tuent” foisonnent rarement autant. Sans compter les catastrophiques calembours de Libellule qui ne font hurler de rire que lui, à la stupéfaction de ses auditeurs tant c’est mauvais !!  Un des très rares auteurs de l’époque, Tillieux donnait souvent un rôle actif aux femmes, telle Queue-de-Cerise la secrétaire de Jourdan, ou la jeune baronne amie proche de Tif et Tondu, ou encore Natacha l’aventureuse hôtesse de l’air.

    Peu avant l’accident fatal de Tillieux, Goscinny étant décédé, Morris n’a pas eu le temps de lui proposer le cadeau qu’il voulait lui offrir : scénariser Lucky Luke. On y a beaucoup perdu, cela me paraît évident.

    Xanatos
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    Xanatos le #528936

    Morris a voulu proposer à Tillieux d’écrire Lucky Luke après la mort de Goscinny ? Ah oui, ça aurait été quelque chose, Tillieux ayant toujours été un très grand scénariste !

    Je n’ai malheureusement jamais lu une seule aventure de Gil Jourdan son héros le plus célèbre, mais je sais que son oeuvre majeure bénéficie d’une réputation prestigieuse : Jacques Sadoul, l’auteur de l’ouvrage remarquable 93 ans de BD en fit une critique dithyrambique !

    Il faudra un jour que je me penche sur ce classique de la BD franco belge, d’autant plus que ta critique très élogieuse me donne fortement envie de la lire ! 😀

    Veggie11
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    Veggie11 le #528939

    ”Gil Jourdan” est un classique formidable, l’un des meilleurs exemples du polar comique à la sauce franco-belge ! Tillieux a clairement profité de cette nouvelle série pour ”améliorer” son Félix, plus ancien et moins bien élaboré, même si cette BD a aussi son charme. Il recyclera d’ailleurs aussi d’anciens scénarios des Félix pour certains ”Jess Long”, autre BD policière du journal en beaucoup moins rigolote, admirablement dessinée par son collègue Arthur Piroton. Tilieux avait dessiné et scénarisé, entre deux ”Gil Jourdan”, la BD gag ”César”, contant les mésaventures d’un célibataire malchanceux devant jouer les baby-sitters d’une fillette insupportable, Ernestine, fille de l’agent policier du quartier et voisin de notre anti-héros. Cette BD ne faisait malheureusement pas l’unanimité dans le journal.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #528956

    Morris a voulu proposer à Tillieux d’écrire Lucky Luke après la mort de Goscinny ? Ah oui, ça aurait été quelque chose, Tillieux ayant toujours été un très grand scénariste !

    Oui, cette biographie indique que François Walthéry (“Mon petit François” comme l’appelait Tillieux qui lui confiait le dessin de plusieurs de ses récits) avait reçu la confidence de Morris : “Maintenant que Goscinny est décédé, si tu peux convaincre Tillieux de prendre les scénarios de Lucky Luke, je suis preneur !”  Mais sans encore le savoir, Tillieux  se lança dans un voyage en voiture, et se tua. Dans les années 1960 / 70, il y avait bien sûr statistiquement moins d’accidents de la route que maintenant, mais ils vous tuaient presque directement : pas de ceintures de sécurité, habitacle non renforcé, acier et métal partout… et vitesse presque illimitée ou mal surveillée. Et aucune vraie répression de l’alcoolisme au volant (or Tillieux aimait fort la bouteille).

    Veggie, tu connais bien ses travaux ! Enfant je recevais “Le Journal de Spirou” avec “Gil Jourdan”, mais je ne souviens pas de “César” ni de “Jess Long”. Quant à “Natacha”, les albums n’ont été publiés qu’au compte-goutte par Dupuis,

    Sharbettt
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    Sharbettt le #529247

    Bonjour à tous! J’ai réemprunté ce chef-d’oeuvre que sont Ces jours qui disparaissent de Timothé Le Boucher et je ne résiste pas à la tentation de vous en parler.

    Alors pour commencer, on a plutôt un bel objet avec ce jeune homme inquiet et pensif, l’eau lui file entre les doigts, et son reflet aux yeux vides paraît vaguement menaçant.

    De quoi ça parle?

    Lubin travaille comme acrobate dans une petite troupe d’artistes. Lors d’une répétition, il tombe sur la tête. Rien de grave… sauf qu’il commence à rater des jours de sa vie. Un jour sur deux, quelqu’un d’autre que lui vit dans son corps.

    Par quoi je commence? Le dessin.

    Waouh, le dessin.

    M. Le Boucher garde un dessin lisse, sans pour autant tomber dans la facilité: tous les visages sont différents. Il représente aussi différentes morphologies, différentes couleurs. Je trouve que cette diversité apporte quelque chose de rafraîchissant à une époque où l’on considère encore les poils ou le gras comme répugnants. Chez Le Boucher, tout le monde a le droit de participer à l’histoire.

    J’ai adoré le travail des couleurs, douces. La plus intense est celle de la chevelure de Tamara, on sent tout de suite que le perso a un tempérament… vif, dirons-nous.

    Bref, en un mot comme en cent: c’est bô.

    L’histoire!

    La première fois que j’ai lu cette BD, j’avais été marquée par l’amour et son développement. Je considérais que ce livre racontait surtout une histoire d’amours, au pluriel, oui, parce que ces amours jouent dans différents registres: l’amour en couple, l’amour fraternel, l’amour maternel, l’amour des amis. Et je trouvais, pardon, je trouve toujours aujourd’hui, ces portraits d’amours tellement forts et émouvants! Toutefois, l’auteur ne tombe pas dans la niaiserie et n’hésite pas à mettre ses persos en situation d’échec.

    En la relisant, j’ai pensé qu’on pouvait aussi lire cette histoire comme la lutte entre deux idélologies différentes: le capitaliste assumé qui bosse dur et qui s’oppose à la rêverie et à la création.

    Qui des deux Lubin est le vrai? Qui a tort, qui a raison? Qui vole la vie de l’autre?

    Ces jours qui disparaissent ne répond pas à ces questions, se contentant de vous dire “C’est plus compliqué que ça”. Vous voilà donc obligé de lire en rêvant et en méditant sur l’histoire si vous voulez trouver vos réponses…

    J’avais une réserve sur la conclusion, mais elle a disparu après relecture. Donc… je ne peux plus la noter comme négative. Ce livre gagne à être relu avec le temps.
    Tout ce qui me reste comme point négatif… c’est la présence de fautes dans les textes. Quel dommage dans une oeuvre aussi belle!

    Timothé Le Boucher a sorti ensuite un autre roman graphique, Le patient. Je reste admirative du travail, mais je l’ai moins apprécié que Ces jours…

    Quoi qu’il en soit, je compte bien lire ce qu’il a publié avant Ces jours… et ce qu’il publiera après aussi, je suis convaincue que cet auteur est rempli de talent et de brillantes idées! Et même si j’ai moins aimé Le patient, j’y ai retrouvé l’aspect “réfléchis à l’histoire pendant que je la raconte, s’teup'”: la lecture reste stimulante.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #529325

    Hé bien, Sharbett, voilà une intéressante relecture du mythique Dr Jekyll & Mister Hyde que tu as repérée là. A noter que moi aussi les fautes dans les récents albums de BD m’inquiètent…

    Yoko Tsuno est une Japonaise de pure fiction, quoique pas tout à fait comme on va le voir.

    L’auteur, né en Belgique, Roger Leloup, est âgé aujourd’hui de 87 ans et jouit d’un repos bien gagné. Après avoir longtemps assisté Hergé pour tous les dessins d’objets techniques, d’armes, de décors (le fauteuil roulant de Haddock, l’avion du milliardaire Carreidas, c’est lui), il créera sa propre série, Vic et Pol , deux tout jeunes adultes conformes aux héros, hommes ou jeunes garçons que seuls on imagine en Europe comme héros de BD jusqu’à la fin des années 1960. Comme on sait, une très petite niche est réservée aux filles, qui ont surtout accès aux comics US  Lili et Aggie, et ignorent tout des mangas féminins japonais abondants dès les années 1930. Vic et Pol rencontrent dans leurs courtes aventurettes du Journal de Spirou une jeune Japonaise, simple faire-valoir. Or Charles Dupuis remarque l’intérêt qu’elle suscite, et demande à Leloup de la développer en longs récits. Leloup dessine des objets depuis toujours, mais il maîtrise mal l’anatomie, et prend donc des cours aux Beaux-Arts ; ça sera assez insuffisant car il faut bien le dire, les corps et mouvements restent très raides dans les Yoko Tsuno. Mais bon, parution du Trio de l’Etrange (1971)… et gros succès. Conformément aux espoirs de Charles Dupuis, le Journal de Spirou commence à rafler un vaste public de filles peu satisfaites de Seccotine et M’oisellle Jeanne. En fait, très vite Roger Leloup s’attache à son héroïne, rappel de son amour d’adolescent pour une véritable Japonaise, l’actrice Yoko Tani dans des films occidentaux à contexte japonais (à clichés surabondants…) . Le prénom trouvé, l’auteur y ajoute un nom de famille, en fait celui d’une bourgade du Kyushu. Les aventures de Yoko prennent une tournure S.-F., une des passions de l’auteur, avec la saga des Vinéens. Une autre de ses passions étant l’Allemagne, son côté wagnérien, son romantisme gothique, son ambiance faustienne, il s’y rend souvent et soigne les décors (très authentiques) par photos et repérages. Yoko Tsuno laisse vite tomber Vic et Pol, leur préférant des amitiés féminines et adoptant une petite Chinoise des siècles passés grâce à une machine à voyager dans le temps, instrument que possède tout héros qui se respecte. A noter que Roger Leloup et son épouse, sans enfants, ont adopté une petite Coréenne.

    Les albums “Yoko Tsuno” dégagent un certain charme désuet, malgré leurs imperfections et le côté un peu “laborieux” de Roger Leloup.

    Xanatos
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    Xanatos le #529329

    Merci pour toutes ces informations ô combien passionnantes sur le dessinateur Roger Leloup mon cher Yupa ! 😀

    J’ignorais que son héroïne Yoko Tsuno était basé sur une Japonaise qu’il avait aimé étant plus jeune.

    Cela me rappelle une interview que Buichi Terasawa avait accordé où il déclarait que chacune des conquêtes féminines du détective Goku dans Midnight Eye Gokû (son deuxième meilleur manga après le très célèbre et génial Cobra ) est inspiré de femmes qu’il a réellement aimé au cours de sa vie.

    Je me souviens que Jacques Sadoul, l’auteur de 93 ans de BD n’a pas tari d’éloges au sujet de la BD Yoko Tsuno en disant de celle-ci que c’est une oeuvre bénéficiant d’histoires variées et intelligentes et que son héroïne est très attachante 🙂 .

    Le début des années 70 avait vu naître des héroïnes de BDs franco belges populaires chez Spirou telles que Yoko Tsuno mais aussi Natacha Hôtesse de l’Air de Walthéry qui ravirent le lectorat féminin (entre autres !) du journal Spirou.

    J’ignorais que Roger Leloup était à la retraite, mais, vu son âge honorable, c’est compréhensible.

    Cela me rappelle que Jacques Martin, le créateur de Alix l’intrépide continua à créer de nouvelles aventures de son héros gaulois très romanisé dans les années 90 à plus de 75 ans (son album Ô Alexandrie où Alix et Enak rencontrèrent la reine Cléopâtre fut très apprécié des critiques) mais il ne dessina plus que les personnages, ce sont ses assistants qui s’occupèrent dorénavant des décors.

     

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #529400

    Le début des années 70 avait vu naître des héroïnes de BDs franco belges populaires chez Spirou telles que Yoko Tsuno mais aussi Natacha Hôtesse de l’Air de Walthéry qui ravirent le lectorat féminin (entre autres !) du journal Spirou. J’ignorais que Roger Leloup était à la retraite, mais, vu son âge honorable, c’est compréhensible. Cela me rappelle que Jacques Martin, le créateur de Alix l’intrépide continua à créer de nouvelles aventures de son héros gaulois très romanisé dans les années 90 à plus de 75 ans (son album Ô Alexandrie où Alix et Enak rencontrèrent la reine Cléopâtre fut très apprécié des critiques) mais il ne dessina plus que les personnages, ce sont ses assistants qui s’occupèrent dorénavant des décors.

    Oui, cher Xan’, et c’est Tillieux qui scénarisait Natacha, dessiné par Walthéry, mais l’éditeur Dupuis n’aimait pas et diffusa cette série au compte-gouttes. D’ailleurs Tillieux a scénarisé aussi les débuts de Roger Leloup, puis lui a dit qu’il était parfaitement capable de créer ses propres séries. Il venait de quitter Hergé, qui lui avait précisé “Vous pouvez revenir quand vous voulez” ; quand Leloup a montré à Hergé son premier album Yoko Tsuno, le créateur de Tintin a commenté : “Vous, vous ne reviendrez jamais.” Jacques Martin aussi a joué un grand rôle, car il venait acheter sa brillantine chez les parents coiffeurs du tout jeune Leloup et l’a pris comme assistant, pour La Griffe Noire entre autres albums.

    Pour les amateurs de Yoko Tsuno, j’ai tiré mes indications d’un album biographique numéroté 8- De la Terre à Vinéa, les coulisses d’une oeuvre, sorti en 2012. Yoko représente la première jeune fille de BD vraiment audacieuse, efficace, aussi rusée que rentre-dedans. Elle n’est en rien conforme au poncif féminin des récits de l’époque : ni rêveuse, ni impressionnable, ni vaguement amoureuse d’un garçon, ni aide dans l’ombre d’un héros masculin ; Pol et Vic l’accompagnent souvent au début, mais ce sont juste des copains, et même de simples assistants. C’est le “Girl power” avant la lettre !  D’autant qu’elle peut se muer en combattante : experte en judo, épéiste (“L’Orgue du Diable”), archère (“La forge de Vulcain”), pilote, cosmonaute, etc. Grand fan de S.-F., Leloup avait dès le départ créé les Vinéens, E. T. à la peau bleue venus jadis peupler la Terre (nos ancêtres donc) depuis une planète “à deux millions d’années-lumière”. Yoko fera le voyage plusieurs fois ; mais comment, puisqu’atteindre la vitesse absolue, celle de la lumière, signifie arriver en même temps qu’on part, donc se désintégrer ? Leloup invente donc un espace second, parallèle, où la lumière n’existe pas (prémonition de la matière noire !) et du coup deux mois suffisent C’est plus fort que l’impossible “vitesse supraluminique” de Star Wars et autres. Il faut avouer que le très grand soin que l’auteur met à tous les détails scientifiques et technologiques apporte un poids assez impressionnant à ses récits. Les sentiments ne l’encombrant pas, Yoko pourrait paraître un peu froide si son affection n’était si grande envers la petite Vinéenne Poky, et la petite Chinoise Rosée du Matin. Sa morale est assez “japonisée” : droiture, loyauté dévouée envers les ami(e)s, amour filial, absence de toute plainte ou crise de colère, perfectionnisme. Mais je n’ai pas trouvé trace d’un voyage au Japon de Roger Leloup. Elle semble ne jamais manger, ce qui l’éloigne radicalement du monde des mangas ! Les albums paraissent à la fois très datés (Yoko, “électronicienne”, ignore tout d’internet et des téléphones portables, dans un monde de grosses machines avec autant d’ampoules et de manettes que chez E. P. Jacobs) et parfois prémonitoires (procréation artificielle de la petite Poky).

    Si Franquin avait vécu plus âgé, je suis persuadé qu’il aurait développé une héroïne, peut-être Seccotine, d’abord inventée comme simple “pot de colle” pour Spirou et Fantasio (la seccotine était la marque la plus connue de colle dans les années 60/ 70), mais peu à peu valorisée, aidant même le duo en Amérique du Sud…

    Veggie11
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    Veggie11 le #529701

    Il me semble que Roger Leloup se renseignait du mieux qu’il pouvait, mais que certaines coquilles ou bourdes restaient dans les textes, notamment dans les premiers albums. Le père de Yoko s’appelle Suzuki Tsuno dans l’album 1 (”prénom” qui changera par la suite) et les dialogues en allemand dans l’album ”L’Orgue du Diable” avaient des soucis de grammaire dans la publication (je ne me souviens plus si l’album a corrigé ces petites fautes). Je n’ai jamais entendu parler de voyage au Japon, même si ça reste probable, au moins pour des albums plus tardifs. Il avait toujours raconté que si son héroïne était Japonaise, c’est uniquement parce que le Japon était à la pointe de la technologie à l’époque.

    Yoko Tsuno est une BD que j’aimais beaucoup il y a une vingtaine d’années, quelques années avant que je ne débute le manga elle fut ma première ”ouverture” au Japon, même si ça reste une vision très occidentale. Le Spirou des années 70 aimait assez le Japon, ils publiaient des petites nouvelles d’auteurs japonais dans leurs pages, avaient une page consacrée à l’automobile (présentée par Starter, l’un des potes de la jeune Sophie créée par Jidéhem), où l’on parlait souvent des voitures japonaises, et c’est durant cette période que Spirou, alors dessiné par Fournier, commence à voyager au Japon. Quelques années plus tard, je trouve que la tendance s’est un peu inversée, on est en pleine période anti-Goldorak et ça se ressent.

    Concernant les héroïnes de Spirou… j’ai toujours considéré que la première héroïne indépendante était Natacha. Certes elle est flanquée de son Walter, mais ce dernier est davantage un faire-valoir rigolo qu’un vrai partenaire, en tout cas à cette époque (ça changera par la suite). Sinon elle est indépendante, travaille et ne se laisse pas marcher sur les pieds, sans compter que sa ”relation” avec Walter reste encore une fois purement professionnelle au début. Quant à Yoko, Leloup laissait dans les premiers albums des ”signes” laissant supposer que Vic et elle étaient attirés l’un à l’autre, mais sans développer davantage. C’était très inhabituel encore de mettre des couples dans des BD pour enfants, il faudra attendre – pour Spirou du moins – ”Bidouille et Violette” en 1977-1978 qui traite des relations amoureuses entre adolescents. Une BD hélas totalement oubliée de nos jours !

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #529827

    Le père de Yoko s’appelle Suzuki Tsuno dans l’album 1 (”prénom” qui changera par la suite) et les dialogues en allemand dans l’album ”L’Orgue du Diable” avaient des soucis de grammaire dans la publication (je ne me souviens plus si l’album a corrigé ces petites fautes). Je n’ai jamais entendu parler de voyage au Japon, même si ça reste probable, au moins pour des albums plus tardifs. Il avait toujours raconté que si son héroïne était Japonaise, c’est uniquement parce que le Japon était à la pointe de la technologie à l’époque.

    Oui Veggie, sa biographie que j’ai citée parle de son erreur au début, puisque Suzuki est un patronyme et non un prénom. Mais Leloup a choisi une Japonaise par résurgence de son amour d’ado pour l’actrice Yoko Tani, non sans célébrité dans les années 1950 / 196o. Complètement oubliée aujourd’hui, elle a eu une vie assez haute en couleur : ses deux parents rejoignant en bateau la France en 1927 en tant que personnel de l’ambassade du Japon, elle fut conçue sur le paquebot et naquit donc à Paris en 1928. Du coup elle fut appelée Yôko, ce qui signifie “Enfant de l’Océan”. Après études au Japon entre ses 3 et 20 ans, elle revint en France, mais ne comprenant guère le langage, et ça se comprend, elle choisit la vie de la nuit ; ses “geisha dances” avec chute du kimono dans les night-clubs la font remarquer par le cinéaste Marcel Carné, pas vraiment pour un talent de dialogues… Ses tout premiers rôles d’ailleurs : “Le Port du Désir”, “La petite maison de thé” donnent le style de ce qu’on lui demande. Vers 1955, elle va pourtant frôler le succès au Japon cette fois auprès de Kurosawa, mais au dernier moment, c’est un de ses assistants qui réalise le film, très moyen. Puis l’Angleterre, puis les USA lui fournissent des rôles parfois de qualité ; ceci dit, restée longtemps d’un sex-appeal remarquable, elle ne délaissa que très tard le strip-tease (à Paris, elle fut même de la troupe du Crazy Horse, le top !). Leloup avait sûrement flashé sur son film de S.F. “The Astronauts” (1959).

    Finalement je me suis mis à lire des albums Yoko Tsuno, soldés au Quartier Latin. Comme tu le remarques chère Veggie, notre auteur suggère parfois une relation assez intime entre elle et Vic, alors que Pol n’est qu’un bon copain, qui sert justement à remplacer par un trio amical l’hypothèse du couple Yoko – Vic…

    Sharbettt
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    Sharbettt le #530617

    Bonjour!

    J’ai trouvé ceci à la bibliothèque:

    Une lecture ma foi bien sympathique!

    Une jeune femme se “réveille” sur un banc parisien. Elle vient de pleurer. Elle ne sait pas pourquoi… et pour cause: elle a perdu tout souvenir de son passé! Mais alors tout! Nom, prénom, famille, amis, métier, lieu actuel de résidence? Rien! La page blanche.

    La page blanche est un roman graphique tenant en un tome, scénarisé par Boulet et dessiné par Pénélope Bagieu, et nous allons donc suivre Eloïse, puisque l’héroïne s’appelle ainsi, dans sa quête et son enquête d’identité.

    Quête et enquête, oui: Eloïse veut comprendre qui elle est, ou qui elle était, et elle se livre à un véritable travail de recherche. Elle interroge ses proches, elle va sur les lieux où elle est allée… et le gros point fort de cette BD se trouve dans ce récit: Boulet et Pénélope Bagieu racontent les errements de leur perso avec un humour auquel je ne résiste pas! C’est drôle, plein de gags, sans pour autant négliger la souffrance que traverse Eloïse!

    Cependant, il y a quelque chose qui manque pour rendre la BD vraiment inoubliable… certaines questions resteront sans réponse et je garde un peu l’impression que la question de l’identité, ce qui fait de nous ce que nous sommes, n’est pas approfondie, comme si on se contentait de survoler le sujet… Je regrette aussi qu’on n’en sache pas plus sur la nouvelle Eloïse et ses goûts.

    Mais en même temps, ces réserves n’en sont pas: on peut aussi considérer que ce que l’on sait suffit pour conclure l’histoire. Bref, je suis partagée et n’arrive pas à pas à me faire un avis définitif, ça dépend un peu des heures, des jours, si j’ai froid, faim, sommeil ou pas (“En fait, c’est parfait”, “Non, c’est frustrant!”, “On a tout ce qu’il faut”, “Bah ça suffit pas!”)^^°

    Tout ce que je puis affirmer avec certitude, c’est que j’ai passé un chouette moment en compagnie d’Eloïse: c’était agréable de la suivre dans les différentes pistes qu’elle explore pour se trouver elle-même dans une BD drôle, un peu mélancolique, mais optimiste aussi: avec cette “page blanche”, Eloïse obtient l’occasion d’écrire sa nouvelle vie comme elle l’entend.

    Je soupçonne Pénélope Bagieu de se représenter elle-même dans la BD: la trouverez-vous?

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