Portrait de la semaine : Isao Takahata

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Si tous les journaux ont annoncé son décès, beaucoup ont résumé la carrière d’Isao Takahata au Tombeau des Lucioles. Pourtant, pendant soixante ans, son approche de l’animation a radicalement transformé cet art au Japon.

Le Roi et l’Oiseau, tout comme son court métrage matriciel La Bergère et le Ramoneur, ont déclenché son amour pour la France et pour l’animation. Takahata a 24 ans quand il intègre les studios Toei Animation en 1959, une société en pleine ébullition avec l’apparition du marché télévisuel. Il se fait rapidement remarquer tant pour son talent (il dirige des épisodes de Ken l’enfant-loup, première série du studio puis son premier long métrage, Horus prince du soleil, en 1968) que pour ses aspirations syndicales (les années 1960 seront marquées par de violents conflits entre pouvoir et communistes).

takahataCes deux liens nouent son amitié avec Hayao Miyazaki, un autre passionné vindicatif, prêt à claquer la porte plutôt que revoir ses exigences à la baisse. Leur manifeste s’incarne à travers les aventures alpestres d’une petite bergère en 1974. Alors que l’animation japonaise explore ses possibilités sans limites dans le sillage de Yamato, Heidi ouvre une autre piste, la recherche de l’animation la plus juste. Une quête au cœur du parcours de Takahata au sein du studio Ghibli, qu’il monte avec son « camarade Hayao » en 1985.

« L’animation comme vecteur d’émotion » : le monde entier retient la leçon avec le bouleversant Tombeau des Lucioles en 1988, mais Takahata veut enfoncer le clou. Avec Souvenirs goutte à goutte (1991), le travail sur les expressions faciales (notamment les sourires) met les animateurs du studio à genoux. Quant à Pompoko (1994), il se fixe le défi d’animer absolument tout et n’importe quoi ! Avec la fin du siècle, Takahata finit par s’interroger sur le support même de l’animation en mutation numérique, et se tourne vers des paris techniques a priori irréalisables, comme animer le comic strip Mes voisins les Yamada (1999). En cela, son ultime œuvre, Le conte de la princesse Kaguya (2013) reste une leçon d’inspiration pour les jeunes artistes. La dernière du maître, qui s’est éteint avec les lucioles le 5 avril 2018.

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A propos de l'auteur

Matthieu Pinon
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