#TBT : Jin-Roh

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Fruit d’une production mouvementée, Jin Roh a bluffé le public occidental et consolidé la globalisation de l’animation japonaise à l’orée du nouveau millénaire.

Reconnu grâce à Urusei Yatsura (Lamu), Mamoru Oshii a laissé de côté ses premières expérimentations en solo (Dallos, L’œuf de l’ange) pour se consacrer au milieu des années 80 à la conception du projet Patlabor au sein du collectif Headgear. Il développe cependant de son côté l’univers dystopique d’un Japon qui aurait perdu la seconde guerre mondiale, du côté des Alliés. Centrée sur la police militaire de Tokyo, la saga Kerberos se répartit entre plusieurs intrigues distinctes, elles-mêmes déclinées selon différents supports. Ainsi, le manga Kerberos Panzer Cop dessiné en 1988 par Kamui Fujiwara (et repris en 1999 pour sa conclusion) se retrouve adapté en deux longs métrages live par Oshii en 1987 et 1991, distribués par Bandai Visual. Le réalisateur s’apprête à mettre en chantier l’ultime volet de sa trilogie, Jin Roh, quand il se retrouve réclamé par Ghost in the shell.

Suite à ce succès mondial en 1995, les producteurs ne veulent plus entendre parler que de long métrage animé pour Jin Roh. Refusant d’en assumer la direction s’il ne s’agit pas d’un live (son prochain film sera d’ailleurs Avalon en 2001), Oshii accepte finalement de le confier à un surdoué de l’animation qu’il a remarqué sur les films Patlabor, Hiroyuki Okiura. Le trentenaire fait donc ses débuts à la réalisation chez Production I.G sur un gigantesque projet qui n’est pas encore remis de ses nombreux conflits de production – échaudé par les flops des deux premiers films, Bandai fait tout pour éloigner du projet Oshii, qui n’en signera que le script.

Paradoxalement, l’ambiance est propice à Jin Roh, ancré dans ce Tokyo alternatif à peine remis de l’occupation allemande et en proie à de violents affrontements au début des années 60. Dans cette atmosphère tendue, le membre de la brigade d’élite anti-terroriste Fuse hésite un instant de trop face à une poseuse de bombe adolescente. L’engin, en explosant, tuera la jeune fille et ternira la carrière de Fuse. En arrêt de service, le militaire rencontre la sœur aîné de la terroriste, Kei, avec qui il développe peu à peu une liaison rappelant le grand méchant loup et le petit chaperon rouge. Mais qui joue quel rôle ? Dans ce thriller urbain dystopique rappelant les films noirs (notamment Le troisième homme dans les tunnels), Okiura joue sur les faux semblants et s’impose comme un grand réalisateur à la sortie du film le 17 novembre 1999 en France…. et sept mois plus tard au Japon, le 3 juin 2000. Etonnamment, c’est en Corée du sud que sera produite une adaptation live de Jin Roh en 2018, Illiang : The wolf brigade !

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A propos de l'auteur

Matthieu Pinon
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