#TBT : Pompoko

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En 1994, Le Roi Lion domine tous les box-offices à travers le monde. Tous ? Non ! Au Japon, une poignée de tanuki résiste au félin, Pompoko restant le film le plus vu de l’année.

Au début des années 60, le Japon prolonge les efforts fournis pour la reconstruction dans une politique de croissance démesurée. Chaque jour, des milliers de personnes viennent tenter leur chance dans une capitale qui peine à héberger cette masse humaine. Juste à l’ouest de Tokyo, la vallée de Tama devient donc un parfait terrain pour la construction d’immeubles. A un détail près : les animaux sauvages qui y séjournent ne sont pas près de déménager, notamment les tanukis, créatures capables de se métamorphoser selon le folklore nippon ! Le clan de chiens viverrins doit  mettre en œuvre toute sa ruse et sa malice pour contrer les envahisseurs des BTP… mais tout d’abord, réapprendre à se transformer, un art qu’ils ont oublié depuis l’ère Edo

A l’origine, Isao Takahata souhaitait planter l’histoire de son film dans le Japon féodal, pour trancher avec l’atmosphère d’Omoide Poroporo, sorti en 1991. Hayao Miyazaki étant en pleine production de Princesse Mononoké, il change son fusil d’épaule et décide de travailler sur une idée fournie par son camarade du studio Ghibli. Il faudra vingt mois de production pour venir à bout de Pompoko, qui devient le plus long projet jamais réalisé au studio Ghibli ! Sorti le 16 juillet 1994, le film est une démonstration technique à tous les niveaux. Dans certaines scènes épiques, évidemment, notamment une gigantesque parade de yokai restée dans les mémoires de tous les spectateurs. Mais Pompoko accumule également les performances en toute discrétion, à commencer par trois styles radicalement différents pour représenter les tanuki : un réaliste, un anthropomorphique proche du folklore nippon, et un dernier inspiré des cartoons des années 20. Le challenge s’accentue quand on réalise qu’il n’y a pas un, mais une douzaine de personnages principaux !

Sur le fond, le long métrage multiplie les messages. Outre les cris d’alerte sur le mépris envers l’écologie et les racines mystiques du Japon, Takahata pointe du doigt la nécessité de savoir s’adapter, évoluer. En témoigne la scène où les tanuki s’infiltrent en ville pour récupérer des conseils auprès des kitsune, renards également doués du don de métamorphose gérant les night-clubs. Autant de discours auxquels a adhéré le public japonais, qui en a fait le film le plus vu de l’année, malgré la domination mondiale du Roi Lion. Primé à Annecy en 1995, il ne sera diffusé que dix ans plus tard dans les salles françaises ! Vingt-cinq ans après sa sortie japonaise, Pompoko reste l’un des premiers Ghibli à partager avec ses enfants. Et puis, ce n’est pas souvent qu’on voit des héros se créer un parachute avec leurs coucougnettes !

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A propos de l'auteur

Matthieu Pinon
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