Personnalité de la semaine : Eldo Yoshimizu

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Eldo Yoshimizu a connu plusieurs vies avant d’être mangaka. À l’occasion de son passage en France pour une exposition et des dédicaces, AnimeLand revient sur son parcours.

C’est un artiste à la fois contrarié et contrariant. Né en 1965, Eldo Yoshimizu grandit dans le foisonnement créatif qui agite la pop-culture japonaise des seventies. Plus que le manga, l’adolescent se passionne pour le cinéma, notamment les films de yakuza de la Nikkatsu, qui répondent comme un écho aux bastons entre voyous qui émaillent sa vie de petite frappe. Interpellé par l’impact de la communication graphique, il envisage de réaliser des publicités mais, sur les conseils d’un copain de virées, s’oriente d’abord vers les Beaux-Arts afin de se former. Contrairement à ses camarades, les séances matinales de dessin de nu l’ennuient à mourir : Eldo Yoshimizu veut avant tout faire de l’art contemporain ! Pourtant, une fois inscrit dans la section design, le jeune homme n’est toujours pas satisfait, malgré l’apprentissage du travail en groupe. Il découvre alors le cours de sculpture, dans la salle voisine et, suivant l’adage du professeur qui fait le distinguo entre designer et artiste, se tourne vers la gravure.

Suite à cette formation chaotique entre frustrations et révélations inattendues, il se lance dans une carrière d’artiste contemporain. Inscrite dans la lignée du minimalisme, son œuvre s’expose partout à l’international, et Eldo Yoshimizu voyage de pays en pays, de résidence d’artiste en résidence d’artiste. C’est à 45 ans passé qu’il décide, une fois encore, de faire volte-face dans son choix de carrière ! Plutôt que réaliser des films, son rêve de toujours difficile à concrétiser (il faut de l’argent et une équipe), il se tourne vers le manga, métier solitaire et bon marché, pour enfin raconter des histoires. Avec Ryuko, il s’inspire des films de gangsters ayant marqué sa jeunesse (avec notamment Yûjirô Ishihara ou Keiichirô Akagi). Comment ne pas voir en Ryuko le reflet de Meiko Kaji, héroïne de La femme scorpion et de Lady Snowblood ?

En se frottant à l’art du manga, l’homme mûr quasi quinquagénaire revient sur ses convictions de jeunesse : finalement, dessiner des êtres humains (nus ou non) n’est pas si facile, à commencer par les femmes ! De quoi vénérer un peu plus ses idoles de toujours ayant glorifié la gent féminine sous leurs pinceaux, Leiji Matsumoto avec sa Queen Emeraldas et Monkey Punch avec sa Fujiko Mine. S’inspirant du tachiyomi (lecture debout en librairie), Eldo Yoshimizu expose les planches de chaque chapitre, avant de les réunir dans un ouvrage auto-édité, dont il designe la maquette et la couverture, et uniquement vendu chez Mandarake en V.O. Ce manga interpelle à l’international, et les deux volumes de Ryuko se retrouvent publiés en France par Le Lézard Noir. L’éditeur propose alors au mangaka un partenariat avec le scénariste Benoist Simmat pour Gamma Draconis. À l’occasion de la sortie de cet ouvrage, le mangaka vient parcourir la France, pour rencontrer son public : une démarche suffisamment rare pour être accueillie à bras ouverts… tout en respectant la distance de sécurité !

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A propos de l'auteur

Matthieu Pinon
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