Chronique Trolls 2 – Tournée mondiale : Let the Music Play… et coiffez-vous !

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Sorti le 19 octobre dernier, la suite du long métrage Trolls a suivi un bien étrange chemin, qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’histoire même décrite dans le film : prévu initialement dans les salles pour profiter au maximum d’une bande-son tonitruante et d’un grand écran idéal pour ses délires colorés, il s’est retrouvé chef de fil involontaire d’un mouvement qui hélas ne s’arrête pas – il est sorti aux Etats-Unis et dans d’autres pays confinés directement en ligne, ce dès le mois d’avril dernier.

Cette première tournée exclusivement numérique est donc suivie chez nous d’une sortie traditionnelle dans les cinémas à l’occasion des fêtes de la Toussaint et il semble connaître un certain succès avec plus de 400 000 entrées en première semaine. Il faut remercier Universal pour avoir tenu la date malgré l’incertitude sanitaire car le film mérite vraiment l’ambiance d’une salle.

L’histoire est très simple : le monde des Trolls est partagé entre différentes régions qui représentent autant de genres musicaux. Les héros, la princesse Poppy et son ami Branche, sont par exemple Pop. Et la menace cette fois-ci vient des Trolls adeptes du rock, dirigés par l’ambitieuse et caractérielle Barb. Celle-ci ne veut rien moins que convertir tous les territoires troll au Rock, au détriment de leur propre identité musicale. La Tournée Mondiale du titre renvoie en réalité aux deux chemins empruntés par Poppy et Barb dans leur affrontement à distance, l’une pour résister, l’autre pour conquérir. Ces deux princesses pourraient, qui sait, trouver une « scène » d’entente pour finalement pacifier leur petit monde ?

Le résultat est quelque peu déconcertant. Comme bon nombre de dessins animés américains à l’instar de Tous en Scène qui mixent avec plus ou moins de bonheur les tubes des 50 dernières années avec l’appui de voix célèbres, Trolls 2 passe en revue tout plein de styles musicaux sans toujours les magnifier. Des mash-up amusants ponctuent le récit, comme cette démonstration de pop culture où les Spice Girls côtoient contre toute attente Gangnam Style et Marky Mark (!), mais là où on s’attend à des morceaux de rock transcendés, on a droit à du Scorpion qui pique à peine et du Ozzy Osbourne si peu connu dans nos contrées. On sourira d’ouvrir le film sur les Daft Punk et on soupirera de voir Mozart tristement malmené…

Les voix originales alignent tout de même (notamment) Kelly Clarkson, Justin Timberlake et Anna Kendrick dont on sait depuis le premier Pitch Perfect qu’elle n’est pas aphone un micro à la main, ainsi que des cautions pas inintéressantes telle que Mary J. Blige, George Clinton ou encore Chance the Rapper. En français, c’est Vitaa et Matt Pokora qui font le job, suffisamment bien pour qu’on ne les reconnaisse pas et que ça ne nous sorte pas du film.

Sur le fond, Trolls 2 assume à 200% sa frénésie acidulée, son univers de guimauve qu’on trouve jusque dans les oreilles des personnages qui s’en délectent (si, si), ses séquences faites pour que les plus jeunes singent Poppy, Branche et leurs comparses sur le tapis devant l’écran à la maison. On ne trouvera pas de sous-texte malin retraçant les transformations de l’industrie musicale alors que l’idée de base pouvait donner quelque espoir sur le sujet. On se surprendra à trouver dans le personnage du cowboy Hickory, représentant so american de la Country ici élevée au même rang que la musique classique (?), une complexité inattendue quand tout le reste est bien trop

monodimensionnel. Ce personnage-là est le vrai héros du film, écartelé entre le besoin de survivre face à une menace trop puissante pour lui, puis finalement résolu à sauver sa dignité envers et contre tous. De tous, c’est son chant qui devrait percer quand tombe le rideau – et quand on sait ce qu’il représente, on peut finalement se remettre à espérer…

Sébastien CELIMON

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