Personnalité de la semaine : Ichirô Mizuki

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Depuis un demi-siècle, il interprète sans relâche des génériques d’anime pour le plaisir de plusieurs générations. Puisqu’il doit hélas marquer une pause aujourd’hui, revenons sur la carrière d’Ichirô Mizuki !

Son surnom de « grand frère », qu’il soit dans la bouche de ses fans (« aniki ») ou de ses collègues (« onii-san »), témoigne de l’affection et du respect qui entourent Ichirô Mizuki. Il faut dire que le chanteur a marqué de son empreinte les cinquante dernières années de production audiovisuelle nippone ! Cette envie de chanter, il la ressent dès l’âge de cinq ans, en 1953, alors qu’il s’appelle encore Toshio Hayakawa. Le bambin baigne en effet dans la musique, et plus particulièrement le jazz, grâce au magasin de disques en bas de son immeuble. Il fait ses débuts alors qu’il est encore lycéen dans un live-house de jazz de Kabuki-cho, le quartier nocturne en plein essor du Tokyo d’après-guerre. En 1965, il interprète le générique du feuilleton western A man called Shenandoah, mais aucun enregistrement n’est diffusé publiquement. C’est le compositeur Kanae Wada qui, après l’avoir pris sous son aile, lui offre le morceau Kimi ni sasageru boku no uta, qui devient son premier 45 tours en 1968.

Après trois ans à faire les chœurs dans les émissions TV ou les premières parties de Mieko Horita, Ichirô Mizuki envisage de quitter le monde du spectacle. C’est à ce moment qu’on lui propose d’interpréter le générique d’un dessin animé, Genshi shônen Ryû. Il saisit l’aubaine, car, contrairement à beaucoup de ses collègues d’alors, cet amateur de B.O. de films estime que les anime songs ne sont pas des sous-chansons. Il devient alors étiqueté « chanteur d’anisongs » et, puisque ses morceaux ne sont pas diffusés sur les radios, peine à obtenir la popularité et la respectabilité des chanteurs de pop de l’époque (kayôkyoku). Néanmoins, sa ténacité et son stakhanovisme vont le pousser sur le devant de la scène, puisqu’on le retrouve aux génériques des séries animées et tokusatsu les plus populaires des décennies à venir – citons, entre autres, Mazinger Z, Babel II, Albator, Kamen Rider X, Combattler V ou encore un générique de fin de Lupin III.

Figure de proue de l’anisong aux côtés de sa contrepartie féminine Mitsuko Horie, il atteint la consécration les 30 et 31 août 1999, en interprétant un marathon de 24 heures et de 1000 chansons en direct sur Fuji TV ! Afin de ne pas être le seul à bénéficier de cette reconnaissance publique et de promouvoir les anisongs, il crée l’année suivante le groupe JAM Project avec d’autres pointures de la profession : Masaaki Endou, Hironobu Kageyama, Rica Matsumoto et Eizo Sakamoto. Toujours dans cette optique, il prendra quelques années plus tard ses distances avec la formation, n’y participant que de temps en temps, pour que de plus jeunes artistes l’intègrent, tels Hiroshi Kitadani et Masami Okui, respectivement chanteurs sur One Piece et Utena. Car Ichirô Mizuki continue sa carrière de chanteur solo, agrémentée de doublage et d’actorat ! L’artiste apparemment infatigable vient cependant de montrer un premier signe de faiblesse, déclarant le 25 avril souffrir d’une paralysie partielle des cordes vocales. À 73 ans passés, « l’homme aux mille génériques » mérite bien une pause réparatrice avant de revenir à nouveau faire vibrer les cœurs des enfants… et de leurs parents !

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A propos de l'auteur

Matthieu Pinon