Personnalité de la semaine : Hiroshi Hirata

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Son décès a été annoncé alors que nous entamions nos congés. C’est donc par un hommage tardif à Hiroshi Hirata, un géant du manga, que notre rubrique ouvre 2022.

Ayant vu le jour le 9 février 1937, Hiroshi Hirata doit quitter à huit sa ville natale de Tokyo victime de bombardements incessants durant la seconde guerre mondiale. À Nara, le petit garçon se passionne pour la lecture de romans historiques, et pour l’écriture en participant au journal de son école. Quand il en rentre, il se forge aux métiers manuels en aidant son père, devenu plombier. Une formation qui le rend apte à devenir responsable de sa famille à 17 ans, suite au décès de son père : outre sa mère, il doit faire vivre six petits frères et sœurs ! Hirata lâche donc ses études pour travailler dans une entreprise d’équipement… mais cherche d’autres sources de financement. C’est ainsi que, quatre ans plus tard, il publie sa première histoire courte en manga, Le sabre tueur d’amour et de haine aux éditions Hinomaru-Bunko.

 C’est une réussite, et Hiroshi Hirata crée six autres nouvelles tout au long de cette même année 1958. Sept ans plus tard, à 28 ans, il participe à l’exode rural et rentre dans son Tokyo natal, en pleine reconstruction, afin d’y trouver du travail. Il s’y marie l’an suivant avec Yoshiko Kaoku, et  y fait paraître d’autres nouvelles, majoritairement des adaptations de romanciers historiques comme Renzaburô Shibata et Norio Nanjô. Spécialiste reconnu du jidai mono (manga historique), sa carrière décolle au début des années 70 avec l’essor du gekiga. Jusqu’ici abonné aux revues et aux fascicules pour librairies de location, il voit enfin ses histoires vendues sous formes de recueil, à commencer par L’âme du kyudo en 1973. De quoi l’inciter à enfin s’attaquer en 1977 à l’histoire du fief de Satsuma, sur laquelle il se documente depuis quinze ans, dans Satsuma, l’honneur de ses samouraïs, qu’il publiera jusqu’en 1982.

Ce travail de longue haleine finit par l’épuiser, et il s’éloigne quelque temps du milieu du manga, pour à nouveau se consacrer à un métier manuel, celui d’électricien. Mais il revient rapidement à sa table à dessin pour une nouvelle série, 36 stratégies de Kuroda. S’étant imposé comme un grand maître calligraphe (un atout marquant dans son œuvre), il est recruté par certains grand noms pour son coup de pinceau. Ainsi, c’est à lui qu’on doit la calligraphie du titre Akira ! Survient alors l’idée de raconter sa vie rocambolesque, à travers l’autobiographie Ma voie de père en 1990. Ce souffle nouveau l’inspire et lui fait quitter les figures de sabreurs pour, au contraire, narrer la biographie d’une matriarche (Plus forte que le sabre). À partir de 2000, Hirata dessine de moins en moins, et voyage à l’international, notamment au festival d’Angoulême, où il réalise combien son œuvre est appréciée en dehors du Japon. De plus en plus fatigué, il passe ses dernières années à pratiquer la calligraphie avant de s’éteindre, le 11 décembre 2021, laissant à jamais une trace d’encre indélébile dans l’histoire du manga moderne.

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A propos de l'auteur

Matthieu Pinon
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