Personnalité de la semaine : Minetarô Mochizuki

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Auteur polyvalent, Minetarô Mochizuki a toujours préféré explorer de nouveaux genres plutôt que se reposer sur ses lauriers. Une philosophie qu’il prolonge en s’attaquant à son premier manga-essai !

Né en 1964 à Yokohama, Minetarô Mochizuki grandit sans connaître son père. Pour tuer le temps, le petit garçon n’a guère d’autres occupations que la lecture de mangas… dont il reproduit les dessins sur les shoji de la demeure, portes coulissantes dont la fine structure de bois maintient une gigantesque feuille de papier tendue. Parmi les titres qu’il dévore, l’enfant manifeste une passion pour les œuvres effrayantes de Kazuo Umezu. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’il oriente ses études vers le graphisme, à l’université Tokyo Design Gakuin ! Quand il sort, le jeune homme de vingt ans tente sa chance dans les concours organisés par les magazines… et se fait repérer en 1985 par Kôdansha.

Il y fait ses débuts dans le Shônen Magazine, et y publie dès l’an suivant sa première série, comédie romantique dont le héros, qui a craqué pour la responsable du club de natation de son lycée, s’y inscrit… alors qu’il ne sait pas nager. Bouclé en six tomes, Bataashi Kingyo sera adapté en 1990 en film live qui remportera un joli succès critique comme public. Suite au one-shot La dame de la chambre close en 1993, son éditeur incite Minetarô Mochizuki à persévérer dans la voie de l’angoisse. En résulte le poisseux Dragon Head (disponible chez Pika), survival délétère qui fait frissonner les japonais pendant dix tomes et cinq ans – lui aussi aura droit à son adaptation en long métrage en 2001. N’importe quel mangaka serait resté dans le domaine lui ayant offert la célébrité… mais pas Mochizuki, qui surprend tout le monde en 2003 avec sa série suivante, Maiwai (disponible chez Pika), burlesque épopée pirate portée par une héroïne à l’énergie intarissable.

Cette évolution se prolonge également sur la forme puisqu’en 2008, avec Tokyo Kaido (disponible chez Le Lézard Noir), il se tourne vers une recherche d’épure graphique pour illustrer les difficultés rencontrées par quatre jeunes victimes de troubles neurologiques à affronter la réalité du quotidien. C’est toujours dans cette veine qu’il se frotte à un nouveau challenge en changeant d’éditeur quatre ans plus tard : pour son premier titre publié chez Shôgakukan, Mochizuki veut adapter une œuvre préexistante. Ce sera le roman Chiisakobé de Shūgorō Yamamoto, dont il transpose l’intrigue de l’ère Edo à notre époque pour un manga qui recevra le Fauve de la série au Festival d’Angoulême (disponible chez Le Lézard Noir). Depuis, le mangaka a signé un one-shot adaptant L’île aux chiens (Le Lézard Noir) à la demande de son réalisateur, Wes Anderson, en 2019, avant de co-signer le manga Frederick avec Naoto Yamakawa inspiré par l’auteur Leo Lionni. En raison du covid, qui l’empêche d’obtenir la documentation souhaitée, Mochizuki a mis ce projet en pause et se frotte désormais au manga-essai avec No Comic, No Life, inspiré de sa propre expérience en tant que dessinateur. Un nouveau challenge qu’on espère voir rapidement traduit en français !

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A propos de l'auteur

Matthieu Pinon
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