Personnalité de la semaine : Kan Takahama

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Kan Takahama mettra un point final à sa « trilogie de Nagasaki » ce mois-ci en terminant Ôgishima Saijiki. C’est l’occasion rêvée de revenir sur le parcours de la plus francophile des mangakas !

Quand on a des amis, ça peut changer la vie. Kan Takahama est bien placée pour le dire, puisque c’est grâce à des copines qu’elle a entamé sa carrière de mangaka. Malgré des études artistiques, la jeune femme originaire de la préfecture de Kumamoto travaillait comme secrétaire pour l’Institut National des Études Environnementales. Observer les paysages et surprendre les conversations des personnes qu’elle croisait à bicyclette lui inspirait alors des petites BD qu’elle dessinait dans son journal en rentrant le soir. Cette marotte la rattrape au cours d’une soirée entre amies, durant laquelle elle griffonne une histoire en quelques cases sur une nappe. Une copine, conquise, lui demande de la recopier au propre… et envoie les feuilles à la maison d’édition Kôdansha !

Il ne faut pas longtemps avant que Kan Takahama ne soit contactée – une surprise pour elle, qui n’avait jamais envisagé la profession de mangaka ! Après s’être fait la main sur le site web du magazine Weekly Morning, elle se tourne en 2001 vers la revue d’avant-garde Garo, où elle publie des histoires courtes réunies dans le recueil Kinderbook (disponible chez Sakka). Quand le magazine tire sa révérence l’année suivante, la jeune femme de 25 ans connaît sa première désillusion puisqu’elle ne touchera aucun droit d’auteur ! Néanmoins, le directeur du magazine lui ouvre une autre porte, en signalant à Takahama que de nombreux lecteurs trouvaient son style proche de la BD franco-belge. Dubitative, la dessinatrice finit par accepter cette comparaison en quand il lui tend un album de Frédéric Boilet. Elle adhère à son manifeste de « nouvelle manga » et signe avec lui Mariko Parade, avant de venir au festival d’Angoulême en 2003.

Elle entame alors une collaboration avec Casterman, notamment sur le projet Deux Expressos, confié à trois mangakas. Elle sera la seule à aller jusqu’au bout de l’aventure, malgré des soucis familiaux qui repousseront la sortie de l’album à 2010. À partir de Tokyo, amour et libertés, sorti au Japon en 2013, c’est Glénat qui publie en France les travaux de Kan Takahama. Le dernier envol du papillon, qui reçoit les louanges de Jirô Taniguchi, marque le début de sa « trilogie de Nagasaki », qu’elle prolonge avec La lanterne de Nyx, sa plus longue série à ce jour, narrant le commerce d’œuvres d’art nippones à Paris à l’époque du japonisme, à la fin du 19e siècle. Amatrice de la culture française, elle interrompt cette trilogie pour adapter en manga le roman de Marguerite Duras L’amant (disponible aux éditions Rue de Sèvres). Son dernier volet dont l’héroïne est née dans une maison close de Nagasaki au milieu du 19e siècle, Ôgishima Saijiki, se terminera avec son troisième volume en juin au Japon… en attendant sa prochaine sortie en France !

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A propos de l'auteur

Matthieu Pinon
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