Personnalité de la semaine : Shichirô Kobayashi

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L’annonce du décès de Shichirô Kobayashi a brisé le cœur de plusieurs générations de fans d’animation, le directeur artistique ayant démontré son talent sur plus de cent titres.

Dès sa plus tendre enfance, Shichirô Kobayashi aime dessiner. Ainsi, malgré le conflit mondial qui oblige les jeunes Japonais à fournir avant tout des efforts de guerre, le jeune homme né en 1932, une fois diplômé de la faculté d’art de Musashino, devient instituteur pour transmettre sa passion aux enfants. Cependant, il lui faut également enseigner d’autres matières, et il se prend à rêver d’un métier où il ne ferait que dessiner. La révélation se fait alors qu’il franchit le cap de la trentaine. L’émergence de la télévision couleur engendre un boom de l’animation, et les studios recrutent à tour de bras, à commencer par Toei Animation ! En 1963, Shichirô Kobayashi intègre donc la prestigieuse société en tant que responsable des décors.

Après cinq ans d’expérience sur des titres comme Sally la petite sorcière ou Kyojin no hoshi, il fonde sa propre société, Kobayashi Productions. Grâce à cette structure indépendante, il trouve enfin l’espace nécessaire pour s’exprimer, et surtout effectuer des choix artistiques. Kobayashi noue ainsi des amitiés avec certains réalisateurs dont il se sent proche artistiquement, à commencer par Osamu Dezaki. Parmi leurs nombreuses collaborations, citons ainsi Jeu, set et match, L’île au trésor, Cobra ou encore la seconde saison d’Ashita no Joe. C’est surtout sur Rémi sans famille que le directeur artistique fait preuve de son talent, avec des décors répartis sur plusieurs plans qui, en glissant latéralement à des vitesses différentes, donne une impression de relief inédite lors de sa diffusion en 1978 ! On retrouve également son nom au générique de nombreux titres réalisés par Mamoru Oshii tels que L’œuf de l’ange ou Urusei Yatsura : Beautiful dreamer.

La patte de Shichirô Kobayashi se reconnaît surtout à la contribution de ses décors à l’atmosphère de chaque série. Durant presque un demi-siècle de carrière, il fournit son talent à des titres aussi divers que Le château de Cagliostro, Touch, Kimagure Orange Road, Utena ou Nodame Cantabile. C’est également pour lui l’occasion de former de futurs talents tels que Kazuo Oga qui travaillera ensuite sur des productions Ghibli (Totoro, Pompoko, Princesse Mononoké…), Ogura Hiromasa, directeur artistique sur Les ailes de Honneamise et Ghost in the shell ou encore Kentarô Akiyama (Mawaru Penguindrum, Saint Seiya Omega…). La vocation pédagogique, qui anime toujours Shichirô Kobayashi, reprend le dessus en 2008 quand il accepte un poste d’enseignant à l’université de design de Kobe – l’occasion, pour lui, de rester en phase avec l’actualité mais surtout de partager avec les jeunes générations. En 2011, à la veille de ses 80 ans, Kobayashi dissout sa société pour consacrer sa retraite à l’art abstrait. Il viendra témoigner en 2015 et 2017 de son parcours, l’occasion pour les Français de réaliser que derrière l’artiste talentueux se cachait un homme d’une gentillesse infinie. La rédaction d’AnimeLAnd a donc été doublement peinée quand son décès, survenu le 25 août à 90 ans, a été annoncé le 10 septembre.

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A propos de l'auteur

Matthieu Pinon
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