[Interview] Les éditions naBan : “Arriver à une dizaine de parutions par an”

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Le temps de quelques questions, AnimeLand est allé en savoir plus au sujet de naBan, nouvel acteur du marché éditorial manga en France. Et pour mieux présenter son profil et sa politique, c’est son fondateur Christophe Geldron qui s’y colle.

AnimeLandPour ceux ne vous connaissant pas, pouvez vous détailler votre expérience dans l’édition et la raison de votre nouveau projet ?

Christophe Geldron : “J’ai très longtemps travaillé pour divers éditeurs de DVD d’animé et à partir de 2013 j’ai lancé avec mes associés la collection de manga de Black Box qui a édité des auteurs comme Gô Nagai (Goldorak, Devilman), Buichi Terasawa (Cobra) ou encore Motoei Shinzawa (Collège fou fou fou). Après mon départ de Black Box j’avais toujours en tête plusieurs projets dans l’animation et le manga. Finalement, sur l’avis d’amis qui me disaient de continuer sur cette voie, j’ai créé naBan. Le manga reste une passion chez moi que j’ai envie de continuer à faire partager au plus grand nombre et la ligne éditoriale ira en ce sens. Les titres refléteront en partie mes goûts mais aussi pourront parler de sujets parfois moins légers et plus crus, sans compter une ligne nostalgique que j’ai envie de poursuivre avec des rééditions et des titres inédits. Je me suis pour cela entouré d’amis qui me sont fidèles depuis des années et qui m’aident au quotidien dans le recherche de titres et la coordination, ainsi que de professionnels pour la PAO ou la traduction.”

AnimeLand : On voit le nombre d’éditeurs nouveaux grandir en France. Ne craignez vous pas une sorte de saturation ? Comment faire son trou dans un milieu concurrentiel ? 

C.G : “Il y aura saturation lorsque les éditeurs n’éditeront que des titres négligeables au contenu faible. Le lectorat du manga s’agrandit à chaque nouvelle génération et, contrairement aux prédictions de certains, n’est pas un phénomène générationnel. Il y a encore plein de terrains à défricher, sans doute plus du côté d’indépendants qui peuvent valoriser un titre spécifique que du côté des grosses maisons d’édition qui savent parfaitement faire un gros succès mais abandonnent au fur et à mesure les titres moins fédérateurs. Pour naBan, la progression se fera au fur et à mesure, avec sans doute des titres inconnus se mêlant à des valeurs sûres. C’est le fonctionnement classique de toutes les maisons d’édition. Le prochain titre que j’annoncerai fin octobre est plus connu que “Demande à Modigliani” par exemple, ce qui devrait aider le label à se faire mieux reconnaître à terme. De toute façon, il est important d’avoir quelques locomotives mais cela n’arrive pas forcément avec un titre déjà renommé. Il arrive parfois qu’un titre venu de nulle part devienne un carton en librairie juste parce qu’il est arrivé au bon moment. C’est cela qui reste excitant dans ce métier.”

A : Quel planning pour vous en 2020?

C.G : “J’espère arriver à une dizaine de parutions par an, voire quinze si l’occasion se présente. Tout dépendra évidemment de la réception des titres par les lecteurs. Le catalogue se créera sur le long terme afin de ne justement pas atteindre une saturation des parutions. J’espère surtout communiquer suffisamment sur chaque titre pour lui donner sa chance et le faire ressortir au milieu des nouveautés mensuelles.”

A :Pourquoi Demande à Modigliani pour commencer ouvrir votre catalogue ? Notre marché est il réceptif à ce genre d’œuvre ? 

C.G : “Demande à Modigliani est véritablement un titre coup de cœur pour moi. Il évoque à la fois l’arrivée dans l’âge adulte, la période de doutes liée à l’époque estudiantine, mais aussi en fond la vie quotidienne des Japonais après le tsunami de 2011, le manga se déroulant dans le Tohoku. Dans cette histoire, certains protagonistes ont perdu maison, amis, famille et pourtant le manga est furieusement optimiste car la vie doit continuer. Ce n’est donc pas un manga de niche dans le sens où il pourra être lu par tous les publics. Son succès dépendra évidemment de la capacité à le faire connaître auprès d’un large public et ce sera un long travail, c’est aussi pour ça que le retour des lecteurs grâce aux réseaux sociaux sera vital. Après, je pense que chaque échec est mal perçu quand on a travaillé pendant des semaines sur un titre mais encore une fois, ce qui sera considéré comme une mauvaise vente chez une major pourra être vu comme un succès chez un petit indépendant. Donc il faut savoir progresser et se réjouir de chaque vente.”

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A : Quelle politique en matière de communication pour naBan ?

C.G : “Il y aura très prochainement un site naBan où les lecteurs pourront acheter directement les titres, ce qui constituera une alternative aux sites en ligne. Il est important de continuer à privilégier les libraires mais aussi de prendre directement sur le site de l’éditeur qui vous propose ses titres quand vous n’avez pas de libraire près de chez vous. Après l’accent sera mis sur les réseaux sociaux qui occupent une bonne partie désormais de la communication directe mais aussi les médias traditionnels qui savent mettre un titre en perspective et apporter une lecture plus aiguë. Et puis pour certains titres, il y aura aussi le projet de faire participer les lecteurs à l’élaboration grâce à du participatif leur permettant de recevoir des choses qui ne seront pas disponibles ailleurs. Cela sera du cas par cas.”

A : Via Twitter, les lecteurs peuvent demander directement si tel ou tel titre est possible d’être édité. Avez vous pris la température de certains manga oubliés/non réédités et demandés par la “twittosphère” ?

C.G : “Je reçois des suggestions de titres depuis que je suis éditeur et cela continue donc encore, preuve qu’il y a une volonté de découvrir des titres plus anciens. Certains noms reviennent plus que d’autres mais l’expérience m’a appris que parfois il suffit de rappeler un titre aux bons souvenirs des lecteurs pour qu’ils soient heureux de le voir proposé. Le principal obstacle reste la disponibilité au Japon. Les vieux titres parfois changent de main, certains ne sont plus édités du tout et il faut donc aller chercher l’auteur directement pour négocier. C’est pour cela que la tâche est souvent rude pour des titres qui ont plus de 10/15 ans et n’ont pas d’actualité particulière au Japon. Il faut donc être compréhensif auprès des éditeurs; ils ne sortent que ce qu’on veut bien leur céder, pas uniquement ce qu’ils veulent sortir en ayant négligé le reste.

Mais recevoir des suggestions fait toujours très plaisir donc n’hésitez pas !”.

Merci à Christophe Geldron pour sa disponibilité.

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A propos de l'auteur

Bruno

Défendre les couleurs d'AnimeLand était un rêve. Il ne me reste plus qu'à rencontrer Hiroaki Samura et je pourrai partir tranquille.

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