Personnalité de la semaine : Masanori Morita

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Avec la réédition de Rokudenashi Blues que vient d’annoncer Pika, le public francophone va pouvoir (re)découvrir Masanori Morita, un génie du manga… qui a failli ne pas y faire carrière !

En 1977 débute la publication de Manga Michi, autobiographie de Fujiko A Fujio, un des deux créateurs de Doraemon, qui y explique comment il est devenu mangaka. C’est une révélation pour Masanori Morita, petit garçon de 10 ans (il est né le 22 décembre 1966) qui grandit dans le Kansai, dans la préfecture de Shiga. Plus précisément dans la ville de Rittô. Et encore plus précisément, dans le temple bouddhiste du courant Jôdo-Shinshû que gère son père. Fils aîné, il est supposé en prendre la succession, et est même ordonné prêtre durant sa première année de lycée… alors qu’il remplit depuis plusieurs années ses pages de dessins dans l’espoir de devenir mangaka. Influencé au début par Fujiko A Fujio et Osamu Tezuka, son style s’est inspiré de Makoto Kobayashi et Tsukasa Hojo à l’entrée dans l’adolescence. C’est donc aux concours organisés par Shûeisha qu’il postule dans l’espoir d’être remarqué. Ce qui finit par arriver en 1984 avec la nouvelle It’s late !.

Au sortir du lycée, Masanori Morita décide donc de partir à Tokyo tenter sa chance. Sa famille a beau désapprouver sa décision, il réussit à négocier un séjour de quatre ans dans la capitale. Si, passé ce délai, il n’a pas remporté le succès, il rentrera pour s’occuper du temple. Il postule, évidemment, pour débuter auprès de Tsukasa Hojo mais, ce dernier ne prenant pas d’assistants, il est formé par Tetsuo Hara, chez qui il découvre les travaux de Jirô Taniguchi et Ryôichi Ikegami. Après un pilote en 1987, Bachi-Atari Rock, il entame donc l’an suivant sa première série dans les pages du Shônen Jump, Rokudenashi Blues. Les débuts sont laborieux, et le titre chute peu à peu dans les sondages de popularité de l’hebdomadaire. Au bout de six mois, Morita s’efforce de redresser la barre en soignant son intrigue et en intégrant de nouveaux personnages… et le succès finit par s’installer pour ce manga de racailles toujours prêtes à faire parler les poings. Un comble pour ce jeune homme sage qui « n’a perdu qu’une seule baston, la seule dans laquelle [il se soit]engagé » !

Durant la troisième année de publication, le père de Morita décède. Le mangaka devrait donc tout arrêter pour reprendre le temple, laissé sans responsable ? Non ! Consciente de ses choix de carrière, sa mère trouve un membre de la famille pour succéder au défunt, et ainsi laisser son fils continuer sa route pavée de succès : au bout de neuf ans, en 1997, Rokudenashi Blues se clôt sur un total de 42 volumes écoulés à plus de 50 millions d’exemplaires. S’ensuit Rookies, où les voyous canalisent leur énergie combative dans le base-ball sous l’égide d’un prof foufou, qui se termine en 2003. Morita entame alors un manga sur la comédie manzai, Beshari Gurashi, qui lui permet de quitter le Shônen Jump pour son pendant seinen, le Young Jump. Passionné de ce registre, il finira même par monter sur les planches avec son collègue Yûko Osada (Toto, Kid I Luck) ! Après avoir annoncé que Beshari Gurashi serait son dernier manga en le terminant en 2015, il revient néanmoins sur sa décision pour réaliser son rêve de longue date (comme il l’avoue dans son interview lors de l’exposition des 50 ans du Jump en 2018), créer un manga d’horreur ! Une première, en plus de trente ans de carrière, pour ce spécialiste de la comédie (plus ou moins) musclée.

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A propos de l'auteur

Matthieu Pinon
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