Personnalité de la semaine : Fujiko Fujio

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Créateurs d’icônes intergénérationnelles comme Doraemon, ils ont fait rêver des millions d’enfants. Avec le décès de Mooto Abiko, les deux facettes de Fujiko Fujio nous ont désormais quittés.

Tout a commencé à l’école primaire, dans la ville de Takaoka. Quand Mooto Abiko y est transféré, il se lie aussitôt d’amitié avec Hiroshi Fujimoto, de trois mois son aîné. Les deux enfants se passionnent pour le dessin et, au collège, dévorent La nouvelle île au trésor d’Osamu Tezuka. Ils se décident alors à dessiner ensemble, partageant tout. Les tâches de création, alternant les rôles de scénariste et de dessinateur, allant parfois jusqu’à travailler ensemble sur les mêmes cases, de sorte que personne ne parvient à distinguer qui a fait quoi ; mais aussi les dépenses en fournitures, réparties équitablement sur un compte commun… qui sert également à recevoir les bénéfices, également divisés. En effet, malgré leur jeune âge, les deux amis publient déjà dans des revues comme Manga Shônen, en quête de nouveaux auteurs pour répondre à la demande croissante de distraction par les enfants en cette période post-guerre.

À 17 ans, ils franchissent les 300 kilomètres les séparant d’Osaka afin de rencontrer leur idole, Osamu Tezuka. Malgré les encouragements de ce dernier, en bons fils aînés, ils prennent chacun un boulot alimentaire en ce début des années 50… mais finissent par céder à l’appel du manga. Après avoir déménagé en 1954 à Tokyo, à 20 ans, ils emménagent dans la pension Tokiwa, récupérant l’ancienne chambre de Tezuka ! C’est là qu’ils déterminent leur pseudonyme définitif, Fujiko Fujio, sous lequel ils signeront pendant des années. Ils y font également connaissance d’autres artistes avec qui ils créent des liens très forts (notamment Shotaro Ishinomori et Fujio Akatsuka avec qui ils fonderont le Studio Zero), se soutenant dans l’effort – ils publient pas moins de six séries en parallèle ! Leur premier succès arrive en 1964, avec Obake no Q-Tarô : l’histoire d’amitié entre un garçon et un petit fantôme n’aurait dû durer que quelques chapitres mais, à la demande des lecteurs, redémarre juste après son interruption par l’éditeur. Mais ce n’est rien face au triomphe de Doraemon en 1969, le chat-robot bleu devenant une icône pop-culturelle encore vivace aujourd’hui avec un film d’animation annuel qui triomphe au box-office nippon.

Pendant encore deux décennies, le duo fera rêver les enfants, avec des séries parfois empreintes de fantastiques comme Esper Mami (dont l’adaptation en série animée nous parviendra sous le titre Malicieuse Kiki), ou ancrées dans les nouveaux loisirs en plein développement sur l’archipel à la manière de Pro Golfer Saru. Mais, en 1987, le duo finit par se séparer, prétextant des divergences créatives. Suite à ce divorce artistique, Hiroshi Fujimoto devient Fujiko F. Fujio, et Mooto Abiko devient Fujiko Fujio A, chacun se répartissant les titres du gigantesque catalogue créé sur trente ans. Suite au décès de Fujimoto en 1996, Abiko dévoile alors la véritable nature de cette séparation : ayant découvert être victime d’un cancer du foie, Fujimoto souhaitait régler toutes les affaires administratives, y compris de droits d’auteur, avant de décéder. Son survivant entame alors la suite de leur biographie, Manga Michi, témoignage sur le métier de mangaka et son évolution au fil des décennies, et entame une carrière solo où l’humour se teinte de noir. Jusqu’à, à son tour, rejoindre son copain de toujours au paradis des mangakas, en poussant son dernier soupir le 7 avril 2022.

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A propos de l'auteur

Matthieu Pinon
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