Personnalité de la semaine : Katsuhiro Ôtomo

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Longtemps attendue, l’intégrale des œuvres de Katsuhiro Ôtomo débute sa publication au Japon. L’occasion pour nous de revenir sur le parcours de ce maître du manga et de l’animation.

Seize ans après le « Roi du Manga », Shôtarô Ishinomori, Katsuhiro Ôtomo voit le jour dans la petite ville de Tome, au nord du Japon, le 14 avril 1954. C’est d’ailleurs dans le manuel de manga du premier (Mangaka Nyûmon) que le second trouve l’envie de devenir dessinateur. Envie qui le pousse à descendre à Tokyo, pour y trouver du travail en tant que mangaka. Il s’y fait embaucher chez Kôdansha et débute sa carrière professionnelle en 1973 dans le magazine Action Comics, où il publie une soixantaine de courts récits. À la manière d’un Zola ou Balzac, il y analyse et critique les travers de la société nippone – parmi les plus connus, on citera Short Peace ou Highway Star. Leur parution en volume relié remporte un joli succès qui lui permet d’oublier le gadin de Fireball, son premier récit de science-fiction.

C’est pourtant le genre vers lequel Ôtomo souhaite s’orienter, dans la lignée des grands maîtres du manga qui l’ont tant fait rêver, enfant. Ainsi, on retrouve dans Fireball un ordinateur nommé ATOM en hommage au robot créé par Osamu Tezuka. Dans la même veine, il prénomme Ecchan, en référence au manga Sarutobi Ecchan d’Ishinomori, l’héroïne de son manga suivant, Domu. Il y invoque le fantastique pour à nouveau critiquer le Japon entrant dans les eighties, avec les jeux assassins d’une fillette et d’un vieillard possesseurs de dons psychiques dans un immeuble HLM, tel un Stephen King tokyoïte. Par conséquent, c’est en se basant sur un autre manga de son enfance, Tetsujin 28-gô de Mitsuteru Yokoyama, l’histoire d’une arme secrète conçue par les militaires avant la Guerre du Pacifique et ré-expérimentée par la suite, qu’il développe le script du manga commandité par Kôdansha en 1982.

Malgré les nombreux clins d’œil, Akira s’éloigne radicalement de son modèle pour proposer une fresque cyberpunk dans un Neo-Tokyo subissant l’apathie citoyenne et les affrontements de gangs en 2020. Chaque tome de la saga post-apocalyptique se vendra à 700 000 exemplaires, permettant à Ôtomo de fonder le studio MASH Room qui allège sa charge de travail en tant que mangaka et lui permet de se tourner vers la réalisation. L’adaptation en long métrage d’Akira, en 1988, révolutionne ainsi l’animation au Japon… et à travers le monde, où elle atteint un statut de film culte. Il continuera dans cette voie avec des titres tout aussi mythiques comme Memories ou Steamboy, et révèlera d’autres talents de l’animation tels que Kôji Morimoto ou Satoshi Kon. Afin de célébrer ses cinquante ans de carrière, une intégrale de ses œuvres (manga et storyboards) a entamé sa publication au Japon le 21 janvier. L’événement a bénéficié d’une vaste campagne de promotion, notamment dans les gares de Shibuya et Shinjuku, où l’artiste s’est rendu pour poser en toute discrétion, dissimulé par son masque !

 

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A propos de l'auteur

Matthieu Pinon
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