En 2017, j’ai vu… Iria – Zeiram the Animation

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Pour lancer ce premier acte de notre rubrique En 2017, j’ai vu… (ou revu !), on s’attaque à une petite série d’OAV connue chez nous : Iria – Zeiram the Animation. Imaginée par Keita Amemiya (GARO), cette œuvre originale s’est déclinée en film live (1991), anime (1994) mais aussi jeux vidéo avec un sympathique opus baptisé Hyper Iria sorti en 1995 sur Super Nintendo (on oubliera volontiers le piteux essai sur PS1, Zeiram Zone).

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L’anime d’Iria est, sans conteste, le support de ce projet media mix ayant bénéficié du meilleure traitement. À la tête de ses 6 OAV bien chargés, prequel au format live, on retrouve le studio Ashi Production (devenu Production Reed entre temps) et Bandai, avec Tetsuro Aamino à la réalisation et un certain Masakazu Katsura (Zetman) au chara-design et item-design. Tetsuro Amino n’est évidemment pas un nom à présenter depuis son travail sur la licence Macross ou Gundam. Il est revanche intéressant de noter que c’est lui qui avait encadré une scénariste très en vogue, Mari Okada (Kiznaiver), sur sa 1ere expérience avec l’anime DT Eighton (1998, Sunrise).

“M. Amino est un réalisateur qui attache beaucoup d’importance à ce qui existe entre les événements clés du récit”.

Mari Okada à propos de Tetsuro Amino

Avec Iria, il est sur  un terrain de jeu qu’il connait bien puisque l’anime nous propulse dans un monde futuriste où nous suivons Iria une chasseuse de prime/garde du corps devant éliminer le Zeiram, un organisme mutant qui se révélera être une arme de destruction massive. Si le scénario n’est pas des plus ambitieux, il a le mérite de ne rien laisser au hasard et est bien écrit. En effet, Iria (interprétée avec amour par Aya Hisakawa) devra faire le deuil de son frère mort au combat tout en renversant un complot visant à passer sous silence la destruction d’un village entier. Pour accompagner ce script, assez typique de l’époque et pas totalement nanardesque, l’anime propose un environnement moderne et assez clivant, avec des villages parfois laissés à l’abandon et des hautes-instances corrompues. Si la formule parait assez caricaturale en 2017 (surtout concernant les rôles secondaires), cela se laisse regarder sans heurt. La bonne idée d’Iria, c’est de ne pas se laisser griser par cet aspect politique/complot, préférant assurer le divertissement par la technicité de son héroïne, la force de son antagoniste, et sa fraîcheur globale.

Katsura donne des ailes  

Main Design

Main Design

Revoir Iria en 2017, c’est déjà se rendre compte que la qualité technique de l’anime n’a pas pris une ride avec le temps. Oui, le DVD de Kaze (et non Kazé) vous paraîtra poussiéreux, mais la qualité d’animation est d’un bon niveau, sans atteindre le palier d’un Gunnm, pour vous donner un repère. Jeu de corps stylé et agilité au poil, Iria est animée avec soin. On aime ses petites manies pour se replacer après un mouvement, ses postures pour s’adapter aux différentes armes/gadgets qu’elle utilise, son aisance au corps-à-corps. Tout cela peut paraître anodin, mais c’est le signe d’une vraie application de la part du staff.

Des années plus tard, il est difficile de trouver la liste précise des animateurs ayant travaillé ici, tout juste savons nous que c’est Naohito Takahashi (aussi connu sous le nom de Ryunosuke Otonashi) qui est à la direction de l’animation (Gunsmith Cats). Sur le papier pourtant, ce n’était pas une partie de plaisir. Parce que le design de Masakasu Katsura, assez libre sur ce coup, ne fait pas trop de concessions. Choisi par Keita Amemiya lui-même pour adapter son (superbe) main-design très dark, Masakazu Katsura, alors en plein succès de DNA², rend une lourde copie : armure à plusieurs niveaux, gadget multiples, créatures variées, engins mobiles ou volants….Les animateurs ont  dû suer mais l’aspect reste bien traité, avec régularité.

Heureusement, le travail de Katsura est plein de panache. Une approche symbolisée par Iria, garçon manqué et terriblement belle. À titre purement personnel, j’aime l’équilibrage dont profite le design : nuque dégagée, coupe de cheveux batarde qui rééquilibre l’envergure du voile recouvrant l’armure, hanches libérées. C’est un sans faute, et les fans de DNA² devrait y voir des relents de certains personnages…

“Pour Iria, je voulais que sons côté droit montre sa témérité, et son côté gauche sa féminité. C’est pour cela que j’y ai mis ce grain de beauté”. 

Masakazu Katsura

Le rôle du mangaka s’est élargi aux items et là aussi Masakazu Katsura (accompagné de Naohito Takahashi) s’en sort très bien. Pourtant, comme il l’avoue lui-même, dessiner des robots et autres objets robotiques n’est pas son fort. On le croit volontiers mais le résultat est là, et Iria bonifie ses combats avec un riche arsenal composé de mini-grandes, lasso explosifs, lames cachées, fusils longues-portées ou protecteurs… Une variété à l’image de son héroïne. Un vrai point fort, d’autant que tous les effets qui s’y rattachent (rayon, explosion, fumée) sont particulièrement biens foutus (les animateurs qui s’en occupent sont souvent spécialiste du registre).

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Le reste de la plastique est, il faut l’avouer, bien plus quelconque et drague parfois le mauvais goût selon certains ennemis. Qu’il s’agisse des vaisseaux ou des zones visitées, les différentes idées et architectures n’ont rien de très impressionnantes. Attention, la production n’a pas joué petits bras, mais on sent que les efforts se sont concentrés sur l’héroïne et la réalisation dans sa globalité. À ce petit jeu, le story-board porté à 6 mains, demeure assez moderne. On évite (pas totalement comme le prouve la vidéo) les fameux zoom d’époque tout en conservant les entrées de champs de cet âge d’or afin de faire briller Iria, encore une fois. Une position claire et finalement assez plaisante.

Weird Zeiram

En mettant de côté cet aspect divertissant pur, Iria c’est aussi un enrobage sonore plutôt particulier. À l’image de son Opening  (signé Yayoi Gotô) qui drague le psychédélique, Iria habille continuellement ses scènes d’effets sonores. Oppressante ou complètement décontenancée, cette orientation a le mérite de donner de la singularité. Cela ne plaira pas à tout le monde, mais cela peut aussi bien se marier avec le mystère qu’est le Zeiram. Notez que les compositions musicales -vraiment dans le ton des années 80/90) sont signées Yoichiro Yoshikawa, un artiste très effacé s’étant surtout signalé sur l’OAV Dominion.

Disponible pour moins de 10 euros sur le marché, Iria (projeté lors de l’Epita 2005) mérite très largement sa place dans votre anime-thèque. Si vous êtes fans de SF, rien ne vous bouleversera, mais en qualité d’OAV historique en France (ce fut l’une des premières à débarquer chez nous) et d’oeuvre assez soignée, elle mérite le coup d’œil. Notez d’ailleurs qu’un art-book existe, trouvable en France, faisant la part belle aux travaux de recherches du staff, de Masakazu Katsura, et aux captures d’écrans.

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7 Pas qu'un souvenir

Typique de son époque, l'anime d'Iria offre 6 OAV de bonne facture. Reposant sur une héroïne qui a de la gueule et l'amour du beau geste, la série n'accuse pas vraiment le poids de son âge sur la forme (plus de 20 ans !) et se déguste tranquillement comme un sympathique petit voyage rétro.

  • Réalisation 7
  • Animation 7,5
  • Scénario 5
  • Originalité 5
  • Musique 6
  • Design 8
  • Note public (survolez et cliquez pour voter !) (7 votes) 8.3
  • RéalisationTetsuro Amino
  • Chara-DesignMasakazu Katsura
  • StudioAshi Production
  • MusiqueYoichiro Yoshikawa
  • Auteur originalKeita Amemiya
  • GenreAction, SF
  • Date de sortie1994 au Japon
  • Diffusion-
  • EditeurKaze
  • Durée6 x 35 min
  • Langue-
  • Sous-titres-
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A propos de l'auteur

Bruno

Défendre les couleurs d'AnimeLand était un rêve. Il ne me reste plus qu'à rencontrer Hiroaki Samura et je pourrai partir tranquille.

3 commentaires

  1. Xanatos

    Tout à fait exact Bruno, c’est bien le grand Benoît Allemane qui interprète Bob, le meilleur ami de Iria et de Glenn. 🙂

    On peut citer aussi l’excellent Michel Vigné (voix française de Mickey Rourke, de Nemo dans Nadia, de Lord Genome dans Gurren Lagann ainsi que Aquaman dans Batman l’alliance des héros et Young Justice) qui interprète avec brio Fujikuro, le chasseur de primes rival de Iria, bourru mais moins méchant et égoïste qu’il n’en a l’air.

  2. Xanatos

    Très belle critique !
    Je garde d’excellents souvenirs de Iria, cette série d’OAVs m’avait captivé lors de sa diffusion sur Canal +.
    J’avais été également subjugué par son héroïne, incroyablement belle, sexy et sensuelle, et également très forte, intelligente et sensible.

    Le Zeiram de par son statut n’est pas sans rappeler le Terminator, de par son aspect invulnérable et sa ténacité. Le character design est en effet splendide et l’animation est de grande qualité.
    Je ne peux pas juger la VO, ne l’ayant jamais écouté, mais la VF était excellente, notamment Barbara Delsol (voix française de Jessica Alba) très convaincante dans le rôle de l’intrépide Iria.

    Merci du renseignement sur l’Art Book de Iria, je vais tâcher de voir où je pourrai me le procurer. 🙂