1ère impression : Paranoia Agent

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Pour y répondre, il faut souvent attendre des mois avant de lire des articles plus complets sur l’oeuvre entière. Alors parfois, pourquoi ne pas se faire une première petite impression, certes temporaire, mais qui au moins donnera un avant goût de l’oeuvre choisie…

Aujourd’hui : PARANOIA AGENT, les 4 premiers épisodes de la série TV.

Origines

KON Satoshi, le réalisateur culte de toute une génération d’animefans, le maître du suspense sur celluloïd (Perfect Blue), de la romance surréaliste (Millenium Actress) et de la comédie vaudevillesque (Tokyo Godfathers), revient encore une fois sur le devant de la scène en signant sa première série TV !

L’événement est de taille et pour l’occasion, réunit une équipe hors pair. À commencer par la scénariste MINAKAMI Seishi (Boogie Pop Phantom), le créateur de décors NOBUTAKA Ike (Perfect Blue, Millenium Actress), le character designer et chef animateur MASACHI Andô (Le voyage de Chihiro !), et le compositeur HIRASAWA Susumu (Millenium Actress, Berserk TV) ! Le tout est porté à bout de bras par la prestigieuse maison de production Mad House – que l’on ne présente plus – sous la houlette d’un vieux briscard de l’animation en la personne du producteur TSUKAMOTO Hiroe (les films de Akira, Ah my Godess, les OVA de Vidéo Girl Aï, la série TV de X, Lain… plus de 60 titres à son palmarès !). Diffusé depuis févier 2004 sur la chaîne privée nippone Wowow, Paranoia Agent s’annonce comme l’un des événements télévisuels incontournable de cette année 2004…

Histoire

Panique sur la ville de Tokyo ! Des agressions en série sont perpétrées par un mystérieux jeune garçon surnommé le Shônen Bat (le garçon à la batte). Sur ses rollers dorés, il peut surgir de nulle part, à n’importe quel moment, pour fondre sur ces proies prises au hasard…

Le hasard justement, la police n’y croit guère. Toutes les victimes sont plus ou moins reliées entre elles. Qu’elles soient amies, ou simple passante dans la rue, toutes se sont croisées au moins une fois dans la mégapole nippone. Ainsi, chaque épisode est l’occasion d’une ou deux attaques contre des victimes, dont la personnalité comme souvent chez KON est plus trouble qu’il n’y paraît de prime abord. Durant les quatre premiers épisodes, nous croisons ainsi : Sagi Tsukiko, une créatrice de peluche en manque d’inspiration ; Kawazu Akio, un paparazzi qui a de gros problèmes d’argent ; Taira Yuuchi, qui est la star de son école… Jusqu’au jour où tout le monde le soupçonne d’être le fameux Shônen Bat ! Mis à l’écart par ses amis, il sombrera petit à petit dans la schizophrénie, jusqu’à accuser l’un des camarades, Ushiyama, le petit gros sympa de l’école, d’être à l’origine du complot visant à le discréditer. Vient ensuite Chouno Harumi, une studieuse assistante d’un professeur d’université en passe de se marier. Mais Harumi a aussi un secret : la nuit elle devient Maria, une prostituée fétichiste ! Souffrant d’un dédoublement de la personnalité, Harumi communique avec son double grâce à un répondeur téléphonique, et inversement ! Chacune s’accusant d’usurper la place de l’autre, qui va ainsi gagner la partie ? Et enfin voici Hirukawa, un petit flic obèse et corrompu jusqu’à la moelle…

Ces personnages ne constituent qu’un échantillon des protagonistes, puisque le générique d’ouverture nous les présente tous, avant même qu’ils n’interviennent dans la série. Dès lors, il n’y a plus qu’à guetter leur apparition pour tenter de reconstituer peu à peu le puzzle des événements. Un mobile d’agression mystérieux, (les victimes semblent être « délivrées » par le coup de batte, qui intervient toujours au pire moment de leur vie), des coups de théâtre déstabilisants : la série parvient à instaurer une atmosphère de paranoïa propice à la schizophrénie, à la fusion du rêve et de la réalité déjà si présente dans les précédentes oeuvres de KON Satoshi…

Techniquement

Récit de suspense avant tout, Paranoia Agent ne fait pas dans la surenchère d’effets techniques, ou d’images de synthèse tourbillonnantes. Sa qualité technique est avant tout au service du jeu de ses « acteurs » de papier. Dotés de mouvements fluides et subtils, les personnages de Paranoia Agent se payent même parfois le luxe incroyable d’utiliser l’onéreuse technique du lip-synch, autrement dit : la synchronisation du mouvement des lèvres sur les dialogues parlés ! Un luxe technique inconcevable pour une série TV nippone, réservé d’ordinaire aux superproductions de type Akira (et encore…).

ANDÔ Masachi vient du cinéma d’animation, et plus particulièrement du mythique Studio Ghibli, et cela se voit ! Son design est ainsi un subtil mélange de style rondouillard et « enfantin » issu du Studio, et le design réaliste si prisé par le réalisateur dans ces oeuvres issues du grand écran. Chaque personnage possède alors sa propre démarche et son propre jeu d’acteur. L’animation atteint alors parfois des sommets de fluidité, que l’on croyait ainsi réservé aux seuls films du réalisateur KON Satoshi. Les décors ne sont pas en reste, et certaines vues panoramiques de la mégalopole frôlent de peu un hyperréalisme déjà vu dans certains plans de Tokyo Godfathers. Pour ce faire, les décorateurs préfèrent ne pas se lancer dans une débauche de détails ardus, mais se concentrent sur des éclairages minutieux conférant à ces premiers épisodes une atmosphère urbaine envoûtante.

Côté mise en scène, ce n’est pas parce que KON Satoshi fait une série TV que celui-ci va pour autant édulcorer sa réalisation (sauf concernant la violence qui est ici suggérée et non montrée) ! Aidé par un format 16/9e semi cinémascope proche de ses réalisations cinématographiques, le réalisateur n’hésite pas à nous servir un véritable remake de Perfect Blue ! Cadrages recherchés, montage stylisé, ambiance paranoïaque sont ici au service d’un suspense implacable et d’un humour noir percutant. Le revers de la médaille est que ce type de mise en scène implique un rythme particulier.

En effet, ces premiers épisodes donnent parfois l’impression d’être un seul et unique film découpé en chapitres de 20 minutes. Cette impression se dissipe fort heureusement une fois passé le cap des trois premiers épisodes. Véritable puzzle où chaque détail semble avoir son importance, voici un début de série dont il ne vaut mieux pas manquer un seul épisode sous peine d’en perdre le fil !

En bref

Dés le générique d’ouverture, où chaque personnage est présenté d’une manière pour le moins incongrue, Paranoia Agent nous plonge une fois de plus dans l’univers tourmentée mais jouissif de ce réalisateur atypique qu’est KON Satoshi ! Véritable enquête policière servie par une brochette de personnages originaux, ces premiers épisodes de Paranoia Agent ne cessent d’étonner par leur qualité artistique constante et leur facture soignée, si bien qu’il est quasi impossible de deviner où le réalisateur va nous entraîner par la suite. Une chose est sûre, même si la destination nous est inconnue, nous y allons sans hésiter…

Le site officiel de la série : http://www.mousou.tv” class=”lienvert” target= “_blank”> www.mousou.tv .

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A propos de l'auteur

Kara