Alive

Manga Versus Movie

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Alive est à la base un one-shot du mangaka TAKAHASHI Tsutomu. Grand fan des Rolling Stones, collectionneur invétéré de guitares Telecaster, mais surtout auteur des manga Jiraishin, Tetsuwan Girl, Skyhigh et Blue Heaven, TAKAHASHI a réalisé son seinen fantastique en 1999. Dans l’oeuvre ici présente, l’auteur explore au travers de ce huis clos un thème qui lui semble cher : la mort, du moins une de ses facettes.

Le pitch ? Tenshuu Yashiro (HIDEO Sakaki), écrivain, est condamné à mort pour l’assassinat de Misako, sa petite amie, et des trois personnes qui l’ont violée. Le jour de son exécution, on lui propose à sa grande stupeur un choix inattendu : vivre ou mourir. Sans trop hésiter Yashiro choisi la première option. Accompagné de Gondoh (SUGIMOTO Tetta), un autre détenu, il se retrouve dans une immense pièce vide. Sans aucun but et aucune notion du temps, les deux prisonniers sont obligés de rester enfermés et d’attendre… Jusqu’au moment où ils découvrent, dans une cellule annexe, une jeune femme atteint d’un bien étrange mal. Yashiro et Gondoh découvriront qu’ils servent de cobayes pour une expérience militaire…

Version live

La transposition live est assurée en 2002 par le réalisateur KITAMURA Ryuhei. Jeune loup ayant le vent poupe, KITAMURA fait parti de ces cinéastes branchés, fana de cinéma de genre, capable de vous faire un long-métrage avec trois bouts de ficelle. Une sorte de Sam RAIMI (Evil Dead, Un Plan Simple, Spider-man) ou Peter JACKSON (Bad Taste, Braindead, Le Seigneur Des Anneaux) en version asiatique, bien que son style soit plus proche de celui de John WOO et des frères WACHOWSKI (effet Matrix oblige).

C’est avec le cultissime Versus, réalisé en 2000 avec une misère, qu’il se fait remarquer du grand public. Improbable mélange de film de zombies, de kung-fu, de chambara(1), et de gunfights, Versus permit la découverte d’un réalisateur fort débrouillard, déjanté et entièrement dévoué à la bonne série B. Malgré ses très nombreux défauts (en particulier scénaristiques et rythmiques), ce premier long-métrage a au moins constitué une belle carte de visite pour le jeune Japonais puisque désormais, il croule sous de nombreux projets.

Savoir KITAMURA aux commandes de cette adaptation ciné se révèle intéressant, et nous permet de voir comment notre MacGyver du 7e art se démène avec une histoire peu propice à l’action. Que va bien pouvoir apporter KITAMURA Ryuhei et son style
tape-à-l’oeil au huis clos de TAKAHASHI ? D’emblée, notre bonhomme dispose d’un scénario solide et d’un story-board pré-mâché. Alloué par deux petite compagnies (Suplex et Napalm Films), le budget a gonflé de manière substantielle (mais pas trop), et on retrouve une brochette d’acteurs pour la plupart familiers du cinéaste, SAKAGUCHI Tak et HIDEO Sakaki en tête.

Born To Be Alive

KITAMURA a divisé son film (d’une durée approximative de 2h) en chapitres, tout comme le manga. À chaque nouveau chapitre est indiqué le nombre de jours passés, alors qu’aucune notion de temps n’est précisée à l’origine. La majeure partie d’Alive se déroule en huis-clos, dans une seule et unique pièce, relativement semblable à celle de la BD. Pendant une bonne partie du film, le réalisateur suit scrupuleusement la trame l’oeuvre de TSUTOMU, allant même jusqu’à reproduire certains dialogues.

Coté casting, l’acteur SAKAKI Hideo (rescapé de Versus) interprète Tenshuu Yashiro. Si son aspect physique reste proche de son modèle (coupe de cheveux…), le caractère diffère quelque peu. À l’origine, le jeune condamné manifeste une certaine fragilité, une peur légitime de mourir, de disparaître. Mais l’évolution de son personnage au fil du récit rendait le manga intéressant : dans le film, la mort, et plus généralement la situation dans laquelle il se trouve, n’ont vraiment pas l’air de le préoccuper. Exemple le plus frappant dès les premières minutes du métrage : alors que le manga nous montre un héros terrrisé, en larmes à l’idée d’être exécuté, la version live nous présente un Tenshuu stoïque, voire amorphe, en tout cas guère précocuppé par son sort. De plus, le passé et le repentir de Yashiro sont rapidement expédiés dans une seule et unique séquence, laissant les spectateurs qui ne connaissent pas le manga quelque peu dans le flou. Il en découle un personnage assez superficiel et dénué de charisme. Tout le contraire de son modèle, en somme.

Autre changement : ici le héros révèle des aptitudes martiales insoupçonnées ! En effet, Yashiro use de ses petits bras musclés pour se défaire de quelques individus mal intentionnés, le rendant du coup beaucoup moins inoffensif que dans le manga. SAKAKI n’arrive pas à conférer une véritable crédibilité à son personnage. Sans doute la conséquence d’un laisser-aller dans la direction d’acteurs, mais aussi d’un manque d’implication dans la création de son personnage.

SUGIMOTO Tetta (Gondoh), de son côté, se montre beaucoup trop caricatural dans son rôle de bad guy. En plus de n’avoir pas grand-chose en commun physiquement avec la brute épaisse de la BD, l’acteur en fait des tonnes. Et à force de cabotiner, il devient tout sauf crédible dans la peau d’un meurtrier. Il lui manque par ailleurs cet air sinistre qui caractérisait si bien le Gondoh du manga.

La performance de Ryo (Yurika, la demoiselle « possédée » dans le film) est la moins désuète de toutes. L’actrice – charmante au demeurant – parvient à restituer avec un minimum de conviction la double personnalité de l’héroïne. Rien de bien extraordinaire cependant. Quant aux seconds rôles, notons que les deux agents gouvernementaux ont vu leur personnalité caricaturée au possible, devenant ainsi des méchants… très méchants. Signalons également la présence d’un personnage supplémentaire Zeros, incarné par SAKAGUCHI Tak -, spécialement créé pour l’occasion, histoire de mettre des bâtons dans les roues de Yashiro.

Boulette Time

Du fait de la psychologie peu étoffée des personnages, élément prépondérant notamment lorsqu’il s’agit d’un huis-clos, Alive peine vraiment à captiver. À l’instar de Yashiro et Gondoh, le spectateur se retrouve à attendre que le temps passe, laissant l’ennui s’installer rapidement. On peut également se demander si KITAMURA n’a pas lui aussi succombé à cette lassitude. Car pour dynamiser son film, le réalisateur va y inclure l’élément dans lequel il excelle : l’action.

À part une petite bagarre (absente du manga) entre les deux compagnons de cellule, il faut attendre la seconde moitié du film pour que la torpeur laisse place à, non pas l’excitation, mais à un autre état d’esprit : l’incrédulité. KITAMURA décide de prendre quelques libertés par rapport au scénario original, et d’imposer sa griffe en transformant l’affrontement éclair avec les gardes de sécurité en démonstration d’arts martiaux, mettant évidemment en exergue les supers pouvoirs nouvellement acquis de notre héros. Le combat lorgne bien entendu vers Matrix, avec ses acrobaties câblées et son bullet time du pauvre, mais les chorégraphies sont indigentes, et surtout très mal filmées. La caméra tremblotante et les cadrages très approximatifs rendent cette séquence difficilement lisible et supportable.

Pire encore, Alive bascule gentiment vers le nanar à l’arrivé du fameux Zeros, le « boss de fin de niveau ». Par une pirouette scénaristique absente de l’oeuvre d’origine et tout a fait discutable, ce chapitre inédit, sobrement intitulé « Versus » (tiens tiens…), met donc en scène le pauvre SAKAGUCHI Tak, déguisé en une espèce de cyborg au costume hideux et à la coiffure digne d’un minet ! Le clash final entre les deux super guerriers achève le film (dans tous les sans du terme), exhibant des effets spéciaux très laids et soulignant un peu plus son caractère fauché.

Pour son second film, KITAMURA Ryuhei trahit tous nos espoirs. Du fait de son inexpérience, il ne parvient pas à s’approprier le manga de TSUTOMU Takahashi. A l’instar de Yashiro et Gondoh, il se retrouve prisonnier d’une histoire qu’il ne sait aborder. Ce film n’est finalement qu’une version superficielle du manga, qui n’avait pourtant pas besoin de moyens colossaux pour être adapté. Une durée raccourcie, un script plus travaillé et des acteurs mieux dirigés auraient suffit à rendre vivant… Alive ! Le cinéaste s’est contenté d’un simple décalquage sans saveur, en y apportant uniquement de l’esbroufe gratuite.

Alors par quoi commencer ? Par le manga évidemment ! Le long-métrage est à considérer comme un bonus que l’on pourra toujours visionner par curiosité. Pour se faire une bien meilleure idée des capacités de KITAMURA, il faudra visionner Azumi, tiré d’un manga de KOYAMA Yu !

Pour plus d’informations sur le manga, lire AL # 92.

Le site officiel du film : http://www.alive-movie.com/index1.html ” target= “_blank”> www.alive-movie.com.

Alive, de KITAMURA Ryuhei, sorti au Japon en juin 2003.

Lire la critique de Azumi.

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