OEuvres de Pénélope Bagieu

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Posté dans : Manga & BD

  • Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #490351

    Pénélope Bagieu appartient à cette brillante et nouvelle génération féminine de la BD d’humour sociétal (Margaux Motin, Lisa Mandel, Hélène Bruller…) qui a pris récemment le relais des pionnières rarissimes de longue date mais pourtant ignorées par la sectaire clique d’Angoulême (Claire Bretécher, Florence Cestac). On sait que Riad Sattouf a dû imposer des auteurs femmes à ces pseudo-libertaires par un chantage, et non sans résistances…
    Il existe aussi d’ailleurs quelques jeunes auteures de BD “classique” épico-narrative là où nulle n’apparaissait il y a dix ans.

    Pour ce qui est de Pénélope Bagieu, je n’en ai pas tout lu, mais évidemment le formidable “Cadavre Exquis”, que je recommande chaudement !!
    Je me suis fait offrir à Noël les deux tomes de Culottées et voudrais en dire ici deux mots.
    Le sous-titre, conforme au contenu, est “Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent”. Il s’agit en effet de destins historiques féminins, authentiques et bien documentés, dont beaucoup sont malheureusement peu connus. Pénélope (j’aime ce prénom, surtout parce que titre du merveilleux film où Christina Ricci a un nez de cochon) a certes zappé nombre de célébrités qui n’ont guère besoin d’elle, déjà glorifiées par des films comme Marie Curie, Artemisia Gentileschi, Camille Claudel ou Alexandra David-Néel. Je me permettrais de regretter d’autres absences, comme Rosa Bonheur ou Hanna Reisch, mais bien sûr le but n’était pas l’exhaustivité.
    Volume 1 :
    On n’y trouve, sur 15 femmes, que deux vraies célébrités mondiales, mais dont la vie n’est pas si connue que leur influence : Joséphine Baker et Tove Jansson. L’enfance de la première est très courte, fille d’un couple de danseurs noirs dont le père tire sa révérence dès que cette bouche à nourrir apparaît ; la mère n’est pas plus aimante, et Joséphine bosse dur, danse sur des scènes misérables. Elle se marie à 13 ans (!) pour s’échapper, puis divorce après une bagarre avec son mari à peine plus vieux qu’elle. Mais elle sait danser, extraordinaire de souplesse et de drôlerie. On la recrute pour se produire à Paris. Son abattage (mais sans doute aussi le fait qu’elle n’a aucune gêne envers la nudité) lui donnera ensuite la carrière qu’on sait.
    Tove Jansson, finlandaise, a une enfance à l’opposé : ses parents sont aimants, joyeux, cultivés car artistes, et elle dessine dès le berceau pour ainsi dire. Chez elle on fait la fête, on peint, on se raconte des histoires et des contes. Quand elle arrive à Paris, étudiante dans les ateliers d’art, on lui fait vite comprendre que les femmes ne comptent pas pour de vraies artistes. La vie en France lui déplaît tellement qu’elle rentre en Finlande. Mais le pays (il faut se souvenir qu’il fut allié de l’Axe) entre dans la guerre, et elle perd son frère ; également son amie (car elle n’aime que les femmes) juive, qui est déportée. Dans sa tristesse elle se réfugie dans des histoires dessinées sur un petit peuple, les Moomins, dont la vallée paisible est menacée par une comète. Après la guerre, immense succès de sa BD. Mais ce succès grandissant d’années en années finira par lui peser, devenir un esclavage alors qu’elle peint différemment, écrit… Ce n’est qu’au long terme qu’elle trouvera l’équilibre (et le grand amour avec une autre artiste).
    Notons que Pénélope manie toujours un certain humour, une distance, une ironie, même à travers l’adversité si souvent opposée à ses héroïnes. Sauf à propos de l’enfance et adolescence horribles de Phulan Devi, la “reine des bandits” en Inde. On peut aussi noter quelques petites édulcorations (par exemple, sur les raisons pour lesquelles Betty Davis quitte son mari Miles Davis, célèbre musicien mais épouvantable avec toutes les femmes et totalement misogyne ; ou bien sur les idées au complet de Naziq al-Habid, activiste syrienne).
    Au total, cela reste deux volumes géniaux, sur une trentaine de femmes remarquables très souvent ignorées du vedettariat fabriqué par les médias, voire totalement méprisées encore aujourd’hui par l’histoire officielle (comme Wu Zetian, la seule impératrice régnante de la Chine, autour de l’an 700, que Pékin méprise toujours malgré un excellent règne).

    Cyril
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    Cyril le #490370

    J’ai beaucoup aimé ces deux ouvrages : effectivement, on peut toujours regretter l’absence de tel ou tel personnage mais l’exhaustivité était impossible et on a un large panel de femmes, connues ou moins connues et issues de toutes les parties du monde.

    J’émettrai juste 2 remarques sur 2 destins de femmes présents dans le tome 2 : celui de Phulan Devi comporte des passages franchement horribles et écoeurants et fait que je ne mettrais pas le livre entre les mains d’un enfant. Et celui des soeurs Shaggs : à l’opposée des autres femmes, elles n’ont pas vraiment fait ce qu’elles voulaient : du vivant de leur père, elles ne se sont pas révolté et ce n’est qu’à son décès qu’elles ont arrêté son projet débile.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #490618

    J’émettrai juste 2 remarques sur 2 destins de femmes présents dans le tome 2 : celui de Phulan Devi comporte des passages franchement horribles et écoeurants et fait que je ne mettrais pas le livre entre les mains d’un enfant. Et celui des soeurs Shaggs : à l’opposée des autres femmes, elles n’ont pas vraiment fait ce qu’elles voulaient : du vivant de leur père, elles ne se sont pas révolté et ce n’est qu’à son décès qu’elles ont arrêté son projet débile.

    Parfaitement d’accord, Cyril, sur tes deux remarques.
    Par ailleurs je ne suis pas franchement admiratif envers Jessely Radack, car je me méfie aussi bien de l'”objectivité” des lanceurs d’alertes que des politiques qu’ils épinglent. La critique de cette avocate envers Obama, “pire que Bush”, a sûrement été pain béni pour l’élection de Trump, merci pour lui. Mais Pénélope se préoccupe plus, et à juste titre, de la personnalité de ses héroïnes que de leurs engagements politiques.

    En tant que guide, j’aurais aimé des femmes-peintres, car elles aussi ont dû parfois se battre contre la pure bêtise, et elles restent passées sous silence.
    Paradoxalement, elles furent souvent très célèbres de leur vivant : c’est après leur mort qu’un “coup de balai” de l’Histoire de l’Art et de l’Histoire tout court intervient : Rosalba Carriera, Angelika Kauffmann, Elisabeth Vigée-Lebrun, Rosa Bonheur.
    Tiens, Rosa Bonheur : née en 1822, décédée en 1899, elle démarre une vraie carrière vers 1850. Par chance, elle n’est pas jolie, donc nul ne l’accuse de “priver de joie un homme”, tous les maris à l’époque interdisant aux femmes de travailler, surtout dans l’art ! dans la foulée, elle peut même s’afficher comme homosexuelle avec une compagne : en fait le terme n’existait même pas, on fermait un peu les yeux quand deux “vieilles filles moches” vivaient ensemble, ça n’avait aucune importance. Elle obtint même de Napoléon III un “permis de travestissement” c’est-à-dire de porter un pantalon, normalement interdit aux femmes. Sa trouvaille géniale : les sujets de mythologie, d’Histoire, les paysages et portraits même étant chasses gardées masculines, elle eut l’idée de créer un genre : la peinture d’animaux domestiques, vaches, moutons, chèvres, en immenses formats (seuls un ou deux Hollandais l’avaient précédée au 17e siècle, en modeste format). Mieux, elle travailla à montrer en leurs expressions, pourtant d’un réalisme parfait, leurs souffrances et leur stupeur sous le brutal esclavage que ces malheureux animaux subissaient de la part des humains. Elle fumait la pipe, explorait les abattoirs. Elle devint extrêmement célèbre, en France, en Angleterre, aux Etats-Unis. Quand Buffalo Bill vint en Europe, il insista véhémentement jusqu’à pouvoir la rencontrer. Or, que constatons-nous ? que presque personne ne la connaît aujourd’hui. Le Musée d’Orsay en montre UNE SEULE toile.

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