Personnalité de la semaine : Hiroya Oku

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Gigant marque le retour en grandes pompes de Hiroya Oku dans les librairies françaises. L’occasion pour nous de revenir sur un artiste qui a fait entrer le manga dans le 21e siècle.

Dans son manga Vampires, Osamu Tezuka se met en scène en tant que personnage important dans le déroulement de l’intrigue. Cette audace scénaristique impressionne le petit Hiroya Oku, qui décide d’embrasser la carrière de mangaka. L’éditeur Shôgakukan repère le jeune talent de Fukuoka suite à sa participation à un concours, et lui confie pendant quatre ans un poste d’assistant auprès de Naoki Yamamoto. Comme son mentor, il analyse à travers leur sexualité les relations sociales entre les Japonais. C’est d’ailleurs en 1989, simultanément à la comédie de mœurs (dé)culottée Asatte Dance de son sensei, que Hiroya Oku publie à 22 ans sa première œuvre Hen, découpée en deux cycles. Le héros du premier, persuadé qu’une âme féminine est emprisonnée dans le corps de son meilleur ami, en est fou amoureux ; la seconde moitié voit une jeune femme, convoitée par tous les hommes, tomber contre son gré amoureuse d’une autre fille.

Avec 01 Zero One, dix ans plus tard, il chamboule les normes graphiques du manga, en intégrant des décors et des personnages modélisés en 3D. La puissance de calcul des ordinateurs de 1999 est loin des performances actuelles et cette méthode prend au final plus de temps que le dessin à la main ! Malgré son échec, ce manga au pitch peu inspiré (un tournoi de jeu vidéo aura permis à Oku de maîtriser l’outil infographique pour sortir en 2000 Gantz (éd. Delcourt/Tonkam), fresque de science-fiction sans concession pour adultes. Jouant aussi bien de l’ultra-violence que d’un érotisme assumé (plus réalistes que dans Hen, les mensurations des héroïnes tiennent du fantasme), les 37 volumes seront plus ou moins édulcorés selon leurs adaptations en série d’animation (2004) ou en films live (2011). Cependant, à travers cet angoissant jeu de massacre, le mangaka analyse d’autres domaines de la psyché humaine, étendant son spectre au-delà de la sexualité.

Il prolonge ce sillon avec Last Hero Inuyashiki (éd. Ki-oon), portant un regard cru sur la société nippone et la confrontation sous-jacente entre des doyens de plus en plus nombreux et une jeune génération à l’ambition démesurée. Trois mois après sa conclusion au onzième tome, le manga est adapté en série animée ; il faudra en attendre six de plus pour le film live. La proximité temporelle de ces déclinaisons prouve à quel point, à 50 ans en 2017, Hiroya Oku est devenu une référence. Il saisit l’opportunité pour revenir sur son terrain de prédilection : l’héroïne de Gigant (éd. Ki-oon) est une actrice porno qui peut faire varier ses proportions à l’envi ! Pourtant, pour la première fois, le mangaka fait la part belle à son héroïne, qui tourne en ridicule la gent masculine. Oku serait-il devenu un nouveau porte-parole féministe ?

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A propos de l'auteur

Matthieu Pinon