Personnalité de la semaine : Yumi Tamura

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Légende du manga au Japon, elle a longtemps été boudée par le public français. Avec l’arrivée de Don’t call it mystery en France, adapté en drama dans son pays d’origine, Yumi Tamura a une seconde chance de vos conquérir !

C’est en 1983 que Yumi Tamura fait ses débuts professionnels dans l’univers du manga, après avoir étudié aux Beaux-Arts et assisté des dessinateurs confirmés – le parcours classique. Elle se fait aussitôt remarquer en recevant le prix Shogakukan du meilleur nouvel artiste : l’éditeur, conscient de son talent, fera d’ailleurs tout pour conserver son exclusivité, ce qui la met au même niveau que des mangakas stars comme Rumiko Takahashi, Mitsuru Adachi ou Gosho Aoyama. C’est donc dans les pages du magazine shojo Betsucomi que commence en 1987 sa première série, Tomoe ga yuku !, ou l’histoire d’amour déçu de la jeune Tomoe envers Kazusa, leader d’une troupe de cascadeurs qui s’avère être au final un groupuscule criminel ! Terminé en huit tomes, ce premier manga est un galop d’essai pour la dessinatrice, prête à passer à une œuvre plus ambitieuse.

Et quelle œuvre ! Basara propulse les lecteurs dans le Japon du 23e siècle, royaume post-apocalyptique dirigé par une lignée de tyrans. À la naissance de jumeaux, un prophète annonce que l’un d’entre eux sera l’étoile qui sauvera le pays. Tous s’attendent à ce qu’il s’agisse du garçon Tatara mais, quand ce dernier est assassiné, c’est sa sœur Sasara qui mènera la révolution en se faisant passer pour lui. Fresque fantasy/SF féministe, Basara captivera les lectrices japonaises entre 1990 et 1998, remportera le prix du meilleur shôjo Shogakukan, et sera adapté en courte série animée (13 épisodes en 1998) puis en trois versions théâtrales (2012, 2014 et 2019). Pourtant, le manga passera totalement inaperçu en France, Kana publiant les 27 tomes jusqu’au bout malgré des ventes calamiteuses. Pendant ce temps, au Japon, Yumi Tamura enfonce le clou avec une courte série fantastique en deux tomes, Chicago, qui lui permet de souffler avant d’entamer un nouveau marathon.

La parution de 7 Seeds s’étendra en effet pendant plus de quinze ans, entre 2001 et 2017 ! La mangaka peut alors développer en profondeur sur 35 volumes un nouvel univers post-apocalyptique. En apprenant que la Terre risque d’être percutée par une météorite, les gouvernements à travers le monde mettent en place le plan 7 Seeds. Quatre groupes de sept adolescents sont sélectionnés au Japon pour être cryogénisés à travers le pays (Hokkaido, Tokyo, Kyushu…). Double problème : non seulement ils ne sortent pas tous de leur sommeil artificiel en même temps (plusieurs années d’écart) mais en plus, le Japon est devenu une jungle hostile suite à une ère glaciaire intervenue durant leur stase… Écoulé à plus de dix millions d’exemplaires au Japon, le manga fait à nouveau un flop en France, contraignant Pika  à interrompre sa parution au tome 10. Depuis, seule la maigre adaptation animée de 2019 en 24 épisodes par le studio Gonzo pour Netflix permet de découvrir 7 Seeds. La sortie chez Noeve Grafx de Don’t call it mystery, manga policier dont le héros étudiant touffu montre des capacités dignes de Sherlock Holmes est donc l’occasion d’enfin faire honneur en France au talent de Yumi Tamura ! Le Japon n’a pas attendu : alors que le manga en est à son 8e tome, une adaptation en série live vient d’être annoncée pour janvier 2022 !

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A propos de l'auteur

Matthieu Pinon
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