Personnalité de la semaine : Sanpei Shirato

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Pionnier du gekiga, Sanpei Shirato est décédé à quelques jours d’écart de son frère, Tetsuji Okamoto. AnimeLand rend hommage à ce géant du manga.

Début 1933, l’écrivain communiste Takiji Kobayashi décède suite à un interrogatoire musclé : certains de ses camarades exhibent son corps tabassé pour dénoncer les méthodes de la police. Parmi eux, le peintre prolétarien Tôki Okamoto, déjà père du petit Noboru né l’année précédente, attend un second fils, Tetsuji. Comme leur père, les deux enfants se tourneront rapidement vers le dessin, l’aîné s’apprêtant à faire une carrière mémorable sous le pseudonyme Sanpei Shirato. Sans surprise, ses œuvres seront marquées par l’extrême-gauche et le rejet des conflits armés, suite à l’explosion de la seconde guerre mondiale à la fin de son enfance.

À sa sortie du lycée en 1950, il se tourne vers le kamishibai, mais se distingue des autres conteurs grâce à des effets de ralenti pour augmenter l’intensité des combats. Cet art de la mise en scène lui apporte le succès dans les librairies de location, notamment en 1958 avec Ninja Bugeichō, qui narre la révolution paysanne du Japon féodal. Le dynamisme de ses planches est tel que, pour son adaptation en long métrage en 1967, le réalisateur Nagisa Oshima propose un montage des cases filmées du manga ! Il devient en 1964 l’un des premiers contributeurs au magazine avant-gardiste Garo, où il publie Kamui Den, baigné de la même philosophie marxiste. Si l’intrigue se concentre d’abord sur Kamui, enfant de l’époque Edo qui se remet en cause après être devenu ninja, elle dérive bientôt sur deux autres personnages. Point commun à ces trois héros dont chaque histoire est spécifique à un éditeur ? Ninja, confédérateur paysan ou guerrier samouraï, ils sont tous de basse extraction.

De cette œuvre fondatrice naîtra le spin-off Kamui Den Dai Ni-bu, qui sera dessiné par son petit frère, Tetsuji Okamoto. Mais il serait réducteur de résumer Sanpei Shirato à un mangaka gauchiste, puisqu’il a contribué à tous les genres possibles du manga dans le marché bouillonnant des années 60. Ainsi, on retrouve sa maestria graphique dans un shônen inspiré des romans jeunesse Les Animaux Que J’ai Connus d’Ernest Thompson Seton, où il applique des techniques picturales rappelant Burne Hogarth. Plus étonnant, il s’aventure également dans le shôjo avec des titres comme Kieyuku Shōjo en 1959, ou l’histoire d’une jeune fille qui survit à sa mère victime des irradiations de Hiroshima. Chassez le naturel, il revient au galop ! Fidèle dans la vie aux opinions qu’il énonçait dans ses mangas (il surveillera scrupuleusement les cessions des droits de ses œuvres à l’étranger afin qu’elles ne soient pas motivées uniquement par un bénéfice financier), Sanpei Shirato s’est éteint d’une pneumonie à 89 ans le 8 octobre dernier, quatre jours avant le décès de son petit frère Tetsuji.

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A propos de l'auteur

Matthieu Pinon
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