#TBT : Crayon Shin-chan

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Cela fait trente ans qu’il a cinq ans. Et que Shin-chan fait trembler son voisinage qui subit régulièrement ses 400 coups. Retour sur un mythe ayant survécu à son auteur…

Surnommé Shin-chan, Shinnosuke Nohara est un petit garçon de cinq ans, qui vit avec son père Hiroshi, salaryman typique, sa mère au foyer Misae, sa petite sœur encore en couches Hiwari, et de son chien blanc Shiro. Avec ses camarades de l’école maternelle Bo, Kazama, Masao et Nene, ce garnement multiplie les tours pendables dans son quartier de la ville de Kasukabe, à une trentaine de kilomètres au nord de Tokyo. Taquin et démoniaque, Shin-chan ne respecte rien ! Ses aînés ? Il les charrie avec des questions du genre « Dans combien de temps vas-tu mourir ? » pour les personnes du troisième âge. La pudeur ? Il l’envoie aux orties en se déshabillant pour faire gigoter ses fesses ou se dessiner un éléphant au niveau du pubis ! Et ne parlons pas de ses avances à peine déguisées auprès de certaines femmes, à commencer par son ancienne institutrice Nanako Ôhara. Et comme, du haut de ses cinq ans, Shin-chan ne saisit pas toujours correctement ce qu’il entend, il lui suffit de mal comprendre une phrase pour partir dans une aventure rocambolesque !

Dans sa première série, Darakuya Store Monogatari, Yoshito Usui décrivait le quotidien d’un supermarché. Manga choral, ce titre n’avait pas de protagoniste principal, mais s’intéressait à toutes les catégories d’employé du centre commercial : vendeurs, hommes et femmes de ménage, managers… et le patron, Shinnosuke Nikaido, qui a eu droit à des flashbacks de son enfance. En découvrant ces histoires avec un héros haut comme trois pommes, le responsable éditorial d’Usui a déniché un filon à exploiter. Le mangaka a donc développé, toujours dans les pages du magazine Manga Action, les aventures de Crayon Shin-chan à partir de 1990. Pendant vingt ans et cinquante tomes, Yoshito Usui fera rire les Japonais… avant de décéder accidentellement en chutant durant une randonnée en montagne. Néanmoins, son héros lui survit : en retrouvant une quantité impressionnante de scripts déjà écrits, son équipe d’assistants reprend la série en 2010, sortant un nouveau tome chaque été.

Le succès de Crayon Shin-chan s’explique car il réussit à toucher plusieurs catégories de public. Les enfants, qui se retrouvent dans les pitreries du héros, mais aussi les adultes qui se régalent de l’humour au vitriol que le manga distille en sous-texte – citons ainsi la tyrannie de la mère de Shin-chan, l’alcoolisme à peine déguisé de son père salaryman ou l’enfant-roi qu’est Shin-chan. Il n’en fallait pas plus pour que le manga soit adapté par Shin-Ei en anime, devenu une référence incontournable dans le cœur des Japonais. Depuis le 13 avril 1992, chaque semaine voit apparaître un nouvel épisode de la série (qui en dépasse les 1100), sans compter les longs métrages annuels, rendez-vous idéaux pour les familles lors de la Golden Week (à quelques exceptions près) depuis 1993. Et ne parlons pas des spin-off qui envoient la famille de Shinnosuke un siècle dans le futur, ou se focalisent sur son chien. Cette dernière série, Super Shiro, est d’ailleurs réalisée par Masaaki Yuasa qui avait fait ses premières armes sur cette franchise. Malgré ses jeux de mots et ses références culturelles rendant sa traduction difficile, Crayon Shin-chan est, aujourd’hui encore, un titre extrêmement populaire en dehors du Japon, cumulant 150 millions d’exemplaires vendus… sauf en France, où son parcours fut plus que chaotique en manga, et quasi-inexistant en anime. Et si cet anniversaire était l’occasion de se rattraper ?

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A propos de l'auteur

Matthieu Pinon