Personnalité de la semaine : Shûichi Shigeno

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Depuis quarante ans, il fait vivre les Japonais sur les chapeaux de roues ! Pourtant, Shûichi Shigeno est aujourd’hui contraint de faire un arrêt aux stands afin de se soigner… pour mieux repartir !

Malgré toutes les qualités de la préfecture de Niigata, à commencer par son riz exceptionnel, Shûichi Shigeno rêve de s’en évader. Le gamin né en 1958 n’a d’yeux que pour la mécanique. Une passion qu’il entretient avec le dessin : parmi ses souvenirs d’enfance, il garde en tête le jour où il a dessiné un vaisseau des Thunderbirds pour un camarade de classe. Les pieds dans ses getas mais la tête dans les étoiles, il n’a de cesse de vouloir quitter sa région pour un univers d’asphalte, ce que ses parents finissent par accepter en le laissant s’installer à Tokyo pour ses études supérieures. Il profite de l’occasion pour s’inscrire à un cercle de dôjinshi, où il exprime sa passion pour les véhicules à moteur. Ses travaux sont alors remarqués par un mangaka professionnel, qui l’introduit auprès d’Akira Hio.

Le dessinateur du manga Space Battleship Yamato embauche le jeune homme comme assistant, un poste qu’il occupera également auprès de Makoto Kobayashi (What’s Michael ?) et de Masami Yûki (Patlabor). Suite à cette expérience, il fait ses débuts professionnels en 1981 dans un numéro spécial du Shônen Magazine de Kôdansha. Deux ans plus tard, il intègre le sommaire de l’hebdomadaire avec Bari Bari Densetsu, dont la folle énergie ravit les lecteurs. Le manga, qui met en scène des voyous motards engagés dans des courses clandestines à flanc de montagne, s’étale sur 39 tomes entre 1983 et 1991, et donnera naissance à deux OAV. Avec l’argent que lui rapporte ce premier succès, Shigeno ne s’achète pas une moto, mais une voiture, une Toyoya AE86 pour être précis. Pour quelle raison ? L’amour ! Impossible pour lui d’emmener faire un tour à sa petite amie de l’époque sur une moto !

Quand il se crashe le long d’une rambarde de sécurité, il perd sa voiture, mais gagne une idée qui le rendra célèbre à travers le monde. Il transpose l’univers des courses montagnardes de Bari Bari Densetsu à des véhicules à quatre roues, et donne naissance à Initial D. Publiés entre 1995 et 2011, les 48 tomes du manga s’écoulent à 55 millions d’exemplaires et engendrent des séries TV, OAV et longs métrages de 1998 à 2016. Ces deux sagas motorisées lui permettent de transmettre à son tour son savoir-faire à des assistants qui feront par la suite une belle carrière, à commencer par George Morikawa (Ippo). Mais, une fois Initial D terminé, Shûichi Shigeno peine à retrouver le succès, et patine : son seinen sur un mangaka divorcé dont la vie bascule après une rencontre avec une jeune femme, Takane no hana, ne dure que deux tomes ; et son shônen gentiment fripon sur une joueuse de baseball, Sailor Ace, six. Un malheur ne venant jamais seul, sa femme, la shôjo mangaka Yoku Hayami, décède en 2015. En 2017, le salut vient à nouveau des voitures, mais électriques cette fois, au cœur de MF Ghost, dont les ventes dépassent les 3 millions d’exemplaires aujourd’hui. Prévu pour être adapté en anime en 2023, le manga doit marquer une pause au bout de 15 tomes, puisque Shigeno connaît de graves problèmes de santé, à 64 ans. Saura-t-il reprendre la route ? C’est tout ce qu’on lui souhaite !

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A propos de l'auteur

Matthieu Pinon
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