[Entretien] Tsukasa Kotobuki : « Mon travail a plu à Yasuhiko Yoshikazu »

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Dans notre AnimeLand 246, nous avons pu échanger avec Tsukasa Kotobuki (voir son compte X), l’un des invités de Japan Expo Sud. Ce designer et illustrateur s’est distingué en signant le chara-design de Saber Marionette J, mais il a également officié dans le monde du jeu vidéo (Gowcaizer, Battle Arena Toshinden) et le manga (Ragnarok, Mobile Suit Gundam The Origin). Nous vous proposons de partager ici une partie de cet entretien et de vous reporter à notre magazine pour y lire la suite.

AL : En France nous avons eu votre manga Ragnarok (2001, paru chez Panini), qui a été stoppé après trois volumes. Quel souvenir en gardez-vous ? 

TK : En fait, le projet existait déjà. L’idée était de faire un anime avec un personnage ressemblant à Heiji de Toshinden. Pour le chara-design de l’anime, ils voulaient faire appel à moi. Dans un souci de continuité, ils m’ont d’abord demandé de faire le manga pour garder le même style par la suite dans l’anime. Malheureusement, le projet anime a été annulé et le manga s’est arrêté. C’était ma première adaptation manga donc j’ai pu apprendre beaucoup de choses. J’aurais aimé pouvoir travailler plus avec monsieur Tasa, le designer de l’œuvre originale, et me rapprocher de son style et le faire perdurer manga. J’y pense encore parfois…

Tsukasa Kataboki a affronté son ami Mamoru Yokota à Marseille le temps d’un live drawing. © Japan Expo Sud

AL : Vous avez d’ailleurs travaillé sur les mangas Gundam et réalisé plusieurs illustrations pour la licence. Comment avez-vous été choisi ? Le duo Tomino-Yasuhiko validait-il vos travaux ?

TK : Je n’ai pas été choisi par Yoshiyuki Tomino mais par Yoshikazu Yasuhiko ! Ils voulaient faire un remake de la première série Mobile Suit Gundam mais Yasuhiko s’était retiré du monde de l’animation. Alors il a accepté ce projet à condition d’en faire un manga, il a donc fait Gundam The Origin. Le studio Sunrise voulait tout de même en faire une adaptation anime. Yasuhiko leur a dit qu’il ne faisait plus d’animation mais qu’il voulait bien choisir une équipe chargée de s’en occuper ! Et, d’après les rumeurs, il m’a choisi pour faire le chara-design de The Origin car il avait vu mon travail sur Kai Shiden Report (manga spin-off de Gundam paru en 2005, ndlr) et ça lui a plu. Il trouvait que mon style ressemblait au sien, en plus “moderne” et que ça plairait aux jeunes de l’époque. Il ressentait une sorte d’affinité artistique mais les gens de Sunrise n’avaient pas trop compris son choix parce que j’avais travaillé sur Saber Marionnette J et ne l’ont pas trop accepté (rires). 

Lancé en 2009 dans le Gundam Ace, le manga Kai Shiden Report totalise 2 tomes. Le personnage Kai Shiden apparait d’ailleurs brièvement dans l’anime The Origin

AL : Qu’avez-vous apprécié en travaillant sur Gundam ?

TK : Ça a été extrêmement enrichissant mais c’est très différent quand on le vit de l’intérieur. Une partie de moi n’aurait pas aimé connaître ça et l’autre est contente de l’avoir fait ! (rires) Aujourd’hui, je profite de cette riche expérience et d’une meilleure connaissance de Gundam

© SOTSU・GUNDAM

AL : Est-ce particulièrement difficile de dessiner ces personnages, ces mecha ?

TK : Bien sûr mais le plus difficile a été de renier mon propre style pour pouvoir respecter et approcher le style de Yasuhiko, j’ai dû beaucoup travailler ! 

AL : Avez-vous pu aller au studio Sunrise à l’époque ? 

TK : Je n’étais pas animateur mais j’y suis allé et j’ai appris énormément de choses. Dans les années 1990, j’ai travaillé sur plusieurs projets en lien avec l’animation comme Akihabara Dennô Gumio ou Saber Marionette J. J’avais un pied dans l’animation mais je n’étais pas animateur, donc les gens de Sunrise ne comprenaient pas pourquoi j’étais là. Un jour, j’en ai parlé à Yasuhiko et il m’a dit  « dessine, ne t’inquiète pas, ils ne diront rien ! », C’était comme un conseil de Dieu ! (rires) Même aujourd’hui, je ne me sens pas vraiment animateur. Je suis plutôt là pour corriger. Je travaille à la base sur des dôjinshi, donc imiter ou me corriger, je sais faire ! Dans le cas de Gundam, je me rapproche du dessin de Yasuhiko, c’est également ce que j’ai fait sur le film Nicky Larson : Private Eyes (il y est crédité comme l’un des directeurs de l’animation, ndlr). Je passe par dessus le travail des animateurs et je leur dis comment ils pourraient améliorer pour s’approcher de l’ambiance d’origine.

Visuel de l’édition italienne de Ragnarok. Ce manga de fantasy propose une lutte entre des mercenaires et des démons.

AL : Il semblerait que vous étiez assistant de Ken’ichi Sonoda (Gunsmith Cats, Bubblegum Crisis)… Qu’avez-vous appris à ses côtés ? 

TK : J’ai travaillé avec Ken’ichi Sonoda pendant un an ou un an et demi. J’ai surtout appris que les professionnels sont des professionnels (rires) ! Sonoda est un génie au même niveau que Yasuhiko. Et ces génies n’ont pas conscience des difficultés de ceux qui ne le sont pas ! Ils ont donc du mal à transmettre et enseigner parce qu’ils ne comprennent pas pourquoi les autres n’y arrivent pas. C’était à nous, à moi, d’apprendre en regardant son travail. Concernant le travail en lui-même, Sonoda faisait uniquement les esquisses et me demandait de faire le tracé final puis l’encrage. Quand j’avais fini, il me disait « c’est bien, c’est bien ! » mais il corrigeait derrière. (rires) Il commençait à me confier de plus en plus de travail et à la fin, il m’arrivait même de dessiner les personnages principaux jusqu’à l’encrage. J’ai vraiment appris le processus de création et comment faire un manga d’une manière professionnelle et efficace.

 

Tsukasa Kotobuki a été choisi pour moderniser le design de Daicon au moment de la restauration des cours métrages en 2023. © DAICON FILM

Entretien réalisé par Anthony de la Cruz depuis Marseille. La suite, où Tsukasa Kotobuki évoque sa relation avec Masami Obari notamment, est à retrouver dans notre AnimeLand 246 disponible en précommande très prochainement.
Remerciements à l’équipe de Games of Comet à l’interprète Andy Kimura Oulebsir.

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A propos de l'auteur

Bruno

Défendre les couleurs d'AnimeLand était un rêve. Il ne me reste plus qu'à rencontrer Hiroaki Samura et je pourrai partir tranquille.