C’est avec un staff garni que l’équipe de production du nouvel anime The Ghost in the Shell, produit par Science SARU, s’est déplacée à Annecy pour l’avant-première des deux premiers épisodes. Le réalisateur Mokochan nous a accordé un échange d’une vingtaine de minutes pour parler de la production de cette nouvelle série, très fidèle au travail de Masamune SHIROW.
Animeland : Comment se décide qui réalise chez Science SARU ?
Mokochan : Pour être franc, je ne sais pas exactement quel est le processus de sélection.
De ce que je sais, il y a différents producteurs chez nous qui se réunissent et ils choisissent entre eux. Ils sont en suite venus me demander si je voulais passer à la réalisation.
AL : Les animations de Science SARU ont attiré l’intention, on ressent l’influence de YUASA, est-ce son influence la plus forte ?
Mokochan : Il m’a fortement influencé. Quand je suis entré à Science SARU, j’ai pu travailler sur ses réalisations. Sur kimi to nami ni noretara (nommé Ride your wave en France, NDLR), j’ai pu être au plus proche de lui comme une sorte d’assistant. Je ne sais plus comment j’ai été crédité en tant que metteur en scène (sous le nom Tôma KIMURA, NDLR). À cette occasion, j’ai pu voir sa manière de procéder, d’agir. J’ai beaucoup appris pendant cette période. On peut donc dire, oui, que M. YUASA m’aura influencé fortement.
AL : Un réalisateur en chef a des réunions à faire avec son équipe, quelles étaient les directives que vous leur donniez pour expliquer vos choix et les actions aux animateurs ?
Mokochan : En effet, nous en avons eu. Pour transmettre ma vision, ce que je concevais. Ça fait pas mal de choses. Il m’arrivait de parler tout en mimant les mouvements. J’ai pour habitude de souvent utiliser des sons pour exprimer ce que j’attends. Par exemple, plus qu’un « Boom », je veux ici un « KABOOM », un « klang » plus qu’un « kong » (rire), mais, comme je suis à la base un animateur et que j’aime dessiner, j’ai le plus souvent dessiné pour transmettre au mieux ce que j’attendais.
AL : Ghost in the Shell a connu plusieurs adaptations animées marquées par la vision de leur réalisateur, comme Mamoru OSHII, Kazuchika KISE ou Kenji KANAYAMA. Aimez-vous ces approches réalistes ou bien la vôtre est différente ?
Mokochan : Les adaptations de Ghost in the Shell sont pour moi des œuvres importantes. Les animations sont si impressionnantes. Dans ma conception de cette adaptation, je n’ai aucune intention de me mettre face à ces titres, car le cahier des charges était de se rapprocher au plus du manga originel.
AL : Êtes-vous fan de cyberpunk, si oui, qu’est-ce qu’il vous plaît dans ce genre ?
Mokochan : J’aime ce genre. Une des raisons est que l’on peut travailler son univers, l’ambiance de façon pointue. Comme la SF, ce sont des mondes, des univers à part qui ont une empreinte forte. Et, j’aime ça.
Le réalisateur Mokochan et les producteurs Kohei Sakita, Kengo Abe et Daichi Sasa étaient présents pour l’AVP mondiale des deux premiers épisodes au festival d’Annecy le 22 juin 2026.
AL : J’ai cru comprendre que c’est au lycée que vous avez découvert le manga de M. SHIROW. Quel impact cela aura eu sur vous. Était-ce le premier titre manga de ce genre que vous lisiez avec autant de détails et de textes ?
Mokochan : Je n’en ai jamais lu de comme ça. J’ai été très impacté par cela justement. Les explications poussées, les notes en marge, tout ça. Ce qui est aussi impressionnant et les différents niveaux de lecture que l’on peut avoir. Il y a ainsi une trame principale qui tisse l’ensemble, mais derrière on a un autre filtre de lecture qui apporte et donne un nouveau prisme dans la vision de l’œuvre. C’est cette nouvelle façon d’expression qui m’aura fortement impressionné.
AL : La volonté de rester fidèle au manga, est-ce une demande de l’éditeur Kodansha ou bien de l’auteur lui-même ?
Mokochan : Lors des prémices du projet, il était déjà demandé de rester le plus fidèle, de suivre au mieux le manga originel. Au niveau du studio, il a été pour nous difficile de trouver le bon équilibre.
AL : M Sakita, le producteur a annoncé que le storyboard avait été corrigé par M. SHIROW. Quelles ont été les corrections qu’il a apportées ?
Mokochan : La volonté de M. SHIROW était vraiment de laisser un maximum de liberté au studio dans l’adaptation.
Cependant, il nous aura fait suivre au début deux petits mémos lorsque nous avons constitué les fiches techniques par rapport à l’univers. Pour être franc, nous n’avons pas reçu de demandes de grand changement ou autre de la part de M. SHIROW.
AL : Est-il possible de nous dire les informations autour de l’artiste en charge du mecha design. Nous n’avons pas encore eu cette information.
Mokochan : En fait, nous n’avons pas eu de personne attitrée pour ce poste. Il y en avait pour les objets volants, d’autres pour les décors. C’est la raison pour laquelle il n’y a personne de précisément à ce poste.
AL : Quel est le temps moyen de production d’un épisode ? Science SARU produisent-il tous les épisodes en interne ?
Mokochan : Tout à fait, nous n’avons rien externalisé pour la production. Nous n’avons pas par exemple confié la réalisation d’un seul épisode à un studio extérieur. Cependant, nous avons de nombreux indépendants qui sont venus à Science SARU pour créer ces épisodes.
AL : Je vais vous montrer une image pour illustrer mon propos. Voici une image tirée du YouTube officiel, on peut y voir que les décors sont illustrés de façon très réaliste alors que les personnages sont plutôt cartoons. Que pouvez-vous nous dire sur cette alliance de style ?
Mokochan : (longue réflexion) Pour moi, je n’ai pas l’impression que les personnages ne sont pas réalistes. C’est aussi un manga qui a un style très impressionniste. Je ne pense pas non plus que les décors ont un côté photoréaliste, mais qu’ils ont été conçus de façon a être impactant. Je pense que l’alliance vient de la volonté que nous avions de créer des décors et des personnages qui soient impactants. Donc, je n’ai pas la sensation d’avoir volontairement donné un style cartoon aux personnages.
AL : À Animeland, nous aimons beaucoup le travail de Osamu MASUYAMA. Pouvez-vous nous parler de votre collaboration ? Reproduire autant de décors de ville a dû être difficile.
Mokochan : Lorsque nous avons eu notre premier rendez-vous, je lui ai expliqué que je souhaitais apporter la même sensation que lorsque l’on ouvre le manga. On était d’accord qu’il fallait donner une vraie densité. Avoir tous ces détails qui vous sautent au visage quand vous ouvrez le manga. Voilà ce que l’on souhaitait. Je lui suis donc très reconnaissant, car il est arrivé à surmonter cette masse impressionnante de travail, de détails demandant énormément de concentration et de temps.
AL : Lors de la présentation, des logos ont été présentés. Ces logos/titres par exemple de M. Hajime SORAYAMA. Que pouvez-vous nous dire de cette collaboration avec lui ?
Mokochan : Je ne l’ai pas personnellement rencontré et tout s’est passé au niveau du comité.
AL : Nous trouvons intéressant le poste de M. Shuhei HANDA au character-design venant de Gainax à la base avec un trait plutôt arrondi et coloré dans les styles de Scott Pilgrim. Mais, ici avec M. SHIROW, nous avons un monde plus réaliste et détaillé. Comment ont-ils relevé ce défi ?
Mokochan : M. HANDA est tout simplement un grand fan de ce manga à la base.
AL : Avez-vous une anecdote sur le travail de M. HANDA que nous apprécions beaucoup. Ou encore sur sa personnalité ?
Mokochan : M. HANDA et moi avons travaillé quasiment l’un à côté de l’autre. C’est mon aîné dans le monde de l’animation, alors l’avoir à mes côtés, travailler avec lui m’aura aussi appris beaucoup. C’est quelqu’un qui est vraiment à l’écoute.
Entretien préparé par Bruno de la Cruz et mené par Carole Martinato depuis le festival d’Annecy, traduit par Emmanuel Bochew. Remerciements à Games of Com.
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