Lodoss, La légende de Crystania

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Nouveaux personnages, nouvelles intrigues, mais même ambiance fantastique, où chevaliers, magiciens et elfes combattent pour le triomphe du bien. L’occasion d’un retour sur cet univers mythique.

A l’origine du monde de Lodoss, il y a MIZUNO Ryô, aujourd’hui probablement le plus célèbre scénariste d’héroic-fantasy au Japon. Dans les années 80, encore étudiant, MIZUNO découvre le jeu de rôle et traduit des jeux anglo-saxons pour leur commercialisation au Japon. Passionné, il trouve dans Donjons et dragons, de l’américain Gary GYGAX, qui comme toute oeuvre d’héroic-fantasy puise son imaginaire dans la saga Le seigneur des anneaux de J.R.R. TOLKIEN, une formidable source d’inspiration pour construire son propre univers. Avec YASUDA Hitoshi et un groupe de passionnés baptisé Groupe SNE, ils créent Lodoss, un monde inédit qui reprend bien sûr les élément du genre : dragons, chevaliers, trolls, sorcières et sorciers, elfes, nains, magiciens, gobelins, se côtoient dans un monde fantastique où s’affrontent le bien et le mal. Tout cela en un mélange de légendes arturiennes, de mythes nordiques et grecs, de folklore celtique, dans les temps obscurs où hommes et dieux coexistaient.

En 1986, quand les romans de MIZUNO paraissent dans Computeek, le magazine de la Kadokawa, le succès est immédiat. Ces romans suscitent des adaptations en manga et OAV. Ainsi, notamment, La sorcière grise, à l’origine des huit premières OAV et Le dragon de la montagne de feu 1 et 2, à la base des 5 dernières OAV. Le jeu de rôle sur PC est commercialisé. La série d’OAV (13 en tout) est réalisée en 1990 et 1991 et intitulée Chroniques de la guerre de Lodoss (Lodoss to Senki). Cette adaptation animée reprend les éléments principaux du jeu de rôle originel. Le triomphe de la saga permet à MIZUNO de développer des histoires parallèles, adaptées en manga avec YAMADA Akihiro sous le titre La dame de Falis, publiée en France par Delcourt en 1994. Autre univers parallèle, celui de La légende de Crystania, anime réalisé en 1995 pour le cinéma. Une série TV, reprenant certains personnages de la saga originelle développée dans les OAV, a suivi en 1998. En France, côté animation, Kaze avait édité les OAV en 3 DVD en 2000-2001, et c’est au tour de Crystania début 2002, cette fois en vidéo. L’édition de la série TV est en préparation.On l’a compris, Lodoss, avec ses romans, ses jeux, ses OAV, sa série TV et ses manga, est un monde à part, une nébuleuse complexe fourmillant de personnages, difficile à cerner quand on n’est pas un habitué des jeux de rôles ou un passionné d’héroic-fantasy. Aussi, avant de revenir sur la sortie de La légende de Crystania, un petit retour aux sources s’impose…

Lodoss est un monde certes enchanté mais pas vraiment enchanteur. Surnommée l’île maudite, elle naît dans le chaos des combats mythiques que se sont livrés des dieux puissants. A l’origine du monde, il y a le Léviathan, créateur et monstre mythologique. A sa mort, jaillissent de ses entrailles les forces permettant la création du monde de Forcelia. Forcelia est partagé entre le dieu de la lumière, Falis, et celui des ténèbres, Falalis. De nombreux autres dieux apparaissent à leur tour, divinités belliqueuses qui se livrent sans cesse bataille. La fin de l’ère des dieux, soumise au chaos, approche. De nombreuses divinités s’exilent sur une autre terre, Crystania, et s’y incarnent en bêtes sauvages. Dans les derniers combats, Marfa, déesse mère de la terre et de la création, et Kardis, déesse de la destruction, s’affrontent. Pendant la bataille, un continent se brise pour former une terre sur laquelle les deux déesses s’éteignent. Avant de mourir, Kardis maudit les terres qui l’entourent, tandis que dans son dernier souffle Marfa parvient à séparer cet endroit maudit du reste du monde. Ces terres deviennent l’île de Lodoss, l’île maudite. Elle est protégée par l’esprit de Marfa, Kardis reposant sur l’île maléfique de Marmo, au sud de Lodoss. L’esprit de Kardis finit par se réveiller, bien des siècles plus tard. Elle s’empare de l’âme du seigneur de Marmo et le pousse à envahir Lodoss. Plusieurs personnages se rassemblent alors autour de Flaus afin de lutter contre l’esprit de Kardis et le seigneur de Marmo. Sont ainsi réunis autour d’elle : Fawn et Beld, deux guerriers, le magicien Wort, Flev, Karla, puissante sorcière, et Niis, prêtresse de la déesse Marfa. Beld parvient à tuer le seigneur de Marmo, mais il y perd son âme, corrompue par les ténèbres, et retourne sur Marmo. Parmi les autres personnages, Wort se retire en ermite, Fawn devient roi de Vallis, et Karla plus puissante encore…

On retrouve cette partie de la saga Lodoss dans le manga La dame de Falis. Les Chroniques de la guerre de Lodoss se déroulent trente ans plus tard. De nouveau Kardis se manifeste, et Lodoss est menacée par les armées maléfiques. Le jeune Parn vit dans le petit village de Zaaxon, sur le territoire pacifique d’Alania. Accompagné de son ami d’enfance l’apprenti prêtre Eto, il propose son aide au roi Fawn pour combattre l’ennemi. Bientôt, il croise sur sa route des personnes qui vont l’aider dans sa tâche : Deedlit, la jeune haute elfe, Ghim, le nain guerrier, Slayne, le magicien, et le voleur Woodchuck. Tandis que le petit groupe, les armées de Fawn et du seigneur Kashue, s’opposent à Beld, à son lieutenant Ashram et à l’elfe noire Pirotess, Kardis, Karla, et le terrible sorcier Vagnard manipulent les esprits et les êtres chacun dans des buts différents…

En 13 courtes OAV, on pénètre ainsi dans l’univers fantastique crée par MIZUNO. Ces OAVs sont sans doute parmi les plus célèbres et les plus réussies en heroic-fantasy. Rien à dire côté histoire et scénario, signés MIZUNO et YASUDA, c’est du solide ; en revanche, cet anime n’est pas réputé pour son animation, très sommaire voire absente (beaucoup de plans fixes). Heureusement, le remarquable character design de YUKI Nobuteru (X, Escaflowne), fouillé, virtuose et très beau, et les décors, souvent remarquables, viennent contrebalancer l’animation. En 1995, un long-métrage animé a été réalisé, avec des personnages différents, autour d’un monde parallèle à Lodoss, celui de la terre des dieux, Crystania. C’est ce film, Lodoss, La légende de Crystania, qui vient d’être édité en vidéo début 2002. Après la guerre de Lodoss, Ashram, Pirotess et leurs hommes ont fui Lodoss. Perdus en mer, ils découvrent une gigantesque muraille en plein océan, qui abrite la terre des dieux, Crystania. Ashram implore ce monde, pourtant interdit aux humains, de l’accueillir. Une voix lui répond, celle de Barbas. Ashram accepte de lui céder son enveloppe charnelle contre le sauvetage de ses hommes. Trois cents ans plus tard, le monde de Danaan, au pied de la muraille de la terre des dieux, est gouverné par un premier ministre en quête de pouvoir absolu. Le jeune Raydon voit son père, le seigneur Harven, assassiné par les hommes du premier ministre. Résolu à se venger, il s’enfuit avec plusieurs compagnons, Narsel, le magicien et ami, Quild, la prêtresse Adelicia, l’apprentie shaman Lifan, et le combattant Orville. Acculés face à la barrière qui sépare Danaan de Crystania, Raydon supplie la muraille de s’ouvrir. La voix de Barbas lui propose sa force, et le petit groupe de Raydon peut pénétrer sur la terre des dieux. Dieux animaux, créatures maléfiques et combats titanesques les y attendent. Ce long-métrage de 1h20 permet de retrouver l’ambiance de Lodoss, bien que le récit se déroule bien loin de l’île, et que les personnages principaux soient différents (malgré la présence de Ashram et Pirotess). Le character design de TAKARAYA Yoshinori, figé, monolithique, est aux antipodes de celui de YUKI. Si l’animation est parfois assez fluide (plusieurs personnages sont souvent animés simultanément), la qualité technique globale est moyenne pour un long métrage destiné au cinéma. L’ensemble est néanmoins très agréable à visionner, en version originale sous-titrée français uniquement actuellement. Crystania est parfaitement inscrit dans la continuité de l’univers de Lodoss.

Certes, rien de bien neuf ni révolutionnaire ici, mais le plaisir pour les amateurs de retrouver personnages forts et courageux aux prises avec dieux furieux et créatures monstrueuses. Une oeuvre finalement pas très ambitieuse, notamment par rapport aux riches OAVs, qui apporte sa petite contribution au monde heroic-fantasy de Lodoss, sans dénaturer l’ensemble ni le transfigurer. Ce film est en fait la première partie d’un récit consacré au même monde, trois OAV ayant été réalisées par la suite. Kaze prépare une sortie en 3 DVD regroupant la saga autour de Crystania. Autre sortie attendue, celle de la série TV réalisée en 1998, Les chroniques du chevalier héroïque (voir AL nø71), où les mêmes protagonistes que dans Lodoss se retrouvent. Même sans être a priori attiré par les chevaliers héroïques et les elfes sexys, il y a de quoi être conquis par l’univers vaste en imagination de Lodoss. Le manichéisme de la lutte du bien contre le mal est floué par des personnages, eux, complexes (bon, le héros, lui, évidemment, reste un jeune homme fougueux et droit, bien que tenté par le côté sombre de la force…). Avec son mélange fourre-tout de mythes et légendes issus de la culture occidentale, Lodoss est suffisamment riche en situations, personnages et sentiments pour y trouver son bonheur.

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