Personnalité de la semaine : Yasuo Ôtsuka

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Pionnier génial de l’animation au Japon, il avait révélé de nombreux talents qu’il a mis dans la lumière pour mieux rester dans l’ombre. Yasuo Ôtsuka vient de nous quitter à l’âge de 89 ans.

Rien ne prédestinait Yasuo Ôtsuka à faire carrière dans l’animation. Né en 1931 à Tsuwano, dans la préfecture de Shimane (à l’extrême ouest de l’île de Honshu), il subit les horreurs de la deuxième guerre mondiale durant son adolescence. Au début des années 50, il entre sur le marché de l’emploi et contribue au renouveau de son pays ravagé par le conflit avec des postes administratifs. Il monte ainsi à Tokyo pour travailler au bureau pharmacologique et narcotique du Ministère de la Santé. Dans la capitale en ébullition, l’animation en plein essor recrute à tour de bras et, en 1956, Ôtsuka plaque sa carrière de fonctionnaire pour intégrer Toei Animation. Il y participe en tant qu’animateur à la conception du premier long métrage animé japonais en couleurs, Le serpent blanc.

Il y fait surtout la connaissance de Hayao Miyazaki et Isao Takahata, entrés peu après lui dans le studio. Les trois compères s’y font remarquer pour leur activisme syndical et leur obstination au travail : contre vents et marées, ils viennent à bout du projet Horus, prince du soleil, qui sera un échec cuisant pour Toei. Après avoir quitté Toei, leurs chemins ne cesseront de se croiser, les trois animateurs (qui sont quatre, comme les mousquetaires, avec Yôichi Kotabe) se rejoignant aux studios A Production où ils réaliseront Panda, Petit Panda et la première série de Lupin III, puis chez Tokyo Movie Shinsha où ils reprendront les aventures du petit-fils d’Arsène Lupin. Ôtsuka aide ainsi considérablement Miyazaki à lancer  sa carrière en étant chef animateur sur Conan, le fils du futur (et chara-designer) ainsi que sur Le château de Cagliostro.

Avec l’âge, Yasuo Ôtsuka décide de faire bénéficier les jeunes générations de son expérience, et enseigne aussi bien au studio Ghibli qu’à Toei Animation. Parmi les nombreux talents qu’il aura révélés, on pourra ainsi citer Yoshifumi Kondo (chara-designer et directeur de l’animation sur Le Tombeau des Lucioles et Princesse Mononoké), Yoshiyuki Sadamoto (chara-designer d’Evangelion) ou encore Gisaburo Sugii (réalisateur de Touch et Captain Tsubasa : Road to 2002). Vivant la transmission de son savoir comme un sacerdoce, il en fera également profiter de jeunes animateurs Français au cours de masterclasses lors de sa participation au Festival « Nouvelles Images du Japon » en 2001… mais aussi des bouts de chou à qui il répond après la projection de Panda, petit panda ! Figure éminente de l’animation au Japon (il était membre de JAnicA et conseiller pour Telecom Animation Films), il trouvait cependant le temps d’assouvir sa passion pour les véhicules militaires dans des dôjinshi qu’il a écoulés en toute discrétion dans les années 1990. Annoncée par le producteur du studio Ghibli, Toshio Suzuki, sa disparition a bouleversé l’industrie de l’animation au Japon, où les plus grands noms lui rendent hommage. Tout comme l’équipe d’AnimeLand, à sa modeste échelle.

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A propos de l'auteur

Matthieu Pinon
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