Personnalité de la semaine : Kazuyoshi Torii

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Son nom vous est probablement inconnu. Pourtant, sans lui, le manga n’aurait pas aujourd’hui la même liberté d’expression. Retour sur la carrière de Kazyuoshi Torii, qui vient de nous quitter.

Baby-boomer né le 12 novembre 1946 dans le village de Katano (désormais disparu après avoir été absorbé par la ville d’Okazaki, près de Nagoya), Kazuyoshi Torii s’intéresse très tôt aux nouveaux médias qui divertissent la jeunesse des années 60. Ainsi, dès l’âge de 19 ans, il ne cache pas son ambition de devenir réalisateur mais se réoriente dans l’animation, support en pleine expansion. Après s’être formé chez Nippon TV Dôga, il intègre le studio d’animation créé par les disciples d’Osamu Tezuka, le Studio Zero. Il y est vite repéré par l’un de ses fondateurs, Fujio Akatsuka, génie et pionnier du gag manga, qui le débauche dans son atelier. En 1968, Kazuyoshi Torii intègre donc Fujio Pro, et participe aux brainstormings pour la création des gags d’Osomatsu-kun ou Tensai Bakabon.

L’an suivant, Torii finit par se lancer en solo dans le manga en 1969. C’est Akatsuka qui lui conseille de sortir de sa zone de confort en faisant un manga « aussi sale que sa figure » arborant souvent une barbe hirsute mal entretenue en raison de sa dépression. Dès 1970, sa série Dr Toilette se retrouve publiée dans le Shônen Jump. Comme son nom l’indique, le personnage principal du manga, le docteur Toilette étudie les excréments humains avec beaucoup de zèle (et de selles). Autour de lui gravite une galerie de personnages secondaires croquignolesques : le Roi des mouches, toujours entouré d’un essaim de mouches (à merde), et Miss Caca, mystérieuse et splendide jeune femme coprophage toujours prête à traquer la moindre crotte venue pour s’en régaler. Rapidement lassé par la tournure un peu trop gratuite des gags offerts par ces personnages, Torii les abandonnera progressivement pour, à partir du tome 6, donner la part belle à Osamu Sunami, enseignant vulgaire modelé sur le rédacteur-en-chef du Shônen Jump à l’époque.

Multipliant les gags autour du caca, Dr Toilette (disponible aux éditions Cornélius) garde néanmoins un aspect pédagogique, et va jusqu’à prédire les washlets, ces WC japonais ultra-modernes, une dizaine d’années avant leur apparition sur le marché ! Publiée entre 1970 et 1977, la série est condensée en trente volumes, un record à l’époque pour un titre du Jump, et s’écoule à plus de dix millions d’exemplaires. Si Gô Nagai et Fujio Akatsuka avaient respectivement levé le tabou sur la représentation du sexe et de l’argent dans le manga, Kazuyoshi Torii a fait disparaître celui à propos du caca. Sans lui, pas de Dr Slump (et, par extension, pas de Dragon Ball) ! Son seul regret aura été de ne pas pouvoir adapter son manga en série animée de par son côté subversif… On comprend mieux pourquoi, dans les années 80, après avoir dessiné plusieurs suites à Dr Toilette, il se tourne vers le story manga – passionné de l’équipe de base-ball de Nagoya, il signera également un manga à la gloire des Chunichi Dragons. À partir de 2000, il transmet son savoir en matière de manga à l’université de la préfecture d’Aichi, poste qu’il n’assurera plus qu’à mi-temps en 2017… avant de décéder le 9 février 2022 d’un cancer du pancréas, à 75 ans.

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A propos de l'auteur

Matthieu Pinon
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