#TBT : Possession Tracer

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Si Possession Tracer n’est pas resté dans les mémoires, ce titre aujourd’hui trentenaire est pourtant représentatif d’une tendance au Japon, et surtout des débuts de l’édition manga en France !

La troisième section de la police de Tokyo en charge des enquêtes spirituelles, est dirigée par l’irascible mais ravissante Hizuka Kuon. Il faut dire que la jeune femme possède des pouvoirs surnaturels particulièrement puissants. Elle est ce qu’on appelle une « Possession Tracer » : en projetant sa psyché à travers les sous-couches de la conscience collective, elle peut contrôler l’esprit (et donc les actions) d’une autre personne. Cette aptitude, qui n’est pas de trop pour résoudre de nombreuses enquêtes à tiroirs, n’est pas vraiment comprise par sa hiérarchie qui a tendance à la brimer, une frustration qu’elle défoule sur les membres de son équipe. Seul son supérieur direct, le commissaire Iwahashi, semble trouver grâce à ses yeux…

Quand Kôichirô Yonemura reçoit le feu vert pour réaliser son premier manga, le jeune auteur profite de l’occasion pour y placer de nombreuses expérimentations graphiques. La plus évidente, et réussie, se retrouve durant les scènes de possession, avec la surimpression du corps de Kuon, dans une trame translucide, sur le corps de l’individu qu’elle s’apprête à contrôler. Mais le dessinateur ne s’arrête pas là ! Il s’amuse ainsi à intégrer des photos retouchées numériquement (un exploit dans les années 90) pour expliquer le concept abstrait de la possession, tout en jouant avec les perspectives et les valeurs de plan. Hélas, si ces audaces visuelles réjouissent, il n’en va pas de même pour la narration. Bavard et trop souvent inutilement compliqué, Possession Tracer perd son lecteur. En s’obstinant à traiter d’une enquête par chapitre, Yonemura se retrouve à l’étroit et n’arrive pas à développer ses intrigues ni ses personnages comme ils le méritent. On se retrouve donc avec un tome unique en demi-teinte, qui laisse amer tant l’univers de Possession Tracer aurait mérité à être mieux exploité.

Publié au Japon le 12 septembre 1992, ce one-shot autour d’une unité spéciale dirigée d’une main de fer par une femme aux pouvoirs particuliers et victime de restrictions budgétaires subit malgré lui la comparaison avec Ghost in the shell, apparu trois ans plus tôt ! D’ailleurs, tout comme le titre de Shirow, Possession Tracer parvient en France grâce à l’ancêtre de Pika, Manga Player, en 1996 : tout d’abord en quatre fascicules hors-série, en complément de La dame de Falis, puis en volume relié unique. Le marché étant encore balbutiant à l’époque, beaucoup ont feuilleté ce titre… pour l’oublier rapidement depuis. C’est d’autant plus dommage quand on pense à toutes les bonnes idées qui ne demandaient qu’à germer dans Possession Tracer il y a trente ans. Depuis, son auteur s’est spécialisé dans la science-fiction, et particulièrement ses titres fondateurs : quand il ne publie pas une adaptation manga de Crest of the stars, il s’entraîne à modéliser en 3D le vaisseau du Capitaine Flam sur son compte Twitter !

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A propos de l'auteur

Matthieu Pinon
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