Le drama de Peach Girl

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Manga : le pitch

Avant de parler du drama lui-même, il nous faut faire un petit retour sur l’histoire du manga lui-même afin que nous puissions justifier nos réserves… Momo est une jeune lycéenne dont la seule véritable amie s’appelle Sae. Momo est amoureuse de Tôji, un garçon renfermé. Malheureusement pour elle, leur amour est impossible car Tôji déteste les filles bronzées. Or, Momo faisait partie du club de natation et sa peau étant très réactive au soleil, on croirait qu’elle passe son temps sous les UV. Autre problème, le chlore a rougis ses cheveux, ce qui lui donne l’air d’une kogaru, ces filles qui pour un sac ou un bijou sortent avec des hommes plus âgés (1). En plus d’être harcelée par des salary-men dans la rue, elle découvre que son amie Sae copie tout ce qu’elle fait jusqu’à devenir son clone. La situation se complique lorsque le playboy du lycée, Kairi, jette son dévolu sur elle, et que Sae essaye de lui voler Tôji. Sae, qui ne supporte pas que les autres possèdent quelque chose de plus qu’elle, décide de faire de la vie de Momo un enfer.

Drama : le pitch

Dans le drama, les personnages ne sont plus Japonais, mais Taïwanais d’où un changement de patronyme, pratique bien connue en France. Momo devient ainsi Xiao Tao, Tôji se transforme en Dong Shi, Kairi prend le nom de A Li, tandis que Sae s’appelle Sha Hui.

Les noms ne sont plus les mêmes, l’histoire non plus. Ainsi, Xiao Tao arrive dans une nouvelle université où elle retrouve Dong Shi pour un voyage de pré-rentrée à la plage. Xiao Tao ne connaît pas Sha Hui. Sha Hui, qui est appelée « La princesse de l’université », la rencontre lors de la soirée d’élection de la nouvelle reine de l’université. Xiao Tao arrive à la fête sa robe se coince malencontreusement dans la portière du taxi qui l’y amène et elle se déchire, dévoilant une longueur impressionnante de jambes. Ces appâts suffisent à enflammer le coeur des garçons.

Qui plus est, A Li se trouve à la fête, et après avoir interprété un rock endiablé (!), il invite Xiao Tao à danser une salsa acrobatique. Evidemment, tout le monde vote pour Xiao Tao qui devient alors la nouvelle reine, bien que jamais on ne voit quiconque lui remettre un trophée ! D’ailleurs, c’est Sha Hui qui lui apprendra le lendemain son élection à la grande surprise de cette dernière. Sha Hui, jalouse de s’être fait voler la vedette par Xiao Tao, décide de devenir sa meilleure amie pour mieux la poignarder dans le dos.

Qu’est ce qui fait de Peach Girl un manga aussi intéressant ? A l’instar de séries comme Buffy contre les vampires ou d’un manga comme Vidéo Girl Aï, UEDA traite du passage difficile de l’adolescence, de la violence psychologique que vivent les lycéens, du mal-être qui conduit à l’âge adulte et de l’idée de mort. Un titre dur et sans concession dans ses premiers tomes. Momo est victime d’un ijimé (mauvais traitement généralisé, voir l’article sur notre site) savamment orchestré par une Sae infernale. La seule personne susceptible de l’aider n’est autre que Kairi, sorte de faux trublion qui va la soutenir et la sauver du piège dans lequel elle est tombée. Il s’effacera pour qu’elle et Tôji se retrouve.
Dit comme cela, il y a de quoi être excité à l’idée de voir porter sur petit écran un tel concept. D’autant plus que Peach Girl ne nécessite qu’un budget limité et de bons acteurs. Les décors sont superflus, il n’y a pas de combats ou d’effets spéciaux à gérer… Malheureusement, et malgré cela, les producteurs ont réussià passer à côté du sujet.

Les personnages

Premier problème, et quel problème, les personnages ne sont plus ceux qu’ils étaient dans le manga. Tôji/Dong Shi ressemble désormais à un brave garçon un peu niais passionné de photo. Or, Tôji n’est pas quelqu’un de souriant, il est froid en apparence. Physiquement, WU Ke Qun ressemble beaucoup à l’acteur hongkongais Ekin CHENG (Stormriders). Pas vraiment l’idéal pour incarner Tôji.
Momo/Xiao Tao est incarnée pour sa part par WU Zheng Jun. Le gros problème c’est qu’elle ne ressemble plus du tout à la Momo du manga ! Elle se plaint ainsi d’être trop bronzée, mais ce n’est pas pire que pour les autres actrices. Qui plus est, ses cheveux sont superficiellement rougis. Dès lors, elle n’est plus assimilée à une kogaru dans le drama (puisque l’histoire se passe à Taïwan, le concept de kogaru ne semble pas exister) mais à une escort-girl. Toutefois, on comprends mal en quoi elle aurait l’air d’une fille de petite vertu, surtout avec l’air très innocent de l’actrice (dans le manga, Momo a un air revêche).
Kairi/A Li est interprété par VANESS Wu Jian, un membre d’un boys band très connu en Asie, les F4 (ce qui explique sans doute qu’il interprète un rock endiablé à la fête de l’université et qu’il danse avec Xiao Tao !). Kairi est un personnage très important du manga et un rôle assez complexe. Schématiquement, on pourrait le comparer à un Nicky Larson avec un comportement relâché et extravagant qui cache des blessures intérieures. Or, Vaness manque cruellement de charme et surtout, il est incapable de restituer le personnage de Kairi.
Seul Sae/Sha Hui est bien restituée. GUAN An Rou, l’actrice qui l’interprète, a un visage très proche de son homologue papier, un sourire faussement angélique et un air innocent dans le regard. Même celui qui sait quelle perfidie se cache dans son coeur s’y laisse prendre.

Le budget

Second problème, le budget. Les producteurs avaient en effet de l’argent à mettre dans la série. Très bien, pourrait-on penser ? Eh bien non ! Peach Girl semble se dérouler dans un univers à la Beverly Hills. Tout le monde est habillé comme en vacances. La piscine de l’université est immense, on s’y baigne sans l’ombre d’un professeur à l’horizon et la cafétéria est une sorte de self service palmier et cocotier ! Grossière erreur que d’avoir situé l’action dans un cadre idyllique. L’idée était sans doute de faire rêver les petites Taïwanaises, mais Peach Girl est une histoire urbaine. La solitude de Momo est le reflet de la solitude des grandes villes. Dans les cases de Peach girl, on a toujours l’impression que les personnages sont enfermés : dans leurs erreurs, dans leurs peurs, dans le lycée, dans la ville, dans leur amour… Ici, le paysage est ouvert, ce qui change la perception que l’on a de l’histoire.
Pour être tout à fait honnête, il n’y a pas que des mauvaises choses dans cette adaptation. Ainsi, on retrouve certaines scènes qui reproduisent parfaitement celles du manga comme lorsque A Li vole un baiser à Xiao Tao. Les plans sont quasi-identiques à ceux du manga, les dialogues aussi. Les acteurs font l’effort de jouer les mêmes émotions que sur le papier.
D’autres passages inédits sont parfaitement réussis, comme celui ou Xiao Tao retrouve Dong Shi dans un bus. L’instant est tendre, jolie et on sent parfaitement les sentiments pudiques des deux héros qui n’osent s’afficher.
D’une manière plus générale, on pourra saluer le travail de composition musicale parfaitement réussi qui rythme très bien l’histoire avec des thèmes doucement mélancoliques.
L’adaptation
Lorsque l’on adapte une oeuvre, il est tout à fait possible de la « trahir » quelque peu afin de la rendre plus compréhensible pour son nouveau public, ou plus facilement adaptable. C’est ainsi qu’un Peter JACKSON a fait l’unanimité sur Le Seigneur des Anneaux, malgré de nombreux changements. Au-delà de ces quelques modifications, il a malgré tout su garder intact l’esprit qui préside aux romans de TOLKIEN, c’est-à-dire une fresque mythologique qui oppose le Bien au Mal. Peach Girl étant une série télé, le niveau d’exigence n’est évidemment pas le même.
Le problème, toutefois, c’est que les nombreuses trahisons qui jalonnent l’épisode pilote ne sont pas justifiées, et surtout il semble que les producteurs n’aient pas réellement compris de quoi parlait l’histoire.
Bien sur, on y retrouve l’ijimé (un peu édulcoré), l’impression de solitude de Momo, la difficulté de se faire accepter par les autres… Seulement, la grande différence tient au fait que dans le manga de Peach Girl, les protagonistes sont au lycée. Le lycée est un lieu clos, duquel on ne peut pas sortir. L’université est un lieu ouvert dans lequel on rentre avec un minimum de bon sens et de maturité. Or, les réactions des personnages sont celles d’adolescents de 16 ans alors qu’ils en ont 18 !

Qui plus est, qu’est-ce qui rend Sae si effrayante dans le manga ? Réponse : son absence de mobile. Le but de la mangaka était de créer une situation dans laquelle les lectrices pourraient se reconnaître. Elle a donc volontairement laissé les motifs de Sae inexpliqués, de telle manière que chacun lectrice puisse retrouver la situation difficile qu’elle aurait vécue. C’est ce qui explique les nombreux courriers que la mangaka a reçu, dans lesquels des jeunes filles témoignent de leurs problèmes au lycée où elles subissent «leur» Sae. Or, dans le drama, les motifs de Sha Hui sont parfaitement expliqués, ce qui lui enlève une partie de son mystère.
De plus, Sae est un personnage qui symbolise les angoisses de l’adolescent. A travers ses manigances, elle éveille chez sa victime la peur du regard des autres, l’angoisse à l’idée de sortir de son cocon, d’afficher ses sentiments… Au début du manga, on apprend que lorsque Momo devient amie avec elle, elle entend d’autres filles se plaindre du comportement « Langue de vipère » de Sae. A l’instar d’un mauvais génie, Sae s’accapare un groupe de filles et vole leur énergie en souillant leur réputation. Mais, dans le drama, Sha Hui a déjà un groupe d’admiratrices, elle est la reine de l’université. Elle sait ce qui lui va bien, comment se faire admettre. Elle est donc différente de la Sae du manga, qui a besoin de voler à l’autre ce qui lui permettra de se mettre en avant. Dès lors, le fait qu’elle veuille devenir amie avec Xiao Tao pour ensuite la détruire est moins justifié puisque tout le monde la déteste déjà.
Et d’ailleurs, on se heurte alors à une double incompréhension. Premièrement, au début de l’épisode, Xiao Tao parle avec une amie qui sait visiblement les sentiments que Xiao Tao éprouve pour Dong Shi. Pourquoi ne la revoit-on pas ? Ensuite, lorsque l’on voit que bon nombre de garçons affiliés jusque là à Sha Hui, ont préféré voté pour Xiao Tao, on pourrait imaginer qu’ils cherchent à la revoir. Eh bien non.

Cet épisode pilote a voulu se constituer comme une sorte de préquel au manga. Développer les personnages et les étoffer pour les inscrire ensuite dans un cadre de série télé. Malheureusement, Peach Girl n’est pas une histoire qui peut être sortie de son contexte. Si la série live de GTO prend quelques largesses avec le manga, c’est pour mieux en épouser le sens. Ici, on a plutôt l’impression que seules les figures de styles, les expressions et les scènes clés de Peach Girl ont été copiées sans que l’esprit ait été respecté. Peut-être avons-nous tort d’être aussi critique, car rien ne nous dit que la barre ne sera pas relevée par la suite. Malgré tout, voir une oeuvre à laquelle on tient, trahie de la sorte, n’invite guère à l’enthousiasme.

Remerciements à Alexandre PEREIRA

Peach Girl, un drama composé de 13 épisodes d’une heure environ.

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