Personnalité de la semaine : Shunsuke Kikuchi

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Il avait posé les fondements de la bande-son de shônen idéale. Encensé par ses pairs, adulé par le public, Shunsuke Kikuchi nous a quittés le 24 avril en laissant derrière lui un héritage musical gigantesque.

Il est tombé dedans quand il était petit. Fils de poissonnier, Shunsuke Kikuchi se passionne dès son plus jeune âge pour le cinéma, malgré la seconde guerre mondiale (il n’a que 8 ans en 1939) et ses restrictions. Il n’a qu’un seul objectif en tête : devenir compositeur de bandes originales ! Après des études en ingénierie mécanique, il intègre la section Musique de la Faculté des Arts de Tokyo, dont il ressort diplômé en composition. Il parfait sa formation sous l’égide de Chuji Kinoshita, qui fournit en 1958 les partitions de La Ballade de Narayama et du premier long métrage d’animation en couleurs du Japon, Le serpent blanc. Trois ans plus tard, alors qu’il célèbre ses trente ans, il compose à son tour sa première bande originale pour le film Le huitième ennemi. Cette même année 1961 voit également les débuts d’un compositeur qu’il admire et auquel il sera souvent comparé, Ennio Morricone.

Après avoir participé aux films de Gamera en 1969, Shunsuke Kikuchi intègre Toei. Les studios se tournent vers la télévision en plein essor dans la nouvelle décennie, et le compositeur répond à leurs attentes en travaillant sur tous les fronts, sans pour autant abandonner le cinéma (il signe notamment la chanson Urami Bushi de La femme scorpion en 1972, que Quentin Tarantino reprendra dans Kill Bill). Il contribue ainsi à la bande-son de la première série de Kamen Rider en 1971, et travaillera sur la licence pendant dix années d’affilée ! En parallèle, Kikuchi défriche un nouveau domaine, celui des séries d’animation, offrant des compositions dynamiques et pêchues aux premiers titres shônen comme Tiger Mask (1969) ou Barom One (1971). En 1975, il se fait remarquer avec ses partitions pour La Tulipe noire mais surtout Goldorak, dont le générique devient un tube international, traduit dans tous les pays où la série est diffusée ! Outre ses morceaux épiques, le compositeur polyvalent sait s’adapter à tous les genres, comme la mélancolie d’Albator 84 (son thème principal sera retenu pour en devenir le générique interprété par Ichirô Mizuki), ou l’humour déjanté du Collège fou fou fou et de Dr Slump.

C’est avec la série suivante d’Akira Toriyama que le musicien atteint une renommée mondiale. Pour Dragon Ball puis Dragon Ball Z (séries et films confondus), il compose pas moins de 450 morceaux qui restent gravés dans les mémoires depuis 1989. De quoi être récompensé par la Société Japonaise des Droits d’Auteur (équivalent de la SACEM) pour les droits qu’il touche à l’international grâce à cette série, en plus des revenus considérables sur le sol nippon. Pourtant, aujourd’hui encore, beaucoup de Japonais retiennent avant tout le générique qu’il a composé pour Doraemon en 1979 : il faut dire que Doraemon no uta a été diffusée durant vingt-cinq ans à la télévision et s’est instauré comme un classique encore en vogue dans les cours d’école ! En 2017, Shunsuke Kikuchi prend une retraite bien méritée, après avoir travaillé sur plus de 500 œuvres, afin de soigner son corps fatigué et malade. Quatre ans plus tard, une pneumonie l’emporte, mais ses nombreux thèmes mythiques resteront à jamais dans le cœur des enfants… et des plus grands.

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A propos de l'auteur

Matthieu Pinon
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