Chroniques Manga : le fil rouge de la Mangathèque AnimeLand !

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Afin de garder un œil sur l’avalanche de sorties manga déferlant sur le marché en France, AnimeLand vous propose un fil rouge de chroniques actualisé chaque semaine. Ainsi, tel feu la mangathèque de notre magazine, nous vous proposons ici des reviews de tailles variables, à suivre dans un lien unique. Un bon complément à notre revue trimestrielle et une façon de ne pas noyer les sorties entres-elles :

The Witch and the Beast

The Witch and the Beast s’insère parfaitement dans le fil de cette mangathèque visant à éviter les titres moins exposés de se  laisser noyer par les sorties manga, exponentielles. Dans sa formule, à savoir titre d’action bien foutu -liant deux personnalités bien opposées- souvent spectaculaire et ne cédant pas à la facilité, il peut se rapprocher d’un autre titre de Pika passé un peu inaperçu, Spirits Seekers. Et tout comme cette dernière, la série The Witch and the Beast de Kôsuke Satake -un nouveau nom- n’offre pas un concept ou une approche totalement originale par rapport à l’offre actuelle. Et dans un “milieu” où la concurrence est rude, le lecteur, la lectrice et même les critiques ne sont pas toujours suffisamment patient avec un tome 1 (voir un chapitre 1 s’ils n’ont pas ce qu’ils veulent tout de suite!).

 

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Comme évoqué plus haut, le titre offre un binôme déjà vu, réunissant une tête brulée (la fille à droite sur le visuel, véritable bête) et le classieux fumeur (le sorcier, qui ressemble au Joker de Jared Leto). Pour autant, l’interaction fonctionne bien car l’auteur sait faire dialoguer ses personnages et appuie volontiers sur le caractère de chacun. Si ce binôme, chargé de régler des cas de sorcelleries, n’est donc pas le plus original (l’un est le cerveau, l’autre l’exécuteur), il a suffisamment de gueule pour retenir notre attention.  Qu’à cela ne tienne, l’intérêt du titre réside bien dans son expression graphique. Ça commence d’abord par l’ambiance légèrement gothique, très noir et urbaine. Une classe et une froideur qui se retrouve dans les covers des volumes et offre une belle prestance à ce titre de Dark fantasy. Plus généralement, le ton n’est pas à la rigolade même si les gimmick de Guido (la bête colérique, avide de vengeance) viennent sauvagement apporter une pointe d’humour. Le ton des affaires traitées sont dramatiques et pour l’instant on assiste à aucun sas de décompression pour faire retomber le soufflé. Précisons enfin que la série est arrivée en 2016 chez Kodansha via le Young Magazine the 3rd. (Gleipnir).

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Lire un extrait 

The Witch and the Beast propose donc des récits d’enquête et de traque de phénomènes dits de sorcellerie. Et après les belles gueules et l’ambiance soignée, ce sont les séquences d’action qui font office d’argument de séduction. Satake ne cède pas à la facilité (addition de splash pages) pour proposer des affrontements d’envergure, qui ne s’étirent que très peu. Entre invocation, magie, baston pure au corps à corps et transformation, l’auteur aime la démesure et ne minimalise jamais le rendu de ses décors pour cacher la misère, préférant jouer la carte du mouvement plutôt qu’assurer une visibilité totale. Au delà de son trait et de son énergie, The Witch and the Beast avance aussi une narration de bonne qualité, aérée ci et là par un très bon sens de la composition et du découpage. Idéal pour gonfler l’enjeux de certaines quêtes et marquer une respiration. S’il s’agit de la première série longue de l’auteur, alors voilà un artiste déjà bien mature et maitrisant son exercice. Reste à voir où l’histoire nous mènera.

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Fiche technique 

  • Titre original : Majo to Yajuu
  • Nombre de tomes : 8 (en cours)
  • Genre : un sorcier et une bête mais c’est bien
  • Prix : 7.95 euros

Intérêt : 🦷🦷🦷

“Semblable, de loin, à mille autres titres de dark fantasy, The Witch and the Beast peut se targuer d’un dessin abouti et généreux, d’une ambiance urbaine bien froide, en plus d’une interaction efficace habitant son duo de protagoniste. Un bon éclairage sur le talent de Kôsuke Satake. À surveiller”


 

Kowloon Generic Romance

Après l’excellent Après la pluie, l’éditeur Kana remet le couvert avec un autre titre de la talentueuse Jun Mayuzuki, Kowloon Generic Romance (décidément les femmes sont à l’honneur ici). Une petite merveille qui rejoint la superbe collection Big Kana (Agharta, Levius, Ushijima, Un Monde formidable…) et qui poursuit son parcours au Japon après 5 tomes parus depuis son arrivée en 2019 dans le Shuukan Young Jump.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Kowloon est un titre à l’ambiance relativement difficile à cerner. Tant est si bien que cela en devient séduisant. Il offre à la fois l’histoire d’une romance plus ou moins contrariée, mais aussi et surtout un aspect contemplatif, très tranche de vie (pour ne pas dire tranche de pastèque). Puis ce premier tome s’achève sur la confirmation d’un récit SF avec un clap de fin à nous écarquiller les yeux. À ce titre, je conseille de ne pas lire le synopsis (et ca vaut pour tous les titres!) afin de s’y plonger sans armes ou repères. Sachez juste qu’on y suit la vie de deux salariés d’une agence immobilière au cœur d’une ville calquée sur la citadelle Kowloon de Hong Kong.

Lire un extrait.

On ne s’avancera pas pour dire que l’autrice se dévoile à nouveau intimement ici (elle s’identifie fortement à l’héroïne d’Après la pluie), mais cette admiratrice d’Ai Yazawa convoque à la fois une forme de romantisme made in cinéma HK et l’immersion dans une société cruelle dans laquelle survivent les pensées nostalgiques de ses personnages. Un constat tenu par une interrogation qui revient souvent (“Est-ce de l’ambition démesurée ou du romantisme ?“), légèrement adoucie par un humour plein d’aplomb, ce qui permet de désamorcer la situations (ou le rapprochement entre notre duo de salariés). Une épée de Damoclès plane sur nous et les personnages, sans savoir quelle sera la sanction. Puis vient l’ultime page. Mais ca, on en reparlera.

D’un point de vue technique, Jun Mayuzuki, experte du découpage, offre un récital. Elle sait 16capter l’érotisme, souligner la grâce d’un geste (ou insister en plusieurs case sur un protagoniste qui s’étire) et digère tout aussi bien l’interaction entre les personnages (qu’elle soit taquine ou muette). Kowloon offre, tout comme Après la pluie, plusieurs séquences sans le mot dans lesquelles le cadrage parle à la place des personnages, à l’image de sa superbe introduction. En matière de “mise en scène”, elle offre encore un modèle de variété, de sensibilité, jouant du rythme (la taille des cases) avec justesse pour partager le doute, le regret ou l’étonnement (avec une forme de réalisme). On croit en ces personnages.

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Un très bon choix de Kana donc, et une œuvre à soutenir pour quiconque aime les titres à l’identité forte et à l’expression technique aboutie. Kana a également choisi de proposer des couvertures différentes de l’œuvre originale. Posées côte à côte, la différence est notable, mais le choix de Kana – validé par l’auteure- n’est pas complètement éloigné de la branche dystopique du récit.

Fiche technique 

  • Titre original : Kowloon Generic Romance
  • Nombre de tomes : 5 (en cours)
  • Genre : dernière page qui tue
  • Prix : 7.45 euros

Intérêt : 🍉🍉🍉🍉

Résumé : “Ne lisez pas le synopsis !!!!!!!!”


Don’t Call It Mystery

C’est une nouveauté qui vient combler, un tant soit peu, une hérésie du paysage manga en France. Avec Dont Call it Mystery, la label Noeve fait revenir l’autrice Yumi Tamura dans nos rayons. Pour ceux ou celles ayant raté le précédent wagon, ils risquent de ne pas pouvoir le rattraper puisque son manga 7 Seeds (vous pouvez ignorer l’anime) ne fut que partiellement proposé chez nous, tandis qu’il faut céder deux ou trois reins pour espérer choper certains tomes de Basara. En attendant un miracle, c’est Don’t Call it Mystery qui se présente, et c’est tout aussi appréciable que les précédentes séries de l’auteure (vous pouvez lire son portrait à cette adresse ou visiter son site officiel).

Don’t Call it Mystery -ou Mystery to Iu Nakare  en version originale –  a d’abord été une histoire courte, en 2016, avant de devenir une série en novembre 2017 et d’être nommée plusieurs fois aux Taishô Awards. Le récit s’offre comme un titre d’enquête dans lequel le protagoniste principal, un étudiant, fait montre de ses capacités de déductions pour résoudre différentes affaires dramatiques se présentant à lui.

Dans ce type de récits mettant en avant des génies, façon Sherlock, le rôle des dialogues est primordial et Yumi Tamura maitrise l’exercice avec aisance. À y regarder de près, le manga est relativement minimaliste dans son expression graphique (c’est un art de croquer le doute ou le remord en quelques traits), et les intrigues se développent dans des espaces clos (il n’y a pas d’efforts conséquents pour dresser des décors -on a parfois quelques traits sur une photo- la reconstitution des faits est très succincte), et pourtant tout fonctionne grâce à l’interactivité entre les personnages (c’est un peu la formule Usual Suspect, de Bryan Singer). C’est suggestif et efficace. Forcément, pour une bonne série d’enquête, il faut des intrigues de qualité. Là dessus, ce premier volume rempli relativement bien son contrat avec une histoire de meurtre dans laquelle il est accusé, puis le braquage d’un bus. À chaque fois, l’auteure propose des motivations et des conséquences lourdes. Nous ne sommes pas face à de petite histoires à prendre à la légère.

Enfin, la bonne tenue du titre repose aussi sur la qualité de son personnage principal. Flegmatique, suffisant et presque arrogant tant il expose la contradiction de ses opposants avec aplomb, Kuno n’est pas un personnage plat. Il suscite à la fois une forme d’admiration et d’exaspération (il sait tout, devine tout, ne panique pas). Mais il est aussi un garçon bienveillant, capable de conseiller ceux qui croisent sa route, à l’image de ce policier dont le couple bât de l’aile ou de cette jeune enquêtrice rabaissée par ses collègues masculins. Malgré tout, on demeure un peu dans le cliché du génie aux petites manières, facile et nonchalant, capable de mettre des mots sur des maux.

En somme, Don’t Call it Mystery est un manga intelligent et raffiné, comme beaucoup de titres passant dans les pages du Flowers (Hatsukoi no Sekai de Keiko NishiAo no Hana, Utsuwa no Mori de Yuki Kodama…). Un titre à soutenir.

Enfin, un mot sur l’édition (nous avons acheté notre tome, il ne s’agit pas d’un SP), Noeve prouve une nouvelle fois qu’en matière de fabrication il ne lésine pas sur les moyens. On apprécie surtout les effets en relief sur la couverture. Ca ne change pas l’expérience de lecture, mais cela témoigne du soin porté à l’objet ! Du tout bon à ce niveau là. En revanche, et cela ne concerne pas uniquement Don’t Call it Mystery, les nouveautés ne semblent pas disponibles sur le site de l’éditeur. Une bonne occasion de propagander au près de vos libraires.

Fiche technique 

  • Titre original : Mystery to Iu Nakare
  • Nombre de tomes : 8 (en cours)
  • Genre : Un titre qui bat des L
  • Prix : 7.95 euros

Intérêt : 🕵️‍♀️🕵️‍♀️🕵️‍♀️

Résumé : “Don’t call it Mystery nous entraîne aux côtés d’un singulier Sherlock Holmes des temps modernes. L’action fait ici place à la réflexion, à l’écoute et à la parole. Totono observe, analyse, déduit et conseille, avec une franchise frôlant parfois l’impertinence. Il pourrait sembler hautain mais n’émet jamais de jugement, quelles que soient ses conclusions. Il est jeune et réservé mais pose une regard éclairé surs ses contemporains. Et l’on élucide à ses côtés autant de petits tracas quotidiens, souvent révélateurs de la société…”


 

    Nos Meilleures Vies

L’une des plus belles sorties de l’année nous vient de Casterman / Sakka avec le one-shot  de Kii Kanna (voir son compte Twitter), une autrice que l’on reverra cette année chez IDP et qui a vu son manga L’étranger de la plage passer par la case adaptation au cinéma.

Nos Meilleures vies peut se présenter comme une réunion de chapitres indépendants, entre tranches de vie et romance, mais il existe bel et bien un fil rouge. L’éditeur n’oublie pas de préciser que l’autrice a l’âge de ses personnages, justifiant plus que jamais sa publication dans le Feel Young  (qui avait accueilli Strawberry Shortcakes de Kiriko Nananan). Voilà pourquoi elle sait capter le doute, l’émoi ou les regrets de ces jeunes embrassant les désillusions amoureuses ou qui passent parfois à côtés de leurs rêves. C’est le cas de la première histoire dans laquelle on suit un garçon saoulé par son travail d’animateur et qui fait tout pour se faire virer. Autre histoire, très rigolote et qui symbolise un coup de foudre guidant notre chemin, celle mettant en scène deux petites filles issues de la campagne (Hokkaido) qui débarquent à Harajuku les étoiles pleins les yeux pour rencontrer des idols.

Au-delà de l’histoire, du genre ou du propos, Nos Meilleures vies est un titre remarquable grâce au dessin de l’autrice. C’est techniquement sublime, avec un acting raffiné – dans la stylisation mais pas que – et des lignes pleines qui rendent le tout vivant. Cela se vérifie aussi au niveau de ses décors puisque l’autrice délaisse la règle et opte pour un line irrégulier très expressif. Nous l’avons déjà évoqué ici mais il est intéressant de noter que Kii Kanna s’occupe du chara design de l’adaptation anime de son (L’) étranger de la plage. Cela veut dire qu’il n’y a personne pour reprendre son trait et l’adapter à l’animation. Son cachet naturel suffit (et on peut noter qu’elle fut créditée comme animatrice sur L’Ere des Cristaux). Certains arts sont du pain béni pour les projets anime, celui de Kii Kanna est à inscrire dans cette catégorie.

Parmi les gimmicks de l’autrice, on note ces actions en deux temps conservant le même cadre/plan. Une habitude qui marque toujours un temps d’arrêt sur le ressenti des personnage  en plus de faire effet sur le plan visuel. Enfin, rien à redire concernant l’édition de Casterman si ce n’est qu’on peut regretter cette adaptation de la jaquette où -tout comme Comet Girl– des éléments sont enlevés. Un détail au regard de la qualité de ce one-shot.

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Fiche technique 

  • Titre original :  Mahou ga Tsukaenakutemo
  • Nombre de tomes : one-shot
  • Genre : trop bien
  • Prix : 12.50 euros

Intérêt : ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

Résumé : “Ils sont six, à l’aube de la vingtaine, à Tokyo, aujourd’hui. Gentiment paumés comme on peut l’être une fois passé du côté des adultes, ils se croisent, se télescopent, s’aiment, ne se comprennent pas. Ils font un bout de chemin ensemble, en se débattant avec les questions de leur âge : ai-je le droit d’avoir des rêves, et surtout, méritent-ils que je me batte pour eux ? (Mais aussi : les rêves paient-ils le loyer ?) Kanna Kii, qui a l’âge de ses personnages, saisit l’air de son temps avec une acuité et une sincérité désarmante, pour en faire la matière de récits qui subliment l’ordinaire.”


À venir : 

  • La vie devant toi
  • Kowloon
  • Shigurui
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Cami-Sama