Atlantide, l’empire perdu

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A l’approche des fêtes de Noël les écrans de cinéma se laissent systématiquement séduire par de grands spectacles familiaux, pleins de bons sentiments et de rebondissements mais pas trop intelligents pour ne pas rudoyer le public. Exception à la règle, Le Seigneur des Anneaux va cette année marquer rien de moins que l’avènement d’un genre éminemment méprisé dans les salles obscures : la Fantasy. Auparavant, Harry Potter, dessin animé travesti en film “live” (les couleurs, le montage haché, l’emploi des personnages témoins et les mouvements de caméra stéréotypés dans les décors sont directement issus des classiques Disney des années 80/90), aura déjà réussi l’exploit de prouver que l’on peut fasciner les gosses en leur proposant d’assister à un spectacle de 150 minutes (les exécutifs des studios refusent généralement de produire des divertissements pour enfants excédant 1H30). Face à ces deux blockbusters, le film d’animation annuel des studios Disney semblait à priori bien fade. Contre toute attente, si le long-métrage s’avère imparfait, sa genèse se révèle passionnante.

En premier lieu, à l’instar d’Harry Potter, Atlantide l’Empire Perdu prend le risque d’excéder la limite fatidique des 90 minutes. Comme Le Seigneur des Anneaux, le film s’inscrit dans un genre tombé en désuétude depuis l’abandon de la franchise Indiana Jones : le cinéma d’aventure et d’exploration. Enfin, grâce à une galerie de personnages adultes, un pitch carrément excitant, des dialogues parfois spirituels, un plaidoyer pro-athée, des morts en pagaille, aucune chanson, une héroïne moche mais sexy…
Atlantide, l’Empire perdu paraissait en mesure d’entraîner les studios Disney et l’ensemble de l’industrie de l’animation vers un nouveau stade d’évolution et de maturité. Malheureusement, l’arrogance de Don HAHN, déjà producteur d’un Roi Lion de sinistre mémoire (copie parfois plan pour plan du Roi Léo de TEZUKA Osamu), a perverti cet honnête projet.

Premier grief, doté d’un design très laid par des animateurs ayant oublié que les travaux de Mike MIGNOLA devaient être adaptés avant d’être portés à l’écran (les doigts des héros sont carrés), Atlantis est dépourvu de la richesse graphique qui a fait la renommé de Disney. Le traitement de la couleur est lui aussi bâclé. La bande baigne dans un bleu “science-fiction” mielleux dont la valeur symbolique n’échappera à personne mais qui en dégoûtera plus d’un. D’autre part, rédigé par une trop large équipe (au moins sept scénaristes), le script d’Atlantide, l’Empire perdu manque cruellement de verve et d’unité. Sous couvert d’hommages, WISE et TROUSDALE se contentent de recycler des idées certes bonnes mais éculées. Même si l’importance de son implication est niée par le tandem de réalisateurs, Joss WHEDON (Titan A.E.) est bel et bien parvenu à pirater le scénario d’Atlantide en traitant comme à son habitude de sujets passionnants avec une désinvolture vexante (le climax est attendu et les aspects historiques, scientifiques, du film sont laissés en friche). Ici, seules quelques scènes d’action sont susceptibles de résoudre les enjeux dramatiques du récit. Qui plus est, TROUSDALE et WISE ne font preuve d’aucune créativité (suspense, cruauté, célérité…) pour mettre en scène les rixes “amphétaminées”égayant leur bande. A leur décharge, il faut reconnaître que Don HAHN compliqua leur tâche à cause de ses partis pris saugrenus (trop de personnages secondaires, multiples réécritures du script). Comme en atteste les nombreuses similitudes (personnages, objets et mythologie identiques, références aux mêmes livres) des deux shows, le film de Disney a subi l’influence de la série animée nippone Nadia, le Secret de l’Eau Bleue.

Développé à l’origine (1975) par la Toho pour être confié à MIYAZAKI Hayao, ce serial fut finalement réalisé_à l’exception de deux épisodes_en 1990 par l’un des anciens lieutenants du maître, ANNO Hideaki (Evangelion). Mais, auparavant, le script initial avait déjà influencé deux oeuvres du vieux sage, Conan le Fils du Futur et Laputa (dont on retrouve comme par hasard dans Atlantide les robots et le leitmotiv : un jeune garçon tente de donner vie aux chimères de son ancêtre en retrouvant une cité oubliée). L’erreur fondamentale de Don HAHN fut donc de croire sept ans après le Roi Lion qu’il pouvait impunément produire un long-métrage recyclant plusieurs concepts d’un autre “anime” japonais. En dépit des démentis niant jusqu’à la connaissance de la série Nadia par le moindre membre du staff d’Atlantide (sic), et sans revenir sur le cas spécifique de Don HAHN, comment oublier que Joss WHEDON recycla dans Titan A.E. plusieurs inventions de Macross, Gary TROUSDALE ayant quant à lui dessiné une partie du story-board du Roi Lion tandis que Kevin HARKEY (ici responsable du développement des personnages) participa à l’écriture de ce même film. Moins dupe qu’en 1994, dès l’annonce du projet et la diffusion du teaser, les internautes et un pan de la presse américaine se firent l’écho de la supercherie. Craignant le scandale, Don HAHN se fendit d’un démenti maladroit et ordonna discrètement la modification ou la suppression des séquences du film les plus gênantes. Cette charge de travail supplémentaire handicapa la production d’Atlantide, mais suffit pour sauver l’honneur. Au final, Atlantide n’est donc pas un plagiat de Nadia, mais le film atteste indubitablement de l’ascendant que possède désormais l’animation japonaise sur sa consoeur d’outre-Atlantique (copieur et copié ont échangé leurs rôles). Reste que la cohérence d’Atlantide et ses morceaux de bravoure ont été, comme le légendaire empire avant eux, à jamais engloutis en raison d’une hérésie. Egalement producteur exécutif de Kuzco (une autre genèse désastreuse pour un meilleur résultat), Don HAHN parvient toutefois ici à imposer deux personnages, Gaétan, la Taupe et Enzo “Dynamite”, aussi farfelus que ceux présentés dans le film de Mark DINDAL. Il faudra s’en contenter.

© NHK/Shôgôvision/Tôhô/GAINAX © Disney

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