Bienvenue chez les (Franco-)Belges !

20 sujets de 281 à 300 (sur un total de 305)

Posté dans : Manga & BD

  • Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #526010

    Je te confirme chère Veggie : on a de sérieux doutes sur l'”épilepsie” de César. En l’absence de descriptions cliniques minutieuses et distinctes de ce trouble dans l’antiquité, bien d’autres possibilités existent : malaise vagal répété, AVC, etc. Shakespeare (ou celui qui signait de son nom, c’est un sujet qui m’intéresse !) n’est pas tout à fait l’inventeur des derniers mots de Jules, il paraît qu’il y a des sources antiques à cette longue tradition, Suétone, “historien à sensation” peut-être, mais je n’ai pas vérifié. La plupart des “mots de la fin” célèbres sont d’ailleurs fictifs : quand on meurt, on n’a sans doute plus beaucoup de “présence d’esprit” ! Au moins on sait bien comment César est mort, car beaucoup d’empereurs romains sont décédés de façon peu claire. Il y a 3 versions différentes de la mort de Tibère, étouffé sur ordre de Caligula peut-être ? ou poison ? ou syncope / AVC à 79 ans ? Devenu empereur, Caligula s’est empressé d’arracher sa jolie épouse à son préfet du prétoire, qui s’appelait… Macron 🙂 . Pauvre Brigitte !

    Bref, Astérix chez Rahazade, tu as bien raison cher Xanatos, est superbement dessiné, Uderzo atteint là le top de son art. Mais Obélix  ne se rattrape un peu de son insupportable comportement boulimique et acariâtre que dans les toutes dernières pages ! Non, je le trouve très différent du sympathique personnage d’origine.

    Geoff34
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    geoff34 le #526088

    Jetblack vient d’annoncé la mauvais nouvelle sur Twitter, le fameux scénariste Raoul Cauvin (Les Tuniques Bleues, Cédric, Sammy, Les Femmes en Blancs, l’Agent 212…) souffre d’une maladie incurable, il lui reste peu de temps à vivre.

    Xanatos
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    Xanatos le #526107

    Bien triste nouvelle, il s’agit là d’un très grand nom de la BD franco belge 🙁 . Espérons qu’il ne souffrira pas trop au cours de ses derniers mois d’existence. Merci à Raoul Cauvin de nous avoir prévenu. On sent dans son message qu’il est résigné, humble, mais content d’avoir mené sa vie…

     

    Xanatos
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    Xanatos le #526109

    Billy the Cat tome 2

    Billy the Cat l’intégrale tome 2

    Deuxième et dernier tome de l’intégrale de Billy the Cat concluant l’âge d’or de la série quand elle était écrite et illustrée par ses créateurs Colman et Desberg.

    On débute ce quatrième tome par Saucisse le terrible où Billy retrouve son chien… et celui-ci ne l’a jamais apprécié du temps où il était un humain !

    En effet, quand la famille de Billy avait adopté Saucisse du temps où il était un chiot, c’est notre chenapan qui le baptisa sous son nom disgracieux, ce qui lui valut d’être la risée des autres chiens du quartier et aussi des humains ! Saucisse ne le pardonna jamais à Billy.

    Pire encore, des années plus tard, c’est Billy qui convainquit ses parents de mettre leur chien au régime, ce qui fit souffrir ce dernier atrocement !

    Pour assouvir son appétit, Saucisse devint alors la terreur du quartier et opprima les animaux du quartier afin qu’ils leurs cèdent leur pitance.

    Il reconnut Billy en tant que chaton et l’occasion est trop belle pour lui de se venger de ce maître si cruel qui l’a tant fait souffrir jadis. Le récit est équilibré, car, si Saucisse est plus grand et plus fort que Billy (causa bien des frayeurs à notre jeune héros !), on le voit ensuite se ressaisir et avoir recours à son intelligence humaine pour prendre l’ascendant sur son chien en conduisant… une voiture jouet !

    L’album est plus humoristique, plus léger que les précédents, mais on perçoit néanmoins une certaine tension au fil du récit qui nous captive de bout en bout.

    L’Oeil du Maître en revanche renoue avec la noirceur originelle des tout premiers tomes: des rats ont tendu un traquenard à Monsieur Hubert et le blessent grièvement et à sa tête on retrouve… le terrible Sanctifer qui a survécu à l’incendie où il était censé périr !

    Bien que Billy soit heureux d’être auprès de sa soeur, il s’inquiète légitimement pour son ami Monsieur Hubert… Et il n’est pas au bout de ses peines avec Saucisse qui manigance un mauvais coup contre son ancien maître (au grand dam de Chalazion, l’oiseau “de main” de Saucisse qui fera les frais du plan qu’a ourdi celui-ci !).

    Il s’agit réellement d’un album fascinant. Tout d’abord Colman est à l’apogée de son art: ses dessins sont à la fois magnifiques, très détaillés et expressif, l’artiste étant en pleine possession de ses moyens. Il maîtrise à la perfection les effets d’ombre et de lumière, concourant à rendre certaines scènes anxiogènes particulièrement étouffantes et angoissantes.

    Nous en apprenons aussi davantage sur le passé et le vécu de Sanctifer, qui, à la base, n’était pas un mauvais chat: au contraire il était aimant et affectueux envers son maître. C’est au cours de circonstances tragiques qu’il devint ce chat amer, blessé, calculateur et revanchard. Il continue en tout cas à être fasciné par Billy et à vouloir le prendre sous son aile.

    C’est cela que j’aime dans Billy the Cat: les méchants ne sont pas “tout blancs ou tout noirs” et ils sont plus nuancés qu’il n’y parait.

    C’est particulièrement flagrant avec 

    Spoiler

    Saucisse qui trouve la voie de la rédemption en combattant héroïquement les rats de Sanctifer: il les réduit en charpie et sauve aussi bien la vie de Billy que celle de Monsieur Hubert, en piteux état

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    .

    Une histoire fantastique, à la fois sombre, déchirante, mélancolique, drôle, intense et exaltante.

    A noter aussi que c’est au cours de la prépublication de ce récit que André Franquin, célèbre créateur de Gaston Lagaffe mourut le 5 janvier 1997, terrassé par une crise cardiaque. Dans une case où Saucisse suit une piste, nous avons le bonheur de voir une statue représentant ce génie du 9e art entouré du Marsupilami, du chat et de la Mouette Rieuse de Gaston 🙂 . Le quartier est également truffé de références aux oeuvres de Franquin.

    Enfin Le choix de Billy est paradoxalement le meilleur album de la série mais aussi le plus frustrant: en effet, on revient sur le thème de la réincarnation, et Billy 

    Spoiler

    découvre avec stupeur un homme qui fut jadis un oiseau et qui s’est réincarné en homme après que deux créatures l’aient manipulé… les mêmes qui firent un marché de dupe à Billy ! Et cet homme est déterminé à se venger de Sanctifer qui l’a trahi du temps où il était un oiseau !

    [collapse]

    Il y a beaucoup de révélations, du suspense, des rebondissements nous tenant en haleine, Billy étant plus déterminé que jamais à redevenir humain !

    Hélas, la “vraie” série se conclura ici alors qu’il y avait largement matière à continuer.

    Le titre continuera de mal en pis, confiée à des auteurs qui infantiliseront et adouciront l’oeuvre contribuant à une chute des ventes et à son annulation.

    Malgré tout, au même titre que Veggie, je considère les six premiers albums de Billy the Cat comme un chef d’oeuvre de la BD franco belge des années 90: c’est une série résolument originale, captivante, émouvante, intelligente, subtile et pouvant plaire à un large public. Mais je ne la conseillerai pas à de trop jeunes enfants, certains volumes étant très violents.

    Mais c’est une BD forte et exceptionnelle, rappelant avec bonheur l’ambiance et le ton des meilleurs films d’animation de Don Bluth. Lisez Billy the Cat c’est un joyau indispensable ! 😀

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #526300

    Je me souviens en effet d’avoir lu autrefois les premiers albums de Billy the Cat (au moins 2) et j’avais remarqué les aspects assez poignants du récit, en contraste relatif avec la bonne bouille poupine de ce petit chat, et la “rondeur” du dessin. Arrière-plans questionnant l’éthique sans manichéisme, aussi.

     

    Une découverte : Philippine Lomar, scénario de Dominique Zay, dessin de Greg Blondin. Plus exactement le titre complet est “Les enquêtes polar de Philippine Lomar”, et il y a 5 albums parus.

    Il est rare de trouver  en BD, en plus d’un dessin nerveux, élégant, séduisant, des dialogues ou des apartés (nombreux ici) vraiment drôles et pleins de verve décalée comme ici. La série a d’ailleurs obtenu un prix à Angoulême. En fait Dominique Zay est un grand fan des polars de Raymond Chandler, écrits dans un style très novateur à son époque, riche en humour noir et en autodérision chez son héros Philip Marlowe. Par hommage et jeu de mot, la détective de 13 ans et demie s’appelle Philippine non pas Marlo mais Lomar.  Très perspicace et un peu téméraire, elle résout les enquêtes que lui confient d’autres ados, mais qui impliquent des adultes plutôt dangereux ! Son monologue intérieur, qui suit en “voix off” les cases, évoque de près la touche ironique de Chandler. Les arrière-plans reflètent de très sérieux problèmes de notre société : rackets, vols de stock d’entraide, pollutions frauduleuses, brutalités conjugales, kidnapping pour travail forcé d’immigrés… Heureusement pour elle, elle est soutenue par un brave ferrailleur balèze au look un peu Gérard Depardieu (il s’appelle Gégé !) et un autre balèze, Mok, le chef du gang de sa cité, “voyou honnête” et black à qui elle rend de petits services. “A première vue, on pouvait prendre Mok pour la brute épaisse qui vous faisait faire quinze tours dans vos chaussures avec une simple baffe. Mais quand on le connaissait un peu mieux…   “On s’apercevait qu’il était pire”. Autre soutien puissant pour Philippine, sa mère adorée, sourde et muette mais qui devine tout (le père est mort “dans un accident, idiot comme tous les accidents”) ; elles vivent plutôt modestement tout en haut d’une tour HLM de cité à Amiens. Grâce à sa mère, la gamine sait lire sur les lèvres, talent très utile à distance. Elle se fait payer non en argent, mais en billets pour la foire, en places de concert, ou pas du tout. Amiens nous est décrite sous plusieurs angles très reconnaissables pour les locaux. Greg Blondin aime les mangas, cela se voit à pas mal de clins d’oeils dans les cases, et aussi aux grands yeux des personnages féminins ; au volume 2, Philippine est poursuivie par un salopard armé d’un rasoir. Elle se réfugie dans un cirque, dans la foule des spectateurs où l’on voit clairement Conan, le professeur Layton, Blacksad, Sherlock Holmes, Watson et Moriarty en chiens, Ryo Saeba et Kaori avec sa massue, et autres détectives : Poirot, Miss Marple, l’inspecteur Harry !

    Difficile de ne pas aimer Philippine, sincère, marrante, courageuse, astucieuse. Malheureusement les albums sont très mal distribués, il faut les commander. Qui dira la dictature non pas des éditeurs, mais des distributeurs ? Akiko et moi la connaissons !

    Xanatos
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    Xanatos le #526301

    Voici à quoi ressemble l’illustration de la couverture du quatrième tome:

    Philippe Lomar

    Le dessin a un certain charme: il semble à la fois énergique et dynamique.

    Et au vu des planches visibles sur le web, le trait de l’artiste est en effet à mi-chemin entre la BD franco belge et le manga:

    Philippine extrait 1

     

    Philippine extrait 2

    En tout cas, vu la critique tu en fais, Philippine Lomar traite de thématiques intéressantes et semble bénéficier de scénarios recherchés sortant des sentiers battus.

    Je tâcherai de m’y pencher. Dommage que la distribution pêche et laisse cruellement à désirer, si la BD était plus facilement trouvable, elle toucherait certainement un plus large public. Heureusement comme tu dis qu’il reste la solution de l’achat par correspondance !

    Tu as vu juste au sujet de Billy the Cat la dureté et la dimension dramatique tranchent singulièrement avec le trait effectivement “rond” et “poupon” pour le visage félin de Billy, même si Colman excelle autant dans les cases mignonnes que celles beaucoup plus sombres…

     

     

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #526405

    Vous me direz : à quoi bon parler d’un mauvais album ? Ben à éviter aux gens de perdre leur temps à le lire.

    Intrigué par les “Lettres à sa fille” de Calamity Jane où celle-ci déclare que “Belle Starr est une méchante femme, en train de devenir célèbre” (elle n’avait que 2 ans de plus que Calamity), j’ai voulu découvrir l’album Lucky Luke Belle Starr.

    Double déception : c’est daté 2005, scénario de Xavier Fauche et non Goscinny (même si Fauche et Léturgie ont très bien réussi l’album Le Daily Star), et Luke se balade ridiculement tantôt avec un indolent brin d’herbe au bec, tantôt la lippe pendante dans les scènes où il bondit ou court et où ce serait grotesque. De plus, les gags sont très plats ou en copient d’anciens, et le récit est absurdement compliqué, au point d’une incohérence totale sur les cautions à verser au final. Pas un instant Belle Starr, la “reine des bandits”, ne se sert du colt à sa ceinture, alors que la vraie savait très bien s’en servir. On retrouve Billy the Kid et les Dalton, sans la drôlerie. La dernière page nous montre six pendus alors que l’absence de morts était de rigueur dans Lucky Luke, sauf dans les tout premiers, très anciens. Un album que j’ai trouvé nul. A fuir.

    A la fin de Calamity Jane, Morris signale bon nombre de femmes aventurières du Far-West : Poker Alice, Madame Moustache, Big Nose Kate, Pickhandle Nan, Rowdy Kate, Kitty the Schemer… Il y avait sûrement mieux à faire avec Belle Starr.

    Xanatos
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    Xanatos le #526406

    Ah petite correction mon cher Yupa: cet album de Lucky Luke intitulée Belle Starr ne date pas de 2005 mais de 1995. En effet Morris est le dessinateur de cette aventure, or, il ne pouvait pas avoir participé à cet album en 2005 étant donné qu’il est décédé en 2001. Ironie du sort: il est mort le lendemain du jour où il avait achevé son ultime album de son héros Les légendes de l’Ouest et il nous quitta… à cause d’une mauvaise chute de son escalier ! 🙁

    Après, oui les années 90 marquèrent le déclin de l’oeuvre majeure de Morris.

    Je possède cet album Belle Starr et je confirme tes propos: il est plat, ennuyeux, peu inspiré…

    On sentait d’ailleurs que Morris était de plus en plus fatigué car il fit des copiés collés de plusieurs de ses dessins afin d’économiser ses efforts et se ménager, donnant la triste sensation que ses personnages sont figés, dénués de vie…

    Il y a eu quelques bons albums dans les années 90 tels que L’Amnésie des Dalton ou encore Les Dalton à la Noce

    Malheureusement, Belle Starr fait partie des ratages de cette décennie pour l’homme qui tire plus vite que son ombre.

    Et je suis d’accord avec toi sur le fait que l’histoire de cet album est nébuleuse et est gangrénée par un manque de rythme et de dynamisme absolument affligant…

    J’abonde dans ton sens, cet album est à éviter !

    En matière d’albums nuls issues de monuments de la BD franco belge, je te déconseille très fortement cet album de Astérix ayant pour titre Le ciel lui tombe sur la tête qui est une horreur sans nom !

    Le scénario est sans queue ni tête, creux, vulgaire et fait des critiques assez lamentables contre les manga et les comics: à fuir comme la peste !

    Malgré tout mon respect envers Albert Uderzo, il a vraiment fait n’importe quoi avec cet album.

    Veggie11
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    Veggie11 le #526419

    Je l’ai promis ce matin, je vais rebondir sur ta critique du second tome de ”Billy the Cat”, car il s’agit là clairement d’une intégrale qui me rappelle d’excellents souvenirs ! 🙂 Lorsque j’ai découvert ”Billy” il y a bien vingt-deux ans, j’ai commencé par les tomes 5 et 6 (le flashback du tome 6 sur la transformation de Billy fut d’ailleurs un avantage certain pour comprendre au moins le concept de base de l’histoire – d’ailleurs anecdote : lorsque Billy parlait de cet événement par l’expression ”Il y a si longtemps”, je pensais que sa transformation durait depuis de très nombreuses années, alors qu’il s’est peut-être écoulé tout au plus un an si l’on prend le rythme des saisons sur les 6 premiers tomes).

    On débute ce quatrième tome par Saucisse le terrible où Billy retrouve son chien… et celui-ci ne l’a jamais apprécié du temps où il était un humain ! En effet, quand la famille de Billy avait adopté Saucisse du temps où il était un chiot, c’est notre chenapan qui le baptisa sous son nom disgracieux, ce qui lui valut d’être la risée des autres chiens du quartier et aussi des humains ! Saucisse ne le pardonna jamais à Billy. Pire encore, des années plus tard, c’est Billy qui convainquit ses parents de mettre leur chien au régime, ce qui fit souffrir ce dernier atrocement ! Pour assouvir son appétit, Saucisse devint alors la terreur du quartier et opprima les animaux du quartier afin qu’ils leurs cèdent leur pitance. Il reconnut Billy en tant que chaton et l’occasion est trop belle pour lui de se venger de ce maître si cruel qui l’a tant fait souffrir jadis. Le récit est équilibré, car, si Saucisse est plus grand et plus fort que Billy (causa bien des frayeurs à notre jeune héros !), on le voit ensuite se ressaisir et avoir recours à son intelligence humaine pour prendre l’ascendant sur son chien en conduisant… une voiture jouet ! L’album est plus humoristique, plus léger que les précédents, mais on perçoit néanmoins une certaine tension au fil du récit qui nous captive de bout en bout.

    ”Saucisse le terrible” est un album assez inattendu dans la collection, il s’intercale entre le tome 3 qui apportait un peu d’espoir (les retrouvailles entre Marie et son frère) et en même temps le très noir tome 5 dans lequel les personnages flirtent quasiment avec la mort. J’ai l’impression que Desberg voulait apporter un peu de fraîcheur et d’humour dans la série en se focalisant sur de nombreux gags plutôt cartoon ou le comportement pseudo-dictatorial de Saucisse.  Mais en même temps, il parvient à faire comprendre que Saucisse n’est au fond qu’une autre victime de Billy lorsqu’il était humain, une tête de Turc qui n’avait rien demandé et dont l’existence fut pourrie par ce garçonnet mal élevé. À la fois on rigole bien devant le duel Billy VS Saucisse et en même temps, on compatit un peu pour ce chien. Heureusement leurs relations s’arrangeront dans les albums suivants (surtout le 6). Autre point intéressant : le fameux rêve de Billy lorsqu’il se voit juger par un tribunal de chats menaçants et banni de leur territoire. Dans ce rêve, Billy redevient humain, mais ce retour est décrit avec amertume, puisque Billy n’a plus le droit de retrouver ses amis animaux. Je me demande si Desberg n’avait pas planché sur un possible dénouement de cet acabit : Billy redevenant humain serait obligé d’abandonner tout contact avec ses nouveaux amis, car il n’y aurait plus sa place ? Le tribunal des chats me fait aussi penser à un cartoon très sombre de Walt Disney dans lequel Pluto rêve qu’il est condamné par des chats. C’était Marc François qui doublait Mickey dans ce cartoon.

     

    L’Oeil du Maître en revanche renoue avec la noirceur originelle des tout premiers tomes: des rats ont tendu un traquenard à Monsieur Hubert et le blessent grièvement et à sa tête on retrouve… le terrible Sanctifer qui a survécu à l’incendie où il était censé périr ! Bien que Billy soit heureux d’être auprès de sa soeur, il s’inquiète légitimement pour son ami Monsieur Hubert… Et il n’est pas au bout de ses peines avec Saucisse qui manigance un mauvais coup contre son ancien maître (au grand dam de Chalazion, l’oiseau “de main” de Saucisse qui fera les frais du plan qu’a ourdi celui-ci !). Il s’agit réellement d’un album fascinant. Tout d’abord Colman est à l’apogée de son art: ses dessins sont à la fois magnifiques, très détaillés et expressif, l’artiste étant en pleine possession de ses moyens. Il maîtrise à la perfection les effets d’ombre et de lumière, concourant à rendre certaines scènes anxiogènes particulièrement étouffantes et angoissantes. Nous en apprenons aussi davantage sur le passé et le vécu de Sanctifer, qui, à la base, n’était pas un mauvais chat: au contraire il était aimant et affectueux envers son maître. C’est au cours de circonstances tragiques qu’il devint ce chat amer, blessé, calculateur et revanchard. Il continue en tout cas à être fasciné par Billy et à vouloir le prendre sous son aile. C’est cela que j’aime dans Billy the Cat: les méchants ne sont pas “tout blancs ou tout noirs” et ils sont plus nuancés qu’il n’y parait.

    Exactement, cet album (qui est mon préféré, même si Le Choix de Billy n’est pas loin dans le classement) prend un virage très particulier, l’ambiance est noire, sinistre, beaucoup plus que le pourtant désespéré ”Dans la peau d’un chat”. Même le foyer chaleureux ne suffit plus à Billy, il finit par ressortir dans le noir et sous la pluie (pluie – puis neige – qui ne s’arrêtera jamais de tomber durant tout l’album, comme si c’était volontaire de la part du dessinateur). C’est aussi la première fois que Colman, effectivement à l’apogée de son art, se permet des cases vraiment glauques (gros plans sur les rats sur fond rouge, j’avais un peu l’impression de me retrouver dans ”Pacush Blues” ou ”Ratz”), et je regrette terriblement que la série n’ait pas continué dans cette voie. On aurait dit une sorte de réponse à la série animée enfantine qui venait de débuter un an plus tôt ! J’ai l’impression que beaucoup de parents ont acheté les albums à leurs enfants après le passage du dessin-animé à la télé et se sont ensuite plaint à Dupuis de la ”violence” de la version BD, et Dupuis a peut-être fait pression sur Desberg et Colman pour atténuer tout ça. Déjà en 1989, lorsque le duo avait repris le projet, sept ans après le chapitre ”pilote”, la planche montrant Billy tomber dans le précipice a dû être adoucie (sa chute était beaucoup plus brutale et effrayante, on voyait des morceaux du ”pont” s’effondrer peu à peu pour l’entraîner au fond du précipice). En tout cas Colman a refusé de continuer l’aventure et malheureusement, si j’ai de la sympathie pour Peral (son second successeur), son style est bien plus cartoon et – je trouve – moins détaillé.

     

    Enfin Le choix de Billy est paradoxalement le meilleur album de la série mais aussi le plus frustrant: en effet, on revient sur le thème de la réincarnation

    Il y a beaucoup de révélations, du suspense, des rebondissements nous tenant en haleine, Billy étant plus déterminé que jamais à redevenir humain ! Hélas, la “vraie” série se conclura ici alors qu’il y avait largement matière à continuer. Le titre continuera de mal en pis, confiée à des auteurs qui infantiliseront et adouciront l’oeuvre contribuant à une chute des ventes et à son annulation. Malgré tout, au même titre que Veggie, je considère les six premiers albums de Billy the Cat comme un chef d’oeuvre de la BD franco belge des années 90: c’est une série résolument originale, captivante, émouvante, intelligente, subtile et pouvant plaire à un large public. Mais je ne la conseillerai pas à de trop jeunes enfants, certains volumes étant très violents. Mais c’est une BD forte et exceptionnelle, rappelant avec bonheur l’ambiance et le ton des meilleurs films d’animation de Don Bluth. Lisez Billy the Cat c’est un joyau indispensable !

    Ah clairement, le retour sur la réincarnation est l’élément que j’apprécie le plus dans cet album. Durant tout l’album, on retrouve des allusions, des clins d’oeil au cycle de la vie, à la naissance puis à la mort, et entre-deux, les auteurs remettent Billy face à sa situation. Billy est très jeune encore et il n’a pas saisi les raisons de sa réincarnation, j’ai l’impression qu’il le vit comme une farce, une erreur de la part des responsables (c’est d’ailleurs ce qu’il dit dans le premier tome lorsqu’il découvre sa nouvelle apparence : ”Ils se sont trompés !”). À l’inverse, Icare apparaît comme très mûr, très réfléchi, mais aussi plus virulent. Il n’était qu’un oisillon dans sa vie antérieure, pourtant il agit en homme adulte ayant très bien compris le but (possible) de cette réincarnation (”Ils nous ont rejetés, nous ont interdit la paix, le repos !”). Je regrette d’autant plus l’abandon de cette ambiance si particulière à partir du tome 7 (particulièrement médiocre, vu qu’il ne s’agit que de courtes histoires anecdotiques) que l’album ne dévoile jamais le parcours d’Icare une fois humain : est-il possible qu’il ait vécu plusieurs années en tant qu’homme et qu’en effectuant des recherches ou en se posant des questions, il ait compris l’enjeu de sa réincarnation ? Autre chose, Icare est aussi le deuxième à se souvenir de sa vie antérieure, or dans l’album 1, Billy ne conserve sa mémoire que parce qu’il a ”étranglé” le crocodile en s’accrochant à sa cape et ce dernier veut ainsi le punir. Bref, beaucoup de questions restées sans réponse, cet album aurait vraiment mérité une suite !! Je garde précieusement mes 6 premiers tomes et j’ai inventé ma propre fin, mais il restera toujours ce sentiment d’inachevé…

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #526442

    Ah petite correction mon cher Yupa: cet album de Lucky Luke intitulée Belle Starr ne date pas de 2005 mais de 1995. En effet Morris est le dessinateur de cette aventure, or, il ne pouvait pas avoir participé à cet album en 2005 étant donné qu’il est décédé en 2001. Ironie du sort: il est mort le lendemain du jour où il avait achevé son ultime album de son héros Les légendes de l’Ouest et il nous quitta… à cause d’une mauvaise chute de son escalier ! 🙁 Après, oui les années 90 marquèrent le déclin de l’oeuvre majeure de Morris. Je possède cet album Belle Starr et je confirme tes propos: il est plat, ennuyeux, peu inspiré… On sentait d’ailleurs que Morris était de plus en plus fatigué car il fit des copiés collés de plusieurs de ses dessins afin d’économiser ses efforts et se ménager, donnant la triste sensation que ses personnages sont figés, dénués de vie… Il y a eu quelques bons albums dans les années 90 tels que L’Amnésie des Dalton ou encore Les Dalton à la Noce… Malheureusement, Belle Starr fait partie des ratages de cette décennie pour l’homme qui tire plus vite que son ombre. Et je suis d’accord avec toi sur le fait que l’histoire de cet album est nébuleuse et est gangrénée par un manque de rythme et de dynamisme absolument affligant… J’abonde dans ton sens, cet album est à éviter ! En matière d’albums nuls issues de monuments de la BD franco belge, je te déconseille très fortement cet album de Astérix ayant pour titre Le ciel lui tombe sur la tête qui est une horreur sans nom ! Le scénario est sans queue ni tête, creux, vulgaire et fait des critiques assez lamentables contre les manga et les comics: à fuir comme la peste ! Malgré tout mon respect envers Albert Uderzo, il a vraiment fait n’importe quoi avec cet album.

     

    Tiens, je ne savais pas pour le décès de Morris !

    Justement Xanatos, hier dans la grande librairie de neuf et d’occasion Gibert du Quartier Latin, je suis tombé sur Astérix, le ciel lui tombe sur la tête et j’ai pu le parcourir, sans bien sûr l’acheter tant en effet c’était nul ! Quelle stupide incompréhension totale du manga chez un dessinateur du niveau d’Uderzo ! Les allusions d’une ignare xénophobie aux Japonais pullulent, et le monde des comics est à peine mieux traité (les clones de Superman sont les “bons” mais très idiots). De plus Obélix conforme à son personnage final décérébré ne pense qu’à bouffer et à ses sangliers, au point qu’Astérix en pète les plombs contre lui. Album des plus nuls, et même désagréable.

    J’ai oublié d’y chercher Billy the Cat, il est possible qu’il soit en rayonnages là-bas. En tout cas je vais tâcher de me procurer les albums, Veggie et toi m’en donnent très envie !

    Xanatos
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    Xanatos le #526455

    Bon et bien on est d’accord sur toute la ligne au sujet de Billy the Cat ma chère Veggie ! 🙂

    Oui le tome 4 regorge d’humour mais comme tu le soulignes, on éprouve de la compassion envers Saucisse à cause des brimades dont il fut victime par la faute de Billy et sa rancoeur vis à vis de son maître est hautement compréhensible. Très intéressante ton analyse au sujet du tribunal des chats qui jugent Billy sous sa forme humaine où il serait contraint de rompre tout lien avec ses amis animaux tels que Monsieur Hubert, Chacha voire Pirmin si il croisait à nouveau sa route.

    Cela me rappelle un peu le dénouement de Nils Holgersson 

    Spoiler

    dans la série animée japonaise (et sûrement dans le conte original) Nils avait été victime d’un sortilège l’ayant réduit à la taille d’une souris à cause d’un lutin pour le punir d’avoir persécuté des animaux. Au cours de son périple, il se rapprochera de son jars domestique Martin et accompagnera une troupe d’oies sauvages lors de leur formidable voyage. A la fi de l’histoire, Nils s’est humanisé au contact de ces animaux et il reprit sa taille normale quand il défendit Martin sur le point d’être injustement puni par ses parents. Le dénouement était doux amer, car, si il put redevenir normal, il ne pouvait plus communiquer avec ces oies sauvages qu’il aimait tant, elle ne le comprenaient plus… Leurs adieux étaient très touchants et la fin du dessin animé m’a beaucoup marqué étant petit…

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    Je me demande si Colman et Desberg ne se seraient pas en partie inspirés de l’oeuvre de Selma Lagerlöf pour créer Billy the Cat.

    Ton analyse du tome 5 est tout à fait pertinente, et je me demande aussi si les auteurs ne voulaient en effet pas faire un pied de nez au déplorable dessin animé aseptisé en concevant le tome le plus noir et le plus dur de la série !

    Et cela ne m’étonnerait pas en effet que plusieurs parents de jeunes lecteurs se soient plaint auprès de la rédaction de Spirou de la violence de la série, leur demandant de l’édulcorer… Causant ainsi, hélas, la perte de celle-ci.

    Pour Icare, oui, on voit le changement de son état d’esprit: quand il était un oisillon, il était un enfant, naïf et ingénu, mais quand Billy lui parle, il est clairement devenu un adulte mûr et aguerri, mais aussi amer et ivre de vengeance envers Sanctifer qui l’a jadis trahi.

    Je me demande combien d’années se sont écoulées entre le moment où il s’est réincarné dans le corps d’un humain et le moment où il rencontre Billy.

    Beaucoup d’eau a du couler sous les ponts, car, si Sanctifer n’est pas un vieillard, il n’est plus tout jeune non plus. Peut être a-t-il 11 ou 12 ans ? (ce qui est beaucoup pour un chat, même si ces animaux peuvent vivre jusqu’à 22 ans).

    De plus Billy et Icare ne sont certainement pas les seuls êtres vivants à avoir été réincarnés et l’histoire ouvrait des pistes prometteuses pour une suite qui, hélas, ne verra jamais le jour…

     

     

    Xanatos
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    Xanatos le #526460

    Tiens, je ne savais pas pour le décès de Morris ! Justement Xanatos, hier dans la grande librairie de neuf et d’occasion Gibert du Quartier Latin, je suis tombé sur Astérix, le ciel lui tombe sur la tête et j’ai pu le parcourir, sans bien sûr l’acheter tant en effet c’était nul ! Quelle stupide incompréhension totale du manga chez un dessinateur du niveau d’Uderzo ! Les allusions d’une ignare xénophobie aux Japonais pullulent, et le monde des comics est à peine mieux traité (les clones de Superman sont les “bons” mais très idiots). De plus Obélix conforme à son personnage final décérébré ne pense qu’à bouffer et à ses sangliers, au point qu’Astérix en pète les plombs contre lui. Album des plus nuls, et même désagréable. J’ai oublié d’y chercher Billy the Cat, il est possible qu’il soit en rayonnages là-bas. En tout cas je vais tâcher de me procurer les albums, Veggie et toi m’en donnent très envie !

    Et oui mon cher Yupa, tu as pu constater aisément l’ampleur du désastre…

    D’après ce que j’ai cru comprendre il a été offusqué par un jeune lecteur qui disait que le manga était la BD de l’avenir et qu’il avait supplanté la BD franco belge et Uderzo a voulu bassement se venger en créant ce brûlot de bas étage.

    J’avais l’impression en lisant cet album de me replonger dans certains des aspects les moins reluisants et les plus infects des années 80 et du début des années 90: Walt Disney représenterait les bons dessins animés et les Japonais ne seraient que de vulgaires copieurs et qui dessinent mal.

    Cela m’avait vraiment révulsé et mis en colère à l’époque, surtout quand on sait que la bande dessinée japonaise est réputée pour la diversité et la pluralité des genres qu’elle traite sans oublier les innombrables mangaka de grand talent !

    Et en tant que fan de comics de super héros, la vision simpliste et biaisé de Uderzo m’avait tout autant tapé sur le système car dans son histoire, il insinue que tous les super héros sortent du même moule alors que c’est faux.

    Superman par exemple est un surhomme doté de super pouvoirs prodigieux et quasiment divins et a un caractère fondamentalement positif et optimiste. Batman en revanche est un humain ordinaire comme toi et moi et c’est un homme sombre et tourmenté… Et il se sert de sa grande intelligence, de sa force, de son esprit de déduction et de ses gadgets pour triompher des criminels. Ce sont deux hommes fondamentalement différents mais qui ont pour point commun leur grandeur d’âme, leur altruisme et le respect mutuel qu’ils ont l’un envers l’autre.

    Et là dans sa BD, Uderzo laisse entendre que tous les super héros sont surpuissants et stupides, ce qui est vraiment erroné et simpliste comme vision de ce genre de la BD…

    Un comble pour un auteur comme lui qui avait jadis été le créateur d’une BD française de super héros, bien avant Astérix !

    Et + 1 au sujet de Obélix, profondément antipathique dans ce récit et ne pensant qu’à son estomac et rien d’autre, loin de la bonhomie qui le caractérisait autrefois et le rendait si marrant et attachant.

    Après rassure toi mon cher Yupa: je n’ai PAS acheté cet album, je me suis contenté de le lire dans une bibliothèque et je l’ai aussitôt reposé sur l’étagère après l’avoir fini, me jurant de ne jamais acheter cette horreur !

    D’ailleurs, j’ai une anecdote marrante à te raconter: Nael, Sharbett et moi nous sommes allés à une exposition des albums de Astérix par Goscinny et Uderzo ayant eu lieu à Paris (et où Sharbett fut émue et admirative de voir la machine à écrire de Goscinny), tous les albums étaient mis en avant… sauf Le Ciel lui tombe sur la tête “mystérieusement” oublié ! ^_^

    C’est également le seul album de la série qui fut un échec commercial (à juste titre !).

    Content mon cher Yupa que Veggie et moi nous t’ayons donné envie de lire Billy the Cat ! 😀

    Et puis les albums de luxe sont magnifiques et font honneur à ce bijou ! En plus, comme il n’y en a que deux, tu auras vite l’intégrale ! 😉

     

     

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #526475

    C’est prévu, les Billy the Cat, à coup sûr.

    Je ne sais pas, mais parmi les raisons de l’hostilité d’Uderzo envers le Japon, il se peut que jouait aussi l’absence de présence des albums (et animés) Astérix dans ce pays, malgré un rayonnement mondial et des traductions en des dizaines de langues. Au Japon, je visite évidemment ce qui correspond à ma passion pour tout ce qui est BD et animés, les grandes librairies, les centres de loisirs, les salles de jeux, les magasins de figurines. Or je n’ai jamais aperçu nos Gaulois ! De quoi se croire victime d’un ostracisme par les Nippons pour Uderzo ?… En fait peu de personnages occidentaux séduisent là-bas, mais il y en a, Snoopy ou Sonic sont extrêmement répandus ; Superman, Batman et Spiderman ne sont ignorés de personne ; les amateurs ont quelques échos sur les Smurfs (Schtroumpfs), cependant ce n’est pas la gloire. Mon amie Taiko en ignorait tout, et n’a pas aimé leurs “gros nez”. L’appendice nasal prohéminent n’a que des connotations négatives ou ridicules dans l’archipel, alors bien sûr, Astérix et Obélix… Et puis le contexte de clichés antiques et nationaux ne dit rien du tout aux Japonais. Mais les albums ont sûrement été traduits et publiés, de façon assez confidentielle à coup sûr.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #526644

    Billy the Cat tome 1 Billy the Cat tome 1: l’intégrale De Stephen Desberg (scénario) et Stefan Colman (dessins)

     

    Hé bien, je viens d’en achever à mon tour la lecture (relecture pour le premier récit, car jadis je lisais “Spirou” chaque semaine). Par rapport à la “préquelle” de 1981, Dans la peau d’un chat écarte le très traditionnel accueil chez Saint Pierre après la mort, adoptant un effet plus créatif et moins naïf : une coccinelle et un crocodile humanisés qui parlent en vers (car “N’est-ce pas aux vers qu’on reconnaît le mort ? “… humour assez noir !). Le désarroi de Billy, l’ancien chenapan déjà ébranlé, le rend bien plus émouvant que dans le récit pilote où il est très vite engagé dans une lutte contre le gang de Rogne et où sa victoire plutôt paradoxale ne consiste qu’à restaurer le combat nocturne chiens-chats après onze heures du soir. Ici le final beaucoup plus satisfaisant offre à Billy de sauver de nombreux animaux cobayes de torturantes expériences (thème encore très actuel !) . La probable mort des trois truands humains noyés dans leur voiture donne le ton assez tragique voulu par nos auteurs.

    Le destin de Pirmin ensuite dénonce les mises en cages d’animaux de cirque privés de liberté et de nature (autre cause qui n’a pas pris une ride pendant longtemps, mais qui heureusement se voit triompher). Le récit perd un peu en tension dramatique, et la recherche d’humour n’est pas toujours heureuse, sauf dans le curieux et marrant langage créé pour Pirmin par Desberg. Mais je suis d’accord avec toi Xanatos : cette aventure est très touchante, un peu poétique même. Et l’on y voit Billy évoluer beaucoup.

    L’été du Secret retrouve des aspects poignants avec la persécution de Marie, la petite soeur de Billy et son kidnapping par le gorille fou, clin d’oeil évident au mythique film “King-Kong”. Parallèlement, la mise en question du vedettariat de cinéma et de sa face cachée impitoyable aux ex-stars est habilement transposée aux animaux. Le décès du gorille et le récit pimenté d’un peu d’érotisme (séduction de Cha-cha par le “playboy” Lothaire, entre autres détails) montre que nos auteurs aimaient friser la limite des tabous dans la BD jeunesse de l’époque. La cruauté, souvent rusée et hypocrite, de certains gamins (comme du Billy humain) est très bien montrée, à croire que Desberg en a su quelque chose dans son enfance, ainsi que tant d’entre nous (le célèbre “ijime” japonais est en réalité parfaitement universel). On est ravi que Marie comprenne que son grand frère, qu’elle aimait envers et contre tout, survit en chat, mais aussi que Billy se soit cette fois totalement racheté envers elle. Monsieur Hubert est brillamment campé : certes, il aime beaucoup Billy et craint pour lui, mais il se lasse parfois de sa pétulance de “jeune fou” et de son envahissante présence, ainsi que les gens un peu âgés que cela fatigue.

    Les dessins de Colman à eux seuls méritent le détour, ce sont parfois d’amples tableaux riches en détails fins ou cocasses. On sent chez lui une vraie jouissance à dessiner. Pas étonnant que Franquin et d’autres l’aient trouvé dès le début très fort ! Et quel bouillon de culture BD, cette Belgique et France du Nord des années 1960/ 1970 ! Il faut dire que l’art des peintres “officiels” était particulièrement creux, abstrait ou horrible…

    Xanatos
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    Xanatos le #526645

    Super Yupa, je suis vraiment ravi que ce premier tome de Billy the Cat t’ait autant plu ! 😀

    Oui comme tu dis, Colman et Desberg se sont montrés très audacieux pour l’époque où ils ont crée la série et ont repoussé les limites de la censure.

    Effectivement, Billy en tant que chaton a pu trouver la voie de la rédemption et il était effectivement loin d’être un Saint quand il était humain, et ses touchantes retrouvailles avec sa petite soeur sont la clé de voûte de l’émotion de ce récit.

    Et il est vrai que si Monsieur Hubert aime beaucoup Billy, l’énergie juvénile débordante de ce dernier le lasse occasionnellement !

    Les auteurs ont réussi à en faire un personnage très nuancé.

    Et, oui, Colman est un très grand dessinateur dont le talent ne cessera jamais de s’améliorer au fil de la série: j’estime qu’il est à l’apogée de son art dans l’histoire L’Oeil du Maître.

    A propos de Franquin, tu auras remarqué dans les pages bonus que lui et Yvan Delporte se sont montrés très farceurs vis à vis de Colman lors de son arrivée à la rédaction de Spirou ! 😉

    Mais Franquin aura comme tu dis décelé son potentiel et son talent exceptionnel de dessinateur.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #526746

    Je vais bientôt commenter un peu le 2e tome de l’intégrale Billy the Cat, lui aussi illustré d’une préface passionnante.

    A la TV j’ai suivi un reportage sur Coffeyville, USA. Quoi d’intéressant dans cette bourgade ? Hé bien les Dalton ! Fin 19e siècle, James Dalton avait 15 enfants, et côté garçons notamment Frank l’aîné et ses trois frères Bob, Grat et Emmett. Frank devint US Marshall et embaucha ses frères comme adjoints Marshall. Honnête au début, le clan glissa vers des pressions exercées sur les banques, puis vers divers actes de délinquance, enfin des crimes pour faire taire des témoins. Un jour Frank décide d’attaquer les deux banques de Coffeyville, simultanément car elles sont l’une en face de l’autre dans la rue. Mais voilà, Bob très connu en ville est interpellé par un habitant inquiet. Cela tourne mal, car dans l’Ouest les banques n’étant pas assurées, en cas d’attaque c’est l’argent des citadins qui disparaît : ils se rebellent, s’arment et contre-attaquent par une intense fusillade. Seul Emmett Dalton survit, avec 23 balles dans le corps ! Le médecin le protège de la pendaison en affirmant qu’il ne risque pas de s’en tirer, surtout avec un médecin comme lui ! Mais en fait il s’en tire et disparaît de la ville. Les journaux plus tard lui demandent des interviews, il publie ses mémoires, d’où la gloire des Dalton. Il tourne un film muet dans son propre rôle : c’est un échec, mais dans le film suivant il est un “bon” et cette fois c’est un succès !

    Voili voilà ce qui était conté dans ce reportage. Bien sûr Morris s’en est inspiré, plus ou moins fidèlement.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #526901

    Billy the Cat tome 2 Billy the Cat l’intégrale tome 2 Deuxième et dernier tome de l’intégrale de Billy the Cat concluant l’âge d’or de la série quand elle était écrite et illustrée par ses créateurs Colman et Desberg.

    Je viens d’achever la lecture de cette excellente saga en 6 albums ! Bravo tout spécialement à toi, chère Veggie, pour ta très attentive et brillante analyse, celle de Xanatos ne déméritant pas pour autant !

    Que dire de plus ? Pas grand-chose, tout est très bien vu par vous deux. Saucisse le Terrible (titre qui fait oxymore !) est très maîtrisé à mon avis. L’obsession boulimique du basset fait de lui un être menaçant et brutal, d’un amoralisme total, mais l’humour un peu disneyien corrige l’ambiance assez dure et le “châtie” sans grande cruauté. La récompense de Monsieur Hubert, une Cadillac 54, signale à nouveau cette passion des voitures qui marquait les jeunes hommes élevés dans les années 60 / 70, de même que Franquin : voir la turbotraction, et même en un sens la guimbarde de Gaston !

    Ah, L’OEil du Maître, le plus remarquable des 6 albums ! Il est à noter que le maître de Sanctifer semble si inquiétant que le caractère impitoyable du gros chat ne surprend guère. C’est une sorte de “fasciste” qui veut bâtir un “ordre nouveau” comme il le dit avec une élite dominant les autres chats et animaux, avec Billy pour dauphin fidèle – ce qu’il refuse. Particulièrement pervers, Saucisse martyrise et utilise son complice dévoué Chalazion (j’ai beaucoup de sympathie pour ce canari immoral, peut-être inspiré par Titi ! Il est loyal au chef, mais au final le rejette comme “traître”, à juste titre !). Comme tu l’as remarqué Veggie, tout cet album sombre se déroule sous la pluie battante et la neige. Final heureux façon “paix des bêtes”, sauf pour le pauvre Chalazion en cage !

    Le Choix de Billy me déçoit, parce qu’il est surtout frustrant, ainsi que tu l’as signalé Xanatos. Il y aurait eu des précisions nécessaires, malgré la tentative de Desberg et Colman de revenir aux fondamentaux de la série… qui restent confus. Le crocodile semble mixer le Capitaine Crochet, aux prétentions raffinées, et son ennemi ; la coccinelle-procureur est une allusion ironique à la “Bête à Bon Dieu”, et l’après-vie serait alors seulement le lieu de la culpabilisation, puis de la renaissance du karma châtié pour ses fautes selon les thèses indo-bouddhistes. Contrairement à ce que croient beaucoup de naïfs baba-cool, le bouddhisme est une doctrine très pessimiste et castratrice de tout désir où “make love” ne sauve d’aucune “war” ou conflit. C’est ce qui fait le peu de cohérence de cet album. Billy “finit” en chat-jouet enamouré d’une jolie nana, donc coincé dans une contradiction. Hélas, elle ne sera pas résolue par nos deux auteurs.

    Jadis j’ai trouvé 2 albums d’Arkel, perdus plus tard, et c’était une remarquable série de Desberg plutôt frappante et imaginative, une lutte entre anges et démons. En revanche le Marsupilami trop “humaniste” et “inclusif” de Colman et Batem est sans intérêt pour un adulte, du moins à mon avis.

    Xanatos
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    Xanatos le #526903

    Merci pour ces passionnantes analyses et critiques des trois dernières vraies aventures de Billy the Cat mon cher Yupa !

    Je trouve que tu as très finement analysé la psychologie de Saucisse, Chalazion et Sanctifer.

    Effectivement, si Chalazion est dévoué à Saucisse, il n’est pas non plus une bonne poire pour autant: après que son maître “bien aimé” l’ait autant malmené et brutalisé pour faire accuser Billy, le petit oiseau enfermé dans sa cage a catégoriquement refusé de donner sa pitance à Saucisse: loyal mais pas idiot ni amnésique le moineau !

    Oui le maître de Sanctifer semblait vraiment sinistre et lugubre et il y a fort à parier que le caractère de cet homme ait déteint sur celui de son chat: Colman et Desberg ont su le rendre pathétique et touchant à nos yeux afin qu’on éprouve de la compassion pour lui, sans atténuer sa dangerosité et son côté effrayant.

    Très intéressant ce que tu dis au sujet de la dernière aventure Le choix de Billy notamment sur la vraie nature du bouddhisme.

    Cela me rappelle un peu ce que disait Shaka le chevalier d’Or de la Vierge qui a déclaré à Ikki dans Saint Seiya que le paradis dans le bouddhisme, loin d’être un lieu paradisiaque et idyllique est, au contraire, oppressant, car si une personne a la moindre “mauvaise pensée”, elle est chassée et renvoyée aux tréfonds de l’enfer, ce qui fait que les “résidents” du paradis vivent dans un climat oppressant où ils n’ont jamais la conscience tranquille.

    Je ne connaissais pas Arkel et le bien que tu me dis de cette bande dessinée me donne envie de la découvrir Yupa ! 😀

     

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #526915

    Oui, d’ailleurs je vais tâcher moi aussi de retrouver Arkel par une recherche. Le dessin (brillant) était de Conrad, il me semble. Il y avait une relation d’amour-haine entre un héros-ange (Arkel) et une très jolie démone, et les armes, sortes de seringues, pouvaient transposer le Bien en Mal, et vice-versa, dans chacun de ces êtres, mais j’ai tout oublié du reste.

    J’espère ne choquer personne à propos de la version moderne du Marsupilami, mais je crois que Franquin édulcorait un peu moins l’animal, qui restait plus instinctif. Dans une interview que je viens de lire, ce dernier raconte qu’il voulait un marsupial, d’où le début du nom, et a ajouté “pila” d’après le pilou-pilou en VF , la fascinante créature tachetée du comic “Popeye” de Segar (cet animal extra-terrestre en se mettant debout et hochant la tête “sait tout” en réponse aux questions de Popeye), Franquin le gentil ajoutait “ami” au final du nom. La queue “à tout faire” lui avait été inspirée par l’aisance d’un employé de petit chemin de fer belge à gérer à la fois un grand nombre de choses : avec un copain, ils avaient alors expliqué son omnivalence par une longue queue invisible !

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #526922

    J’espère ne choquer personne à propos de la version moderne du Marsupilami, mais je crois que Franquin édulcorait un peu moins l’animal, qui restait plus instinctif. Dans une interview que je viens de lire, ce dernier raconte qu’il voulait un marsupial, d’où le début du nom, et a ajouté “pila” d’après le pilou-pilou en VF , la fascinante créature tachetée du comic “Popeye” de Segar (cet animal extra-terrestre en se mettant debout et hochant la tête “sait tout” en réponse aux questions de Popeye), Franquin le gentil ajoutait “ami” au final du nom. La queue “à tout faire” lui avait été inspirée par l’aisance d’un employé de petit chemin de fer belge à gérer à la fois un grand nombre de choses : avec un copain, ils avaient alors expliqué son omnivalence par une longue queue invisible !

     

    Le marsupilami fut une trouvaille extraordinaire, et Franquin on le sait, considérant qu’il était sa création personnelle au sein de la saga de Spirou et Fantasio (à la différence de ces derniers qu’il n’avait pas inventés), se “réserva” ses aventures en Palombie. J’en ai lu les premiers albums. Certes, le marsupilami est parfois un peu trop “bien-pensant” pour un animal : il ne règle jamais définitivement son compte au jaguar qui pourtant cherche à dévorer les petits marsus ; il ne dévore lui-même que force piranhas, et même les plus militants de la cause animale auraient du mal à défendre farouchement les “pauvres piranhas” ; quant à la très chipoteuse marsupilamie, elle minaude sur ses “hauts talons” à faire passer Marilyn Monroe pour une camionneuse… On est loin du féminisme. Tout de même, pour avoir feuilleté un peu les versions Colman et Batem, c’est moins scolaire que celles-ci, plus près de la vraie jungle. N’est pas Franquin qui veut. Et le chat et la mouette rieuse de Gaston sont bien loin d’animaux “vertueux”…

    Il ne voulait pas d’un marsupilami anthropomorphe, et quand Franquin débordé laissa tout le scénario des Pirates du Silence à Maurice Rosy, qui eut envie de rendre le marsupilami apte à la parole (façon perroquet), il ne fut pas content, et supprima dans les aventures suivantes cette capacité au marsu.

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