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Posté dans : Manga & BD

  • Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #510334

    Blake et Mortimer

    Désolé, c’est très parisien comme événement, mais les fans de la série d’E.-P. Jacobs devraient bien aller voir cette expo “Scientifictions” au Musée des Arts et Métiers, fascinant en soi et trop méconnu.
    On y trouve bien sûr une biographie de E.-P. Jacobs, ses pages d’albums les plus célèbres, mais aussi bien d’autres choses. On constate qu’en dessinateur de mode en 1931 il était assez faible (notamment sur la longueur des bras masculins ou féminins !). La bonne idée du Musée, qui dispose d’incroyables machines et engins bourrés de manettes, de voyants et d’ampoules des années 1930 à 1960, a été d’en exposer à côté des planches de SOS Météores et du Piège Diabolique. Ces machineries énormes (spectromètres, radars, condensateurs, goniomètres…) stupéfient par leur éloignement colossal – dans tous les sens du mot – de la technologie numérique et miniaturisée actuelle, qui les rend totalement obsolètes et leur confère même une aura énigmatique, incompréhensible, monstrueuse ainsi que l’ont bien compris le genre “Steampunk”, et Schuitten & Peeters…
    En fin de visite, ne manquez pas la salle aux six écrans où l’on diffuse de courtes et passionnantes interviews, de François Schuitten justement, de Marion Montaigne, auteure des BD sur Thomas Pesquet notre cosmonaute, mais aussi des excellents “Tu mourras moins bête”. Un astrophysicien nous explique pourquoi le “voyage dans le temps” n’a aucun sens scientifique. La directrice de “Science et Avenir” et de “La Recherche”renchérit, et fait remarquer la stupéfiante absence de femmes dans les albums de “Blake et Mortimer”. On a ironisé sur l'”homosexualité” de nos deux héros, et de Tintin et Haddock, de Spirou et Fantasio, d’Astérix et Obélix, mais ça n’a aucun sens, presque tous ces auteurs étant mariés sans problèmes. Jusqu’à la grande révolution des moeurs en 1965 / 1967, la BD occidentale exclut les femmes de façon quasi-“musulmane” et c’est tout, aucune homosexualité ne joue sur le tabou car elle est plus réprimée encore dans un cas comme dans l’autre. Exception unique au monde : le Japon, Osamu Tezuka et autres ignorant presque tout de cette névrose puritaine 1945-1965, expliquée par… personne à ma connaissance !

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #517440

    En ce temps de confinement, désastre mondial économique et culturel évidemment, je me sens d’esprit nostalgique. Je viens donc de lire un bon vieux Lucky Luke : L’Escorte.
    C’est un des très bons albums des aventures de notre cow-boy, et il représente la suite de Billy the Kid.
    Souvenez-vous : ce dernier est au pénitencier, condamné à 1247 ans de bagne. Il lui en reste 1245 à tirer, mais une ville du Nouveau-Mexique, Bronco Pueblo, le réclame pour le juger d’un délit commis là-bas. On demande à Lucky Luke de l’escorter ; il accepte, simplement pour prouver à Billy qu’il “dit des bêtises” en prétendant s’échapper en chemin. Tout au long de l’album, Luke continue à traiter le petit bandit en gamin mal élevé menacé d’une fessée, ainsi qu’il a conclu le précédent récit “Billy the Kid”. Malencontreusement dans chaque bourgade rencontrée l’apparition de Billy terrorise la population, qui se met à lui obéir aveuglément. Dans le but d’une part de son butin un desperado “de peu d’envergure” (de son propre aveu :-)), Bert Malloy, se livre à plusieurs tentatives pour faire échapper Billy à Luke, mais il rate toujours, source de gags excellents et brillamment variés. Et le meilleur gag se situe au final : arrivé à la ville où il doit être jugé, Billy s’annonce, habitué à voir les rues se vider instantanément : or la population au contraire s’attroupe, l’étouffe presque : “Qu’il est petit ! Qu’il est laid ! Qu’il est rigolo ! c’est donc ça, Billy the Kid ?”
    Comme le veut la logique comique, le délit est dérisoire (naguère Billy a parqué son cheval à un endroit interdit) et le petit malandrin n’est condamné qu’à 5 dollars d’amende. “Je veux bien payer, mais je n’ai pas d’argent, laissez-moi sortir, le temps que j’attaque une banque”.
    Le retour au pénitencier se fait par une ellipse, bien imaginée par Goscinny.
    Comme dans le récit antérieur, l’orgueil cynique de Billy à représenter le Mal incarné et l’effroi des gens ordinaires est parfaitement décrit… et ridiculisé par Luke, qui refuse invariablement de le prendre au sérieux (ainsi que toute la ville de Bronco Pueblo).
    La vie du vrai Billy the Kid est très éloignée de sa légende de tueur de plus de 20 personnes avant ses 22 ans, âge où il est tué, très lâchement d’ailleurs, par Pat Garret. En fait on ne peut guère lui attribuer que 8 meurtres, dans des conditions à peine illégales vu les contextes. Mais il a créé son malheur en y rajoutant beaucoup devant les journalistes avides de presse à sensation ! Devenant dès lors un ennemi public (et un commode bouc émissaire du désordre de l’Ouest).

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #522115

    Je suis à nouveau chez Lucky Luke : Les Collines Noires, album de 1963 un peu oublié. J’en avais un vague souvenir très amusé.
    Le curieux de cette oeuvre, c’est qu’il ne serait pas possible de la publier aujourd’hui.
    En effet, il s’agit clairement d’une apologie du colonialisme,sur lequel on tire à boulets rouges de nos jours.
    Lucky Luke à Washington est missionné par le Sénat comme guide de 4 savants dont le but sera de vérifier que le territoire du Wyoming, qui est hors colonisation et attribué aux Cheyennes, est exploitable pour des colons blancs et “peut être ouvert à la civilisation”. Un seul sénateur, Stormwind, s’oppose à cet objectif, non par souci de préserver les droits des Cheyennes, mais en les présentant comme de féroces tueurs (en réalité il mène secrètement un juteux trafic d’armes et d’alcool avec eux). La commission du Sénat propose à Luke de “gagner la confiance et l’amitié des Cheyennes”. Dans la réalité on sait quel sort tragique ils retirèrent de cette confiance !!
    Les Noirs à Washington sont présentés seulement comme serviteurs et porteurs, et avalent les “r” en parlant. Les Indiens parlent, eux, avec un langage imagé “primitif” (“les bâtons qui crachent les cailloux de plomb”, etc.).
    Pour compléter le tableau politiquement des plus incorrects, Lucky Luke se roule une cigarette, l’allume et fume pendant toute une page, à la réunion de la commission sénatoriale. Il garde une clope au bec tout au long de l’album, même en se réveillant à 6h du matin !
    Bull Bullets, le trafiquant et desperado qui essaie de faire échouer la mission développe aux Cheyennes un argumentaire contre la colonisation de peu de force : plus le droit aux armes, ni de chasser le bison, les fils prendront les coutumes des Blancs, plus le droit de boire de l'”eau de feu”. Les Indiens ne réagissent violemment que sur ce dernier point (encore aujourd’hui, l’alcool est prohibé dans les réserves indiennes).
    Les savants et Luke en démontrant la nocivité de l’alcool vont donc aisément convaincre les Cheyennes que la civilisation, elle, est bonne pour eux. La fin nous apprend d’ailleurs que le fils du chef, Petit Roquet, aboutira grâce à elle à une chaire de professeur à l’université de Vienne.
    Bien sûr, Goscinny et Morris étaient parfaitement conscients des drames provoqués par la marche en avant de la colonisation, simplement ils estimaient en jouant sur ces faits historiques pouvoir réussir un album des plus comiques (et en effet !!), et ne se donnaient pas du tout pour rôle de victimiser les Indiens ou les Noirs. Il n’est d’ailleurs pas faux que certains Amérindiens sont parvenus à des sommets culturels ou économiques grâce aux études…
    Les 4 savants valent le détour et fournissent de nombreux gags, comme le fameux duel à l’épée entre le gros tueur Nebraska Kid et le Pr. Frankenbaum…:-).

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #524728

    Peau d’Homme,

    Excellent “roman graphique” comme on dit, applaudi et primé de partout en ce moment, alors que malheureusement son auteur, Hubert, venait de se suicider à 49 ans !

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #524729

    Je vais y revenir, c’était juste un test pour vérifier que mon compte a bien été rétabli, ouf !

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #524733

    Donc, Peau d’Homme, par Hubert, scénariste, et Zanzim, dessinateur.

    Vous verrez un peu partout l’album sur les présentoirs de BD vu le succès critique.

    Nous sommes à Florence en pleine Renaissance, avec claires allusions au “David” de Michel-Ange et à la crise religieuse iconoclaste et puritaine sous la dictature du moine fanatique Savonarole (1498). Une jeune fille de bonne famille, Bianca, va être mariée par ses parents à un “bon parti”, Giovanni ; il n’a rien de détestable a priori, mais Bianca n’a fait que l’apercevoir depuis sa fenêtre et ne parvient pas à se résigner à son ignorance totale sur lui. Bien sûr ses amies et sa mère, mariées elles-mêmes par arrangement familial, lui représentent que cela n’a pas la moindre importance : on tire un assez bon ou assez mauvais numéro, puis on s’occupe des enfants, le mari vit sa vie bien différente, voilà tout, c’est le destin multimillénaire des femmes. Mais sa marraine la comprend, puis lui révèle un secret : dans un coffre, elle possède une peau masculine dans laquelle Bianca nue va pouvoir se glisser, devenant ainsi un très affriolant jeune homme, dont même l’attribut sexuel fonctionne ! Ce “Lorenzo” va donc pouvoir suivre partout Giovanni, qui n’est pas du tout indifférent à son charme d’ailleurs ! La situation va devenir d’autant plus complexe que parallèlement le frère de Bianca, Angelo, prêtre puritain et brillant orateur, réussit à changer toute la ville en haut lieu de la répression de toutes les déviances, des décolletés et impudeurs, imposant le port du voile aux femmes. On pense évidemment à la condition féminine et homosexuelle dans certaines civilisations, et aussi à la confusion si banale entre un prétendu “antisexisme” et le puritanisme, cette névrose. Par ailleurs, l’évolution de Bianca est adroitement décrite, et une libération heureuse achève le récit.

    Il est affligeant, vu le succès de cet album, que Hubert n’ait pas pu le connaître, son suicide précédant cette réussite. Il est aussi l’excellent auteur de Miss Pas Touche, saga dont les 2 premiers albums, formant un arc complet, méritent aussi des applaudissements. A ne pas rater !

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