Tintin

20 sujets de 161 à 180 (sur un total de 184)

Posté dans : Manga & BD

  • Xanatos
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    Xanatos le #465517

    Ouf, on retrouve ce bon vieux forum ! J’avais hâte de lire tes impressions sur la fascinante saga lunaire, cher Xanatos ! un des points forts d’Hergé y est la synthèse parfaite entre le sérieux – voire l’angoisse – et l’humour, ainsi que tes souvenirs des deux albums en font foi. Au moment d’embarquer, à la fin d’Objectif Lune, Haddock ne compare pas expressément la fusée à un cercueil volant (l’image lui viendra quelques cases avant la fin de la saga, quand Tournesol parlera de retourner sur la Lune) mais il émet des remarques et hypothèses totalement pessimistes. D’ailleurs comme il excluait encore une fois de partir quelques jours avant, Wolff lui ayant indiqué que son (énorme) caisse de “deux ou trois bouteilles de whisky” :-) ne serait pas embarquée, ni son (gros) colis de tabac pour sa pipe, il n’a changé d’avis que parce que les Dupondt lui ont dit : “Vous avez mille fois raison ! A votre âge, ce serait de la folie !” Il pique alors une crise inverse : “Espèces de Bachi-Bouzouks, vous me prenez peut-être pour une vieille coque rouillée, bonne pour la ferraille!!?? Je pars, m’entendez-vous ?” Et en s’embarquant juste donc pour ne pas perdre la face, il déclare à Tintin : “C’est de la folie furieuse ! Et dire que c’est grâce à moi que Tournesol a retrouvé la mémoire ! Je ne m’en consolerai jamais!” (et il répétera ce regret sur sa couchette peu avant le départ). Tintin ne répond pas et continue comme dans tout ce premier album à sembler détaché et sans émotion particulière. Peut-être Hergé s’est-il dit que cela commençait à sembler étrange aux lecteurs : en passant la porte de la fusée, notre héros s’adresse à son chien : “Entre nous mon vieux Milou, je t’avoue que j’ai sérieusement le trac!” Sur sa couchette, il se demande si, ayant vécu pas mal d’aventures, celle-ci ne sera pas la toute dernière. Les trois autres sont tout aussi angoissés. Coup de génie d’Hergé pour nous rendre le héros sympathique par une émotion supérieure aux autres : Tintin entend BOUM, BOUM, BOUM, se demande “D’où viennent ces coups sourds et réguliers?” puis, à la case d’après comprend “Ce sont les battements de mon propre coeur!” Toutefois il a passé 56 pages sans se poser de questions, ce qui est à peine croyable il faut bien le dire… Malgré les événements souvent dramatiques, dans On a marché sur la Lune, le capitaine continue à assurer le comique. Ayant à travailler sérieusement, il chasse les Dupondt de son compartiment de fusée, et sort un des trois gros volumes qu’il a apportés, un “Traité d’Astronomie”. Il prend un air sévère, concentré : “C’est ici que les Romains s’empoignèrent !… Au travail !…Au travail !…” Dans la case muette qui suit il ouvre le bouquin avec un sourire de jubilation… et le lecteur découvre deux bouteilles de whisky cachées dans le “Traité”. Mais après que, complètement beurré, il ait provoqué un petit drame en voulant “retourner à Moulinsart”, il se comportera parfaitement et efficacement, sauvant même Tintin tombé dans une faille lunaire. Le relais du comique sera alors assuré par les deux Dupondt, d’une bêtise superlative et même d’une ignorance crasse, au point de croire qu’il y a des spectacles de cirque sur la Lune ! Et l’on retrouve à la fin un gag récurrent : Haddock au retour sur Terre est dans un état désespéré, le médecin résigné parle d’un “coeur très affaibli chez ce grand buveur de whisky”, et au seul mot “whisky”, le capitaine arrache son masque à oxygène, revenu soudain à la vie pour réclamer sa boisson favorite ! Oui, Xanatos, ce livre que tes parents t’avait offert, j’en ai jadis entendu parler, et il paraît qu’Hergé avait souvent vu très juste, en 1953 / 1954 !

     

    Ouuuuui ! C’est vrai, je me souviens de la fin de Objectif Lune ! 

    Les quatre passagers étaient en effet angoissés, même le professeur Tournesol qui de prime abord paraissait confiant se retrouvait en proie au doute et avait déclaré “Saperlipopette ! J’espère que je me suis pas trompé dans mes calculs !”

    Je me souviens en effet très bien de la scène où ce brave capitaine clamait qu’il voulait se cultiver alors qu’en fait, il voulait satisfaire ses papilles gustatives en se délectant de bouteilles de whisky ! 😆

    C’est par ailleurs là qu’on constate que Hergé a minutieusement étudié et maîtrisé son sujet, car, quand l’apesanteur de la fusée se volatilise, le whisky se transforme en bulle liquide, ce qui arrive à tous les liquides dans ce type de situation !

    Le dénouement avec Haddock revenant à la vie en entendant le mot Whisky était en effet très drôle ! 😆

    Ceci dit le passage le plus cocasse est la chute (c’est le cas de de le dire !) où Tournesol projette de faire un autre voyage dans l’espace, le capitaine refuse en déclarant “On est jamais mieux…” puis, trébuche et tombe par terre en concluant “que sur notre bonne vieille Terre !” 😆

    Tu fais bien de souligner qu’en effet, après la bévue qu’il a commis, il a en effet sauvé la vie de Tintin en se montrant compétent et efficace.

    Au sujet de Tintin, je dois te dire que j’ai été moi aussi été étonné qu’il n’ait réalisé qu’il avait commis peut être une erreur en prenant part à ce voyage uniquement à partir du moment où il était à bord de la fusée et qu’il ne s’en soit pas rendu compte avant !

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #465681

    Au sujet de Tintin, je dois te dire que j’ai été moi aussi été étonné qu’il n’ait réalisé qu’il avait commis peut être une erreur en prenant part à ce voyage uniquement à partir du moment où il était à bord de la fusée et qu’il ne s’en soit pas rendu compte avant !

    Une explication narratologique peut être avancée, pure hypothèse : si dans Objectif Lune Tintin s’était montré aussi inquiet, incrédule et révolté que le capitaine, on ne voit pas ce qui aurait pu les retenir tous deux à la base spatiale. Mais comme à chaque rébellion de Haddock son ami Tintin l’exhorte au calme, le capitaine se contente de ronger son frein, jusqu’à l’impossibilité pour lui de reculer. Reste que l’album ne nous donne aucune justification psychologique de la passivité de Tintin…
    Le coin du pédant : les “Bachi-Bouzouks”, insulte chère à Haddock, étaient des soldats d’élite de l’Empire Otttoman ; leur costume bizarre les rapprochait un peu des “Zouaves” également affectionnés par le capitaine. Il aime aussi traiter ses adversaires d'”anacoluthes”. Une anacoluthe est une faute de syntaxe, mais considérée dans les textes de grands auteurs comme figure de style volontaire, donc non fautive, p.e. “Pleurés par leur mère, elle grava sur leur tombe…” (le sujet du verbe devrait être “ils”).
    Haddock utilise le mot seulement pour sa sonorité, à moins qu’il ne considère ses ennemis comme des erreurs de la grammaire et de la nature 🙂 !
    Je crois qu’il existe un “Dictionnaire des injures de Haddock” 🙂 .

    Comme je viens de retrouver chez mes parents l’album Tintin au Congo (version colorisée de 1970), il est possible que j’en livre une petite étude dans quelques temps. Mais surtout n’hésitez pas à me devancer là-dessus ou sur n’importe quel “Tintin” !

    Geoff34
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    geoff34 le #473480

    Quand Tintin rencontre l’univers de H.P Lovecraft

    http://www.konbini.com/fr/inspiration-2/tintin-lovecraft/

    Xanatos
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    Xanatos le #503877

    Joyeux Anniversaire Tintin !

    Joyeux Anniversaire Tintin !

    Et oui cette année, le légendaire héros de Hergé et reporter du “Petit Vingtième” fête ses 90 ans !

    Longue vie à cette icône mythique de la BD Franco Belge ! 😀

    Ah, et aux dernières nouvelles, le deuxième film d’animation serait enfin sur les rails et ce sera Peter Jackson qui succèdera à Steven Spielberg à la réalisation. 😀

     

    Bub
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    bub le #507326

    Une explication narratologique peut être avancée, pure hypothèse : si dans Objectif Lune Tintin s’était montré aussi inquiet, incrédule et révolté que le capitaine, on ne voit pas ce qui aurait pu les retenir tous deux à la base spatiale. Mais comme à chaque rébellion de Haddock son ami Tintin l’exhorte au calme, le capitaine se contente de ronger son frein, jusqu’à l’impossibilité pour lui de reculer. Reste que l’album ne nous donne aucune justification psychologique de la passivité de Tintin…

    L’anniversaire de la mission Apollo XI approchant, c’est l’occasion de reparler de cette aventure !

    Oui, ce double album marque un tournant dans les aventures de Tintin.

    En gestation depuis 1947, Hergé a repoussé pendant pendant plusieurs années la reprise des aventures de son héros. Il a seulement mis un terme à l’Or noir, album interrompu à cause de la guerre.

    Faut dire que depuis 1947, Hergé murit une belle dépression : accusations de collaboration, crise conjugale, Jacobs qui vole de ses propres ailes… beaucoup à affronter pour se concentrer sur son héros.

    Au point qu’il avouera en 1949 qu’il lui sera désormais impossible de restituer ce qui était “frais, jeune, spontanné, net et propre et un rien niais” dans Tintin (op cit Hergé fils de Tintin).
    Bref, Objectif Lune est de la science hard. Un exutoire pour l’auteur qui noie son album dans un jargon scientifique très pointu et très sourcé. On a des pages entières de texte, des plans, du sérieux.
    Fini (pour un temps du moins) le fantastique, l’ésotérique, le mystère, la Sf façon pulp américaine qui seront la marque de fabrique de Blake et Mortimer.

    Place à la géopolitique, à l’ingénierie, à l’administration.

    Du coup oui tout ça écrase un peu notre Tintin qui est relégué au rôle d’aimable accompagnateur pour un vol lunaire.
    Seules concessions à l’irrationnel : l’amnésie passagère de Tournesol (équivalent au “coup du menhir”) et la drôle de maladie des Dupondt (à l’origine dans la prépublication cet épisode d’intrusion de corps étrangers dans un vaisseau spatial en huis-clos apportait une tension qui rappellera en partie “l’alien” de ridley scott” mais le redécoupage en album en a éliminé toute la tension initiale pour n’en garder que l’aspect comique et léger) (d’ailleurs la lettre de Wolff a été également réécrite pour la publication en album, atténuant le propos sans équivoque du sacrifice de l’ingénieur).

    Bref, quand Jacobs offre des aventures pulp à ses héros, Hergé tourne le dos à tout ça pour se concentrer sur le réel pur : l’affaire tournesol, coke en stock, etc.
    Un peu d’ésotérisme refera surface au Tibet.
    Puis il replongera pour Vol 714 dans du grand n’importe quoi.

    Lune est une claque pour l’époque, une approche hyper réaliste de ce que pourrait être la conquête de l’espace, plus radicale même qu’un 2001 de Kubrick : Hergé ne croyant pas du tout que le public s’intéresserait à une approche sérieuse pour une répétition de vols vers mars ou vénus. Et de fait, le public s’est vite détourné des exploits Apollo, pourtant survenus plus de quinze ans après celui de Tintin (Lune est publié 5 ans avant Spoutnik !).

    Visionnaire à plus d’un titre donc…

    Xanatos
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    Xanatos le #507330

    Très intéressant ce que tu racontes au sujet de l’état d’esprit que connut Hergé à la fin des années 40, j’ignorais qu’il avait connu une telle dépression. Ceci dit, vu ce qu’il traversait, c’est aisément compréhensible.

    D’ailleurs au sujet de Objectif Lune et On a marché sur la Lune, mes parents m’avaient offert quand j’étais enfant un livre passionnant intitulé Ils ont marché sur la Lune qui comparait l’épopée lunaire de Tintin, Tournesol, Haddock, des Dupondt et de Wolff avec l’aventure réelle de Neil Amstrong, Michael Collins et Buzz Aldrin.

    Cet ouvrage était instructif et passionnant, et c’est là qu’on se rendit compte du génie de Hergé et de ses recherches scientifiques minutieuses, l’essentiel de cette aventure étant rigoureusement exact au niveau scientifique comme l’apesanteur par exemple…

    Bub
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    bub le #507340

    ils ont marché sur la Lune est un collector très recherché ! En plus d’être un hors série instructif il propose 4 pages d’une bd inédite sur la mission apollo dessinée par herge si je me souviens bien.

    Oui la dépression de herge a eu une ingluence considérable sur son oeuvre. Ses aventures extraconjugales aussi. ^^
    On connaît peu la correspondance entre herge et Jacobs sur la façon dont, chacun leur tour, ils se sont soutenus l’un et l’autre quand ils ont vécu des moments difficiles.
    Et leurs propos concernant leurs tracas féminins d’un ton très éloigné de la ligne éditoriale du journal Tintin. ^^
    Oh non pas qu’ils tenaient des propos de gros beaufs mais leur pessimisme et leurs difficiles liaisons avec leurs compagnes ou maîtresses révèlent des hommes très tourmentés loin des héros boy scouts et gentlemen qui ont leur gloire!

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #507360

    Du coup oui tout ça écrase un peu notre Tintin qui est relégué au rôle d’aimable accompagnateur pour un vol lunaire.[…]

    Bref, quand Jacobs offre des aventures pulp à ses héros, Hergé tourne le dos à tout ça pour se concentrer sur le réel pur : l’affaire tournesol, coke en stock, etc.
    Un peu d’ésotérisme refera surface au Tibet.
    Puis il replongera pour Vol 714 dans du grand n’importe quoi.

    Rapide mais très judicieuse synthèse de l’évolution d’Hergé, cher Bub !
    Je reste assez frappé dans les albums “Lune” par ce contraste criant de comportement entre Tintin qui intègre aveuglément le projet, mais avec plus de passivité que d’enthousiasme, et Haddock qui le refuse énergiquement, partisan des pieds sur Terre, jusqu’à (certes ivre) quitter la fusée pour “retourner à Moulinsart”… Tintin, quoique sans le dire expressément, a t-il compris, ébloui, que Tournesol ayant surmonté sa surdité est un génie scientifique admirable, et non ce gentil clown “lunaire” dans un autre sens pour lequel il le prenait ?

    Bub
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    bub le #507361

    Sur le comportement de tintin je vois trois explications.

    1/ c’est un boy scout. Il est au sein d’une organisation mi scientifique mi militaire (guerre froide) et donc adopte une discipline et une obéissance toute naturelle dans ce contexte pour l’ex boy scout qu’il est.

    2/ j’ai lu que Tournesol était un personnage dérivé de Tintin. D’ailleurs ses initiales le suggèrent : tryphon tournesol TT / tintin. Dans sa jeunesse tryphon a fait tous les sports et présente un profil très proche du jeune héros. Tintin n’a pas besoin de forcément élever la voix pour se faire comprendre de Tournesol dans les albums postérieurs à la licorne. Etc. Du coup ce retrait de Tintin est logique dans la mesure où le récit se veut être crédible et laisse la place à Tournesol plus qualifié que n’importe qui pour mener à bien ce projet. Cela dit tintin n’est pas en reste du tout: il manipule des appareils, il suggère de fabriquer un système de destruction à distance et il surveille les alentours de la base. En somme il est loin d’être passif.

    3/ cet album est le successeur du temple du soleil (l’or noir entamé avant la guerre a une place à part dans la chronologie logique). Or il est étonnant de voir à quel point objectif lune est une oeuvre miroir du temple du soleil.
    Les deux héros qui partent chercher Tournesol mais cette fois-ci sur son invitation. La base secrète nichée dans une chaîne de montagnes. L’entrée via une caverne aménagée. L’organisation en hiérarchie très marquée (l’inca / baxter). Un temple spirituel dédié au soleil / un centre scientifique dédié à la lune. Dans les deux oeuvres la lune est liée au laïcisme scientifique. Ceux qui sont consacrés à la lune appartiennent au camp des lumières et du progrès contre le camp de l’autorité totalitaire (l’empereur inca / la bordurie). J’en passe plein (momies incas ckntre squelettes à rayon x).
    Bref le temple du soleil célébrait la rationalité d’un tintin qui avait foi en l’astronomie occidentale et bien objectif lune met en retrait tintin pour mieux mettre en avant tryphon tournesol le grand prophète scientifique du petit monde de tintin, celui-ci se comportant dans les deux oeuvres comme un apôtre.
    Haddock, lui, fidèle à lui-même est un “loup de mer” parfaitement hérétique à cette foi scientifique.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #507409

    Cher Bub, c’est bien là le retour de notre expert en tintinologie !

    Passionnant, ce parallèle (§3) avec le Temple du Soleil ! En même temps c’est un contraste total du point de vue tournesolien, car dans l’empire inca et jusqu’au bout, Tournesol de comprend rien à rien, croyant encore sur le bûcher assister au tournage d’un film. Alors que dans la saga de la Lune qui suit (par compensation ?) Hergé fait de Tournesol un grand et lucide “prophète scientifique” comme tu le soulignes parfaitement.
    Je suis moins convaincu par ton §2, car je ne vois pas dans quel album on apprend que Tournesol aurait pratiqué tous les sports dans sa jeunesse ; il se fait kidnapper et ne saurait s’évader tout seul (Boules de Cristal, Affaire Tournesol) ; je crois qu’Hergé disait lui-même avoir fait de Tournesol l’incarnation du Professeur Piccard, illustre scientifique qu’il admirait infiniment dans les années 1930.
    Mais je pense comme toi en ton §1 : Tintin ne discute pas l’autorité, héritage de son scoutisme fondamental, et c’est ce qui explique sa passivité (non d’action, mais de décision) par rapport à ce qui l’incarne, voire quand il s’agit d’un personnage aussi ambigu que le général Alcazar… Si je relis les premières pages de la saga lunaire, on y voit Haddock longuement s’esclaffer à l’annonce par Tournesol du voyage dans la Lune, puis piquer une colère noire contre le savant qui veut l’emmener. Il se fait avoir en deux temps (pages magistrales !) : Tournesol bousculé a confondu son sonotone avec la pipe du capitaine, et redevenu sourd il le remercie avec transports de joie pour son “acceptation” ; Haddock assommé voit alors surgir Baxter : nouvelles effusions envers “un homme d’une trempe peu commune” (comment répondre “ben non, je suis un lâche”…?). Et dans la foulée Baxter congratule Tintin comme “représentant de la jeunesse généreuse et ardente… c’est très beau…”. Seule réponse de Tintin : “Oui… euh… non… c’est à dire…” Et le tour est joué magnifiquement par Hergé !! Mais en plus il faut noter que Tintin se taisait en tapisserie pendant toute la confrontation Haddock / Tournesol, depuis une page et demie (!) malgré l’énormité des informations. Ce sont donc ses premiers mots et seules réactions !
    Au fond, et je ne suis sûrement ni le premier ni le seul à l’affirmer vu la flopée de “psychanalyses de Tintin” qui ont été publiées, Tintin est le Surmoi, la Loi Morale ; il n’est en rien ému par l’idée de découvrir la Lune, d’ailleurs la description qu’il fait du paysage quand s’ouvre la porte de la fusée n’est qu’un champ lexical du négatif :
    “Un paysage de cauchemar, de mort, effrayant de désolation… Pas un arbre, pas une fleur, pas un brin d’herbe… Pas un oiseau, pas un bruit, pas un nuage… Dans le ciel d’un noir d’encre, il y a des milliers d’étoiles mais immobiles, glacées, sans ce scintillement qui, de la Terre, nous les fait paraître si vivantes !”
    Chaque fois que Tintin est vivement ému, c’est pour le sort de ses amis à sauver : Haddock qu’on croit mourant (Lune, fin), Tchang (Tibet), Tournesol (L’Affaire T.), et sinon des orphelins persécutés tel Zorrino (Temple du Soleil), des Noirs voués à l’esclavage (Coke en Stock), des romanichels ostracisés (Les Bijoux)… Dès lors sa vie a un sens, les sauver coûte que coûte, agir, bâtir des plans, sans se laisser dévier par une quelconque autre émotion, le laissant parfaitement froid tel le Surmoi qui s’en fout, de la Lune.
    Haddock bien au contraire est le “ça”, colérique, jouisseur (d’alcool ou de tabac), et c’est lui qui s’enthousiasme, sentiment presque inconnu de Tintin :
    “Sur la Lune…! C’est prodigieux ! Je me promène sur la Lune !… Je marche… je cours… je saute…”
    C’est lui aussi qui souvent est ému par un paysage, dans les Andes ou l’Himalaya, là où Tintin ne voit que des obstacles ou des endroits plus faciles. Dans la saga lunaire, c’est Haddock qui s’exclame : “Ce Tournesol ! Quel type formidable !” phrase qui ne peut être de Tintin, lequel ne se montre jamais admiratif. Haddock aussi défend les faibles, mais avec bien plus de chaleur, d’empathie, de révolte contre les crapules (esclavagistes dans Coke en Stock). On sait toujours ce qu’il pense des gens, et jamais Tintin quand ce ne sont pas ses amis, dont il se préoccupe (car c’est son devoir). Même sur ses pires adversaires il n’exprime rien : il les classe au tiroir “obstacles à ma mission”.
    Le “ça”, le “surmoi”, et le 3e larron, le “moi” ?? C’est le lecteur, fasciné par l’un et par l’autre, lesquels complètent toute personnalité. Pour moi c’est là tout le secret du triomphe universel de l’oeuvre d’Hergé, traduite dans toutes les langues. J’ai lu qu’il s’est fait psychanalyser d’ailleurs. Aurais-tu quelques précisions là-dessus, cher Bub ?

    Bub
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    bub le #507424

    Tournesol lui-même explique dans vol714 qu’il a pratique presque tous les sports dans sa jeunesse notamment des sports de combat comme la lutte la boxe ou la savate! Et n’oublions pas que dans ses accès de colère il est redoutable ! Il soulève un garde du centre lunaire qui fait deux ou trois fois son poids et manque de detruire carreidas à coups de poing! Non violent mais faut pas le chercher. ^^

    Herge a effectivement suivi une psychanalyse vers la periode avant ou pendant tintin au tibet je ne sais plus. Peters l’explique dans son ouvrage le monde d’herge. C’était auprès d un disciple de jung je ne sais pas si pour toi c’est révélateur de qqchose ou pas.
    Il est vrai que son oeuvre se prête particulièrement à la lecture psychanalytique.

    Sur l’aventure lunaire proprement dite j’ai pas grand chose à dire en fait. Hergé a fait de la lune un astre très écorché, comme une sorte de monde volcanique très tourmenté avec des pics des aspérités très marquées etc. Une sorte de monde souterrain à ciel ouvert si j’ose dire. D’ailleurs on a droit au traditionnel cheminement dans une énième grotte une fois de plus. C’est un monde mort et de mort.

    Hergé a bien dit que pour lui l’aventure spatiale est un sujet vidé où il n’y a plus rien à dire.

    Feanor-Curufinwe
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    Feanor-Curufinwe le #507627

    Nouvelle vidéo de Meeea, consacrée à la première adaptation filmée de Tintin !

    Dès qu’il aborde les anecdotes liées au tournage du film et ses à-côtés (comme la relation houleuse entre George Wilson et “Milou”), ainsi que les liens avec tout un pan de l’industrie cinématographique française de l’époque (l’Homme de Rio, Tintin qui ne dit pas son nom), Meeea fait comme d’habitude un excellent taf.

    En revanche va falloir m’expliquer l’intérêt de prendre cinq minutes pour répéter que Hergé a publié Tintin dans un journal collabo pendant la seconde guerre mondiale… Quel est le lien avec le film ? C’était juste pour gagner des points Twitter ? Aucune espèce de lien avec le sujet, et il n’en fait plus mention passée cette intro embarrassante.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #507652

    En revanche va falloir m’expliquer l’intérêt de prendre cinq minutes pour répéter que Hergé a publié Tintin dans un journal collabo pendant la seconde guerre mondiale… Quel est le lien avec le film ? C’était juste pour gagner des points Twitter ? Aucune espèce de lien avec le sujet, et il n’en fait plus mention passée cette intro embarrassante.

    Effectivement, il est lassant d’entendre répéter ce que tout le monde sait, à savoir la tendance collabo d’Hergé pendant la guerre… enfin comme tout le monde, jusqu’à Stalingrad et El Alamein. Après, c’est marrant comme tout le monde est devenu résistant, et surtout en 1944. Un des cas les plus répugnants à ma connaissance fut Fernandel, un des rares acteurs français à avoir travaillé avec les studios d’occupation allemande (et pour camper de “belles gueules de dégénérés”), puis qui s’est abondamment exhibé et fait filmer avec les troupes US à la Libération, ce qui lui a épargné tout ennui, à la différence du pauvre Sacha Guitry parfaitement innocent lui.
    “Tintin et le Mystère de la Toison d’Or” j’ai dû le voir il y a très longtemps : aucun souvenir, sauf des paysages grecs. Mais on a rediffusé “Les Oranges Bleues” sur des chaînes TV assez récemment je crois. Il me semble qu’on y mangeait, ce qui n’est jamais le cas dans les albums de Tintin (on y boit en revanche assez souvent, et notamment le capitaine bien évidemment).
    Vol 714 pour Sydney ne m’a pas plu du tout, ce qui fait que je ne l’ai jamais lu qu’une seule fois à sa sortie. En tout cas, dans Objectif Lune il est bien vrai qu’on rencontre un Tournesol magnifiquement paradoxal, pas sourd, et à la force impressionnante sous l’effet de sa furia contre l’injure de “zouave”, longues pages excellentes !!

    Geoff34
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    geoff34 le #507729

    Les archives du journal de Tintin, ça remonter jusqu’à la publication du “Temple du Soleil” dans le premier numéro en 1946
    https://web.archive.org/web/20181006012107/http://www.bellier.org/TintinIndex.htm

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 an et 7 mois par Geoff34 geoff34.
    Veggie11
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    Veggie11 le #507743

    Au contraire on mange pas mal dans Tintin et ce dès ”Chez les Soviets” où le jeune reporter, toujours soucieux envers les plus démunis, invite un (faux) mendiant à manger une soupe aux choux. Sinon on voit aussi Tintin pique-niquer sur une île, à bord d’un train, ou manger au restaurant.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #507761

    Au contraire on mange pas mal dans Tintin et ce dès ”Chez les Soviets” où le jeune reporter, toujours soucieux envers les plus démunis, invite un (faux) mendiant à manger une soupe aux choux. Sinon on voit aussi Tintin pique-niquer sur une île, à bord d’un train, ou manger au restaurant.

    Ha ! Voilà qui ouvre un débat, car si je me souviens en effet d’avoir aperçu quelquefois Tintin manger ( notamment un poulet à bord d’un train) dans les tout premiers albums, par la suite (dès qu’apparaît Haddock) cela me semble absent. L’ultime fois est à mon avis dans “Le Sceptre d’Ottokar”, dans un restaurant syldave, et l’album est de 1936, bien avant Haddock.
    A part cela on nous sort actuellement partout une réédition en 1 seul volume des deux albums “Objectif Lune” + “On a marché sur la Lune”, à l’occasion du cinquantenaire bien sûr. Ne le ratez pas si vous ne possédez pas encore ce duo extraordinaire !

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #524076

    On nous annonce aujourd’hui qu’une couverture de l’album Le Lotus Bleu, projet et dessin original d’Hergé, a été vendu aux enchères plus de 3 millions d’euros (je n’ai pas eu le temps de saisir le chiffre exact). Ce serait le record absolu pour une page de BD…
    Il est possible que l’acheteur soit un Chinois, car l’album (dont la documentation venait de Tchang, ami d’Hergé à la fin des années 1930) montre une vision très “pro-chinoise” et “anti-japonaise” du conflit de l’époque. Certes les crimes de guerre de l’armée japonaise ne sont pas niables, mais le récit d’Hergé traite en risible légende l’écrasement des pieds des fillettes chinoises, or c’est rigoureusement authentique, de nombreux documents, témoignages (et chaussures minuscules) le prouvent. Une de mes amies, Chinoise, continue à le nier en l’attribuant aux moeurs des Mandchous, mais c’est exactement le contraire. De même les historiens chinois font total silence sur Wang Tsin-wei, dirigeant d’une Chine et d’une armée collabo du Japon, de même qu’ils prétendent Mao seul véritable résistant au Japon, alors que sa République Soviétique de Yanan, protégée par Staline, ne pratiquait que le statu-quo de 1938 à 1945. Le Japon se gardait bien de l’attaquer aussi, car cela eût déclenché la rupture du traité de non-agression conclu en 1939 avec l’URSS (qui n’a combattu le Japon qu’après Hiroshima!) alors que lutter contre les Anglo-Américains et la Chine de Tchang Kai chek occupait déjà tous les efforts de l’armée japonaise… L’Histoire de la Chine vue par le gouvernement de Pékin actuel comporte d’autres énormes mensonges (non-intervention dans le Guerre de Corée, par exemple !).

    Xanatos
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    Xanatos le #524084

    De toute manière le gouvernement chinois est composé de fieffé menteurs et qui opprime son peuple et étouffe la liberté d’expression.

    On rappelle que ces monstres ont demandé à l’armée de massacrer des manifestants pacifistes sur la place Tian’anmen en 1989.

    Après pour les personnages japonais de l’album, je me souviens surtout du machiavélique et rusé Mitsuhirato que j’ai considéré comme l’un des méchants les plus charismatiques de Tintin.

    Cependant, le personnage avait beau être ignoble, j’avoue avoir été triste à la fin de l’album quand Tintin a appris via le journal qu’il s’était fait Seppuku dans sa cellule de prison…

    Après, vu sa physionomie, il est clair qu’un tel personnage ne pourrait plus être dessiné ainsi dans une BD franco belge de nos jours.

    En revanche, je me souviens que le dessinateur Roger Leloup avait crée l’héroïne Yoko Tsuno en 1970, une japonaise, belle, intelligente et courageuse dont les aventures enthousiasmèrent le lectorat de Spirou. Il faut dire que les héroïnes de BDs franco belges étaient déjà rares dans les années 70, et celles d’origine orientales l’étaient encore plus !

    Il continue à écrire et illustrer ses aventures aujourd’hui, et ce, 51 ans après sa création !

    Veggie11
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    Veggie11 le #524087

    Roger Leloup n’a créé Yoko Tsuno que parce qu’à l’époque, les Japonais étaient numéro 1 dans l’électronique. D’ailleurs ses premiers albums sont remplis d’approximations et de méconnaissances sur le Japon (le père de Yoko s’appelle Suzuki Tsuno !!!) et l’héroïne a la peau… jaune. Bon, Spirou s’était excusé auprès d’un lecteur en invoquant un gros souci au niveau des techniques d’imprimerie qui n’étaient pas encore assez avancées pour mieux coller à la réalité. D’ailleurs Archie Cash montrait aussi des personnages asiatiques avec la peau jaune, mais ils n’étaient pas dépeints négativement.

     

    Concernant la scène dans Tintin où le héros se moque des légendes autour de la Chine et notamment les pieds bandés : je vois plutôt Hergé moquant les généralisations autour des clichés sur la Chine et surtout que les Occidentaux ne retiennent que ça du pays. Quand on pense que 3 albums plus tôt, il avait dessiné deux Chinois pré-1911 en ”spécialistes de torture au fer rouge” !

     

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #524109

    Concernant la scène dans Tintin où le héros se moque des légendes autour de la Chine et notamment les pieds bandés : je vois plutôt Hergé moquant les généralisations autour des clichés sur la Chine et surtout que les Occidentaux ne retiennent que ça du pays. Quand on pense que 3 albums plus tôt, il avait dessiné deux Chinois pré-1911 en ”spécialistes de torture au fer rouge” !

    Sauf que, comme je le précisais, les pieds bandés pour les femmes n’étaient pas du tout légendes ou clichés, à ceci près que, critère de “beauté” cela concernait les classes oisives bourgeoises ou huppées (et les très nombreuses prostituées, leur pied ayant un usage… très particulier) : les femmes du peuple qui travaillaient y échappaient parce qu’elle n’auraient pas pu agir sur les marchés ou dans les champs… Les tortures chinoises (et japonaises) d’avant les débuts du XXe siècle étaient effectivement atroces selon nos critères un peu plus humanistes à partir de la fin du XVIIIe siècle. Surtout, on châtiait férocement ou exécutait TOUTE la famille d’un supposé “criminel”… Tradition que la Chine actuelle maintient !
    Hergé avait été très manipulé par le vrai Tchang, cependant Le Lotus Bleu reste un album très agréable à lire, et ne contient bien sûr pas que des erreurs sur la Chine de l’époque. Et on ne peut qu’être ému par la famille du jeune homme devenu fou.

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