Tintin

20 sujets de 141 à 160 (sur un total de 184)

Posté dans : Manga & BD

  • Xanatos
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    Xanatos le #463018

    Oh oui, c’était très bien L’Affaire Tournesol !

    Comme tu le dis si bien, cette histoire est plus proche du récit d’espionnage que d’une aventure traditionnelle.

    L’intrigue était originale et bien menée.

    Un gag m’avait particulièrement fait rire: Tintin, Haddock et un autre homme (qui avait été dupé par un imposteur se faisant passer pour Tournesol) étaient dans un immeuble quand tout à coup, celui ci explosa ! (bon évidemment ce moment là n’était pas drôle et franchement dramatique, c’est la suite qui est cocasse ! ).

    L’ambulance arriva aussitôt pour sauver nos héros. Haddock, en dépit du fait qu’il était sous les décombres, était en relatif bon état et a prévenu les ambulanciers qu’il y avait deux autres personnes à sauver au plus vite. On le met sur un brancard, puis il dit “UNE PETITE MINUTE !” puis, il boit d’une traite la bouteille de whisky et ensuite, désaltéré, très satisfait, il sourit, ferme les yeux et déclare “Voilà ! à présent, je peux m’évanouir !” 😆

    Sacré Haddock ! 😆

    Je me demande même si Buichi Terasawa ne s’en serait pas inspiré dans une histoire de Space Adventure Cobra “la porte dorée”. Cobra avait atomisé un vaisseau de pirates de l’espace avec son Psychogun, mais celui ci s’écrasa tout près de lui ce qui le blessa.

    Il était amené dans une ambulance et se débattait comme un beau diable affirmant détester les hôpitaux. Un des urgentistes lui annonca “Mais monsieur, nos infirmières très sexy prendront soin de vous !” Cobra interloqué, puis réjoui répondit “Des infirmières sexy ? Et dire que je ne suis même pas présentable ! OK, alors, je vous suis !” et il s’évanouit le sourire aux lèvres ! 😆

    Ah oui, le fameux Séraphin Lampion, le cauchemar de Haddock ! Si je ne me trompe pas, c’est le premier album dans lequel ce parasite fit son apparition, ensuite, on le revit pratiquement dans tous les albums suivants empoisonner l’existence du malheureux capitaine !

    C’est vraiment l’archétype du pique assiette sans gêne s’incrustant partout !

    Je crois me souvenir que lui et sa NOMBREUSE famille s’était “invité” au château de Moulinsart, mettant celui ci sans dessus dessous, au grand dam du pauvre Nestor, n’ayant pu éjecter les gêneurs !

    C’est suite à un quiproquo que Lampion débarrassa le plancher avec sa femme et ses horribles bambins , croyant que quelqu’un avait une maladie contagieuse dans le château.

    J’avais bien aimé aussi l’image finale avec Milou et le chat réconciliés et soulagés que Lampion et compagnie étaient partis et qu’ils pouvaient enfin être tranquilles ! 🙂

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #463029

    Et zou, un remontage de topic ! Au passage, cela m’a beaucoup plu de relire une quinzaine des messages antérieurs de nos chers Pingouins sur ce grand classique, Tintin. J’ai tout d’un coup envie de parler de :

    L’Affaire Tournesol
    Ce n’est pas un des albums les plus célèbres, mais m’en souvenant assez mal, j’ai eu envie de le relire avant-hier. Au constat final : bravo Hergé ! Mais quelques réserves narratologiques à signaler, car le Yupa il trouve toujours du poil aux oeufs, vous le connaissez !
    Assez curieusement, à nouveau le pr. Tournesol se fait kidnapper, comme dans Les sept boules de cristal et dans sa suite Le Temple du Soleil. Il faut avouer qu’un peu comme une innocente jeune fille, le lunaire Tryphon, doux et calme, sans musculature ni aptitude aucune à la lutte, isolé dans ses rêveries par sa distraction et sa surdité, se prête idéalement au kidnapping.
    Dans cet étrange monde tintinnesque sans jeunes filles donc, les autres cas de kidnappings concernent des jeunes garçons ou à peine adultes, Abdallah dans Tintin au pays de l’or noir, et Tchang dans Tintin au Tibet par le yéti, mais dans ce cas pour son bien.
    C’était la norme dans la BD franco-belge de ces années, mes réserves ne sont pas là. Dans cet album Hergé s’essaie à l’intrigue d’espionnage, délaissant son registre habituel : l’aventure lointaine (même si l’on ira en Bordurie, soit quelque part en Europe Centrale). Or Hergé n’est clairement pas fait pour ça, quand on y regarde de près. Ce qui n’empêche pas l’album d’être plein de belles qualités.
    Le rythme d’abord : il est échevelé, d’ailleurs notre auteur s’amuse beaucoup dès le début à contrer le plus vite possible le plan “calme, silence et sédentarité” que Haddock en promenade annonce à Tintin. En fait tout l’album sera une course acharnée où Tintin et Haddock ont toujours une longueur de retard, jusqu’à l’apogée d’une poursuite-sprint finale en voiture, puis en char d’assaut. Même avant le départ des deux héros (et ensuite), chaque page se termine par un choc, un bruit strident ou explosif, un cliffhanger, dans la dernière case à droite.
    Le début est superbe, avec tous ces stupéfiants bris de verre en crescendo dans leur impact, et on n’oublie pas la fantastique scène de Haddock se lavant les dents et apercevant une fissure dans son miroir, puis tout un réseau qui fait de sa figure un puzzle, juste avant l’effritement final ! Du grand art !
    L’intrigue a pourtant des faiblesses.
    Tintin explique la “fuite” du secret à propos de la machine par le domestique Boris du pr. Topolino : cet espion bordure a pris connaissance des lettres envoyées par Tournesol à son collègue. Pourtant le premier espion à Moulinsart est un Syldave, qui en aurait “eu vent” selon Tintin ; mais lui, comment ?!
    Lorsque la Chrysler jaune est enfin arrêtée par l’Italien qui aide nos héros, ils se font montrer le coffre mais pas l’habitacle. Or un peu plus tard Tintin déclare que Tournesol était “Sous le siège arrière ! Il était surélevé !” Mais nulle case ne le montre vérifier l’intérieur de la voiture ; et s’il avait remarqué cela, pourquoi ne réagir que bien trop tard ? Sans compter que Milou, avec le parapluie de Tournesol, aurait forcément senti la présence de Tryphon.
    A l’hôtel de Szohôd, après avoir bouclé les deux gardes-interprètes qui les surveillaient, Tintin et Haddock se cachent de deux autres agents alertés par le garçon de restaurant, dont l’échange verbal révèle que l’alerte est donnée et toutes les issues gardées. Tintin alors dit à Haddock : “Vous avez entendu ?” et ils choisissent donc l’escalier de secours. Or ces trois Bordures ne parlaient évidemment qu’en bordure, langue que Tintin ne maîtrise pas puisque c’est sous ce prétexte qu’on a pu lui imposer des interprètes.
    Plus tard on peut certes admettre que le colonel Sponsz parle en français avec la Castafiore dans sa loge, et qu’ainsi Tintin et Haddock cachés dans la penderie apprennent le lieu de détention de Tournesol. Mais la vraisemblance ne suit plus lorsque Sponsz précise bien que c’est dans son manteau, juste à portée de main de nos héros, qu’il a l’ordre de libération ; puis lorsqu’il ajoute à propos des laissez-passer des deux délégués Croix-Rouge qu’il les a aussi là, dans son manteau. Et pourquoi diable est-il venu à l’Opéra avec ces deux documents précieux ??
    Toutefois ici on admire la finesse du dialogue avec lui de la Castafiore, beaucoup moins évaporée qu’elle ne s’en donne l’air !

    Mais ces points de ratage pour un romancier d’espionnage ne nuisent guère au charme de l’album. Un de ceux où le pauvre Haddock souffre le plus, physiquement, et moralement à cause de Séraphin Lampion, le c…nnard rigolard envahissant magistralement campé par Hergé – qui a dû en supporter, peut-être !
    Inoubliable “gag filé”, le sparadrap voyageur : un coup de génie !

    Excusez-moi de replacer ici mon analyse, quand même très précise et qui m’a demandé un peu de travail, afin de ne pas la laisser dans le bas-fond de la page précédente, qui est vieille de trois ans déjà et obligerait les gens à reculer pour s’éclairer la lanterne.

    Xanatos, tu as visiblement gardé aussi de chouettes souvenirs de L’affaire Tournesol ! Mais Haddock ne siffle pas du whisky, c’est du vin blanc de Suisse : dans l’explosion de la maison, il a réussi à préserver contre son coeur la bouteille que le pr. Topolino avait préparée pour recevoir Tournesol. Le gag est excellent, et précédé par 17 cases (!) hilarantes où, attablé devant le litron et deux verres pendant que Tintin narre toute l’affaire au professeur, il essaie désespérément d’attirer l’attention sur le vin par des allusions peu légères… Et juste comme il triomphe, Topolino poursuivant le débat avec Tintin tout en lançant au capitaine “Mais servez-vous si le coeur vous en dit”, Tintin fait un geste brusque et renverse le verre que Haddock s’était enfin amoureusement servi. A l’instant où il se prépare à déguster un second verre, la maison explose. Du moins la moitié, ce qui permettra à Hergé de justifier la survie de nos deux héros… A noter que nous ne saurons pas si le pr. Topolino s’en est tiré sans grave blessure, et que Tintin et Haddock emportés sur des civières, sont en pleine forme dès le lendemain avec juste quelques sparadrap… Par contre les deux Dupont/d qui ont glissé sur le dallage suisse “trop” propre se retrouvent alités et très amochés !
    A la fin de l’album, Haddock dont Tournesol a failli brûler la figure s’énerve et crie qu’il ne sait pas ce qui le retient de chasser tout le monde à coups de carabine. Tournesol croit entendre qu’il a la scarlatine, puis annonce son inquiétude à Lampion, qui rigole grassement, avant de réaliser que “c’est très contagieux” et de s’enfuir avec toute sa tribu de braillards. Et comme tu le dis, même Milou et le chat sont contents de retrouver le calme !

    Sotelo
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    Sotelo le #463034

    Vous n’êtes pas seuls les amis !

    L’Affaire Tournesol est aussi l’un mes albums préférés de la série.

    On voyage moins loin, il y a peut-être moins d’action que d’habitude, mais tout ça est largement compensé par une ambiance de dingue, digne des meilleurs romans d’espionnage !

    Et il y a une vraie tension aussi, assez inhabituelle dans la série. C’est peut-être l’album où l’on a le plus peur pour nos héros, et c’est très appréciable !

    Par contre, ça fait des siècles que je ne l’ai pas lu, je suis donc mal placé pour parlé de l’intrigue en détail.

    Mais vous m’avez donné envie de m’y replonger !

    Akiko_12
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    akiko_12 le #463047

    Idem que Sotelo, vous me donnez envie de le relire ! 😀

    C’est marrant car je parlais de cet album avec ma sœur pas plus tard que dimanche dernier, en soulignant à quel point l’adaptation animée et la BD étaient différentes pour cet album ! En condensant l’intrigue, l’anime avait énormément gommé l’aspect humoristique et très peu de gags subsistaient à part ceux du début (les fissures dans le miroir, les vitres et l’arrivée de l’excellent Séraphin Lampion). Le scénario se concentrait surtout sur l’histoire d’espionnage ; comme je n’y avais pas accroché, cet épisode figurait vers le bas de mon classement.
    Plus tard, quand j’ai lu la BD, j’ai vraiment été surprise par la différence de ton !

    Je ne me souviens plus des détails précis, mais l’histoire du sparadrap m’a marquée. Je me souviens aussi d’une case où l’on voyait le capitaine et sa valise pris dans le sas d’un hôtel ! C’était tellement con et dessiné d’une façon si drôle, tout ce petit linge volant à travers le tourniquet, j’en ris encore ! 😆

    L’Affaire Tournesol version BD fut pour moi une excellente surprise, vu que je n’en attendais pas grand-chose en l’ouvrant. A l’inverse, j’avais adoré l’épisode de L’Oreille cassée, et la version BD fut plutôt une déception : trop de circonvolutions politiques autour des dictatures et des coups d’état en Amérique du Sud… Je préférais (et préfère toujours) l’intrigue autour du fétiche, de l’exploration et du diamant.
    Cela dit, il y a une curiosité dans la BD qui n’aurait eu aucune chance de passer dans l’adaptation TV : c’est l’occasion de voir Tintin… bourré ! Ça n’arrive pas tous les jours. 😆

    Veggie11
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    Veggie11 le #463118

    J’aime beaucoup cet album, même si les raisons ont évolué avec l’âge, mais si je devais n’en citer qu’une, ce serait surtout parce que certains passages se déroulent en Suisse ^^ Et comme Hergé était un habitué des lieux, il a représenté très fidèlement les cantons de Vaud et Genève dans les années 50. Je ne sais pas par contre ce que donne l’adaptation animée, mais vu que le doublage était déjà moyen sur la série TV, j’imagine qu’ils ont dû donner un accent médiocre aux personnages intervenant durant ces scènes (ou alors le directeur artistique a eu la présence d’esprit de leur donner une voix normale).

    J’aime bien l’Oreille cassée dans les deux versions, c’est le seul cas où j’apprécie autant la version BD que la version animée car je les trouve complémentaires. La version BD insiste davantage sur le contexte politique et la fin reste absolument mémorable (oui j’aime l’humour d’Hergé dans cette célèbre case), et la version animée s’attarde plus sur l’histoire du diamant et du fétiche en laissant sous-entendre que le bandit Perez ne serait pas étranger au vol du diamant sacré.

    Mauser91
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    Mauser91 le #463119

    Je suis fan de L’Affaire Tournesol, qui est tout simplement un de mes albums favoris ^^ Les tribulations de Tintin et Haddock sont tellement jouissives et trépidantes et l’humour à son comble. Et puis l’apparition de Séraphin Lambion quoi !

    C’est d’ailleurs le premier album ou apparait le gag de la boucherie Sanzot, qui est un des meilleurs gags récurrent de la série.

    Veggie11
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    Veggie11 le #463121

    Entre Lampion, la Boucherie Sanzot, les bris de verre à foison dans la première partie, le chauffard italien et la scène où Haddock et Tintin tentent désespérément de fixer la bâche durant une averse, difficile de s’ennuyer ^^

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #463129

    Ha, ha, oui Mauser, la boucherie Sanzot !
    Très juste Sotelo, malgré tout l’humour on sent dans cet album une vraie tension, une peur pour nos héros. Il faut dire que la Bordurie ressemble fort à l’Allemagne nazie et Sponsz à ses chefs gestapistes, avec son monocle, ses iris de glace et son goût pour les opéras de Wagner…
    Oui Akiko, je ne suis pas surpris que la version animée ait raté bien des aspects jouissifs de l’album, à commencer par les cliffhangers des cases de fin de page évidemment. J’ai justement relu l’autre jour avec intérêt tes commentaires sur <L’Oreille cassée et je suis d’accord sur sa narration assez regrettablement digressive par rapport au fascinant fétiche Arumbaya. Ah ouais, Tintin bourré, on voit bien que l’album d’origine datait de l’avant-guerre ! Dans L’affaire Tournesol le gag du sas d’hôtel est simple mais très bon par le dessin ! Et par la situation, Haddock et Tintin étant à la bourre ! C’est toujours dans ce cas-là qu’on a la valise qui pète…
    Veggie, c’est vrai que l’album détaille assez bien la Suisse genevoise / vaudoise, et je dois avouer partager le vif intérêt de Haddock pour l’excellent vin du canton de Vaud !
    Le gag qui m’a plié de rire est très finement annoncé de loin : Séraphin Lampion voit Haddock (troublé par pas mal d’émotions) se verser un whisky et dit avec sa grossièreté habituelle : “Vous pouvez m’en verser un aussi. Ce n’est pas que je trouve ça bon, mais j’ai une de ces soifs !” (dire cela à un amateur passionné de whisky comme le capitaine !!). Puis il se vautre dans un fauteuil sans qu’on lui ait proposé de s’asseoir en déblatérant “Moi je suis un rigolo […]”. Haddock se retient d’exploser de rage, mais lui dit tout de même “A votre santé”. Soudain son verre éclate ! Effaré, le capitaine prend Tintin à témoin : “Vous… vous avez vu ?!” Lampion s’en amuse : “ça c’est rigolo !” Haddock pète les plombs : “Ah vous appelez ça rigolo, vous ! C’est tout ce que vous trouvez à dire ?”
    Lampion s’esclaffe : “Si vous aviez vu votre tête quand le verre a éclaté ! Jamais rien vu d’aussi tordant !” Et il se lance dans le début d’une histoire drôle de son oncle Anatole… Quand paf ! son verre éclate aussi ! Totalement désemparé, le casse-pied bafouille :
    “C’est… Vous… Vous avez vu ça ? C’est inouï !”
    Et Haddock, sombre et imperturbable :
    ” Moi je trouve ça rigolo.”
    Superbe vengeance du capitaine !

    Relisez ce très bel album !

    J’ai cru ne repérer dans les albums “Tintin” que les kidnappings de Tournesol (2 fois), d’Abdallah et de Tchang, mais c’est de mémoire puisque je n’en ai acheté que 4 pour ma bédéthèque. Auriez-vous en tête d’autres cas ?
    Par ailleurs, je vais faire un petit compte-rendu perso de Le Sceptre d’Ottokar, un vieux de la vieille où là aussi on constate quelques points faibles dans le récit proche de l’espionnage. Hergé n’était pas John Le Carré ni Ian Fleming, mais ce n’est pas grave, son génie était ailleurs.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #463506

    Alors bon, Le Sceptre d’Ottokar.

    C’est une aventure politique dont la 1ère version date de 1938, revue en 1947 puis 1975. Les trimoteurs à hélices, le chasseur genre Messerschmidt 109 emprunté par Tintin, l’hydravion, oui nous sommes bien en 1938…
    Tintin va croiser pour la 1ère fois la Castafiore ; comme Haddock (bien qu’il ne le connaisse pas encore, et bien que ce petit hypocrite le montre moins) il est terrorisé par la puissance (sonore) de cette fââme, et réussit à fuir.
    Tintin va être amené à sauver le “gentil” monarque de Syldavie d’un complot mené par le vil Müsstler (= évidemment Mussolini + Hitler, mot-valise). On n’aura pas de renseignements précis sur le sens démocratique du roi, mais bon, on se doute que la Garde d’Acier de Müsstler est bien moins cool. Le complot de celle-ci vise à favoriser l’annexion de tout le pays par la Bordurie voisine sous le prétexte de troubles et de brutalités (fabriquées) contre des citoyens bordures de Syldavie. On pense nécessairement aux Sudètes allemands soi-disant persécutés par les Tchèques, prétexte de l’intervention de l’Allemagne en 1938 ! D’un autre côté, ce complot est dirigé aussi par le chef d’un “Comité Central”, à lunettes d’intello,à cheveux longs et vêtements du peuple, évocateur plutôt d’activistes bolchos… Guerre froide de 1947 oblige, cette fois ?
    En tout cas le début de l’intrigue est noué habilement : espions syldaves tournant autour du professeur Halambique et de Tintin, attentat à la bombe, changement étrange du prof au moment du voyage, scène-choc de Tintin largué du ciel sans parachute !!
    Grâce à une brochure lue par notre héros, Hergé nous rend plausible la Syldavie (encore un mot-valise : Transylvanie + Moldavie), et la Bordurie (Borussie + Bulgarie). Il invente toute l’histoire de ce coin vague d’Europe, liée à l’occupation de toute la zone balkanique et hongroise par les Turcs. Brillant !
    Point faible : dès que Tintin se retrouve dans le pays, il a déjà deviné que le complot vise à voler le sceptre royal ! Or il n’a pas obtenu avant le moindre renseignement ou la moindre allusion là-dessus…
    Un autre pataquès contradictoire concerne le photographe Czarlitz.
    Enfin, peu avant le final, pour égarer le chien de la patrouille bordure Tintin sème du poivre… qu’il n’a pas pu se procurer.
    L’album fait rêver sur cette époque trouble d’avant-guerre et ses menaces, mais il faut bien le dire son humour, peu présent par rapport à L’Affaire Tournesol repose entièrement (comme dans les premiers albums) sur les badaboums des deux Dupont/d, et sur Milou. On mesure à quel point l’arrivée de Haddock enrichira les récits sur ce plan !!

    Bub
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    bub le #463628

    J’ai cru ne repérer dans les albums “Tintin” que les kidnappings de Tournesol (2 fois), d’Abdallah et de Tchang, mais c’est de mémoire puisque je n’en ai acheté que 4 pour ma bédéthèque. Auriez-vous en tête d’autres cas ?

    De mémoire : La Castafiore dans Les Picaros, emprisonnée par Tapioca, le couple Wang dans le Lotus Bleu, qui manque de se faire décapiter par leur propre fils, Tintin, Haddock, Tournesol, Szut et Carreidas dans vol 714, Milou bien souvent…
    C’est assez récurrent en fait.

    Je reviendrai plus tard échanger sur ce passionnant sujet qu’est Tintin ! ^^

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #463656

    Ah d’accord, cher Bub ! Enfin, pour Vol 714 c’est plutôt une capture générale qu’un “kidnapping”, mais bon. Je suis impatient de tes interventions toujours brillantes !

    Pour préciser sur Le Sceptre d’Ottokar, une autre incohérence : quand il est renversé par la Rolls du roi (qui la conduit lui-même, assez bizarrement), Tintin lui annonce être “persuadé que le professeur Halambique est un imposteur”. Or après ses premiers soupçons dans l’avion il avait conclu que ceux-ci ne tenaient pas debout ! Et depuis il n’a eu connaissance d’aucun fait nouveau à son sujet. Tintin a même pu l’entendre s’écrier “Horreur!” quand la trappe l’a précipité dans le vide (l’imposteur n’est pas un meurtrier, peut-on penser rétroactivement).
    Quant Halambique demande à faire des photos dans la salle des Archives, un chambellan lui précise qu’il ne le pourra qu’avec le photographe officiel de la Cour, Czarlitz. Halambique le rencontre en privé, lui donne RV au Château, et Czarlitz répond “Entendu, Monsieur le professeur”. Or Czarlitz (assez invraisemblablement) est comme lui de la bande des comploteurs et c’est en duo qu’ils vont voler le sceptre grâce à l’appareil truqué du photographe. Il sait donc évidemment qu’Halambique n’est qu’un imposteur, le frère jumeau du professeur et non celui-ci, et leur conversation devrait être toute autre !
    Un peu plus tard, au Château, Halambique demande au chef de la garde de photographier la couronne et le sceptre dans la salle du Trésor, voisine de la salle des Archives où il est censé travailler. Or c’est un sigillographe supposé, et il n’y a aucune raison pour qu’il demande cela, ni pour que très bizarrement on lui en accorde le droit.
    Malgré certaines très bonnes idées (l’appareil à ressort, par exemple), force est de reconnaître qu’en terme d’intrigues d’espionnage – et c’est un domaine que j’ai travaillé pendant près de 10 ans pour mon roman – Hergé ne réussit pas à garder cohérence. Pas grave, comme je le disais son génie est ailleurs !

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #464667

    Les 7 boules de cristal
    Un album mythique ! Une atmosphère de thriller angoissant !
    Et pourtant le début est purement dans la comédie de moeurs, avec un très chic Haddock en prolo-gentilhomme qui frime au point de ne pas reconnaître Tintin avant d’avoir un nouveau monocle. Son niveau de vie a bondi grâce aux joyaux de son ancêtre : bien habillé, bien coiffé, il offre des cocktails, fume des cigarillos et possède une grosse cylindrée. On s’en doute, ça ne durera pas. L’intrigue est habile, très progressive, avec un effet d’annonce dès la première page, dans le train qui amène Tintin à Moulinsart, et un autre plus tard au music-hall, par la médium Yamilah. Les enchaînements mènent à un huis clos dans la grande demeure de Bergamotte, et l’on se croirait dans un Agatha Christie : implacablement, le septième savant sera frappé par les terribles boules de cristal, malgré toutes les mesures de sécurité, et le violent orage là aussi l’avait annoncé avec la boule de foudre : en tournoyant autour de Tournesol et le soulevant en l’air, elle l'”enlève” d’avance ! Le rêve du retour de Rascar Capac, momie vivante, est magique, puisque tous le font en même temps.
    Avec la poignante grande case de la crise des sept savants sous l’envoûtement, on est dans le fantastique le meilleur : la fêlure du réel (et non pas le “n’importe quoi” des zombies tout pourris et vampires à dents de sabre).
    Le désespoir d’Haddock, effondré, inerte, après l’enlèvement cette fois effectif de Tournesol peut paraître un peu exagéré, mais il nous montre à quel point ce marinier bourru et colérique est un grand coeur : il héberge et protège avec affection ce sourdingue génial mais aussi innocent et vulnérable qu’un enfant, à lui confié. Narrativement, c’est une transition : le peu convaincant gentilhomme va se secouer et resurgir en loup de mer de toujours, décidé, casquette au crâne.
    La course-poursuite va tourner court, dans des circonstances très proches de L’Affaire Tournesol, sur la piste du même kidnappé !
    Il faut bien le dire, dans cet album Tintin ne brille pas, ce sont les autres qui constamment mènent l’action (y compris Milou, qui trouve le chapeau de Tournesol).
    Heureusement pour son statut de héros titulaire il va bien se rattraper dans la suite, Le Temple du Soleil, autre petit chef-d’oeuvre d’Hergé…

    Xanatos
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    Xanatos le #464701

    Oui, c’est un album vraiment exceptionnel qui véhicule une vraie tension et où le suspense est omniprésent.

    Tu parlais de la médium Yamilah, j’avais été très marqué par cette scène où elle déclarait à l’épouse de l’un des sept savants qu’elle connaissait la profession de celui ci… et ensuite elle embraye avec la menace planant sur lui, avant de pousser un hurlement d’épouvante et de s’évanouir. Et après, la femme du savant est appelé d’urgence car il est arrivé malheur à son mari et elle se précipite hors de la salle, très anxieuse et inquiète sur ce qui a pu lui arriver.

    J’avais été aussi très marqué par le début de l’album où Tintin lisait le journal, et ensuite un monsieur lui déclare qu’il arrivera des problèmes funestes ayant pris la momie de Rascar Capac. Si ma mémoire ne me trompe pas, il avait évoqué la “malédiction ” ayant frappé les archéologues qui avaient pillé les pyramides égyptiennes pour récupérer leurs trésors (et qui fait écho à la destinée tragique qu’ont connu les collègues de howard Carter qui avaient découvert le sarcophage de Toutankhamon). Il avait enchaîné ensuite sur le fait que cela ne lui plairait pas forcément si d’autres pays venaient dérober leur patrimoine culturel sans leur autorisation ou leur acquiescement. Le témoignage de cet homme était non seulement très intéressant mais suscitait une certaine réflexion.

    Néanmoins, l’objectif des sept scientifiques n’était pas vénal ou égoïste, ils cherchaient au contraire à en savoir davantage sur la culture des Indiens d’Amérique du Sud.

    Très juste sur ce que tu dis à propos du capitaine Haddock qui s’efforce (tant bien que mal !) de passer pour un gentleman raffiné et distingué !

    J’avais été bien marqué par la scène cocasse où il était en piteux état après une mauvaise chute de cheval, Tintin le salue, il lui répond sèchement “un moment fiston”, puis Nestor lui donne un autre monocle et là enthousiaste, il répond “Ha, ha, Tintin cher ami, quelle joie de vous revoir !” 😀

    Et, en effet, ce bon vieux capitaine est un homme d’une grande loyauté et la détermination inébranlable dont il fait preuve pour retrouver son ami Tournesol le démontre bien !

    Toutefois, le passage où imbibé de whisky il déclare à un portrait de Tournesol qu’il remuera ciel et terre pour le retrouver, et ensuite quand ce dernier sort de la toile pour lui répondre “Pardon, un peu plus à l’ouest !” m’a fait éclater de rire ! 😆

    On constate aussi que les Dupondt sont toujours aussi incompétents puisqu’ils examinèrent un objet leur paraissant louche à l’extérieur de la pièce où ils étaient censés protéger l’un des savants visés eeeeet, évidemment, le malheureux se fait assaillir et sombre dans le coma au même moment !

    Impossible aussi d’oublier le “rêve” où nous voyons Rascar Capac prendre vie, tant ce moment est angoissant, voire terrifiant !

    Il me semble aussi que c’est dans cet album qu’apparaît pour la première fois la Castafiore, le futur cauchemar de Haddock et il marque aussi le retour du général Alcazar, reconverti en lanceur de couteaux dans un spectacle, depuis que son ennemi le général Tapioca l’a renversé du pouvoir…

     

    Bub
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    bub le #464726

    Oui, indéniablement les 7 boules de Cristal marquent un tournant majeur dans la carrière d’Hergé.

    Les 7 boules de Cristal donne en effet à Hergé l’occasion d’étoffer ses personnages et son univers. Comme vous l’avez bien remarqué, la première partie, légère, est l’occasion de mettre en scène ses héros à contre emploi : Haddock en châtelain mondain, qui délaisse les docks et leur préfère dorénavant les spectacles de music-hall (en balcon SVP !), quelle ascension sociale ! Evidemment notre barbu est tout particulièrement grotesque et Hergé se paye ses nouvelles manières en le malmenant sur plusieurs pages ! L’ensemble préfigure même, à mon sens, le chef d’œuvre absolu que seront « les Bijoux de la Castafiore » : personnages à contre emploi, faux-semblants, mondanités ridiculisées, coulisses du monde du showbiz, etc.

    Hergé se permet également de faire revenir certains personnages de ses anciens album : Tapioca, Castafiore notamment. L’air de rien, eux aussi ont « une vie » et évoluent de leur côté, en attendant de croiser à nouveau la route de nos héros.

    D’autres personnages marqueront les esprits durablement, alors que leur apparition se fera brève : c’est le cas de la voyante Yamilah, et de l’épouse du cinéaste Clairmont : deux superbes femmes mises en lumière par Hergé, dont l’échange contribue à faire basculer le spectacle dans l’inquiétude et la menace pour tout le reste de l’album, malgré les pitreries d’Haddock. La tension ira crescendo à compter de ce face à face mémorable.

    Mais cet album, outre son ambiance exceptionnelle, vaut surtout par son niveau iconographique et sémiologique de haut vol ! Hergé est déchainé, au sommet de son art.
    Déjà, dans le « Trésor de Rackham le Rouge » il avait exploré plus avant cette voie particulière qui donne toute sa saveur aux aventures de Tintin, ces différents niveaux de lecture, plus ou moins conscients, qui font qu’on y revient encore aujourd’hui, sans qu’étonnamment ces album n’aient pas pris une ride.
    Difficile à développer dans le cadre du forum, alors je pense qu’une image fera l’affaire, celle de la première apparition de Rascar Capac :

    A cette étape du récit, Hergé a déjà bien fait monter la sauce : magie, malédiction, sorcellerie, une lourde menace pèse sur les membres de l’équipe archéologique.
    Bergamotte est le dernier membre qui n’a pas encore sombré dans la folie.

    Cette momie qui trône dans son salon incarne alors le comble du danger. Elle est là, si proche, comme vivante. Tournesol se planque derrière son géant ami, Milou grogne. La momie, elle, est d’autant plus menaçante que les espèces de cordes qui l’entourent sont, de toute évidence, trop lâches pour vraiment pouvoir l’empêcher de se mouvoir si jamais elle devait se réveiller, contribuant au malaise… De même, la vitrine du côté de Milou semble ne pas avoir de bord qui l’interdirait de s’échapper…

    Mais il y a un autre niveau de lecture : les autres éléments de décor « pré colombiens » contribuent également à instaurer ce climat de danger. Le masque et la tapisserie font système : la tête semble être celle décapitée du guerrier à plume et pose comme un regard furieux sur nos héros qui contemplent la dépouille royale.
    Mieux : sur la tapisserie, le guerrier à plume semble comme se lever, annonçant le réveil de la momie accroupie et affublée d’une couronne à tête d’oiseau et de plumes.
    D’ailleurs, ce guerrier à plume on le retrouve plus loin au-dessus de la cheminée, au moment où la foudre va « pulvériser » la momie. Et là notre guerrier à plume est… bondissant. La momie a foutu le camp…

    Plus amusant, le contraste saisissant entre la momie et Bergamotte, dont les visages, les deux seuls souriants…, sont tous deux mis au même niveau dans la case : l’une décharnée, l’autre massif, l’une aux orbites noires et vides, l’autre aux lunettes lumineuses et rondes, etc. ils s’opposent physiquement sur tout. La version originale, celle en noir et blanc d’avant la colorisation de E. P. Jacobs accentue d’autant plus ce contraste. Bergamotte semble physiquement indestructible mais… il porte seul ce costume noir de sinistre augure.

    En somme, une lecture de premier plan de gauche à droite, une lecture de premier et second plan. Le tout dans une case de dimension modeste sans surchage ni lourdeur graphique qui rendrait la lecture plus confuse (gros défaut de Jacobs).
    Et même, une lecture de second plan d’une case à second plan d’une autre case.

    La ligne claire dans sa plus parfaite démonstration.
    Et tout l’album est du même acabit.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #464745

    Tu parlais de la médium Yamilah, j’avais été très marqué par cette scène où elle déclarait à l’épouse de l’un des sept savants qu’elle connaissait la profession de celui ci… et ensuite elle embraye avec la menace planant sur lui, avant de pousser un hurlement d’épouvante et de s’évanouir. Et après, la femme du savant est appelé d’urgence car il est arrivé malheur à son mari et elle se précipite hors de la salle, très anxieuse et inquiète sur ce qui a pu lui arriver.

    Impossible aussi d’oublier le “rêve” où nous voyons Rascar Capac prendre vie, tant ce moment est angoissant, voire terrifiant !

    Il me semble aussi que c’est dans cet album qu’apparaît pour la première fois la Castafiore, le futur cauchemar de Haddock et il marque aussi le retour du général Alcazar, reconverti en lanceur de couteaux dans un spectacle, depuis que son ennemi le général Tapioca l’a renversé du pouvoir…

    Oui, que de belles séquences dans cet album, nous en tombons d’accord tous les trois !!
    Celle avec Yamilah et Mme Clairmont est en effet le coup d’envoi du volet tragique du récit, à laquelle le lecteur comprend alors qu’il n’échappera pas, notamment s’il se souvient de l’effet d’annonce de première page que tu détailles, Xanatos. En fait, comme Tintin le signale au capitaine après lui avoir dit reconnaître le général Alcazar, il a déjà rencontré la Castafiore aussi (dans “Le Sceptre d’Ottokar”, j’en parle plus haut), mais pour Haddock tu as raison, c’est une première ! Et qui lui fait penser au cyclone qui s’abattit jadis sur son bateau… Et de fait si elle entrait dans sa vie comme elle manquera de le faire, elle balaierait comme fétu de paille sa petite vie rangée de célibataire-à-bons-amis. On rejoint tout à fait les personnages récurrents qui vivent leur vie en parallèle, comme tu le remarques Bub. Et j’applaudis à ton analyse, aussi brillante que je l’espérais !
    Dans la case que tu décortiques magistralement, oui “Tournesol se planque derrière son géant ami”, et son visage tendu et angoissé, surprenant chez un être aussi placide (mais il sera bien différent dans le cycle de la Lune) semble averti d’une prémonition… quoiqu’il regarde plutôt la couronne que les bracelets qui le mettront en grand danger.
    La tapisserie que tu mentionnes est de plus aztèque et non inca. Or ce sont les Aztèques qui pratiquaient les sacrifices humains, et non les Incas, annonce macabre donc. Hergé, collectionneur d’art, le savait bien. Mais pour sa saga précolombienne, je pense qu’il avait besoin des Andes pour y abriter un “royaume perdu” peu imaginable au Mexique. D’ailleurs il aimait clairement les montagnes superlatives (Andes, Himalaya). Comme tu le dis, et Xanatos aussi, le lecteur est marqué par cet album, au point d’y découvrir à la relecture plusieurs niveaux, dont certains à peine conscients !

    Le Temple du Soleil
    Bon, ça s’impose.
    Peut-être qu’Hergé s’était rendu compte d’un Tintin un peu en retrait dans Les 7 boules de cristal”, toujours est-il qu’ici il reprendra le statut de “héros” : bon observateur dès la 1 ère page, moins naïf que Haddock sur la prétendue “peste”, audacieux dans son infiltration sur le cargo, humaniste et sans peur face aux deux brutes qui persécutent le petit Indien Zorrino, judicieux, fin tireur dans les hautes montagnes et la jungle, etc. Il sauve la vie de Haddock, de Milou, et par deux fois celle de Zorrino (le gamin en est stupéfait tant il est habitué à se faire piétiner). Aussi l’album atteint-il à une grande émotion lorsque, croyant Tintin mort noyé, l’enfant et le vieux loup de mer tombent en larmes. Evidemment, ce n’est pas le cas : dans TOUS les films, BD, mangas, comics, séries TV, quand quelqu’un, bon ou mauvais, tombe à l’eau et qu’on le croit mort, il reparaîtra intact ! Le cliché ne rate jamais.
    Non seulement Hergé ose ce que Franquin ne permettrait jamais à un héros : tuer des animaux (un condor, un anaconda, bon nombre de crocodiles) mais – certes involontairement – Haddock va envoyer à la mort quatre Indiens hostiles à l’expédition !
    A propos du capitaine, on a un peu le sentiment qu’Hergé nous le persécute ici : il en prend plein la tronche toutes les trois pages en moyenne ! Quant aux Dupondt, ils sont dans le fourvoiement systématique.
    Pour le final, on peut difficilement croire que les prêtres et souverains des Incas, adorateurs du Soleil, soient inaptes à connaître et prévoir les éclipses, au contraire de toutes les cultures antiques et même néolithiques, mais on crut longtemps en Occident au “bon sauvage naïf”. Ainsi, condamner à mort Tournesol, Tintin et Haddock pour des motifs futiles même dans une pensée mystico-magique est peu conforme à la culture inca, plutôt pragmatique on le sait désormais. Et les traiter en hôtes de marque parce qu’ils “commandent au Soleil”… Du coup un autre cliché est ici le “retournement du primitif” : de “sauvage” dangereux par obscurantisme, il devient soudain “bon” par naïve crédulité envers les “pouvoirs” du Blanc. Combien d’exemples ! Mais bof, c’était l’époque, et côté dénouement spectaculaire d’une grande aventure exotique loin d’un monde banal, c’est réussi et bien amené.
    Une très belle saga en 2 volumes donc.

    J’attends avec jubilation les aperçus de Bub et Xanatos, ou d’autres, sur la saga en question !
    Je vais envisager peut-être de revisiter la saga de la conquête de la Lune, mais pas le reste, qui me passionne moins.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #465058

    Quelques ajouts pour Le Temple du Soleil :
    J’ai remarqué que Zorrino, gentil et utile guide de nos deux héros, est pieds nus dans des sandales ouvertes y compris en pleine neige épaisse des sommets andins, le pauvret. Mais Tintin n’est guère mieux équipé, en chaussettes et petites chaussures d’été au bas de son pantalon de golf ! Seul le capitaine a de gros brodequins et un pantalon long, du même tissu épais que sa veste de marin.
    Plus frappant, à un moment il tutoie Tintin, alors que toujours ils se vouvoieront !
    C’est lorsqu’il reconnaît son jeune ami sous un déguisement d’Indien péruvien : “Ah sacripant, tu m’as bien attrapé ! Parole ! Je ne t’avais pas reconnu !” Cependant le capitaine revient plus tard au vouvoiement : hésitation momentanée d’Hergé ? Dans la vie des Français, infiniment plus ritualisée qu’ils ne le croient, il est très difficile de passer du vouvoiement une fois installé au tutoiement. D’un autre côté, Hergé avait sûrement conscience de l’irréel des rapports langagiers Haddock-Tintin. Mais comment ensuite avoir deux amis proches, l’un tutoyant, l’autre vouvoyant ? Et si “Tintin” (prénom issu de “Totor”/ “Victor”) se met à tutoyer Haddock, alors il doit logiquement l’appeler par son prénom, Archibald : brusque tournant dans la saga, incompréhension des lecteurs !
    A ce sujet, les Dupondt se tutoient, eux, mais s’interpellent par leur patronyme ! Jamais nous ne saurons leurs prénoms respectifs. Et il me semble bien (je n’en suis pas sûr du tout, corrigez-moi si je débloque) que le corpus mentionne à un moment qu’ils ne sont pas frères, pas plus que les deux membres de la parenté d’Hergé qui se ressemblaient et s’amusaient à se costumer à l’identique, lui inspirant ces deux personnages…
    D’ailleurs de vrais frères ne pourraient porter un patronyme dont la dernière lettre serait différente.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #465274

    Ce jeudi 4 mai, TV5 a diffusé un doc Hergé à l’ombre de Tintin, que je me suis empressé de suivre. Je crois que le drame d’Hergé est qu’il vécut deux vies totalement opposées, brisant même son ménage. Une terrible dépression nerveuse s’ensuivit d’ailleurs. Je ne savais pas que c’était de leucémie qu’il était mort, en 1983. Et il y a encore des abrutis pour s’imaginer que c’est le confort matériel qui apaise les âmes !!

    Relu Objectif Lune et On a marché sur la Lune :
    Assez curieusement, dans le premier album, là où il faudra vaincre difficilement par deux fois la résistance du capitaine Haddock, Tintin se laisse embarquer sans difficulté, très passivement même, pour la mission lunaire alors que Tournesol ne leur a même pas demandé leur avis. Il ne se préoccupe que de problèmes sécuritaires ! On retrouve certains albums où notre héros principal se montre mou du genou, supplanté dans l’économie du récit par les personnages secondaires.
    Le gag génial, c’est celui du “zouave”, terme qui échappe à Haddock en colère face à Tournesol mais qui rend celui-ci deux fois plus furibard !! Car il a entendu grâce à son sonotone. Il s’ensuit 7 pages magistrales, car en fait elles servent à Hergé à montrer au lecteur tout l’agencement technique de la base et de la fusée. Lorsque Tournesol suite à une chute très comiquement amenée perd longtemps la mémoire, c’est à nouveau le mot “zouave”, intolérable au professeur, qui l’arrachera à l’amnésie par choc en retour ! Excellent ! Car du coup Haddock, ayant sauvé Tournesol, ne peut plus se défiler…
    Qui étaient les zouaves (devenus synonymes de “farfelus, clowns grotesques”) ?
    Un corps de troupes du temps de Napoléon III, à costume assez ridicule qui passa vite de mode, et dont les soldats portaient une moustache et une barbiche pointue “Napoléon III” très analogues à celles de Tournesol… D’où à mon avis sa rage hystérique
    On ne sait toujours pas où se trouve cette sacrée Syldavie, capitale Klow, centre spatial Sbrodj, en plein massif montagneux des Zmyhlpathes (= mille-pattes = Carpathes), mais Hergé va jusqu’à inventer une langue, et un alphabet “cyrillique” de fantaisie ! Pourtant il faut se faire une raison : la Syldavie est à la fois en Europe de l’Est et nulle part !

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #465371

    On a marché sur la lune :
    Un grand classique encore, sorti en 1954, quinze ans avant la réussite réelle annoncée par le titre !
    On le sait, la fusée n’est qu’un modèle agrandi du fameux V2, arme nazie, mais équipée d’un “moteur atomique”. L’angoisse tragique ne viendra donc pas d’un manque de combustible, mais d’un manque d’oxygène, causé par le surnombre : non seulement les deux Dupondt, catastrophes ambulantes, sont à bord à cause de leur bêtise insondable, mais il y a un passager clandestin, le colonel Boris ou Jorgen : classique “retour du méchant”.
    Un autre méchant est visible, le dirigeant-espion, Miller, clairement un Américain et acoquiné avec son ministre ; il est à noter qu’Hergé fut longtemps américanophobe, vu à travers ses albums.
    L’aventure est bien menée, et Tintin y fait meilleure figure que dans l’album précédent. Il en vient même à engueuler proprement Haddock, ce pochetron râleur, habilement juste au moment où le lecteur a lui aussi envie d’enguirlander le capitaine !
    On se souvient avec émotion du suicide de Wolff, et de puissantes images. Pourtant la Terre vue de la lune est nettement trop petite, et comme toujours dans les S.-F. antérieures à 1969 dépourvue de ses tourbillons nuageux : on l’imaginait comme une carte de mappemonde scolaire !

    Xanatos
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    Xanatos le #465482

    Mon cher Yupa, je dois te dire que je considère moi aussi que Objectif Lune et On a marché sur la lune comme faisant partie des meilleurs albums de toute la série !

    Objectif Lune a en effet de nombreux moments comiques mémorables.

    Le premier à m’avoir fait rire fut quand le professeur Tournesol annonça à nos deux héros qu’il a pour projet de partir sur la lune. La réaction du capitaine Haddock est mémorable et absolument hilarante et on le voit piquer une énorme crise de fou rire ! 😆

    Il est littéralement plié en deux, pleure de rire, persuadé que le bon Tryphon lui raconte une blague de son cru !

    Bien sûr, on a déjà vu le capitaine sourire et rire dans des aventures précédentes, mais jamais à ce point là !

    Je dois dire que, même si une BD est “muette”, son rire était très communicatif !

    En revanche, il déchantera immédiatement quand le professeur lui dira que non seulement ce n’est pas une blague mais qu’en plus ils feront partie des passagers de la fusée !

    Parmi les autres gags de l’album, j’ai bien aimé celui très cartoon où une bombe tombe dans la chambre de Tournesol. Bien sûr quasiment tout explose, et sans son sonotone et il murmure “Hein ? On a frappé ?” 😆

    Une situation aussi absurde que désopilante ! 😆

    Très intéressant la description que tu nous fais sur les vrais zouaves et on comprend d’autant mieux la colère explosive du professeur quand le capitaine le qualifie ainsi !

    C’était assez inhabituel et amusant de voir le bon professeur d’ordinaire si calme être ainsi fou de rage, au point même qu’il terrorise le pauvre Capitaine, tentant tant bien que mal de tempérer la fureur de son ami et contraint de le suivre.

    C’est aussi dans cet album qu’on voit l’évolution notable de Wolff. Au début du récit, il est souriant, affable, très gentil et à l’écoute de Tintin et Haddock. Puis à la fin de l’album, il ne sourit plus du tout, se montre plus réservé, arbore une mine anxieuse et soucieuse. Même Tintin s’est rendu compte du changement de comportement de celui ci ce qui l’intrigua. Il faudra attendre l’album suivant pour comprendre ce qui lui est arrivé pour qu’il change ainsi du tout au tout.

     

    On a marché sur la Lune est un chef d’oeuvre et certainement l’une des plus grandes aventures de Tintin.

    Tu avais évoqué les Dupondt qui ont effet stupidement mit en péril la vie de l’équipage l’oxygène de la fusée n’étant prévue initialement que pour quatre personnes.

    Au sujet de ces derniers, on constate que Hergé s’est livré à quelques références à Tintin au pays de l’Or Noir. Par exemple, les Dupondt croient que d’autres personnes sont arrivées sur la lune avant eux et en ont fait part à l’équipage. Ils se trompèrent et réalisèrent, un peu tard, qu’ils avaient tourné en rond et les traces de pas qu’ils avaient vu par terre étaient en fait les leurs. C’est un clin d’oeil fait à Tintin au pays de l’Or Noir où ces deux idiots avaient tourné en rond avec leur jeep dans le désert !

    De même, un peu plus tôt dans l’histoire, les Dupondt avaient fait une rechute et leurs cheveux ainsi que leurs moustaches ont poussé de façon démesurée, arborant des couleurs fantaisistes ! C’est là aussi une référence à leur mésaventure dans le désert où ils avaient absorbé une substance sans se méfier ce qui les rendit malades et extrêmement poilus !

    Outre son humour décapant, cette aventure est en effet caractérisée par une forte tension. On peut penser tout d’abord au fait que Haddock ait perdu provisoirement la tête après une mauvaise chute et sortit de la fusée sans prévenir personne ! Tintin dût sauver la vie de son ami au risque de la sienne.

    Il y aussi Boris/Jorgen à bord de la fusée qui constitue une menace tangible et dangereuse, la crapule jeta même le pauvre Milou dans un trou après l’avoir assommé ce qui cassa une de ses pattes. Impossible d’oublier aussi Wolff qui se rebella courageusement contre Jorgen, et lors du rixe, tua accidentellement ce dernier, ce qui le bouleversa.

    Et bien entendu, il y eut le sacrifice héroïque de Wolff qui se suicida en se jetant dans l’espace afin que ses ami(e)s puissent survivre et avoir assez d’oxygène, cet acte étant à ses yeux sa rédemption pour les avoir trahi (à la base, il ne voulait pas du tout les trahir mais c’est Jorgen qui le fit chanter).

     

    La tension est aussi omniprésente lors du chemin du retour où pratiquement tout le monde s’évanouit et où les responsables sur Terre réveillent Tintin afin qu’il réoriente la fusée dans le bon sens afin qu’elle ne s’écrase pas !

    Rarement nos héros ont frôlé la mort d’aussi près, on frémit en tournant les pages, espérant de tout coeur qu’ils s’en sortiront…

    Et on est soulagé qu’ils survivent !

    Corrige moi si je me trompe Yupa, mais, dans mes souvenirs, Haddock avant d’embarquer dans la fusée assimila celle ci à un cercueil volant et regrettait d’avoir rendu la mémoire à Tournesol.

    Fait intéressant: étant enfant, mes parents m’avaient offert un livre extraordinaire s’intitulant Ils ont marché sur la Lune comparant l’épopée spatiale de Tintin et ses amis avec celle tout à fait réelle de Neil Armstrong et ses compagnons qui ont marché sur la lune en 1969.

    L’auteur se livrait à une comparaison détaillée entre les deux, et c’est là qu’on réalise le génie de Hergé: 95% de ce qui était décrit dans Objectif Lune et On a marché sur la Lune est vraiment arrivé à Armstrong et ses compagnons (si on exclut bien sûr un méchant comme Jorgen), démontrant qu’à l’instar du romancier Jules Verne au XIXe siècle, Hergé était un visionnaire ! 😀

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #465485

    Ouf, on retrouve ce bon vieux forum !
    J’avais hâte de lire tes impressions sur la fascinante saga lunaire, cher Xanatos ! un des points forts d’Hergé y est la synthèse parfaite entre le sérieux – voire l’angoisse – et l’humour, ainsi que tes souvenirs des deux albums en font foi.
    Au moment d’embarquer, à la fin d’Objectif Lune, Haddock ne compare pas expressément la fusée à un cercueil volant (l’image lui viendra quelques cases avant la fin de la saga, quand Tournesol parlera de retourner sur la Lune) mais il émet des remarques et hypothèses totalement pessimistes. D’ailleurs comme il excluait encore une fois de partir quelques jours avant, Wolff lui ayant indiqué que son (énorme) caisse de “deux ou trois bouteilles de whisky” 🙂 ne serait pas embarquée, ni son (gros) colis de tabac pour sa pipe, il n’a changé d’avis que parce que les Dupondt lui ont dit : “Vous avez mille fois raison ! A votre âge, ce serait de la folie !” Il pique alors une crise inverse : “Espèces de Bachi-Bouzouks, vous me prenez peut-être pour une vieille coque rouillée, bonne pour la ferraille!!?? Je pars, m’entendez-vous ?” Et en s’embarquant juste donc pour ne pas perdre la face, il déclare à Tintin : “C’est de la folie furieuse ! Et dire que c’est grâce à moi que Tournesol a retrouvé la mémoire ! Je ne m’en consolerai jamais!” (et il répétera ce regret sur sa couchette peu avant le départ). Tintin ne répond pas et continue comme dans tout ce premier album à sembler détaché et sans émotion particulière. Peut-être Hergé s’est-il dit que cela commençait à sembler étrange aux lecteurs : en passant la porte de la fusée, notre héros s’adresse à son chien : “Entre nous mon vieux Milou, je t’avoue que j’ai sérieusement le trac!” Sur sa couchette, il se demande si, ayant vécu pas mal d’aventures, celle-ci ne sera pas la toute dernière. Les trois autres sont tout aussi angoissés. Coup de génie d’Hergé pour nous rendre le héros sympathique par une émotion supérieure aux autres : Tintin entend BOUM, BOUM, BOUM, se demande “D’où viennent ces coups sourds et réguliers?” puis, à la case d’après comprend “Ce sont les battements de mon propre coeur!” Toutefois il a passé 56 pages sans se poser de questions, ce qui est à peine croyable il faut bien le dire…

    Malgré les événements souvent dramatiques, dans On a marché sur la Lune, le capitaine continue à assurer le comique. Ayant à travailler sérieusement, il chasse les Dupondt de son compartiment de fusée, et sort un des trois gros volumes qu’il a apportés, un “Traité d’Astronomie”. Il prend un air sévère, concentré : “C’est ici que les Romains s’empoignèrent !… Au travail !…Au travail !…” Dans la case muette qui suit il ouvre le bouquin avec un sourire de jubilation… et le lecteur découvre deux bouteilles de whisky cachées dans le “Traité”.
    Mais après que, complètement beurré, il ait provoqué un petit drame en voulant “retourner à Moulinsart”, il se comportera parfaitement et efficacement, sauvant même Tintin tombé dans une faille lunaire.
    Le relais du comique sera alors assuré par les deux Dupondt, d’une bêtise superlative et même d’une ignorance crasse, au point de croire qu’il y a des spectacles de cirque sur la Lune !
    Et l’on retrouve à la fin un gag récurrent : Haddock au retour sur Terre est dans un état désespéré, le médecin résigné parle d’un “coeur très affaibli chez ce grand buveur de whisky”, et au seul mot “whisky”, le capitaine arrache son masque à oxygène, revenu soudain à la vie pour réclamer sa boisson favorite !
    Oui, Xanatos, ce livre que tes parents t’avait offert, j’en ai jadis entendu parler, et il paraît qu’Hergé avait souvent vu très juste, en 1953 / 1954 !

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