Tintin

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Posté dans : Manga & BD

  • Xanatos
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    Xanatos le #524111

    Ah oui le fameux chinois qui avait sauvé la vie de Tintin en sautant sur lui en empêchant qu’il soit mitraillé par des gangsters.

    Le passage où il dit “Lao Tseu a dit: il faut trouver la voie. Je vais donc vous couper la tête !” était aussi drôle qu’angoissant. En revanche, comme tu dis, on ne pouvait qu’éprouver de la compassion envers la famille du malheureux, éplorée de voir que celui-ci est devenu complètement fou à cause d’une substance qu’on lui a administré à son insu.

    Et la fin était en effet émouvante où il put être guéri et, ému aux larmes, il remercia Tintin à son tour de l’avoir sauvé et de lui avoir rendu la raison.

    C’était aussi un album clé car Tintin y découvrit la véritable nature de l’infâme Rastatopoulos, qui, contrairement aux apparences, n’avait rien d’un gentleman bienveillant mais est en fait une sinistre crapule sans aucun scrupules.

    Veggie11
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    Veggie11 le #524115

    On ne sait pas à quel point Zhang Chongren a influencé Hergé sur le parti-pris politique, le côté pro-chinois est évident (du moins dans la première version). Après, est-ce qu’Hergé avait vraiment conscience des enjeux à l’époque ? Je pense qu’il a surtout écouté son nouvel ami et qu’il trouvait intéressant de revenir sur les clichés sur la Chine, sans forcément nuancer. Les pieds bandés étaient sans doute un sujet tabou dans les années 30, depuis son interdiction après la chute de la monarchie, et au lieu de dire ”C’était surtout valable pour les femmes de la Haute-société”, il a laissé entendre que ce n’était pas vrai. Mais pour moi, j’ai toujours interprété cette case ainsi : ”Ce n’est pas une tradition présente partout dans la société chinoise”.

    Je connais mal l’Histoire de la Chine, donc je ne me prononcerai pas sur les relations Chine/Japon. Je connais mieux les relations Russie/Japon et d’ailleurs pour revenir dessus, j’ai fait beaucoup de recherches sur ce que tu avançais quelques années auparavant, comme quoi c’était la Russie qui avait attaqué le Japon et non l’inverse. Je n’ai rien trouvé du tout, même dans des ouvrages récents. Je vais finir par croire qu’il s’agissait plutôt d’une propagande japonaise d’époque, ne serait-ce pas plus logique ?

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #524137

    Je connais mal l’Histoire de la Chine, donc je ne me prononcerai pas sur les relations Chine/Japon. Je connais mieux les relations Russie/Japon et d’ailleurs pour revenir dessus, j’ai fait beaucoup de recherches sur ce que tu avançais quelques années auparavant, comme quoi c’était la Russie qui avait attaqué le Japon et non l’inverse. Je n’ai rien trouvé du tout, même dans des ouvrages récents. Je vais finir par croire qu’il s’agissait plutôt d’une propagande japonaise d’époque, ne serait-ce pas plus logique ?

    Houlà, chère Veggie, on ne va pas se lancer sur cette polémique, et ce serait HS, mais sois bien sûre que je n’invente rien ; documente-toi sur la compagnie russo-nippone d’exploitation des forêts du Yalou, d’où est parti le conflit. Tu ne peux ignorer que De Witte avait conseillé l’agression, que tout le monde croyait aisément victorieuse, à Nicolas II, qui haïssait les Japonais depuis sa blessure par un samouraï ; avant l’attaque de Port-Arthur, d’abord une armée russe de près de cent mille hommes avait franchi la frontière du Yalou. La Corée étant alors un protectorat du Japon, celui-ci était obligé soit d’entrer en guerre, soit d’abandonner ce pays aux Russes…
    Bref, pour en revenir au “Lotus Bleu” d’Hergé, il se peut en effet que les pieds bandés aient été interdits en Chine dès 1911, je n’ai pas cherché sur ce point. Ce qui justifierait pleinement Hergé ironisant sur un cliché dépassé. En tout cas ils le furent par Mao et le PCC en 1949. En 1911, comme le prouvent les photos d’époque, la République chinoise obligea les hommes à se couper la natte, car elle avait été imposée par la dynastie mandchoue ; je n’ai pas chez moi l’album, mais je me demande s’il ne montre pas les Chinois encore nattés ?
    Tiens, Xanatos, j’avais oublié le seppuku de Mitsuhirato emprisonné. Ce qui le rachète un peu de ses crimes.

    Veggie11
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    Veggie11 le #524139

    Je suis tout à fait consciente que ça n’a pas grand-chose à voir avec ”Le Lotus Bleu”, je faisais surtout lien avec la remise en question de l’Histoire officielle. J’ai commencé à lire sur cette histoire de ”Forêt de Yalou / Fleuve de Yalou”, pour ce que je comprends il y eut déjà des tensions Japon / Russie bien avant, que je connaissais déjà pour certaines. Par contre, officiellement, le début de la guerre reste l’attaque de la flotte le 8 février 1904, et là il est noté partout que ce sont bien les Japonais qui ont attaqué en premier. Dois-on changer maintenant le début officiel parce que des tensions ont existé avant ? Ca me paraît étrange.

     

    Pour revenir au sujet, non les Chinois n’ont absolument pas la natte. Là à nouveau Hergé s’en moque en ridiculisant les Dupond/t habillés à ”l’ancienne” avec des tenues de théâtre, une fausse natte et tenant toujours un éventail. Concernant les pieds bandés, on peut lire ici qu’en 1912, la République populaire de Chine interdit la pratique, même si elle a persisté de manière clandestine. https://transformationsphysiques.wordpress.com/raisons-culturelles/pieds-bande-en-chine/presentation/

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #525968

    Vol 714 pour Sydney fut l’avant-dernier album publié de la saga “Tintin”, en 1968. Je l’ai trouvé gratos dans un Cabane à Livres, et j’ai donc eu une petite envie de le relire.
    Le titre est assez étrange, car c’est là le nom du vol que nos héros… ne prendront pas, sauf à la dernière case ! Par un concours de circonstances en effet, Carreidas va les embarquer dans son jet privé, qui va être détourné sur la petite île ignorée des cartes de Pulau-Pulau Bompa dans la Mer des Célèbes. Auparavant, le capitaine, toujours émotif, s’apitoie sur un type prostré aux allures de pauvre hère déprimé et enrhumé (le dictatorial et insupportable milliardaire  Carreidas) et lui glisse en cachette un billet de 5 dollars. Hergé en profite pour épingler la bonté rousseauiste, si pleine de vanité secrète en réalité (monologue intérieur de Haddock qui fantasme les remerciements extasiés du déshérité et son “modeste” refus des compliments !). Evidemment désarroi du capitaine mis en présence de Carreidas ! Tournesol est moins drôle avec les éternels gags sur sa surdité, que l’on croyait pourtant appareillée depuis le voyage dans la Lune.

    Hilarant concours de salopards-nés entre Rastapopoulos et Carreidas, tous deux drogués par un sérum de vérité dont le seul résultat est de leur faire confesser toutes leurs turpitudes depuis l’enfance ! Carreidas révèle que son grand-père n’était qu’un “humble sucreur de rahat-loukoum à Erzeroum” ; donc ce très antipathique bonhomme serait arménien ; et comme Rastapopoulos commença par être dans les années 40 un juif typique des caricatures pro-nazies, c’est un duo un peu gênant (“rastaquouère” est une vieille injure raciste ciblant les émigrés “levantins” supposés sournois, cupides et implacables en affaires ; le terme “rasta” a complètement changé de sens depuis Bo Marley). Heureusement dans les années 50 et 60 Hergé a fourni bon nombre de preuves d’antiracisme…

    C’est adroitement qu’il introduit le message télépathique qui va permettre aux héros d’échapper à la traque des malfrats. Cependant, qu’Ezdanitoff ait compris le traquenard sur l’île et surtout dans quel camp se ranger reste un peu gros. Hergé règle ici un compte définitif à Rastapopoulos, Allan et aux trois autres crapules sans les tuer : embarqués “pour l’infini et au-delà”!

    L’album est de 1968, sans doute écrit en 1967 et marqué par la fascination pour le cosmos de ces années 60 ; il nous paraît bien daté en tant que récit “réaliste” car nous prenons conscience des incommensurables distances hors de notre système désert, et de la survie quasi-impossible de voyageurs interstellaires.

    Le dernier “Tintin”, sur les Picaros reflète lui la mode “Che Guevara” des années 70. Mais avec un final très désabusé : les révolutionnaires victorieux se promènent armés, indifférents aux miséreux qui les regardent…

    Geoff34
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    geoff34 le #527391

    le doublage du jeu vidéo de Tintin : Le Secret de La Licorne propose un doublage alternatif qui n’a pas à rougir à celui du film

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #527428

    Pour reparler des albums, j’ai lu en partie en magasin un nième essai psychanalytique, “Hergé sur les sommets”, qui me laisse dubitatif. Certes Hergé craqua pour une jeune et belle assistante au moment de “Tintin au Tibet”, déchiré cependant car il ne voulait  rompre  ni avec sa femme ni avec elle, le mec banal dans toute sa médiocrité (confort ou extase ? les deux mon général !), lui qui se prenait pour le héros Tintin, si pur… Mais le lien avec l’album est peu étayé, l’auteur s’évertuant à prouver par quelques détails qu’Hergé à partir de celui-ci cherche à ridiculiser Tintin : peu évident ! Et il mentionne qu’au même moment Hergé revoit Tchang après pas loin de 2 décennies et ressent une grande déception : pourquoi ? Parce qu’il est forcément soumis au maoïsme ? dans l’album Tintin alors, lui si peu émotif, est bouleversé par le sort du Tchang adolescent originel… mouais.

    Xanatos
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    Xanatos le #527429

    Comme tu dis mon cher Yupa, cet essai psychanalytique de Tintin au Tibet est complètement à côté de la plaque et n’a rien compris à cette histoire.

    Tintin au début de l’histoire a été bouleversé d’apprendre que son ami Tchang était à bord de l’avion qui s’est écrasé, il s’est effondré en larmes avec le capitaine Haddock ému par la détresse de son ami qui tenta de le réconforter du mieux qu’il peut.

    Peu après, notre héros était persuadé qu’il n’était pas mort et décida de partir à sa recherche. Il a affronté mille dangers pour retrouver sa trace, et quand il finit enfin par le revoir, Tintin pleura de joie et ce fut pareil pour Tchang.

    A noter que Tchang était inspiré d’un véritable ami de Hergé et tous deux s’entendaient à merveille. Ils se revirent pour la dernière fois en 1981 (deux avant la mort de Hergé) et on les voyait sincèrement heureux de se retrouver après tant d’années…

    En tout cas, comme tu dis, à aucun moment Hergé ne cherche à ridiculiser Tintin: au contraire, c’est dans cette aventure qu’il se montre le plus touchant et le plus humain…

    J’ignorais que Hergé était tombé amoureux de l’une de ses assistantes lors de la conception de cet album !

    Il parut en 1953 et il fallut attendre dix ans avant que Hergé crée une nouvelle histoire du reporter: Les Bijoux de la Castafiore qui ressemblait davantage à une comédie ainsi qu’à une tranche de vie qu’une aventure à proprement parler, rendant cet album par conséquent unique en son genre dans la série !

    Veggie11
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    Veggie11 le #527458

    Psychanalyse les gars ^^ C’est comme si vous parliez du mesmérisme en 2021, les connaissances sur la psychologie humaine ont bien évolué depuis Freud et le problème, c’est que la psychanalyse, par manque d’expérimentation, en est restée au stade des interprétations. J’aimais bien ce domaine autrefois, mais c’était avant que j’entame mes études en fac de psycho (souvenirs souvenirs). Côté ”Psychanalyse chez Hergé”, j’aime bien le livre de Serge Tisseron, ”Tintin chez le psychanalyste”, une antiquité remontant à 1985 mais qui reste amusant à lire (il ne faut pas chercher plus loin).

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #527482

    Chère Veggie, je te trouve bien désinvolte avec Freud. La résistance française à la psychanalyse est notoire, d’ailleurs en fuyant l’Autriche nazie en 1939 pour la France, Freud y fut très mal accueilli, sauf par son adepte Marie Bonaparte, et dut se rendre en G.-B. où il fut fêté en tant que grand et célèbre chercheur. Ce n’est pas non plus pour rien que la psychanalyse (ainsi que la relativité et la génétique) fut interdite en pays communistes. A ce propos, nombre de profs  d’université français émargent au syndicat SNESUP, qui ne se cache nullement d’être marxiste… Bref, tu as raison en particulier parce que maintenant on est à même de tracer n’importe quel trouble psychique par des phénomènes chimiques et moléculaires dans les zones cérébrales. Mais des comportements paranoïdes ou au contraire schizoïdes, à mon avis ça existe, j’en ai rencontrés ! J’en vois encore ! Et quand on reçoit un coup dur, on penche fatalement vers l’une des deux. Justement, pour en revenir à Hergé, si l’auteur du livre est bien renseigné (mais ça reste à voir !) il a vécu un grave déchirement en trompant irrésistiblement et durablement son épouse avec son assistante, et son psy lui aurait recommandé d’en finir avec son “culte de la pureté” (tintinesque), genre “bienvenue au vaste club des maris adultères”… Il aurait alors tenté de rendre Tintin plus faible, voire ridicule dans diverses situations peu héroïques. Or en réalité, par recherche d’humour jamais absente de tous les albums, il arrive souvent à Tintin d’être dépassé ou manipulé par ses adversaires. Je n’y crois donc pas. Quant à sa déception à retrouver Tchang, il faudrait plus de renseignement là-dessus : les photos sont très souriantes, évidemment cela ne prouve rien non plus, mais le livre, que j’ai lu rapidement en magasin, n’étaye pas son affirmation. Le livre de Serge Tisseron que tu mentionnes, Veggie, est sans doute à préférer.

    Veggie11
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    Veggie11 le #527485

    Ce que je voulais souligner, c’est l’incompatibilité scientifique de la psychanalyse, car ses adeptes n’ont jamais (ou très peu) essayé de faire valider leurs différentes théories de manière expérimentale, contrairement à la psychologie sociale (très intéressante, à ne pas confondre avec la sociologie), la psychologie cognitive ou la neuropsychologie par exemple. Bien sûr, certains points de la psychanalyse ne sont pas nuls non plus (j’aime bien l’idée du Moi/Surmoi, qui peut être rattaché à l’estime de soi que l’on évoque souvent en psychologie clinique) ; le problème c’est que cette branche véhicule de vielles théories du siècle dernier qui se rattachent plus à la philosophie qu’à la psychologie moderne. Il y a bien longtemps que la psychologie a suivi sa propre voie et il est hors de question de laisser circuler des théories sans les avoir examinées via une méthodologie expérimentale. Pour ce que tu mentionnes, à savoir les comportements schizoïdes ou paranoïaques, la psychologie les regroupe dans le champ clinique.

    La psychanalyse en France est encore très défendue dans les cercles intellectuels notamment : déjà parce qu’elle fut longtemps mise en avant dans les revues littéraires ou même pédagogiques, mais aussi parce qu’il existe plusieurs psychanalystes français de renom comme Lacan. De plus, la psychanalyse s’appuie beaucoup sur les symboles et le langage, ce qui plaît forcément dans les milieux littéraires. Serge Tisseron est dans ce courant, mais il a quand même fait quelques recherches sur la famille d’Hergé; il se dirige vers une approche un peu systémique (le modèle familial au centre de la construction psychologique d’Hergé et l’influence qu’il a pu avoir sur son œuvre). C’est un livre assez accessible, une curiosité, largement plus honnête (à mon avis) que le magazine que tu évoquais dans ton post.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #527503

    Evidemment, chère Veggie, la psychanalyse ne possède guère de validation expérimentale puisque par définition l’existence de l’inconscient ne peut être prouvée, ce que Freud reconnaissait lui-même bien volontiers. Mais elle a fondé la vraie recherche en psychologie, même si tout ça est vieilli, forcément. Je reste séduit par la thèse du narcissisme originel décrite par Lou Salomé, élève du maître. Quand aux neurosciences, leur point faible est qu’elles sont très convaincantes sur le “comment” et à peu près incapables d’éclairer le “pourquoi”(le passage à l’acte), sauf après coup ce qui les rend aussi inutiles que les économistes. Merci pour tes indications sur le livre de S. Tisseron, bien meilleur à coup sûr que celui de l’auteur de “Hergé sur les sommets”. Je me suis intéressé à bien des “Mesures de l’Homme”, un de mes cours pour les prépas grandes écoles il y a encore peu d’années. Par exemple, l’analyse transactionnelle Parent/ Adulte / Enfant (Eric Berne) est applicable aux héros de Tintin. Le très étrange Tintin est physiquement un enfant poupin et chaste, et qui dépend économiquement du Capitaine, cependant il communique exclusivement en Adulte rationnel, se questionnant, et parfois en Parent Aidant (quand il conseille le Capitaine, le met en garde). Haddock malgré son âge inconnu, mais “respectable”, mûr, communique presque constamment en mode Enfant, c’est à dire émotif, et glisse souvent à l’Enfant Rebelle (colères) car inadapté au monde adulte, ce que montrent ses éternelles gaffes et maladresses. Tournesol est un cas complexe ; il est hors communication réelle quand il est sourd, mais ému, intrigué, courtois, inventeur, on peut le classer Enfant Créatif. Avec une ouïe normale dans l’arc de la Lune, il se change en Parent Normatif par rapport à ses amis… mais devient Enfant Rebelle quand il pique une de ses colères noires inattendues ! Bon, c’est vrai, au début de ce fameux “Tintin au Tibet”, notre héros est bouleversé (Enfant Adapté) par l’angoisse d’un grand danger couru par son ami Tchang dans le monde sauvage himalayen. Pour le reste, c’est bien lui l’Adulte de la bande, et sûrement pas les Dupondt, au rationnel lamentable, mais inclassables dans les 4 modes Enfant (Créatif, Adapté, Rebelle, Soumis). “Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît” disait Michel Audiart.

    Bon, ça ne sert guère qu’à se distraire en évaluant les “rapports de force” entre nos héros et leurs interlocuteurs, car l’Analyse Transactionnelle ne prétend à rien de plus.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #527510

    Tu connais tout cela, Veggie, mais pour ceux que cela intéresse, il y a aussi 4 modes Parent : Persécuteur, Sauveur, Normatif, Aidant. Les 2 premiers sont à éviter dans la communication (il ne s’agit pas du tout de la nature profonde de la personne), le premier consistant à reprocher ou humilier, le deuxième à ligoter autrui par surprotection. Le Parent Normatif, lui, se contente de fournir des normes utiles ; l’Aidant aide mais sans lourde insistance ni exigence de reconnaissance, et il est clair que Tintin s’adresse à Haddock presque toujours sur ces deux modes Parent.

    Parallèlement, L’Enfant Créatif est un mode positif, et l’Adapté aussi, alors que le Rebelle réagit agressivement et colériquement ; le mode Soumis consiste à se plier mais non sans calcul et arrière-pensée hostile. Quand tout va bien pour Haddock, il s’abandonne, doucement ému, aux joies d’une bonne pipe ou d’un verre de whisky en Enfant Adapté, mais comme cela tourne vite à la catastrophe pour le pauvre Capitaine, il pète les plombs en Enfant Rebelle.

    Le mode Adulte est unique, il analyse sans émotion, ne fait jouer que la logique.

    Cela va sans dire, on a accusé l’A.T. de véhiculer tout simplement un code de morale sociale (Freud dirait : le Surmoi, instance extérieure à la personnalité, dont les vrais parents ne sont qu’une composante).  Cependant ça marche très bien pour décortiquer des BD, ce que je donnais comme exercices à mes étudiants !

    Ce que je trouve “irréductible”, c’est l’étrangeté de Tintin, dont Hergé a sans doute fini par prendre conscience. Il paraît qu’il ne comprenait pas du tout son succès immense.

    Cyril
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    Cyril le #527531


    ‌Jo, Zette et Jocko est une série de 5 albums d’Hergé. Créée en 1936 pour le magazine catholique Coeurs vaillants, elle est évidemment moins connue que Tintin mais aussi que Quick et Flupke qui avait bénéficié d’une adaptation en dessin animé. Elle se compose de 2 diptyques (Le testament de M. Pump et Destination New York, Le Manitoba ne répond plus et L’éruption du Karamako) et d’un album solo (La vallée des cobras).
    Les héros en sont, comme l’indique le titre, Jo et Zett Legrand, un frère et une soeur débrouillards et amateurs d’aventure, ainsi que leur singe, Jocko. Ceci dit, dans le dernier album, le rôle le plus important est joué par le père des enfants, Jo et Zette étant davantage en retrait. La mère des enfants est également présente, même si moins que leur père, et on n’a pas d’autres personnages récurrents.

    Les albums ont quelques faiblesses : dans le premier diptyque, notamment, les rebondissements narratifs s’enchaînent un peu trop vite et Jocko est plus un prétexte à gags qu’un personnage véritablement utiles. Un milliardaire fan de vitesse meurt et laisse une partie de sa fortune à ceux qui réaliseront un voyage Paris-New York en avion à une vitesse d’au moins 1 000 km/h. Cela provoquera évidemment des tentatives de sabotage dont on devine vite qu’elles viennent des héritiers, même si cela n’est révélé qu’à la fin du deuxième album et si, avant cela, on n’a affaire qu’à une succession d’hommes de main. Alors que leur père construit l’avion, Jo et Zette vont tout faire pour contrer les sabotages et vont finir par piloter eux-mêmes l’avion. On ne s’ennuie guère mais l’intrigue se limite un peu trop à une succession de péripéties, comme dans les premiers Tintin.
    Le second diptyque est meilleur, malgré encore quelques lacunes scénaristiques. Suite à une promenade en barque, les enfants sont capturés par des pirates dirigés par un savant fou. Il y a bien quelques moments de suspension d’incrédulité nécessaire, quelques pistes qui ne sont pas suivies (2 des hommes du savant fou refusent de tuer les enfants au motif qu’ils sont des pirates, pas des assassins ; on peut penser qu’ils vont se repentir et aider Jo et Zette mais, passé ce moment, ils n’ont plus aucun rôle). Jocko a également un rôle plus actif dans l’histoire et parvient à sauver les enfants à plusieurs reprises.
    Mais le volume solo est celui que j’ai trouvé le meilleur. Les enfants sont moins présents et le rôle principal appartient surtout au père, qui va construire un pont suspendu à la demande d’un maharadjah et devra contrer des complots organisés contre ses travaux. L’album est très drôle grâce au caractère puéril du maharadjah qui s’en prend d’abord à Jo et Zette qui ont eu le culot de le dépasser en ski (il faut dire qu’il est très mauvais dans ce sport) et a l’habitude que tout le monde (notamment son serviteur) se plie à ses quatre volontés : c’est un peu un Abdallah adulte et on apprécie que Jacques Legrand lui tienne régulièrement tête.

    En Inde, la construction du pont offre, face aux saboteurs, des péripéties classiques mais toujours efficaces et saupoudrées de crises régulières du colérique maharadjah.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #527553

    Très bonne analyse, Cyril ! J’avoue un faible pour l’épopée géographique de l’aéronef, fascinante malgré certains préjugés anti-américains du Hergé de l’époque, et qui le feront frôler le rexisme belge dans les années 40… Mais bon, il y a eu des cas plus graves que lui, et il saura s’amender par la suite. La Vallée des Cobras est en effet intéressant : il reconduit assez nettement les films hollywoodiens exotiques des années 30 situés en Inde, avec une excellente dimension comique, malheureusement oubliée plus tard par Fritz Lang dans son Tombeau Hindou et sa suite, au pitch analogue mais sans humour. Le robot du Manitoba ne répond plus laisse aussi une forte impression, lointainement inspiré par le Metropolis de, encore une fois, Fritz Lang.

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