Banquiselard
Entre Enfer et Paradis
Professeur Aurora Sinistra. Ex-Professeur Aurora Sinistra. En Astronomie. J'étais une de ses têtes de turc à l'époque où j'étais élève. Enfin, je vois pas pourquoi je dis "à l'époque", puisque c'est toujours d'actualité, en tout cas depuis que je sors avec sa fille. Elle m'en a fait voir de toutes les couleurs. Bizarrement, ces souvenirs me sont revenus en tête lors du dîner auquel Alba m'a convié hier. C'est peut-être à cause des nombreuses remarques et observations dont elle n'a pas manqué de me faire part, que ce soit au sujet de ma fonction de Directeur de l'école de Sorcellerie ou à propos des résultats scolaires de l'élève, certes légèrement laxiste, que j'étais alors.
"Vous étiez souvent ailleurs à l'époque, je m'en souviens."
"Un Directeur digne de ce nom se doit d'être plus responsable."
"Vous manquez de fermeté."
"Les élèves se doivent d'être obéissants."
Au bout d'un moment, je n'arrivais plus à distinguer si les reproches s'adressaient à l'élève ou au Directeur. Si Alba n'est certes pas effrayée par sa mère comme je le suis. Il n'en reste pas moins qu'elle aussi doit supporter les remontrances ainsi que les exigences démesurées de cette harpie. Notez que je n'utilise ce terme qu'en mon for intérieur. C'est qu'Alba tient de sa mère ce terrible regard sévère, pour le moins, même si elle ne l'admet pas facilement.
Ce furent donc deux terribles heures que nous passâmes en la compagnie de la mère d'Alba. Deux heures d'un dîner dont je n'arrive cependant pas à me rappeler la moitié de ce que j'y ai mangé. Le stress, sans doute.
Professeur Alba Sinistra. En Défense contre les Forces du Mal. A l'époque où nous étions élèves, nous ne nous fréquentions guère. Un Gryffondor et une Serpentard, ensemble ? C'était pas vraiment l'ambiance propice à ce genre de rapprochement. Cela dit, il nous est arrivé de parler ensemble dans la bibliothèque, parfois même de rire ensemble, ou d'échanger quelques regards entre deux cours, lorsque nous nous croisions dans les couloirs. Mais ça n'allait pas plus loin.
Ces souvenirs-là me sont revenus alors que je discutais avec Alba hier soir, alors que nous nous baladions sous le clair de lune, en route vers Banquiselard, après ce "dîner". Nous avons parlé, parlé et parlé. De tout et de rien. Ce fut le début d'une nuit sans fin, le temps s'était arrêté. La tête levée vers les étoiles, allongés l'un à côté de l'autre.
Les nuages ayant progressivement caché les étoiles, nous nous résignâmes à rentrer au château. Notre second rendez-vous.
Le Château. La Grande Salle. Les Escaliers Capricieux. La Tour Principale. Le Bureau du Directeur. A nouveau, le temps se figea, mon regard perdu dans le sien.
Et bien sûr, il reprit son cours. Le matin.
– …
– Ah ! Tu te réveilles enfin, gros lourdaud !
– … Euh, oui. Bonjour aussi…
– Bonjour ! C'était magnifique l'ambiance hier soir, ici, dans ton bureau de Directeur, mais à la lumière du jour, ça rend pas pareil…
– Ouais… peut-être… même en ayant retourné tous les tableaux das anciens Directeurs, je vois ce que tu veux dire. Un peu froid, un peu… ouais, un peu glauque…
– C'est ça, glauque… cela dit, encore une fois, c'était une superbe soirée en tête-à-tête ! N'est-ce pas ?
– Oui ! C'était le paradis ! Surtout après le dîner avec… oui, le paradis !
– T'en fais pas ! Je sais comment ma mère peut parfois être chiante ! Concentre-toi sur le principal, on était bien hier, tous les deux ici, non ?
Elle pose son menton sur mon épaule. Elle sait que j'adore ça. Lorsque nous sommes ensemble, elle passe son temps à me lancer des petits regards espiègles, soulignés par son plus beau sourire. Elle ne me demande rien, mais si elle le voulait, je lui offrirais la lune, ou un truc du genre.
Faute de mieux, je me contente de quelques marques d'attention. Je sais qu'elle prend son café noir avec une moitié de sucre. Elle va souvent au cinéma. Elle adore cette invention Moldue. Rien ne lui plait plus que les films de pirates et les films fantastiques. Elle n'aime pas les histoires d'amour.
Lorsque quelqu'un commence à l'ennuyer, elle fronce les sourcils pendant une demi-seconde. Elle sent tout de suite quand j'ai l'esprit ailleurs, ce qui m'arrive souv…
– Oh ! Fëanor ! Perceval !
– Oui ! Je t'entends, oui !
– Mon oeil… t'étais encore ailleurs… tu m'exaspères des fois, si tu savais…
– Désolé…
– Enfin, je dois avouer que j'aime aussi beaucoup ton côté… rêveur ?
– Il est possible que je… vomisse…
– De quoi ?
– J'ai rien dit ! C'est pas moi !
– Oui, je m'en suis rendu compte ! ça vient… d'un des tableaux…
– En effet… celui en haut à droite… Mlle… Sinistra, je me trompe ?
– Cette voix… Alba… tu la reconnais ? C'est lui… non ?
– Monsieur… Rogue ?
– "Monsieur le Directeur", je vous prie. Après tout, il ne vous a pas échappé que vous vous trouvez actuellement dans le bureau du Directeur de Banquiselard, ou plutôt, devrais-je dire, le bureau des Directeurs de Banquiselard. N'est-ce pas, Monsieur le Directeur Curufinwë ?
– Bonsoir, Rogue. Quel déplaisir d'entendre votre voix dès le matin. Vous êtes là depuis longtemps ?
– Etant entendu que je ne suis qu'un portrait, une empreinte de ce que fut jadis Severus Rogue, je suis ici depuis la disparition avérée de… Severus Rogue. Ce triste évènement datant de 1998, on peut en effet avancer que cela fait longtemps que je suis ici.
– Tous ces mots pour dire si peu de choses… cela dit, j'apprécie votre sens de l'humour.
– Perceval ? Serait-ce… votre deuxième prénom ?
– ça ne vous regarde pas, Rogue.
– J'ai un message à vous transmettre, Monsieur le Directeur. Il semble que ce soit important. Madame Weasley, du Département de la Justice Magique, souhaite s'entretenir personnellement avec vous, à son bureau, dès que possible.
– J'imagine que c'est en rapport avec le message que j'ai envoyé par hibou hier. Merci, Rogue.
– "Monsieur le Directeur".
– Je vous en prie Rogue, appelez-moi Fëanor !
– Non, c'est "Monsieur le Directeur", pas Ro…
– Raah, comme vous voulez, Rogue? Si vous tenez tant à m'appeler "Monsieur le Directeur", je n'insiste pas.
– … En ce qui me concerne, je n'apprécie guère votre sens de l'humour…
– Eh ben faudra vous y faire ! Alba, sortons prendre l'air !
– 'Faudrait peut-être qu'on soit un peu plus habillés, non, Fëanor ?
– Ah tiens ? Oui !
Dehors.
– Alors, qu'est-ce qu'elle te veut un dimanche, la Granger ?
– "La Granger" ? Vous êtes toujours pas copines, à ce que je vois !
– Et on le sera jamais. Je n'ai jamais pu la blairer, Miss dents-de-lapin… depuis le premier jour.
– Ah, carrément ! Mais tu sais que c'est une bonne amie à moi, n'est-ce pas ?
– Ben je fais avec. Je me suis même laissée entendre dire que tu avais un peu le béguin pour elle, lors du Bal de Yule, à l'époque du Tournoi des Trois Sorciers, quand on était élèves.
– N'importe quoi !… J'ai envoyé un message hier au Ministère de la Magie, en rapport avec les récentes catastrophes. Je me suis dit qu'il ne s'agissait peut-être pas de tornades, ni de troll égaré, mais d'actes sorciers, ou d'autres créatures fantastiques…
– J'imagine que tu penses à des géants ?
– Tout juste ! Mais pour apparaître et disparaître de la sorte, il faudrait un ou plusieurs sorciers pour transplaner…
– Intéressante théorie… dis-moi…
– Quoi donc ?
– Tu aurais quand même craqué pour elle si elle avait gardé ses dents de lapin ?
– Tu crois vraiment que je suis du genre à m'arrêter à ce genre de détail ?… Et je t'ai dit que je… pas béguin pour elle !
– Oh ça va, c'est bon ! Mais, en fait, qu'est-ce qui te plaît le plus, chez une femme ? Ne me réponds pas son regard ou son sourire ! Sois franc !
– Ses fesses, sa poitrine, ses hanches.
– … Quoi ?!
– Mais qu'est-ce que tu veux que je te dise ? C'est un tout, Alba. Et désolé, mais oui, pour moi, le regard et le sourire sont deux choses très importantes ! Et tu le sais très bien, c'est comme ça que tu m'as séduit ! C'est une manière indirecte de me demander ce qui me plaît chez toi, c'est ça ?
– Peut-être. Mais j'aime pas quand tu joues au plus malin avec moi. Et à moi, tu ne demandes jamais ce qui m'a plu chez toi. Pourquoi ?
– … Oh, mais, c'est parce que je le sais parfaitement ! Le prestige ! Sortir avec le Directeur de Banquiselard, c'est une occasion unique dans la vie ! Tu n'imagines pas le nombre de femmes qui se bousculent au portillon, chanceuse !
– Ah ! Et une fois de plus, tu esquives un sujet qui visiblement te gêne par une boutade. Tu es prévisible, mon p'tit père !
– Même p…pas vrai ! C'est… c'est pas la question !
– Et ensuite, tu bégaies, tu cherches tes mots. J'te connais bien, Fëanor !
– Oh ! Nous voilà arrivés au portail ! L'entrée de l'école ! Bon ben je vais y aller, je transplane jusqu'au Ministère. A tout-à-l'heure, chérie !
– Si jamais tu fais des cochonneries avec elle, je le saurai ! Et tant pis pour toi si tu chopes la myxomatose !
"With the first link, the chain is forged. The first speech censured, the first thought forbidden, the first freedom denied, chains us all irrevocably." -Jean-Luc Picard
Star Trek - The Next Generation / The Drumhead