Bienvenue chez les (Franco-)Belges !

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Posté dans : Manga & BD

  • Xanatos
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    Xanatos le #493152

    Le Prisonnier du Bouddha (1960), un “Spirou et Fantasio” classique de Franquin, mais signé aussi de Greg et Jidéhem. Je comptais le relire un jour et viens de le faire avec grand plaisir. L’intro est si indirecte que le lecteur se demande dans quelle direction on l’emmène : à Champignac, on suit le petit Noël qui se rend à la papeterie ; il commande pour le maire de grosses fournitures en papier, crayons, gommes ; le marchand en bavardant avec Duplumier nous apprend que le maire travaille d’arrache-pied à son discours d’inauguration de la foire aux bestiaux de Champignac. Ainsi est posé le contexte où arrivent Spirou et Fantasio dans leur Turbotraction n° 2 (moins belle à mon sens que le modèle n° 1). Ils rendent une visite-surprise au comte, mais tombent sur une ambiance très inquiétante (et très réussie narrativement) dans le parc du château, puis dans le château, car le comte essaie de cacher un invité secret, Nicolas, savant au nom russe co-inventeur d’un appareil supprimant la pesanteur. C’est un “Générateur Atomique Gamma”, en plus court le GAG :-) mais deux espions, Boris et Alexandre, vont tenter de s’en emparer. A noter que nulle allusion à la Russie ou à l’URSS n’est faite, malgré l’évidence. De même quand on apprend que Longplaying, ami de Nicolas et du comte, est prisonnier en Asie dans la Vallée des Sept Bouddhas, au Nord de “Hoïnk-Oînk” aucune mention de la Chine n’apparaît. Seules les nationalités américaine de Longplaying et britannique des deux envoyés anglais sont annoncées. Pourtant tout le contexte géopolitique, les décors, les costumes, et un certain nombre de véritables caractères chinois dénoncent la Chine de Mao comme responsable du kidnapping et ennemie de nos héros qui s’y rendent en libérateurs de l’Américain. En fait, probablement pour des raisons de mondialisation, la BD et les Comics de la Guerre Froide usaient seulement d’une très prudente propagande, inventant de nombreux faux pays telle la Bordurie des albums de Tintin. Avant et pendant la guerre mondiale il en allait autrement. L’album est plein d’aventure et de bons gags (grâce au GAG parfois !). A noter quelques incohérences : parfois nos héros occidentaux comprennent ce que disent les Chinois entre eux. De plus, le GAG est certes capable de faire germer à toute vitesse des plantes, mais nullement de les modifier en géantes comme dans le parc du comte au début. Comme souvent, on n’aperçoit pas une seule femme dans l’album, ni au cours de la foire aux bestiaux de Champignac ni ailleurs excepté deux ou trois, vues de loin dans la foule de “Hoïnk-Oînk” ! Aujourd’hui ce principe paraît des plus étranges évidemment. L’album a essayé de donner du poids à Spip, dont le lecteur connaît toutes les pensées ou presque ; le problème est que le marsupilami lui n’a pas droit au même traitement… Quant au camion détruit et pulvérisé vers la fin, le lecteur n’apprenant qu’après coup que nos héros l’ont abandonné sur une pente roulant à vide, la scène est exactement similaire dans Gil Jourdan “L’enfer de Xique-Xique”, sorti également en 1960.

    Je me permets de quoter ton message mon cher Yupa car je sais que ma réponse se retrouvera à la page suivante.

    Tout cela pour te dire que je rejoins en tout point ta critique élogieuse de l’album Les prisonniers du Bouddha qui est selon l’une des toutes meilleures aventures de Spirou et Fantasio. 🙂

    Le trait de Franquin est toujours aussi magnifique et somptueux et ce grand dessinateur est parfaitement à l’aise.

    Bien que je n’ai pas relu l’album depuis de nombreuses années (il est resté chez mes parents à Tahiti), j’en garde des souvenirs très clairs et très forts.

    L’ambiance dans le château du comte de Champignac au début de l’album est en effet lugubre et angoissante. Je crois me souvenir aussi que Fantasio pousse un hurlement de surprise et d’épouvante quand il se retrouve nez à nez avec Nicolas dans la pénombre !

    La carrure et la corpulence du scientifique sont impressionnantes, même si la peur de Fantasio, bien que compréhensible, peut prêter à sourire par la suite, Nicolas étant d’une grande timidité et doux comme un agneau.

    Le passage où nos deux héros découvrent avec stupeur que la végétation du comte est devenue gigantesque était également intriguant !

    La forêt de Champignac

    Il y a en effet beaucoup de gags liés au GAG ( 😉 ), je me souviens d’une scène en particulier où l’un des espions s’est emparé de la fabuleuse machine, s’envole avec en étant sur le point de passer au dessus d’un mur, et, au moment fatidique, celle ci tombe en panne et le malheureux tombe en se cassant la figure !

    J’ai été aussi marqué par cette scène où Fantasio fut exaspéré par un autochtone se déplaçant très lentement sur sa mule qui traversait un pont. Notre blondinet eut recours alors au GAG pour faire léviter l’asiatique et sa bête (aussi interloqués l’un que l’autre) et pouvoir traverser plus rapidement le pont. Cela ne manqua pas de causer la fureur de Spirou qui gronda son ami pour son acte impulsif qui ne les ferait pas passer inaperçus. La colère de Spirou était légitime car le civil en question travaillait pour le compte des soldats ayant capturé le scientifique Américain Longplaying !

    Pour ce qui est du Marsupilami, notre tandem l’avait confié à Nicolas, mais l’intrépide animal ne l’entendit pas de cette oreille, il frappa l’infortuné scientifique et sauta hors du bateau pour accompagner nos héros. Nicolas crut à tort qu’il s’était noyé mais le comte le rassura en lui disant que le Marsupilami est amphibie, tout en espérant qu’il fournira une aide précieuse à Spirou et Fantasio.

    C’est vraiment une histoire de Spirou que j’adore qui est drôle, pleine de rebondissements et palpitante. 🙂

    Chapeau aussi d’avoir noté la référence faite à Gil Jourdan, je ne l’avais pas décelé, n’ayant jamais lu ce grand classique de la BD Franco Belge dont Jacques Sadoul en avait pourtant dit le plus grand bien. 🙂

     

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #493164

    Hé hé, cher Xan’, tu as en effet pas mal de souvenirs des meilleures séquences du Prisonnier du Bouddha ! On peut penser que l’idée de base est venue à Franquin par une photo ou un film sur les “Grands Bouddhas” de Douen-Houang sculptés dans une falaise, elle-même parsemée de monastères en bois accrochés à la paroi. Un des gags qui m’ont toujours fait bien rire, c’est lorsque nos héros redescendant les escaliers de bois sont guettés par une brigade chinoise qui se prépare à surgir dès qu’ils seront arrivé sur le palier. Mais quand l’officier donne l’ordre, personne n’a la clé de la porte, et les Chinois perdent du temps ! Spirou et Fantasio n’ayant pas oublié après le palier de détruire avec l’engin l’escalier de planches, dès que deux Chinois réussissent à enfoncer la porte, ils se retrouvent à se balancer en équilibre angoissant sur juste une planche et un montant ! Deux cases géniales !
    N’oublions surtout pas le discours du maire à l’inauguration de la foire aux bestiaux, morceau d’anthologie tout à fait hilarant :
    “….Je suis heureux d’être présent parmi toutes ces magnifiques bêtes à cornes à la tête desquelles monsieur le préfet nous fait l’honneur de s’asseoir, lui qui debout à la proue du splendide troupeau de la race bovine tient d’un oeil lucide et vigilant le gouvernail dont les voiles, sous l’impulsion du magnifique cheval de trait indigène entraînent, sur la route toute droite de la prospérité, le Champignacien qui ne craint pas ses méandres, car il sait qu’en serrant les coudes il gardera les deux pieds sur terre afin de s’élever à la sueur de son front musclé vers des sommets toujours plus hauts !!” (et à ce moment il s’envole en effet car Nicolas a braqué sur lui le G.A.G.)…
    Un détail curieux : dans cet album, Fantasio est un fumeur de pipe, pour une des premières fois je crois, ce qui lui donne l’air plus mature que Spirou.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #493524

    En fait Fantasio est un fumeur de pipe affirmé dès “Les Pirates du Silence”, où il reçoit à Champignac une grande boîte de tabac (que le marsupilami va bouffer avec satisfaction !).

    J’avais gardé un souvenir peu enthousiaste du Nid des marsupilamis, mais parce que je l’avais lu trop jeune, dans une collection familiale, et confondu avec des resucées plus ternes et récentes. Je me procure quelques compilations en ce moment et je viens de le relire, c’est vraiment un formidable album !
    On démarre “in medias res” comme on dit : le directeur des conférences “Découvertes de notre monde” termine une phrase devant Fantasio en admirant ironiquement une photo (l’arrière-train de Spirou en fuite, qu’un gorille a photographié par hasard). Cela ne met pas de bonne humeur Spirou, mais cet effet en “prise directe” avec le précédent titre (“Le Gorille a bonne mine”) crée l’illusion d’une continuité de vie de nos héros entre les albums, dans le vide narratif intercalaire. Ils pensent la conférence sur leur expédition en bonne voie et rentrent en turbotraction quand en pleine ville ils manquent de percuter une fille en scooter qui fonce à travers tout sans regarder : travaux, intersections, files de piétons, croisement au feu rouge, elle sème la terreur et occasionne plusieurs accidents sans trop de gravité… puis elle arrive chez nos héros, qui l’ont suivie, car évidemment c’est Seccotine ! Voilà quelques albums que Spirou a quitté son appartement du centre de Bruxelles pour venir vivre dans la grande maison de Fantasio. Pourquoi ? Il y a une raison, et j’en reparlerai.
    Invités par la dynamique journaliste à sa conférence sur les marsupilamis (qui a chassé la leur sur les gorilles !) Spirou et Fantasio vont être éblouis, même le misogyne acharné qu’est Fantasio !
    En effet ensuite, dans tout le corps principal de l’album, Franquin se livre à une étonnante performance : en suivant et décrivant ce pseudo-film animalier, il restaure les antiques cases muettes de la BD des origines, et ses légendes écrites sous forme de la voix off de Seccotine commentant les images !
    La vie marsupilamienne y gagne force excellents gags muets, à la Chaplin en quelque sorte.
    C’est formidable et très drôle !
    L’autre réussite de Franquin est d’avoir fait exister de façon logique – sinon crédible – cette espèce animale étrange, sans oublier l’humour.

    Xanatos
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    Xanatos le #493767

    Le Nid des Marsupilamis

    Je suis ravi que Le Nid des Marsupilamis t’ait autant enthousiasmé lors de ta redécouverte mon cher Yupa ! 😀

    Oui cet album de Franquin est une pure merveille, sans nul doute l’un des meilleurs albums de Spirou et Fantasio, même si les vrais héros de cette histoire sont le Marsupilami et sa famille.

    Le running gag de Seccotine qui conduit de manière aussi dangereuse que loufoque m’a bien fait rire.

    Oui, tu as raison au sujet de Fantasio, je me souviens que non seulement il était furieux que ce soit le reportage de Seccotine qui ait été choisi au détriment du sien sur les gorilles, mais il avait fait une remarque phallocrate sur sa rivale.

    Cependant, lors de la projection du film, il sera, à l’instar de Spirou et de l’ensemble du public, captivé par celui ci.

    La narration de Seccotine ainsi que le cadrage, la mise en scène des images font résolument penser aux meilleurs documentaires animaliers et on ne peut qu’être admiratif devant la patience d’archange dont elle a fait preuve pour filmer les marsupilamis dans les moindres détails.

    Ce récit est captivant et nous permet d’en savoir plus sur le mode de vie de l’animal à longue queue.

    On découvre par exemple que non seulement c’est un mammifère, mais qu’en plus il est ovipare ! On se rend compte aussi que la femelle Marsupilami a une force herculéenne et un appétit d’ogre comparables au mâle (ce ne sont pas les infortunés piranhas dévorés par elle qui diront le contraire !) tout en étant délicate et douce… Même si elle peut être prompte à se mettre en colère quand son bien aimé arrive brusquement et fait s’envoler des papillons. J’aime en tout cas bien leur relation amoureuse donnant lieu à des passages souvent attendrissants. 🙂

    Les Marsupilamis

    J’ai été aussi marqué par le combat du Marsupilami contre un redoutable serpent où il a employé sa queue pour duper son ennemi et mieux l’assommer ensuite.

    Quant aux bébés marsupilamis, dès leur plus jeune âge, ceux ci ne manquent pas de ressources.

    J’ai gardé aussi un souvenir inoubliable du Jaguar cherchant à dévorer le marsupilami et sa famille: non seulement chacune de ses tentatives sont infructueuses, mais en plus, à chacun de ses échecs, sa queue se fait petit à petit manger par les voraces piranhas !

    Au sujet de ce redoutable poisson, Seccotine avait émit l’hypothèse que le tempérament irascible du Marsupilami vient peut être du fait que durant une période de sa vie, il mange abondamment de ce poisson qui aurait une influence importante sur son tempérament.

    Je suis admiratif aussi devant le soin accordé à la jungle palombienne qui est magnifique, Franquin l’a fignolé dans les moindres détails.

    Le Nid des Marsupilamis est un vrai chef d’oeuvre ! 😀

     

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #494232

    Ce que je voulais dire à propos du déménagement de Spirou et de son installation chez Fantasio, c’est que tout vient de la turbotraction : Spirou n’a qu’un appartement en centre-ville de Bruxelles (au fait, il est peut-être un voisin de Tintin, dans le même cas au début ?). Mais la turbotraction a été offerte aux deux héros à la fin de “La corne du Rhinocéros”, copropriétaires de l’engin. Narrativement il est bien gênant pour Franquin à chaque démarrage d’aventure de perdre du temps en contacts et RV des deux amis pour filer en voiture. C’est Fantasio qui possède une vaste maison avec garage pour la voiture. Donc, autant que Spirou s’installe avec lui !
    A l’époque très puritaine des années 50, nul ne voyait malice dans ces nombreux couples masculins vivant dans la même demeure : Spirou et Fantasio, Tintin et Haddock, Tif et Tondu, Blondin et Cirage, Astérix et Obélix, Norbert et Kari, etc. C’était un simple ghetto d’auteurs-hommes et de public-jeunes garçons, un jeu de miroirs admis comme “pur” d’autant plus que nulle fille ou femme ne s’y montrait, donc nulle sexualisation. Franquin aura de l’audace en montrant Seccotine dans ce petit monde clos ; puis Goscinny avec Falbala (mais aucune des deux n’aime nos héros !). Aux USA le Code Hays gérait encore le cinéma depuis 1931, et ne céda que vers 1964. Plus réaliste, E. P. Jacobs s’arrangea toujours pour que Blake et Mortimer ne vivent point ensemble, bien que célibataires endurcis dans un monde “sans femmes” eux aussi.

    Justement je suis en train de (re)lire quelques albums de “Blake et Mortimer” et vais en parler bientôt.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #494364

    Après les 2, 3 et 4, j’ai acheté le volume 5 de la compilation des “Spirou et Fantasio”, et vous ai déjà dit un mot de ma redécouverte du Nid des marsupilamis, album génial et une des meilleures ventes internationales de la série ! cette compil contient aussi Le Voyageur du Mésozoïque, et Vacances sans histoires, enfin La foire aux gangsters, ainsi que des historiettes courtes.
    L’histoire de l’oeuf de dinosaure est géniale aussi, des lustres avant le “Jurassic Park” de Michael Crichton ! Franquin le rousseauiste rend son Platéosaure très débonnaire et kawaii, si l’on peut dire. Ce n’est que par accident qu’il avale avec toute une verdure le sinistre savant qui venait de concevoir une nouvelle bombe atomique, justice immanente mais quand même un des seuls morts de toute la série. A vrai dire, il y en a un autre dans “La Foire aux gangsters”: un petit homme japonais débarque chez Spirou et Fantasio, les agresse, puis leur montre une supériorité écrasante grâce au judo (mais le marsupilami lui n’en fait qu’une bouchée). Le but, explique t-il à nos deux héros, est de sauver un bébé kidnappé par un gang de boxeurs en leur enseignant ses techniques imparables de close-combat. Plus tard, le Japonais se fait tuer dans un accident. Toutefois, non seulement Franquin lui donne un nom absurde (Soto Kiki), mais au final il serait lui aussi un gangster, hypothèse bien peu solide de Spirou… Franquin avait ajouté quelques dessins montrant le chef mafieux Lucky Caspiano à la base de tout qui explose dans sa voiture, sous le regard vengeur de Soto Kiki, survivant avec des béquilles, celui-ci aussitôt arrêté par la police, mais cet épiloque a disparu des albums. Dans un cas de figure ou l’autre, il y a un mort dans le récit !

    Veggie11
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    Veggie11 le #494367

    Je me souviens bien de cet épisode alternatif de ”La foire aux gangsters”, et je me souviens même l’avoir lu dans un album ! Franquin concluait d’ailleurs par ”Gangster, ne m’en parlez pas : c’est le pire des métiers !”.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #494408

    Je me souviens bien de cet épisode alternatif de ”La foire aux gangsters”, et je me souviens même l’avoir lu dans un album ! Franquin concluait d’ailleurs par ”Gangster, ne m’en parlez pas : c’est le pire des métiers !”.

    Cet épilogue de 4 cases, selon l’album-compilation n°5, est bien paru dans le journal “Spirou”, mais non repris dans les albums séparés. Il est vrai qu’il montrait directement une exécution mortelle. En ôtant cette survie du Japonais, ce dernier en voiture est percuté et jeté dans un fleuve, disparaissant du récit ensuite, mais sa mort n’est plus qu’une déduction, non expressément montrée.

    Parmi les bizarreries des albums, on peut remarquer que Spirou ne quitte jamais (ou presque) ses gants blancs. Même dans un calendrier des 4 saisons où Franquin a dessiné chez eux nos deux héros, en été Spirou en chemisette garde ses gants !
    Son âge n’est pas plus facile à déterminer que celui de Tintin, alors que Fantasio est manifestement plus âgé que lui. Dans “Le Gorille a bonne mine” (dont le titre, meilleur, était d’abord “Le Gorille a mauvaise mine”, jeu de mot puisqu’il s’agit en effet d’une sinistre mine d’or gérée par des truands), Fantasio ironise sur Spirou, légèrement sonné par l’alcool : “Tu es un peu jeunet pour absorber plusieurs whiskies en une soirée”. Spirou a le permis puisqu’il conduit la turbotraction. Il ne fume jamais (sauf une fois, une “cigarette du condamné” dans “Le Repaire de la Murène”, mais ce n’est que pour gagner du temps), alors que Fantasio fume la pipe comme Franquin lui-même.
    Pour “Les Pirates du Silence”, Franquin débordé et fatigué s’est fait très largement aider par Will et Rosy, et celui-ci l’a amené à faire parler le marsupilami. Franquin n’a consenti qu’à lui faire répéter des mots comme un perroquet, car il était opposé à le rendre anthropomorphe. Il le voulait animal, simplement doué d’un vif instinct. D’ailleurs par la suite le marsu ne parlera qu’une ou deux fois, sans doute simplement parce que des lecteurs s’étonnaient de son retour au silence complet : Franquin regrettait vivement cette aptitude et l’effaça vite.
    Pourtant, étrangeté, l’autre animal-compagnon, à savoir Spip, s’il ne parle pas pense de façon tout à fait anthropomorphe ! Cet écureuil très joliment dessiné commente souvent les événements, et nous avons accès à sa pensée, ce qui n’est le cas ni du marsupilami ni d’aucun animal chez Franquin (obligé par contrat de reprendre le Spip de Robvel et Jijé). Du coup on s’aperçoit que Spip représente l’aspiration constante à une vie tranquille. Bien que très utile par ses coups de dents au cours de maintes aventures et très fidèle envers nos héros, il ne se prive pas de les critiquer ou moquer pour leur aventurisme irrationnel. Il se comporte un peu comme une épouse raisonnable et casanière du duo masculin, et qui tente même de les quitter par coup de colère dans “Vacances sans histoires”, deux coups de freins brusques lui meurtrissant le museau.
    A part cela, on peut noter que Spip s’entend excellemment avec le marsupilami, et que tous deux fêtent Seccotine quand ils la rencontrent.

    Veggie11
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    Veggie11 le #494417

    Et pourtant c’était bien en album que j’ai pu lire cette fin alternative, un album des années 70 à peu près vu qu’il appartient à mon père (qui l’a depuis repris). Si l’édition intégrale ne la propose pas, c’est fort dommage, j’ai toujours préféré cette fin alternative à celle ”officielle”, qui est plus politiquement correcte. Pour l’anecdote intéressante concernant cette fin officielle, Gaston, qui était très apprécié par les lecteurs du journal, est regardé de travers par les passants à sa sortie de prison, comme s’il passait pour un jeune délinquant. Ça m’avait perturbée à l’époque, car je voyais Gaston comme un personnage sympa, gentil et tendre, qui certes énervait ses collègues ou ses patrons, mais qui en soi ne provoquait pas de condescendance à son égard.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #494427

    Tu as bien raison, chère Veggie, la fin alternative est bien plus forte. Il est tout à fait possible que les auteurs des textes (Patrick Pinchart et Thierry Martens) commentant chaque titre dans la compilation aient fait erreur sur la publication de la fin de ce récit, ou bien qu’elle ait été censurée après les années 70, lorsque le néo-moralisme qui nous touche est apparu. D’ailleurs je crois que dans les albums post-Franquin de “Spirou” Fantasio ne fume plus, comme ce pauvre Lucky Luke…
    Moi aussi j’ai été surpris par le regard hostile des passants envers Gaston : après quelques secondes, on se dit “ah oui, il sort de la prison, donc les gens le prennent pour un délinquant en fin de peine”. Alors qu’il a été pris par erreur la veille dans le coup de filet de la police. Franquin voulait montrer la stigmatisation qui frappe même les ex-taulards.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #494428

    Zut, encore une réponse qui apparaît en double !

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #497684

    Mélusine 26
    vient de paraître.
    J’aime beaucoup la série. Le sous-titre est “En rose et noir”, et semble désormais focalisé sur les aventures des seules Mélusine et Mélisande, mais je n’ai pas encore lu l’album….

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #498053

    Mélusine 26
    Lu à présent.
    C’est un étrange album.
    On y retrouve le bon vieux château (pourtant totalement détruit naguère !) et ses habitants, Madame, Monsieur, Winston, et l’obligation de ménage pour Mélusine ; on retrouve aussi l’Ecole des Sorciers (un peu oubliée naguère !) ; puis Adrazelle. Mais en fait il ne s’agit que de préparer une grande aventure des deux inséparables héroïnes, Mélusine et Mélisande, comme dans les albums 23, 24, 25. Exit les pages uniques de gags à chute.
    Cette fois un gros coup de théâtre ! et un final d’album qui n’est que celui de la 1ère partie, on attend la suite.
    Clarke a donc à la fois resserré certains boulons pour ne pas perdre de vue l’univers très particulier créé dans la série “Mélusine”, et installé adroitement une nouvelle donne.
    Mélusine n’est plus à la recherche d’un bô chevalier en armure, ni poursuivie par un curé brûleur de sorcières, ni tournée vers des farces potaches dans l’Ecole des Sorciers, ni à la colle avec un jeune magicien : après le suicide de Cancrelune, sa joyeuse pétulance semble envolée. Des aventures au long cours impliquent elle et sa cousine, les naïves bourdes de Mélisande procurant l’élément amusant d’un duo presque intime (comme on le voit au final de ce volume 26). Le registre purement comique n’est plus de mise.
    Il ne fait pas de doute que Clarke se sent plus à l’aise ainsi, mais le public des anciens “Mélusine” va t-il suivre ? Moi oui, pas de souci.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #498733

    Lucky Luke :
    J’en ai lu beaucoup autrefois, mais je n’en ai mis dans ma bédéthèque que très peu.
    Je vais sans doute scandaliser des gens, mais les albums avec les Dalton sont ceux que j’écarte. Bien sûr ce sont souvent des récits très drôles, grâce à Joe et Averell en particulier, mais peu de vrai inattendu s’y trouve. Surtout, les Dalton ravissent la vedette aux grandes stars de l’Histoire du Far-West (que Morris connaissait à fond) et que les albums faisaient découvrir avec ravissement au petit Yupa. Il y avait Jesse James, Calamity Jane, Billy the Kid
    Ou parfois la vedette est un grand événement de cette Histoire, comme dans “Ruée sur l’Oklahoma”, “Le Fil qui chante”, “Des rails sur la prairie”, “Le fil qui chante”…
    Les moeurs des bourgades de l’Ouest n’étaient pas en reste, et l’un de mes albums préférés est l’inénarrable “Les rivaux de Painful Gulch”, avec le clan des O’Timmins à gros nez et le clan des O’Hara à grandes oreilles 🙂 .
    Je viens d’ajouter à ma collec’ “En remontant le Mississipi”, sur l’épopée de ces énormes bateaux à roues à aubes. Sans doute vais-je en parler un peu dès que relu !

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #498894

    En remontant le Mississipi est pour moi un des tout meilleurs albums “Lucky Luke”.
    Mais évidemment dans le grand nettoyage moral que nous subissons, il devient à peine publiable, et pas seulement parce que Lucky Luke fume du tabac roulé : les Noirs américains sont présentés comme extrêmement paresseux, et un de ces jours les pages 8 et 11 seront censurées.
    Pourtant ni Morris ni Goscinny n’avaient le moindre sentiment raciste, grands amateurs de jazz et gospels qu’ils étaient. D’ailleurs notre héros entendant les dockers noirs chanter un authentique gospel se dit “Pas mal, leur musique… Elle a de l’avenir…”
    La paresse des Noirs montre l’indifférence qu’ils opposent à leur exploitation comme semi-esclaves bien que “libérés”.
    L’enjeu de l’album crée un suspense dès le début, puisqu’il s’agit d’une course entre 2 capitaines de grands bateaux du Mississipi sur tout le cours de l’immense fleuve, à qui obtiendra sur l’autre le monopole de la navigation.
    Le capitaine Barrows, brave homme, va être secondé par Lucky Luke ayant tout de suite compris quel infâme individu est l’autre, le capitaine Lowriver. Hélas, celui-ci réussit souvent à retarder son honnête concurrent en lui faisant embarquer des crapules à la très savoureuse variété, petit abrégé de la délinquance à la frontière du Far West matérialisée par le fleuve :
    Un élégant tricheur gominé, Cards Devon, un colosse dont le crâne est une arme, Têtenfer Wilson, un sinistre spécialiste des bombes, Explosion Harris, et un desperado as du revolver, Pistol Pete. Luke les vaincra l’un après l’autre par des exploits tout aussi variés et riches en humour. A part cela on découvre avec intérêt la vie à bord d’un de ces magnifiques bateaux à roues à aubes, avec ses boiseries et décorations du Grand Salon, ses clients et leurs costumes 1870, le vieux pilote et ses histoires hyperboliques sur les caprices du fleuve, qui émaillent l’album d’ailleurs !
    En cas de baisse soudaine du Mississipi, on plaçait une aide-pilote à l’avant avec une sonde. Ici c’est un Noir de l’équipage, mais ce fut aussi le rôle d’un jeune Blanc qui annonçait la profondeur : “Mark thirty-five… mark thirty… mark thirty-two… mark twain !!!” Mark Twain, soit vingt pieds de fond, était la cote d’alerte. Bien plus tard, ce jeune aide-pilote sorti de rien devint écrivain et prit ce nom d’auteur.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #499671

    Selon le magazine Zoom, les séries de chez nous qui fonctionnent au Japon sont surtout Blacksad et Lastman, ainsi que les albums de Nicolas de Crécy.
    Par ailleurs le héros jeunesse qui fait là-bas un énorme succès reste l’indétrônable Snoopy de Schulz, qu’on voit partout… Oubliez tous les autres.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #500118

    Autre Lucky Luke que je souhaitais relire depuis longtemps (mais j’ai eu un peu de mal à le trouver, j’ignore pourquoi) :
    L’Empereur Smith.
    C’est peut-être bien le dernier (1976) dont le scénario soit signé Goscinny (mort en 1977).

    La posface évoque le modèle historique, authentique comme souvent dans la saga L. L. : Joshua A. Norton, un Anglais émigré à San Francisco dont la vaste fortunr s’effondra vers 1850, avec sa raison. Il décida alors qu’il était Norton Ier, empereur des Etats-Unis, protecteur du Mexique. On le trouva amusant, inoffensif, bon et courtois ; par plaisanterie on lui envoyait des télégrammes signés de chefs d’Etat, on publiait dans la presse ses “proclamations” fantaisistes. A son enterrement en 1880 il y eut plus de 10 000 personnes…
    Dans l’album Goscinny et Morris placent leur “empereur Smith” exactement dans la même situation que Norton, mais à Grass Town, bled du Far-West. Seule différence, Smith a gardé une imposante fortune, s’est offert un palais non loin de la ville, et aussi une petite armée, comme lui en uniformes napoléoniens. D’abord comme tout le monde amusé et indulgent envers ce très débonnaire souverain, Lucky Luke découvre que son armée est très bien équipée et possède même une artillerie. Il alerte les habitants, mais tout le monde continue à s’esclaffer. A deux exceptions près : le juge, assez inquiet, et un desperado tout juste libéré qui a très bien compris ce qu’on peut infliger aux banques avec des canons. Nommé “prince” et “ministre” le bandit réussit à manipuler Smith Ier, qui s’empare de la ville “rebelle”.Le desperado fait alors sauter la banque, au sens propre, à coups de canons. Les citoyens changent brusquement, devenus barons, comtes, ambassadeurs et lèche-bottes. Ils condamnent en justice les deux seuls réfractaires, le juge et Luke. Ce dernier s’échappe, et réussira à faire s’écrouler l'”Empire des Etats-Unis”.
    Dans Grass Town revenue à la normale, les habitants et ex-sujets dévoués de l’empereur se remettent à rigoler, prétendant n’y avoir jamais cru, malgré le mépris écoeuré du juge. Lucky Luke se contente de lui recommander de laisser tomber et de rester en éveil, puis s’en va en “lonesome cow-boy”.
    C’est donc un album dont la morale est très pessimiste, malgré évidemment beaucoup de gags excellents, dans les détails…
    Peu avant son décès (purement accidentel), Goscinny se sentait-il désabusé envers l’humanité ? Ou fut-il toujours sur la défensive avec elle ? Après tout il a souvent montré des réactions groupistes stupides et inquiétantes dans les bourgades du Far-West ou dans le village gaulois bien connu, non ?

    Xanatos
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    Xanatos le #500127

    Ah oui, L’Empereur Smith est un album très particulier de Lucky Luke, qui, si il a quelques bons gags, se caractérise par une ambiance assez sombre.

    J’avais été marqué par la fin douce amère où Lucky Luke délivre l’Empereur Smith: ce dernier semblait recouvrer ses esprits et, de prime abord, était bien parti pour emprunter la voie de la guérison avant de dire qu’il s’exilait comme son idole Napoléon 1er qui fut exilé sur l’île d’Elbe, puis quelques années plus tard, Saint Hélène où il y mourut…

    Il est vrai que l’hypocrisie de Grass Town est assez écoeurante et l’amertume du juge est compréhensible.

    Pourtant, dans certains des albums précédents, Goscinny avait dépeint les citadins d’une ville sous un aspect moins cynique.

    Dans l’album Jesse James, Lucky Luke avait réussi à capturer Jesse James et ses deux complices et eurent droit à un procès en bonne et due forme. Le hic, c’est que les citoyens étaient terrorisés par Jesse James et son gang, et, de crainte que ceux ci ne se vengent d’eux… les acquittèrent !

    Jesse et son gang repartirent victorieux et Luke, consterné par la lâcheté des habitants décida de quitter cette ville de “foies jaunes”.

    Emplis de remords, déterminés à se racheter, ils firent part de leur plan à Luke (qui les écouta d’une oreille distraite en jouant aux dames avec Jolly Jumper) et tendirent un traquenard à Jesse James. Je trouve que c’est l’une des meilleures scènes de l’album: Jesse retourne en ville, ravi à la perspective de piller la banque et il a la stupeur de voir comme affiche épinglé sur la porte “On ne donne pas d’argent aux voleurs et desperados !” et tout de suite après, l’ensemble des habitants tirèrent sur les infâmes bandits !

    Je trouve que c’était un passage fort de l’album qui démontrait que le plus grand courage était de surmonter sa propre peur, faisant écho à l’excellent album de Astérix Astérix et les Normands qui avait un message tout aussi positif et constructif.

    Sinon, pour répondre à ta question Yupa, L’Empereur Smith ne fut pas le dernier album de Lucky Luke écrit par René Goscinny, c’était Le Fil qui Chante qui narrait l’expansion et le développement du télégramme à travers les Etats Unis. Il fut publié et édité en 1977 quelques mois avant sa mort accidentelle et brutale.

     

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #500240

    Grâce à ta précision Xanatos sur le dernier album Lucky Luke scénarisé par Goscinny, je me le suis procuré :
    Le Fil qui chante
    Un très bon album comme je les aime, avec un prélude historique soigné, passionnant (et drôle !) sur la lenteur extrême du courrier, sur le Pony Express, et sur la décision de Lincoln de relier enfin l’Est et l’Ouest par le télégraphe (1861). Les minutieux le remarqueront, l’avant-dernier album goscinnien L’Empereur Smith se déroulait 5 ans plus tard puisque sous la présidence de Grant, “l’usurpateur” selon Smith. On est dans un flash-back de la vie de Luke, le plus ancien datable en fait.
    L’intrigue de base, la course d’obstacles au télégraphe entre deux ingénieurs, rejoint une autre course à obstacles, celle entre les deux capitaines de En remontant le Mississipi. Mais dans cette dernière, un des deux concurrents est un filou qui envoie successivement 4 crapules contre le concurrent honnête. Ici plus subtilement les deux chefs d’expédition Gamble et Creighton sont parfaitement loyaux (et attestés historiquement), et le filou est seulement l’adjoint Bradwell visant la prime. Dans le saloon “de rigueur” ce dernier passe un marché mais avec une seule crapule ; celle-ci nous reste invisible, le cadrage identique sur 8 cases ne montrant au lecteur que le profil de l’ignoble Bradwell. Et ainsi, le traître et saboteur dans l’équipe de Gamble et Luke restera un mystère, et pour le lecteur aussi, car une des cases au saloon lui montre la poignée de main d’un Blanc avec Bradwell, or de façon inattendue et très rusée pour masquer ses actions, le traître s’est déguisé en guide indien. Le cliché de western voulant ce genre de personnage noble et loyal (le racisme des western n’est qu’une idée reçue, pratiquement aucun ne dévalue les Indiens), la surprise est complète au final ! D’autant que le faux “Epervier Malingre” prévient efficacement la caravane d’une grande chute d’eau parfaitement réelle. Pourquoi ? eh bien il lui serait inutile de mentir, et surtout cet acte honnête dédouane l’Indien des soupçons éventuels du lecteur, qui cherche en vain l’identité du traître comme toute la caravane ! On mesure la finesse narratologique de Goscinny…
    Trop d’excellents gags pour les lister ! Mais on retrouve aussi le pessimisme relatif de Goscinny : le naïf et enthousiaste Gamble dit à Luke à propos des sabotages “Les gars de l’équipe sont des types bien ! Ils ne trahiraient pas pour de l’argent !
    Vous n’avez pas assez confiance dans la nature humaine !”
    Notre cow-boy ne répond qu’en interrogeant tour à tour trois des ouvriers sur leur motivation, qui n’est que la prime, et n’a rien à voir avec un intérêt pour “cet imbécile de fil”. Et Luke de conclure : “En route, Gamble, mais ayons l’oeil sur la nature humaine…” Ce qui rejoint pleinement sa conclusion dans L’Empereur Smith.

    A mon avis les meilleurs albums de Lucky Luke sont ceux à substrat et personnages historiques. Je ne crache pas sur un Dalton de temps en temps (les premiers), d’ailleurs cette bande des 4 a réellement existé, et c’est Goscinny qui en a fait un quatuor de “cousins” comiques, après une histoire plutôt glauque de Morris sur les vrais Dalton. Mais vraiment ils sont devenus trop répétitifs pour mon goût, surtout évidemment après le décès de Goscinny. Au moins son Lucky Luke roula toujours ses cigarettes ! C’est quoi, cette ridicule brindille au bec ?? Les Studios Hanna-Barbera prêts à lancer la série animée aux USA exigèrent ce changement de Morris en 1983, ne voulant pas d’ennuis avec les associations anti-tabac. Bien que l’animé se révéla un échec total en 1984, Morris dans la foulée supprima la clope au profit du brin d’herbe dans tous les albums suivants ; il en fut récompensé par un prix décerné par l’OMS… Morris, va donc, hé, foie jaune !

    Xanatos
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    Xanatos le #500534

    Oui tout à fait Yupa, Le Fil qui Chante l’ultime album que Goscinny a écrit pour Lucky Luke est une belle réussite.

    L’introduction est en effet hilarante, on voit un jeune homme en Angleterre écrire à sa dulcinée vivant toujours aux Etats Unis et lui proposant de le rejoindre. La lettre a mit une vingtaine d’années avant d’arriver à destination… pour finir dans les mains de l’époux de sa bien aimée ! 😆

    Au sujet de la scène où Bradwell converse avec son futur complice énigmatique, ce dernier lui déclare “Mais vous savez Bradwell, l’équipe de Craighton est composée d’hommes compétents et passionnés, même si vous ne trichez pas, vous avez des chances de gagner…”

    Ensuite, Bradwell admet en effet que les membres de son équipe sont talentueux et reconnait qu’ils sont tout à fait capables de remporter la victoire sans avoir recours à de la tricherie, néanmoins, cet ignoble individu voulait mettre toutes les chances de son côté afin de toucher le pactole !

    En ce qui concerne les membres de l’équipe de Gamble, il est vrai qu’ils sont obnubilés par la prime, au point de quasiment en perdre la tête.

    De plus, le traitre de par ses actes de sabotage suscita une vraie tension qui aurait pu déboucher sur des drames. Par exemple, dans le désert, plusieurs membres de l’équipe ont soupçonné Pots le cuisinier d’avoir détruit les réserves d’eau et voulaient le lyncher et ce dernier était prêt à se défendre vaillamment. Luke a ensuite tiré sur l’outil de cuisine brandi par Pots mais c’était uniquement pour calmer les esprits. J’avais bien aimé une des scènes suivantes où Luke, voyant Pots de prime abord dépité et déprimé lui déclare “Allons Pots, ne te mets pas dans cet état, je ne te crois pas coupable”… Et il lui répond du tac au tac “Non Luke, je sais que je ne suis pas coupable… Mais si j’avais de l’eau, avec tout le sel qu’il y a dans ce désert, je ferai des repas du feu de Dieu !”

    Ce que tu dis sur le relatif pessimisme de Goscinny sur la nature humaine est vrai Yupa.

    Toutefois, la fin est très belle: Luke déclare à l’équipe de Gamble: “Les gars de l’équipe de Creighton est arrivée, mais eux aussi ont souffert, eux aussi ont surmonté de terribles épreuves ! Qu’est ce qu’on fait alors ?” et l’équipe crie haut et fort “ON PARTAGE LA PRIME !” 😀

    Une conclusion magnifique, où les hommes de Gamble ont abandonné leur égoïsme et jeté aux orties leur cupidité, en ayant su faire preuve de compassion, d’empathie et de générosité vis à vis de leurs concurrents lors de cette compétition. 🙂

    Alors au sujet de l’évolution de la série de Lucky Luke je trouve, que dans les années 80, même après le décès de René Goscinny, la série avait su rester excellente et a su bien se renouveler.

    Des scénaristes comme Vicq, Loo Hartog Van Banda, Xavier Fauche et Jean Léturgie, de Groot… ont su conserver l’esprit de la BD, ce mélange habile entre fiction et réalité historique, humour, aventure, action… fonctionnant toujours très bien.

    Des albums tels que Le Magot des Dalton, La Corde du Pendu, Sarah Bernhardt, Fingers, le Daily Star… sont de très grande qualité et tiennent la dragée haute aux meilleurs albums de Goscinny.

    A titre personnel, je dirai que la série a commencé à décliner dans les années 90, les histoires s’essoufflaient on sentait la fatigue de Morris qui photocopiait à outrance ses dessins pour tenir la cadence…

    Sinon au sujet de la censure, je fais un constat édifiant: depuis plus de dix ans, les deux premiers films d’animation de Lucky Luke en l’occurence, Daisy Town et La Ballade des Dalton ne sont pratiquement plus rediffusés à la télévision.

    Pourquoi ? Parce que Luke fume comme un pompier et le CSA ainsi que la loi Evin ne voient pas cela d’un très bon oeil !

    Dommage de priver les spectateurs néophytes ainsi que les plus jeunes de la découverte des ces joyaux de l’animation Française.

    Je pense en particulier à La Ballade des Dalton dans lesquels Goscinny et Morris se sont fortement investis et qui est encore à ce jour le film d’animation le plus respectueux de l’esprit de la BD.

    Ce qui est triste, c’est que Goscinny est mort avant la fin de la production de ce long métrage et n’a par conséquent pas pu voir ce superbe film finalisé.

    Anecdote amusante: c’est René Goscinny qui interprète Jolly Jumper dans le film ! 😀

    Après pour ma part, j’ai toujours adoré les Dalton qui font partie de mes méchants préférés de la série, tant ils sont haut en couleurs et désopilants. Morris avait même avoué dans une interview les préférer à son héros Lucky Luke !

    D’ailleurs Les Dalton dans le Blizzard est l’un des Lucky Luke qui m’ont fait le plus rire.

    Joe a l’idée “lumineuse” de se faire rebaptiser les frères “Jones” pour brouiller les pistes de Luke et ainsi lui échapper… Et ce grand dadais de Averell n’arrivait plus à se souvenir comment il s’appelait ! 😆

    Mais l’un des meilleurs gags, c’est quand ils essayaient une fois de plus de s’évader du pénitencier. Ils ont creusé un tunnel, et en arrivant à la surface, ils tombent sur le blanchisseur Chinois Ming Li Foo. Et ensuite, Averell déclare “On a creusé trop loin !” 😆

     

     

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