Dorohedoro

20 sujets de 1 à 20 (sur un total de 33)

Posté dans : Manga & BD

  • Bub
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    bub le #290274

    A l’occasion de la très prochaine réimpression des 8 premiers volumes de cet incroyable manga publié chez Soleil, je me devais de vous convaincre ABSOLUMENT de profiter de cette exceptionnelle opportunité d’acquérir l’un des titres les plus fameux de l’archipel.

    Oh ! me direz-vous, c’est pas les bons mangas qui manquent, même parmi ceux traduits chez nous.

    Mais Dorohedoro est un rare chef d’œuvre de créativité, d’originalité.

    Il faut dire que l’auteure, une jeune femme nommée Q. Hayashida, fait partie des très rares mangakas qui ont l’insigne honneur d’être publiés dans l’ultra élitiste IKKI, revue particulièrement pointue qui a ouvert ses pages à des pointures comme Taiyo Matsumoto par exemple.
    Q. Hayashida pourtant étant une quasi inconnue avant d’être publiée dans IKKI : elle avait seulement signé l’adaptation d’un jeu vidéo en manga (ou l’inverse chais pas trop), Maken X. Ce court manga cependant, en trois tomes, paru entre 2000 et 2001, montre une dessinatrice qui possède déjà un style bien particulier (tant dans son univers bien élaboré que dans son humour bien spécial ! Notez que Maken X est publié à l’étranger par Panini Comics. Chez nous ils en font rien, les cons…).
    Est-ce ce travail qui lui a ouvert les portes d’IKKI ? En tout cas on peut dire qu’ils ont eu du flair chez IKKI et les remercier bien bas d’avoir permis à cette artiste de pouvoir laisser libre court à son imagination déchainée !


    Nikaido et Caïman, les héros.

    Dorohedoro commence donc en novembre 2000.
    Le premier chapitre met en scène un curieux personnage amnésique à la tête de reptile, Caïman, vivant dans la misérable ville de Hole. Accompagné de son amie Nikaido ils font la chasse à des mages qu’ils soupçonnent d’être à l’origine du sort qui l’a transformé ainsi. Balèzes, ils font des ravages parmi les mages, jusqu’au jour où ils vont attirer l’attention sur eux de En, un big boss du monde des mages qui n’entend pas laisser ses hommes se faire occire plus longtemps…

    D’emblée Q. Hayashida en impose. D’abord par son style, très fouillé. Les premières pages montrent des personnages fins, puissants, harnachés dans des combinaisons guerrières et combattant dans des dédales et ruelles sombres. Sorti moins d’un an après Blame ! il est difficile de ne pas faire de rapprochement entre Tsutomu Nihei et Q. Hayashida. Le côté gore accentue d’ailleurs les points communs esthétiques entre ces deux mangakas. La comparaison reste cependant seulement pertinente sur les premiers chapitres, l’auteure développant un style plus « rond » et fantaisiste dès la fin du premier tome de Dorohedoro.


    En, le puissant "parrain" du monde des mages, organise une réception. Tout le monde a revêtu son masque de mage pour l'occasion.

    Ce qui frappe ensuite, c’est l’originalité de cette œuvre, sa profondeur.
    D’un point de départ simple (qui a jeté un maléfice sur notre héros, et pourquoi ?), l’histoire ne cesse ensuite de se complexifier à chaque chapitre, multipliant les révélations, sans jamais une seule fois – en 14 ans !!!! – ne lâcher le morceau sur l’origine du sort accablant ce pauvre Caïman.
    En revanche, Q. Hayashida construit minutieusement son univers en dévoilant petit à petit son intrigue.


    Noi et Shin, les redoutables tueurs de En.

    Bub
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    bub le #290275



    En haut, Hole, en dessous, le monde des mages. Deux sociétés que tout oppose…

    Ainsi, l’auteure parvient régulièrement à faire reposer le cœur de son intrigue sur plusieurs personnages : où l’on découvre que les intérêts des uns et des autres sont tous étroitement liés et complètement opposés !
    Quoique plusieurs clans soient en conflits, impossible de prendre parti, tant ils nous d’une extrême sympathie, même s’ils sont tous dans le fond de parfaits tueurs carrément infréquentables !
    Les deux héros en premier lieu.
    Caïman, zigouille donc à tour de bras tous les mages qui fréquentent Hole dans l’espoir un jour de découvrir qui lui a jeté ce sort, et pourquoi. Quête un peu vaine (aucun mage n’a jamais pu le mettre sur une piste), épaulé par son amie Nikaido, nos deux compères survivent malgré tout financièrement tant bien que mal dans des petits boulots qui soudent d’autant plus leur amitié tant ils se soutiennent l’un l’autre. L’auteur nous présente donc au départ le point de vue d’un Caïman, s’estimant pure victime d’une injustice arbitraire, mais aussi pauvre bougre sans le sou, sans souvenir, prenant malgré tout la vie du bon côté, tout en faisant passer les mages pour de beaux salopards qui méritent bien qu’on leur coupe la tête de temps en temps.
    Puis Hayashida nous fait rapidement découvrir la bande du redoutable En. Bien loin d’être d’innocents mages, ceux-ci nous « imposent » cependant petit à petit leur point de vue sur la situation et les dégâts causés par Caïman et Nikaido. On comprend dès lors que En, puissant mage ayant gravi les sommets de sa société, ne peut être attaqué et déstabilisé sans que de graves conséquences s’en suivent pour tout le monde, tous les « deux mondes ». Avec ses subordonnés ils forment une famille complètement barrée, mais soudée, que nous prenons plaisir à suivre dans son quotidien peu ordinaire, entre deux expéditions punitives contre des clans rivaux. La bande de En est certainement la plus grosse pourvoyeuse de personnalités bien décalées de l’univers de Dorohedoro.


    Noi reprend ses esprits. Sous leur horrible masque, les mages révèlent des visages très fins…

    Nous découvrons aussi plus tard le clan des yeux en croix, qui ont beaucoup à voir avec le passé de Caïman, et qui forment une sacrée petite bande de bourrins dans l’ombre de En qu’ils voudraient bien renverser.
    Les diables aussi, plus puissants de tous les personnages, semblant à la fois suivre leur propre chemin individuel et régir toutes les juridictions du monde des mages. Qui sont-ils exactement ? D’où viennent-ils ?
    Reste ensuite le « professeur », le plus mystérieux de tous, qui connait tout le monde, parfois en embrouille avec les uns, puis les autres, mais qui finalement les met tous dans sa poche, un genre de Tyrion Lannister partout à son aise et qui a le bras long, mais dont l’influence sur les Grandes Questions du scénario est assez floue.
    Et encore bien d’autres personnages importants ou secondaires feront leur apparition plus tard, apportant leur touche humoristique et décalée dans tout ce bordel qu’est Dorohedoro.


    Quelques membres des yeux en croix. Quel est leur lien avec Caïman ?


    Les Diables, fascinantes créatures surpuissantes…

    Son coup de génie, c’est donc de toujours maintenir un mince équilibre entre chaque camp antagoniste tout en bouleversant à chaque volume le rapport de force entre tout ce petit monde, parfois de manière définitive.
    La clef de cette richesse scénaristique, que je me refuse de vous spoiler coûte que coûte, réside dans un univers particulièrement original et profond.

    La ville de Hole, sorte de Kowloon Walled City légèrement plus aérée, se trouve dans un monde parallèle de celui des mages. Or ceux-ci viennent régulièrement dans le monde des « humains » pour toutes sortes de raisons, créant une connexion entre les deux mondes, à la défaveur des humains, évidemment.



    Kowloon Walled City a visiblement frappé l'imagination de Q. Hayashida.

    En effet, la source de la magie des mages se trouve dans leur propre corps. Les mages produisent une fumée noire qui va déterminer la nature de la magie qu’ils sont capables de produire. Généralement, ces magies sont médiocres, mais certains mages sont très puissants et produisent une très grande quantité de fumée. Cette fumée ne disparait pas complètement une fois le sort jeté. Elle s’éparpille, erre dans l’atmosphère… Et le monde des mages balance des quantités de fumée dans le monde des humains, au point qu’à Hole, la ville de nos héros, se produisent des phénomènes surnaturels coûteux en termes de vies humaines…
    Voilà pourquoi les humains font souvent la chasse aux mages, accusés de tous les maux.
    Du côté du monde des mages, c’est pas mieux : seuls certains mages sont capables de produire de la fumée de qualité, aussi, tout un système mafieux existe pour faire respecter une certaine forme d’ordre dans ce monde… Mais même les mages les puissants ne sont à l’abri de rien, car au-dessus de tous se trouvent les Diables qui ont droit de vie et de mort sur pratiquement n’importe qui.
    Mais de temps en temps il se trouve un mage pour venir les défier…

    Bub
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    bub le #290276

    Ce système de magie, sous forme de fumée, offre d’incroyables possibilités de développement pour Hayashida : elle revisite ainsi tous les classiques de l’horreur et du fantastique à sa sauce, et c’est diablement efficace.
    Tout devient possible dans Dorohedoro.


    La "fumée". Deux façons la projeter : en se tranchant les doigts ou en la soufflant…

    Subtilement, l’auteur a apporté un haut de gré de sophistication à la société des mages. Essentiellement régie par le rapport de force magique entre ses membres, cette société se plie cependant à des rituels complexes et raffinés, contrastant de façon spectaculaire avec la violence gore habituelle du manga. Là où le simple coup d’œil curieux de celui qui feuillette distraitement les pages des volumes en rayon ne verra que scènes sanguinolentes, le lecteur plongé dans le récit assistera pour sa part à tel ou tel rituel hyper codifié mi comique / mi sérieux qui fait toute l’originalité de cette œuvre.


    Jour d'examen chez les mages !

    En effet, l’intrigue d’Hayashida se dénoue parfois en même temps que l’on comprend les mécanismes de son univers. Abandonnez vos classiques, voire oubliez toutes vos expériences de lectures précédentes, la mangaka vous mène absolument là où elle veut. Tous nos repères sont brouillés dans Dorohedoro, mais loin d’en rendre pénible la lecture, bien au contraire, cela renforce le plaisir de se laisser immerger dans ce monde résolument différent de tout ce qu’on a pu connaître jusqu’ici.
    Même le plus blasé des amateurs de fantastique se retrouve à poil devant Dorohedoro. On parcourt chaque chapitre avec un œil neuf, obligeant à être attentif au moindre détail, tant le scénario part dans tous les sens, pour notre plus grand plaisir !

    Dernier point : l’humour.
    J’ignore complètement comment Dorohedoro est perçu par le public au Japon, mais l’humour d’Hayashida est une harmonie parfaite entre une bonne grosse dose d’absurde britannique façon Monty Python ou Pratchett et une légère touche de second degré.
    Ce second degré, c’est cette manière qu’a l’auteure de se moquer gentiment de ses propres personnages. Les mettant parfois en scène en situation d’intimité, dans leurs petites manies, tracas du quotidien, ces moments sont de petites pépites de légèreté comique qui paradoxalement nous font sourire tout en nous les rendant plus touchants.
    Aussi, l’horreur, le gore, qui parsèment tout le manga devient complètement secondaire, au point qu’on y fait rapidement même plus gaffe.
    Ça devient quelque chose d’aussi drôle que ce stupide chevalier noir des Monty Python, le réalisme gore en plus toutefois.
    C’est cet humour si particulier qui, je pense, a conféré le titre de manga culte aux yeux des fans français, peu nombreux, qui ont eu la chance de découvrir ce petit bijou.




    L'auteure peint des décors résolument "merveilleux" pour le monde des mages qui contrastent radicalement avec le béton étouffant de Hole.

    Je me rends compte que j’aurais encore mille choses à dire sur Dorohedoro, et qu’à la fin de ce texte j’ai l’impression de n’avoir pas du tout réussi à vous transmettre qu’une infime partie de toute l’excellence de ce titre.
    Mais j’espère au moins avoir titillé la curiosité de certains, tant cet OVNI mérite que vous vous jetiez sur cette réimpression de l’éditeur.
    Un grand merci à Soleil d’offrir une chance à ce pur chef d’œuvre de rencontrer un nouveau public !
    Ne passez pas à côté si réellement vous aimez les mangas de qualité et exigeants.


    Dorohedoro, ça se dévore !!!! Jetez-vous dessus !!!!!

    Xanatos
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    Xanatos le #290277

    Bub, merci beaucoup pour cette critique très détaillée et passionnée ! 😃

    Effectivement ce manga m'a tout l'air d'être extrêmement original et de sortir des sentiers battus.
    Et tu as bien choisi les illustrations, le trait de cette mangaka est absolument splendide !

    Tu m'as franchement donné envie de découvrir ce titre !
    Vivement la réédition des premiers tomes afin que je puisse voir ce que vaut cette série !

    Bub
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    bub le #290278

    Content de voir que ça t'intéresse !
    Soleil doit ressortir les premiers tomes mi-juin.
    Si jamais tu vas à la Japan Expo, n'hésite pas à passer par leur stand.

    Parmi les points que j'ai pas soulignés, le format des bouquins : exactement le même que celui des Cobra couleurs. J'adore ce format moyen qui offre un bon confort de lecture et rend justice aux dessins hyper détaillés de Q. Hayashida.
    A ce jour, 15 tomes sont sortis chez nous. Au Japon, le tome 19 qui sortira sera le dernier. Une série bientôt finie donc, à laquelle Soleil est prêt à redonner une nouvelle chance. Je ne soutiens pas souvent les éditeurs, mais ici, j'estime qu'il prend un risque qui mérite d'être soutenu. Je peux pas faire grand chose à part en parler sur ce forum. Mais si j'avais du fric, j'achèterais tous les premiers tomes réimprimés pour les distribuer gratuitement à la sortie de la JE pour inciter les gens à lire ce pur chef d'oeuvre.

    Xanatos
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    Xanatos le #290279

    Citation (bub @ 09/06/2014 16:46)
    Content de voir que ça t'intéresse !
    Soleil doit ressortir les premiers tomes mi-juin.
    Si jamais tu vas à la Japan Expo, n'hésite pas à passer par leur stand.

    Oui, je vais à Japan Expo cette année aussi. 😁
    Toutefois, je ne viendrai que le dimanche, le seul jour de libre pour moi durant toute la période de la convention.
    Merci du tuyau au sujet de la réédition et j'irai vers leur stand.
    J'essaierai de me procurer les 4 ou 5 premiers tomes de Dorehodoro.

    De toute manière, j'économise ce mois ci vu que je compte être très dépensier quand j'irai à Japan Expo (je prévois également d'acheter le coffret Blu-Ray de l'Attaque des Titans qui sera disponible en avant première).

    Et toi tu viens aussi à Japan Expo cette année ?
    Je serai super content de te revoir dimanche ! 😃

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #290280

    Citation (bub @ 08/06/2014 21:44)
    Tout devient possible dans Dorohedoro.

    Abandonnez vos classiques, voire oubliez toutes vos expériences de lectures précédentes, la mangaka vous mène absolument là où elle veut. Tous nos repères sont brouillés dans Dorohedoro, mais loin d’en rendre pénible la lecture, bien au contraire, cela renforce le plaisir de se laisser immerger dans ce monde résolument différent de tout.

    Je me rends compte que j’aurais encore mille choses à dire sur Dorohedoro, et qu’à la fin de ce texte j’ai l’impression de n’avoir pas du tout réussi à vous transmettre qu’une infime partie de toute l’excellence de ce titre.
    Mais j’espère au moins avoir titillé la curiosité de certains, tant cet OVNI mérite que vous vous jetiez sur cette réimpression de l’éditeur.
    Un grand merci à Soleil d’offrir une chance à ce pur chef d’œuvre de rencontrer un nouveau public !
    Ne passez pas à côté si réellement vous aimez les mangas de qualité et exigeants.


    Dorohedoro, ça se dévore !!!! Jetez-vous dessus !!!!!

    + 1000 ! Je ne te remercierai jamais assez, cher Bub, de m'avoir fait découvrir cette oeuvre extraordinaire, digne des plus grands auteurs du genre littéraire ou bédéesque fantastique (et je suis difficile en la matière !).
    Dorohedoro me fait notamment penser à Morwyn, de l'étonnant John Cowper Powys, qui se déroule en Enfer et où le narrateur, aspiré sous la croûte terrestre, rencontre le Marquis de Sade, Néron, un chien qui parle et s'appelle Pierre le Noir, le barde Taliesin, etc.
    Ta référence, pour l'humour, à Monty Python (et à son inénarrable Chevalier Noir !) me paraît très bienvenue. Mais tout de même, la tonalité d'ensemble reste assez anxiogène, car comme tu le dis, tout peut arriver constamment dans ce monde régi totalement par des codes et lois magiques d'origine infernale, puisqu'au sommet, tout là-haut, il s'agit d'une dictature des Diables ; lesquels pour être lointains ne règnent pas moins, riant des humains, de leurs empoignades et de leurs quêtes torturées.
    L'illustration que je reprends montre à gauche une petite créature que le maître des Mages, En, a produite et qu'il bichonne assez grotesquement pour un individu aussi impitoyable (mais Hitler adorait sa chienne Blondi…) ; à côté vous avez la très athlétique Noi, qui d'une bouffée de fumée peut guérir toute blessure, et à droite la petite Ebisu, dont le masque est une horrible tête de mort ; rien que ces trois personnages, bien que très secondaires, ont toute une histoire complexe !
    L'impression de cohérence parfaite du récit et de tout cet univers à travers pourtant une imagination débordante, voire délirante, c'est cela qui me stupéfie le plus dans Dorohedoro.
    J'ai posé la question du sens du titre à des Japonais : il paraît que c'est une onomatopée qui représente une métaphore des égouts !

    Bub
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    bub le #290281

    Citation (Xanatos @ 09/06/2014 18:02)
    Et toi tu viens aussi à Japan Expo cette année ?
    Je serai super content de te revoir dimanche ! 😃

    Je pensais accompagner pendant une journée des amis sur leur stand d'école de sabre. Mais les organisateurs ayant bien merdé (pur amateurisme et excuses bidons = pas sérieux du tout !!!), ils n'auront pas de stand, et je ne me sens pas de payer plus de 20 € une convention vidée en plus du Comicon. Bref, sauf miracle, j'en serai pas.

    Citation (Lord Yupa @ 09/06/2014 21:25)
    Ta référence, pour l'humour, à Monty Python (et à son inénarrable Chevalier Noir !) me paraît très bienvenue. Mais tout de même, la tonalité d'ensemble reste assez anxiogène, car comme tu le dis, tout peut arriver constamment dans ce monde régi totalement par des codes et lois magiques d'origine infernale, puisqu'au sommet, tout là-haut, il s'agit d'une dictature des Diables ; lesquels pour être lointains ne règnent pas moins, riant des humains, de leurs empoignades et de leurs quêtes torturées.

    En effet, c'est bien vu. L'auteure cassant joyeusement tous nos repères et habitudes, elle est parvenue à maintenir une atmosphère anxiogène en jouant sur la peur de l'inconnu, angoisse ô combien insidieuse qui s'inflitre durablement dans l'esprit du lecteur. Pour autant, cette peur est vite évacuée par l'humour très efficace d'une part, et par la nature même de l'univers créé par Hayashida d'autre part, récompensant le lecteur après un passage un peu éprouvant par la découverte de nouvelles merveilles, renvoyant à un plaisir enfantin l'adulte que nous sommes. Cet aspect régressif n'est pas pour rien je pense dans l'appréciation globale du manga.

    Reste les Diables oui : l'impuissance qu'ils inspirent contribuent là aussi à infantiliser le lecteur, jouant sur des peurs enfantines, lointaines, mais efficaces. Nous n'en sommes que plus compatissants pour les personnages qui subissent le joug de ces créatures infernales.

    Citation (Lord Yupa @ 09/06/2014 21:25)
    L'illustration que je reprends montre à gauche une petite créature que le maître des Mages, En, a produite et qu'il bichonne assez grotesquement pour un individu aussi impitoyable (mais Hitler adorait sa chienne Blondi…) ; à côté vous avez la très athlétique Noi, qui d'une bouffée de fumée peut guérir toute blessure, et à droite la petite Ebisu, dont le masque est une horrible tête de mort ; rien que ces trois personnages, bien que très secondaires, ont toute une histoire complexe !

    La petite créature n'a pas été créée par En, rappelles-toi : elle était cachée sous la robe d'une maîtresse de cérémonie qui procédait aux résurrections de quidam au cours d'un rituel organisé par En. En voulait en faire sa partenaire, avant de découvrir que c'était ladite bestiole cachée sous robe qui avait ce pouvoir. mais j'en dirais pas plus pour ne rien spoiler. 😉
    Je te suis sur la “profondeur” des personnages secondaires. Hayashida prend vraiment la peine de dresser de beaux portraits de tous ses personnages, même les plus improbables parfois (Chota !). Quel plaisir de découvrir comment Noi a été recrutée par En, comment son binôme avec Shin s'est formé, etc. ça fait avancer l'histoire centrale, mais ça dévoile tout un pan du background, et montre l'extraordinaire cohérence de tout cet ensemble, comment tout s'agence parfaitement.

    Citation (Lord Yupa @ 09/06/2014 21:25)
    L'impression de cohérence parfaite du récit et de tout cet univers à travers pourtant une imagination débordante, voire délirante, c'est cela qui me stupéfie le plus dans Dorohedoro.
    J'ai posé la question du sens du titre à des Japonais : il paraît que c'est une onomatopée qui représente une métaphore des égouts !

    Idem, chaque fois qu'elle s'attarde sur un détail, je suis soufflé de voir comment il s'insère dans tout le reste, tout en nous en apprenant un peu plus sur l'ensemble, nous faisant accepter ses inventions et ses délires en quelques pages le plus naturellement du monde !

    Pour le titre j'avais lu sur mangaverse que doro = boue et hedoro = vase (la vase). On reste dans l'idée d'une espèce de cloaque innommable. ^^

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #290282

    Ha ! en effet, Bub, En n'a pas créé Kikurage, la petite créature dont je parlais, c'était dans le volume 3, j'avais un peu oublié les circonstances.
    Bien que Q. Hayashida montre à tout instant qu'elle n'a peur d'aucune violence ni petites horreurs bien glauques, on finit par ressentir (légèrement) le fait qu'il s'agit d'un auteur-femme.
    D'abord, malgré la foultitude de personnages et d'actions parallèles de ceux-ci, il est hors de doute que le personnage "fil rouge" auquel on revient toujours et dont on suit le plus la vie intérieure et les questionnements est la très sympathique Nikaido. Tout cela est un peu son "Bildungsroman", à la recherche de son origine et de son vrai pouvoir.
    De plus, même dans la violence, le sang, l'horreur, le cauchemar, les têtes fendues, les écorchages (et ça ne manque pas !) la logique interne reste respectée, là où certains auteurs masculins s'attardent parfois au sadisme ; c'est difficile à prouver, mais je ne ressens jamais cela, le sadisme chez elle. La "grande aventure à travers l'Enfer", c'est cela qui la motive.
    Puis, elle s'intéresse au ressenti féminin, et pas à l'assouvissement sexuel ; Nikaido et Caïman n'ont qu'une relation d'amitié intense, et le monde de DOROHEDORO est même assez étrangement chaste ; y fait-on des bébés d'une façon "normale" ? on se le demande.
    Bon, là il faut que je lise le volume 15 avant de revenir à la charge.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #290283

    Ha, ça y est, lu le tome 15 !
    Superbe, comme tous les autres !
    Et toujours avec la même adresse, notre mangaka à mesure qu'elle éclaircit à petites touches le mystère autour du Boss, de Caïman, d'Aikawa et de Risu, s'ingénie à l'épaissir, à nous surprendre, jamais prise en faute de situations-doublons comme elles pullulent dans tant de mangas d'action désormais (hélas !).
    Une de ses références évidentes : avec Johnson le cafard géant, bien évidemment c'est “La Métamorphose” de Kafka, mais sans la moindre imitation narrative : Johnson est le fidèle servant du prof Kasukabe, lequel est le seul à comprendre ses discours limités à “sgouitch” 😂
    L'incroyable colossale créature (= Boss) cuirassée et encombrée à l'arrière de tuyaux cracheurs de poudre noire, à la fin de ce volume, m'évoque beaucoup l'alien que combat Nävis au début de notre cycle BD “Sillage”. Hayashida a pu le voir. Bien que trèèès peu de BD ou Comics soient diffusés largement au Japon, les pros du manga en revanche connaissent toutes les oeuvres un peu marquantes, et il y a la toile.

    Bub
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    bub le #290284

    Citation (Lord Yupa @ 14/06/2014 23:06)
    L'incroyable colossale créature (= Boss) cuirassée et encombrée à l'arrière de tuyaux cracheurs de poudre noire, à la fin de ce volume, m'évoque beaucoup l'alien que combat Nävis au début de notre cycle BD “Sillage”. Hayashida a pu le voir. Bien que trèèès peu de BD ou Comics soient diffusés largement au Japon, les pros du manga en revanche connaissent toutes les oeuvres un peu marquantes, et il y a la toile.

    J'ai lu dans une interview qu'elle a été très marquée par des films comme Alien et The Thing. Et effectivement, pour ce second film, ça se ressent énormément dans Dorohedoro.

    SPOILER

    Au delà de ça, la première fois que j'ai lu le nom du village qui sert de planque aux yeux en croix, j'ai immédiatement tiqué : Berith.
    ça m'a surtout parlé parce que moi aussi je voulais à l'époque utiliser ce nom pour une ville dans un roman.

    A première vue, Berith est le nom d'un démon qu'on pouvait invoquer lors de rituels selon certaines croyances.

    Mais en hébreu, Berith a une tout autre signification, plus éclairante dans le contexte de la bande des yeux en croix : “alliance” dans le sens d'un engagement ou d'un pacte passé à l'égard d'un individu ou d'une communauté. En latin, on traduit par testamentum… Soit en moderne “testament”, pour l'Ancien et le Nouveau Testament, ou ancienne alliance et nouvelle alliance avec Dieu (celles passées entre Dieu et Noé, Dieu et Abraham…).

    Là où ça devient éclairant, c'est que “l'ancienne alliance” réclamait une victime partagée entre Dieu et le sacrificateur. Je cite le lien donné juste avant :

    L'expression constante de la Torah pour évoquer le fait que l'on « scelle » un pacte est qu'on le « tranche ». Le verbe כרת décrit ici l'acte par lequel les deux parties sont engagées. Ce n'est pas un mince paradoxe que d'exprimer un pacte, un engagement réciproque par l'acte de trancher quelque chose. D'après Rachi sur Beréchit 15: 10, « le mode d'action habituel de ceux qui tranchent une berith est de diviser un animal et de passer entre les morceaux ». C'est précisément le mode opératoire décrit lors de la première berith avec Avraham, qu'on nomme pour cette raison ברית בין הבתרים (« alliance entre les morceaux »), car l'importance de la coupure y est mise en évidence.

    Sachant que “les yeux en croix” sont connus principalement pour être de brillantes fines lames, les coïncidences commencent quand même à drôlement coïncider.
    N'oublions pas non plus l'importance des pactes entre mages signés au cours de la Blue Night.
    Il y a là un fil, à voir s'il est bien conducteur…

    Notre pauvre Caïman qui a perdu sa tête, qui porte “sa croix”, a-t-il été victime d'un mauvais sort, ou alors d'un sacrifice ?
    Et du coup, est-il destiné à fonder une “nouvelle alliance”, comme un certain fils de dieu bien connu, et à chasser les diables par la même occasion ? Caïman serait-il donc un messie ?
    Et donc, notre monstre à huit têtes du tome 15 est-il la bête à sept têtes de l'Apocalypse (7+1, la tête de ce pauvre boss luttant contre la “bête” qui sommeille en lui ?) ?

    Pour l'heure, j'extrapole fortement à partir de maigres interprétations, mais je demande à voir la suite au plus vite !

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #290285

    Cher Bub, j'aimerais bien le lien pour l'interview de Q. Hayashida !
    J'étais en 2012 à Kobé chez Junkudo (bien plus vaste que notre maigre boutique de Paris), et j'y ai appris que deux semaines avant, Q. Hayashida était venue en séance de rencontre-dédicace en ce même magasin ! râââh, damned !

    C'est vrai que pour le visuel, il y a pas mal de monstruosités à la Dorohedoro dans ce 2ème film "The Thing".

    Bub
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    bub le #290286

    Citation (Lord Yupa @ 16/06/2014 20:13)
    Cher Bub, j'aimerais bien le lien pour l'interview de Q. Hayashida !

    Woups ! C'est par là !
    Il faut naviguer un peu sur le site. Clique sur “creators” en bas au milieu, puis sur Q. HAYASHIDA. L'interview s'affichera en dessous. ^^

    Bub
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    bub le #290287

    C'est Noël un poil en avance avec Soleil car le tome 16 de Dorohedoro est dispo !

    Et ce volume est tout bonnement…

    Nous sommes encore à 3 tomes de la fin, mais l'intrigue commence enfin à se dénouer.
    Hayashida nous révèle ici une bonne part des réponses que l'on attend depuis le premier tome !
    Mais bon, comme à son habitude, ces réponses, pour certaines parfois attendues, entrainent à nouveau de nouvelles grandes questions !
    Certains personnages connaissent aussi leur heure de gloire mais je n'en dirais pas plus.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #290288

    Citation (bub @ 09/12/2014 11:49)
    C'est Noël un poil en avance avec Soleil car le tome 16 de Dorohedoro est dispo !

    Et ce volume est tout bonnement…

    Nous sommes encore à 3 tomes de la fin, mais l'intrigue commence enfin à se dénouer.
    Hayashida nous révèle ici une bonne part des réponses que l'on attend depuis le premier tome !
    Mais bon, comme à son habitude, ces réponses, pour certaines parfois attendues, entrainent à nouveau de nouvelles grandes questions !
    Certains personnages connaissent aussi leur heure de gloire mais je n'en dirais pas plus.

    Un grand merci, Bub, je me suis rué hier en magasin pour l'acheter !
    En fait je l'ai déjà “lu” (façon de parler) en japonais, mais il y a un an j'ai laissé les 13, 14, 15 et 16 au Japon pour une question d'encombrement de valise, comptant sur Soleil pour me les sortir ici. En effet, ça décoiffe, comme d'hab avec notre géniale auteure… Ce qui est dommage, c'est que l'édition française est encrée plus sombre (voire baveuse parfois) que l'édition japonaise : on y perd des détails fins dans le dessin.
    Mais bon, comme je ne vais au Japon à nouveau que ce printemps (et encore, pas sûr à 100%), j'attends avec impatience mes volumes inconnus à venir ! 😛

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #313838

    Plus qu’un volume à paraître chez Soleil ! On aura attendu chacun d’eux, mais là c’est heureusement presque sûr : on ira jusqu’au bout. Mon Dieu, je n’ai pas vraiment hâte que ça finisse, ça va me manquer ensuite…
    Les Diables préparent un coup d’enfer, c’est le cas de le dire ! Et sera-ce l’épiphanie de Nikaido, d’abord simple tenancière de restau à Hole, puis révélée mage, puis diablesse, puis… ?

    Bub
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    bub le #314110

    Un seul ? Le volume 19 est sorti ?
    Au Japon ils en sont au 20 et j’ai cru comprendre qu’il y aurait 21 tomes en tout.

    Vivement la fin cependant, le petit univers de Caïman me manquera mais je trouve que Q hayashida commence à trainer en longueur.

    Sherlock
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    Sherlock le #322397

    Non le 21e ne sera pas le dernier. Donc 22 au minimum.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #323057

    Ah, au temps pour moi, je croyais qu’il n’y avait que 19 tomes !
    Tout boucler en un seul volume après le 18, c’est vrai que ça me paraissait plutôt ardu, mais bon comme tu dis Bub, 20 volumes, à la rigueur 21, seraient tout de même suffisants pour éviter un effet d’étirement en longueur.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #420921

    Juste pour préciser, comme je l’ai fait en Août sur Passion Manga, que le tome 20 venait seulement de sortir alors en “nouveauté” au Japon. Dans ce cas-là les mangas sont feuilletables en librairie pour à peu près un quart du volume, la suite sous cellophane. J’avais pu voir en tout cas que dans ce début du 20 ça va très mal pour Caïman et aussi pour Nikaido !!

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