Le topic des manga retro

20 sujets de 21 à 40 (sur un total de 80)

Posté dans : Manga & BD

  • Cyril
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    Cyril le #288514

    Je viens de finir Gen d'Hiroshima, un titre qui traînait sur mes étagères depuis pas mal d'années. Il s'agit d'un récit partiellement autobiographique de l'auteur, Keiji Nakazawa. Le héros, Gen, est un élève de primaire qui vit durant la seconde guerre mondiale, avec sa famille pauvre mais relativement heureuse grâce à l'amour qui les unit (même s'il se manifeste souvent par des coups de poing du paternel lorsque ses enfants dérapent) malgré les persécutions dont elle fait l'objet à cause du pacifisme du père. Mais tout change lorsque la bombe atomique tombe. Le jeune Gen se retrouve alors privé de son père, d'un de ses frères et de sa soeur, victimes de la bombe.

    A compter du tome 2, la série nous montre donc ce qu'il advient de Gen, de sa famille et de ses amis, souvent réduits à la misère la plus noire dans un Japon vaincu et ruiné. Les autorités décrédibilisées par la défaite et les crimes qu'elles ont commies, ne peuvent pas grand chose et chacun doit se débrouiller par soi-même pour survivre. L'auteur nous montre ainsi non seulement les ravages causés par la bombe (destructions, maladies qui frappent parfois plusieurs années après) mais aussi ceux causés par l'égoïsme de certains (à plus forte raison quand ils sont responsables de ces souffrances) ou par la violence des yakuzas qui prolifèrent.

    Le ton pourrait être désespéré tant les malheurs pleuvent sur Gen, y compris quand on pense qu'il va enfin s'en sortir. Pourtant, tout n'est pas sombre et on a le coeur réchauffé par la solidarité dont font preuve toute sa bande et quelques personnes comme le Coréen Pak, pourtant persécuté par la société japonaise durant la guerre. Surtout, Gen ne se laisse pas faire et a bien appris la principale leçon de son père, qu'il répète à plusieurs reprises au fil des tomes :

    Citation
    Gen, le blé germe en hiver et plus on le piétine et plus il s'enracine pour donner un épi bien droit. Tu dois être comme le blé. Si on te piétine, donne un épi encore plus fort !

    Le message que fait passer l'auteur est clairement pacifiste et, contrairement aux mangas négationnistes et nationalistes, n'épargne pas les gouvernements japonais des années 30-40, et encore moins l'empereur Hiro-Hito considéré comme un criminel ou l'armée japonaise dont les crimes en Chine, en Corée ou envers les jeunes recrues sont vigoureusement dénoncés. Il y a quelques erreurs historiques (Truman aurait voulu utiliser l'arme atomique lors de la guerre de Corée) mais elles sont signalées dans les notes ou les postfaces présentes dans tous les volumes. L'édition est donc de qualité et rend justice à ce manga dont la publication avait déjà été tentée en France mais interrompue à chaque fois.

    Kuronoe
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    Kuronoe le #288515

    Je vais contribuer à ce topic en présentant un petit bijou que vous connaissez sûrement déjà : Opération Mort de Shigeru Mizuki

    Ce manga presque bibliographique (pour rappel Shigeru Mizuki est allé au charbon dans la guerre du Pacifique, il était posté à Rabaul, et y a même laissé un bras) a pour objet un concept typiquement nippon : le gyokusai, le suicide collectif pour l'Empereur et la nation.

    Un groupe de jeunes appelés japonais débarque dans une île paradisiaque du Pacifique, la Nouvelle Bretagne, et attend l'ennemi américain … Ces jeunes soldats vivent dans des conditions particulièrement difficiles (malarias, malnutrition, animaux sauvages) et sont finalement assez détachés des évènements puisque s'établit une routine dans l'attente d'un ennemi qui n'arrive que tardivement. Finalement, le jeune commandant, complètement largué par l'offensive américaine décide de mener une "opération mort", ou opération suicide, pour la gloire du Japon !

    L'auteur met en exergue l'absurdité de cette décision, pourtant en parfaite adéquation avec l'échelle de valeur du Japon de l'époque. De ses propres mots, il ne peut raconter un tel évènement qu'avec colère :

    on apprend qu'à l'époque, être fait prisonnier était tellement déshonorant qu'il fallait se suicider avant de l'être. Ceux qui avaient été prisonniers et libérés étaient poussés au suicide en rentrant chez eux ou renvoyés au mastic pour finir dans l'honneur ! De fait, lorsqu'une unité était mise en déroute, plutôt que de se replier, de se réorganiser et préparer une éventuelle contre-offensive, elle devait mener une opération suicide pour périr dans l'honneur plutôt que d'admettre la défaite !

    Aussi, dans le récit qui nous intéresse, 500 soldats ont été sacrifiés en avant poste (alors qu'à quelques kms de là il y avait 100 000 soldats postés à Rabaul qui se tournaient les pouces…). Et, fait absolument ubuesque (attention spoil) : l'état major apprend l'opération suicide : l'annonce officiellement et rend hommage au courage des soldats tombés. Plus tard, il apprend qu'il reste quelques survivants. Pour ne pas perdre la face, il envoie un officier mener les quelques survivants dans une nouvelle attaque suicide pour les terminer …. Absolument aberrant !

    La lecture de ce manga est assez éprouvante et révoltante, d'ailleurs on sent la colère de l'auteur à chaque page. Le peu de cas qui est fait de la vie humaine pour des questions d'honneur (et attention, pas l'honneur des sacrifiés mais celui des officiers qui décidaient de ce genre de conneries!) est juste effarant (et qu'on ne me dise pas que c'est normal parce qu'en tant qu'occidental on ne peut pas comprendre, un tel état d'esprit est tout simplement inhumain et illogique, d'ailleurs l'auteur qui dénonce cet état de fait est japonais et a vécu lui-même ce qu'il dénonce !)

    Au final, un titre absolument formidable à lire d'urgence

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #288516

    Citation (kuronoe @ 29/01/2012 19:00)
    …De fait, lorsqu'une unité était mise en déroute, plutôt que de se replier, de se réorganiser et préparer une éventuelle contre-offensive, elle devait mener une opération suicide pour périr dans l'honneur plutôt que d'admettre la défaite !

    Aussi, dans le récit qui nous intéresse, 500 soldats ont été sacrifiés en avant poste (alors qu'à quelques kms de là il y avait 100 000 soldats postés à Rabaul qui se tournaient les pouces…). Et, fait absolument ubuesque (attention spoil) : l'état major apprend l'opération suicide : l'annonce officiellement et rend hommage au courage des soldats tombés. Plus tard, il apprend qu'il reste quelques survivants. Pour ne pas perdre la face, il envoie un officier mener les quelques survivants dans une nouvelle attaque suicide pour les terminer …. Absolument aberrant !

    La lecture de ce manga est assez éprouvante et révoltante, d'ailleurs on sent la colère de l'auteur à chaque page. Le peu de cas qui est fait de la vie humaine pour des questions d'honneur (et attention, pas l'honneur des sacrifiés mais celui des officiers qui décidaient de ce genre de conneries!) est juste effarant (et qu'on ne me dise pas que c'est normal parce qu'en tant qu'occidental on ne peut pas comprendre, un tel état d'esprit est tout simplement inhumain et illogique, d'ailleurs l'auteur qui dénonce cet état de fait est japonais et a vécu lui-même ce qu'il dénonce !)

    C'est tout à fait ce qui s'est passé à Iwo Jima (comme je te l'ai dit Vendredi soir, Kuro, j'ai acheté le Blu-ray de ce film, et l'ai visionné depuis avec un ami). Il est hors de doute que Clint Eastwood s'appuyait sur des faits vrais, et en particulier sur le stock de toutes les lettres des soldats et officiers retrouvées.
    Excellent film ! le commandant de l'île, qui cherche constamment à économiser ses troupes pour tenir le plus longtemps possible et espère des renforts salvateurs, est considéré comme un pur et simple traître par plusieurs de ses sous-offs totalement fanatisés qui vont jusqu'à rejeter ses ordres ! plusieurs soldats eux, espèrent sauver leur vie, très humainement. Et Eastwood se garde aussi de glorifier les Américains, puisque l'un d'eux se comporte exactement comme le sinistre sbire du Kempeitai…
    Comme tu le dis, ce n'est pas spécifiquement japonais, non : c'est l'essence même du fascisme, de “préférer la mort”, en fait d'aimer la mort. “Viva la muerte” chantaient les troupes de Franco. Quant aux nazis, pas besoin de développer…

    Je n'aurais pas trop le coeur de lire “Opération mort”, mais j'ai 2 volumes de “Kitaro”, que j'aime beaucoup.

    Kuronoe
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    Kuronoe le #288517

    Citation (Lord Yupa @ 29/01/2012 20:34)
    C'est tout à fait ce qui s'est passé à Iwo Jima (comme je te l'ai dit Vendredi soir, Kuro, j'ai acheté le Blu-ray de ce film, et l'ai visionné depuis avec un ami).

    je te filerai Mémoire de nos pères cette semaine pour que tu voies les deux points de vue 😉

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #288518

    Citation (kuronoe @ 29/01/2012 22:14)
    je te filerai Mémoire de nos pères cette semaine pour que tu voies les deux points de vue 😉

    Très sympa ! cette semaine, je manque de liberté, sauf Jeudi 1er à l'heure du lunch ou Vendredi 3 à l'heure du dîner (ça peut être chez moi, on se téléphone) 😉

    Feanor-Curufinwe
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    Feanor-Curufinwe le #288519
    Cyborg 009
    Volume 10

    Un volume très étrange…
    L'auteur semble très bien documenté, mais son discours théologique sur l'origine de Dieu (dans la treizième histoire, justement intitulée "les dieux") ne mène nulle part.
    Certes, laisser des questions sans réponse, surtout sur ce sujet, est assez habituel, mais le problème est que l'histoire n'a ni queue ni tête, et finit carrément de manière totalement cryptée, incompréhensible, avec deux chapitres qui ne sont que des successions d'images sans texte et dont le lecteur doit deviner le sens…
    Et pourtant, l'histoire commençait très bien! A travers l'histoire des grands monuments érigés par les hommes (le sphinx, les pyramides, les statues de l'île de pâques…), Joe (009) mène une enquête sur la mort d'un scientifique retrouvé un an plus tôt dans une caverne, dont les derniers mots furent "Dieu…est le diable (…) Dieu…et démon…".
    C'est alors l'occasion pour l'auteur de s'interroger, avec force exemples, sur les origines de Dieu et les mystères de ces nombreuses créations humaines improbables.
    Mais voilà, ça finit bizarrement…
    Il faut néanmoins souligner que l'on est averti au début de l'histoire: "Certains manuscrits des récits présentés ici ayant été perdus, une partie de ce volume a été reconstituée à l'aide de copies issues de différentes publications."
    Ceci expliquant peut-être cela.

    La deuxième histoire, plus conventionnelle ("La cité du vent") s'intéresse à la légende de la cité d'or des Incas, mais tourne vite autour du personnage d'Ixquic, femme maudite autour de qui la mort gravite.
    Le truc intéressant, c'est la présence de citations d'oeuvres de Shakespeare tout le long, in english please! Même si on se demande encore quelle utilité elles ont ici.

    "With the first link, the chain is forged. The first speech censured, the first thought forbidden, the first freedom denied, chains us all irrevocably." -Jean-Luc Picard
    Star Trek - The Next Generation / The Drumhead

    Veggie11
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    Veggie11 le #288520

    Voici mes avis sur les trois derniers manga de type rétro auquel je me suis essayée dernièrement 😉

    Japan INC

    Auteur : Shôtaro Ishinomori (Cyborg 009, Sabu et Ichi, Kamen Rider)

    Le premier manga édité en Occident… destiné aux étudiants en économie de l'université de California (y a-t-il une seule université en France qui ait eu la même initiative ? Je ne le pense pas…) en 1988 !

    Bref, dans ce manga nous suivons le parcours d'une entreprise japonaise composée de quelques membres récurrents, jeunes ou plus âgés, face à d'autres universités du même pays ou américaines. Il ne faut pas y chercher de l'aventure ou de l'action ici : le scénario se contre sur diverses rencontres entre entreprises, parfois plombées par des crises ou la faillite d'une entreprise, entre-coupées de longues explications des protagonistes sur l'économie mondiale ou japonaise. L'édition américaine propose d'ailleurs des explications supplémentaires sur un grand nombre de pages en guise d'annotations : aucun doute, cette édition a clairement été conçue pour avant tout mieux comprendre l'économie japonaise mais avec un ouvrage plutôt amusant (l'humour influencé par Osamu Tezuka étant encore prépondérant dans ce manga).

    Apprendre en s'amusant : une bonne initiative, non ?

    Les informations données par le manga ne sont certes plus valables aujourd'hui, mais ce manga reste très plaisant à lire ne serait-ce que pour son ambiance plus adulte et réaliste et son thème original. Joli travail, M. Ishinomori ! 😉

    Avaler la Terre tomes 1 et 2

    Auteur : Osamu Tezuka

    L'histoire conte les manipulations exercées par sept jeunes femmes à l'encontre des hommes et de l'économie mondiale (Eh oui encore une histoire centrée sur l'argent et le pouvoir, serais-ce pur hasard 😂 ?) afin de venger leur mère victime des affaires d'argent et des hommes. Pour contre-carrer cette attaque, un seul homme – fils du seul survivant d'un groupe de soldats durant la seconde guerre mondiale qui rencontrèrent ces femmes mystérieuses sur une île – qui ne jure que par l'alcool et la baston (Il dit à un moment ''Je pourrai avaler la terre !'', peut-être cela explique-t-il le titre de l'oeuvre ?), mais qui se désintéresse complètement des femmes. Seul lui ne tombe pas sous le charme de ces femmes qui se font toutes passer pour une certains Zéphyrus. Malheureusement pour lui (ou heureusement ?), l'une des soeurs va finir par changer d'avis en le rencontrant.

    C'est parfois assez confus au fil de l'histoire, notamment au milieu du scénario où on commence à se demander ce que viennent faire tous ces éléments scénariques et on finit presque par oublier l'existence des Zéphyrus et de leur île, le Royaume de Mamoo (Tiens…). Il y a quelques longueurs dans l'histoire, surtout durant le second tome, alors que le premier tome se lit d'une traite. Certains thèmes manquent aussi d'un certain développement, comme la ségrégation raciale (l'auteur ne fait que l'esquisser), néanmoins cette réflexion sur le pouvoir de l'argent reste intacte au fil des pages et la fin a le mérite de ne pas se terminer en queue de poisson.

    L'un des titres plus adultes d'Osamu Tezuka, pas son meilleur, mais sympathique tout de même.

    Hectopussy
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    hectopussy le #288521

    "Japan Inc.", ce n'est pas le manga paru en France par les Humanoïdes sous le titre "Les secrets de l'économie japonaise en bande-dessinée", au début des années 80 ?

    NB : ah non, c'était chez Albin Michel : http://www.manga-news.com/index.php/serie/…e-japonaise-les

    Veggie11
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    Veggie11 le #288522

    Il s'agit bien de ce manga, sorti en France en 1989 chez Albin Michel sous le titre ''Les Secrets de l'économie japonaise''. J'avais repéré ce titre par hasard en 2008 alors que je me trouvais encore au lycée, mais je n'avais pas encore eu l'occasion de le dénicher quelque part.

    Seulement là où j'achète en ligne mes mangas/DVD, il n'y avait aucune édition francophone mais un certain nombre d'éditions anglophones. J'ai donc pris l'édition américaine de 1988.

    Je me demande même si par hasard ce ne serait pas cette édition en anglais qui aurait servi à la traduction de la version française ? Ce qui expliquerait d'ailleurs les dates rapprochées des deux éditions.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #288523

    Ce n'est pas vraiment "vintage", mais je ne vais pas le mettre non plus dans les "Classiques Oubliés", je viens de trouver et lire le volume 1 de Belle Starr, par Akihiro Itoh (1993 au Japon, 1997 chez nous).
    Rappel : Itoh, ex-assistant de Kenichi Sonoda (Gunsmith Cats, entre autres), nous a apporté depuis Geobreeders et Wilderness, et j'aime bien ces deux titres, malheureusement sans grand succès ici (Geobreeders a pu être bouclé, mais on se demande si Wilderness, pourtant meilleur, verra sa fin publiée en France).

    Belle Starr, c'est en principe l'histoire semi-authentique de Myra Belle Shirley, "la terreur de la prairie en jupons", qui avait l'avantage d'être beaucoup plus jolie et fine que la camionneuse Calamity Jane, sosie de Lino Ventura.
    On remarque bien dans ce volume les qualités d'Itoh, mais il abusait alors des cases surchargées, et de sa propre virtuosité de dessin. Il aime aussi beaucoup la complexité dans l'intrigue, mais le talent qu'il peut y mettre débouche ici sur la confusion. Pratiquement, ce n'est qu'à la fin du volume qu'on commence à s'y retrouver un peu – et encore !
    Une confusion encore augmentée du fait qu'il n'arrivait pas à l'époque à individualiser certains types humains, interchangeables entre eux physiquement.
    Mais les scènes de batailles ou d'action déjà sont d'un grand spectaculaire chez lui ! même réalistes, voire sanglantes, elles sont souvent à prendre au second degré, et mêlées de certains éléments comiques. Ce point très adulte est peut-être ce qui gêne dans l'appréciation des récentes séries d'Itoh, lequel a éliminé ses défauts et conservé ce trait ? on a bien le sentiment que nos hordes de petits Kevin avaleurs de manga de baston ne comprennent pas le second degré, ou seulement si l'on est d'office dans le "gros délire", bref, ne le comprennent pas. Et nos lecteurs de manga adultes sont trop rares aussi à goûter les touches d'humour dans le polar Wilderness.

    Edit : C'est Manga Player qui a sorti "Belle Starr", mais l'édition est moche, trop sombre ou baveuse, et je ne pense pas que le manga ait dépassé les premiers volumes. De plus la lecture est en sens français, donc planches inversées, et tout le monde est gaucher !

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #288524

    Un vieux de chez vieux, mais auquel les Japonais restent très attachés :
    Tetsujin 28 go, de Yokoyama Mitsuteru.
    J'en parle parce je viens d'aller rendre mes pieux devoirs à la statue de cet illustre robot.
    Elle fait 18 mètres de haut, pèse 50 tonnes d'acier, et dresse un poing (vengeur ?) vers le ciel au milieu d'une esplanade à Shin-Nagata, près de Kôbé. Elle représente l'énergie de reconstruction de toute la zone de Kôbé après le grand tremblement de terre de 1995 (appelé ici "Hanshin-Awaji jishin"). En effet le mangaka de cette oeuvre était natif de Kôbé et vivait à Shin-Nagata.
    Il a aussi créé un manga historique célèbre (au Japon), basé sur "Les Trois Royaumes", et les "rues" (ou plutôt galeries à verrières) de cette proche banlieue de Kôbé illustrent abondamment ce récit ; statues, décorations, costumes de généraux chinois à louer pour une photo, etc.
    Mais c'est le robot géant qui a vraiment de la gueule, à mon avis. Je me suis fait photographier : Yupa poussant avec rage sur la jambe du robot, Yupa hurlant le pied coincé sous son pied de trois tonnes, Yupa essayant de grimper vers le genou… Les Japonais, race trop sage qui n'y pense pas, étaient étonnés, mais riaient beaucoup !

    Cyril
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    Cyril le #288525

    Du même auteur, Akata a sorti Au bord de l'eau, adapté d'un roman chinois. Le moins qu'on puisse dire est que je n'ai pas été enthousiasmé. Durant 6 volumes 1/2 se succèdent des histoires dont la trame est à peu près systématiquement la même (l'histoire finit avec le 7ème volume, le 8ème est un tome bonus) : un personnage fort et honnête est loyal avec le pouvoir, celui-ci l'envoie combattre les brigands des montagnes, il échoue, les brigands le capturent et ils reconnaissent réciproquement leur valeur morale ; mais le personnage veut repartir, il s'aperçoit alors que le pouvoir se retourne contre lui et est profondément corrompu et finit par rejoindre les brigands.

    Je ne suis pas contre un peu de répétition dans les mangas à prétention épique mais là, c'était trop. Je me suis vraiment ennuyé à la lecture de ce manga.

    Veggie11
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    Veggie11 le #288526

    Je découvre actuellement l'excellent (mais ardu à lire) ''Kamui Den'' de Sampei Shirato débuté en 1969. Depuis toujours attirée par les titres plutôt underground (notamment du côté de la BD américaine), je ne pouvais passer à côté de cette oeuvre imposante en 4 volumes (merci Kana de l'avoir intelligemment publié).

    ''Kamui Den'' ou le parcours d'un enfant de parias qui ne peut compter que sur sa propre force pour lutter contre le destin de misère que la société féodale de l'époque veut lui imposer. Durant son parcours pour devenir le plus fort des ninjas, on croise d'autres protagonistes de son époque comme Shôsuke le domestique qui rêve de devenir agriculteur indépendant, Ryûnoshin le fils de guerrier dont le clan se retrouve anéanti et qui se voit donc obligé de fuir (quitte à se faire passer pour un parias) ou encore Kokemaru, le paysan devenu parias après avoir mené ses semblables à la révolte.

    ''Kamui Den'' n'est pas ''Naruto'' (pour le comparer à un autre manga de ninjas) : la société présentée par l'auteur est ici radicalement différente. À plusieurs reprises, l'auteur démontre comment les autorités de l'époque avaient mis en place une politique de discrimination entre les classes sociales pour éviter toute révolte des paysans. Ainsi, les parias rejetés tout au bas de l'échelle sociale se voient confiés des tâches ingrates comme la tannerie, l'évacuation de cadavres ou encore l'exécution de condamnés, une activité qui leur vaut les foudres des paysans qui ne perdent jamais une occasion pour les humilier, les insulter voire les frapper violemment. À l'inverse, les parias éprouvent une haine immense envers les paysans : une scène particulièrement frappante montre ainsi des parias se réjouir de voir les paysans écrasés par les autorités féodales après une émeute. L'auteur démontre ainsi que cette politique de discrimination devenait bien vite un cercle vicieux ou les méprisés devenaient les bourreaux dès qu'ils en avaient l'occasion.

    ''Kamui Den'' est également un manga violent. Membres arrachés, découpés, cadavres en décomposition, brûlés et ainsi de suite s'étalent sur plusieurs pages et renforcent cette atmosphère oppressante présente dès le départ. Une ambiance renforcée par le style graphique particulier de ''Kamui Den'' (mais qui m'a plus dès le départ) aux traits noirs épais directement inspirés des estampes. Certaines scènes sont visuellement très dures, notamment lorsqu'elles mettent en scène des enfants. Mieux vaut donc avoir le coeur bien accroché avant de débuter ce titre !

    Le manga n'est pas exempt de défauts (en même temps ce ne serait pas drôle si ce n'était pas le cas) : le début peine à accrocher et certains passages dans le premier tome contiennent pas mal de longueurs. De plus, on a du mal dans les premiers chapitres à voir où l'auteur veut en venir exactement. Ce n'est que lorsque Kamui entre en scène qu'on devine plus exactement la direction prise par le mangaka. À partir de là, on se laisse emporter par un récit maîtrisé et passionnant.
    On peut également noter un certain ton socialiste très typique de l'époque, le mangaka étant connu pour ses oeuvres à caractère prolétaire et le fond même du manga semble avoir un peu vieilli sur certains points (cette fameuse lutte des classes). Mais il a également le mérite de nous présenter un récit que je pense historiquement très juste (l'auteur s'est beaucoup renseigné à ce sujet quand on voit ses explications sur le contexte de l'époque) sur une époque mal connue.

    ''Kamui Den'' fait partie des bonnes surprises de cette année 2012 pour ma part 😁 Si vous aimez les titres qui sortent de l'ordinaire ou les titres historiques très réalistes, ce manga est fait pour vous !

    Feanor-Curufinwe
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    Feanor-Curufinwe le #288527

    Il est sorti quand, ce titre?
    J'ai pas souvenir de l'avoir vu! Pourtant je voulais y jeter un oeil!
    Les quatre volumes sont déjà sortis?

    "With the first link, the chain is forged. The first speech censured, the first thought forbidden, the first freedom denied, chains us all irrevocably." -Jean-Luc Picard
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    Veggie11
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    Veggie11 le #288528

    Sorti en 2010-2011 chez Kana en 4 volumes ! Edition intégrale terminée.

    Dans la même collection figure ''Sabu et Ichi'' que je viens bientôt poursuivre (j'ai déjà acheté le premier tome).

    Feanor-Curufinwe
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    Feanor-Curufinwe le #288529

    Citation (veggie11 @ 02/10/2012 22:10)
    Sorti en 2010-2011 chez Kana en 4 volumes ! Edition intégrale terminée.

    Dans la même collection figure ''Sabu et Ichi'' que je viens bientôt poursuivre (j'ai déjà acheté le premier tome).


    La vache! Je suis passé à côté! 😢
    Va falloir que je m'y mette! Merci de m'y avoir fait penser, Veggie! 😃

    "With the first link, the chain is forged. The first speech censured, the first thought forbidden, the first freedom denied, chains us all irrevocably." -Jean-Luc Picard
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    Cyril
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    Cyril le #288530

    Citation (veggie11 @ 02/10/2012 21:10)
    Sorti en 2010-2011 chez Kana en 4 volumes ! Edition intégrale terminée.

    Dans la même collection figure ''Sabu et Ichi'' que je viens bientôt poursuivre (j'ai déjà acheté le premier tome).


    Le quatrième et dernier sort en décembre. Autant j'aime vraiment beaucoup Sabu et Ichi, autant je n'ai pas accroché à Kamui-Den : j'ai acheté les 4 tomes mais je n'ai lu que le premier pour l'instant et les défauts que tu signales m'ont vraiment rendu cette lecture pénible0

    Cyril
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    Cyril le #288531

    Keiji Nakazawa, l'auteur de Gen d'Hiroshima est mort : http://www.lemonde.fr/japon/article/2012/1…21_1492975.html

    Feanor-Curufinwe
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    Feanor-Curufinwe le #288532

    Je n'en parle pas beaucoup, mais il y a un manga rétro que j'aime suivre, sorti chez Kana, c'est Doraemon !

    Paraissant en France au rythme d'une tortue asthmatique, au même titre que Gintama et Cyborg 009 d'ailleurs (genre deux volumes par an), ce titre de Fujiko.F.Fujio (duo composé de Hiroshi Fujimoto et Motoo Abiko) est pourtant une des valeurs sûres du genre !
    Docteur Slump de Akira Toriyama et Sergent Keroro de Mine Yoshizaki sont ainsi clairement inspirés de Doraemon dans leur structure !

    Le pitch est assez simple : Un jeune garçon, Nobita, est paresseux au possible. Un jour, un chat-robot (ou un robot-chat) sort du tiroir de son bureau, déclarant qu'il vient de son futur pour le forcer à changer son destin ! En effet, ce sont ses arrière-petits enfants qui ont envoyé Doraemon, puisque c'est ainsi qu'il s'appelle !
    Chaque chapitre (assez court, très souvent une dizaine de pages) met le jeune Nobita en situation. Ce dernier trouve toujours le moyen d'échapper aux corvées (devoirs, ménage, entre autre), histoire de paresser tranquillement. Doraemon intervient alors pour le forcer à devenir plus responsable, mais finit immanquablement par lui venir en aide dans ses tâches, avec ses incroyables gadgets technologiques du futur ! L'autre situation récurrente, c'est lorsque Nobita est chahuté par ses camarades. Soit ils se moquent de lui, soit c'est Giant, la brute de l'histoire, qui impose sa tyrannie aux autres enfants. Dans ces moments-là, Doraemon, justicier dans l'âme, vient en aide à Nobita et ses amis.
    Et dans ces deux cas, tout est possible ! La technologie du futur semble permettre tout ce qui est envisageable dans l'esprit d'un enfant ! Rétrécir, devenir un dinosaure, contrôler le climat, voler, devenir invisible, savoir ce que pense l'autre, voyager dans le temps, respirer sous l'eau, etc., etc., etc.

    Il existe aussi quelques histoires émouvantes, comme par exemple lorsque Nobita remonte dans le temps pour aller voir sa grand-mère à laquelle il était très attaché et qui a disparu dans le présent. Ou encore lorsqu'il vient en aide à des enfants désespérés.
    Et puis il y a aussi des moments complètement portnawak, comme des parodies de films à succès, comme Star Wars !

    En parlant de parodie, dans le volume 20, les auteurs se sont d'ailleurs “attaqués” à une oeuvre de Leiji Matsumoto, Galaxy Express 999, avec l'histoire intitulée La nuit du chemin de fer de la voie lactée !
    Alors que le petit fils de riches Suneo se vante d'avoir monté dans une locomotive (une des dernières encore en activité à l'époque), Nobita, envieux, va se plaindre auprès de Doraemon. Alors que ce dernier le sermonne, il laisse tomber un ticket en sortant. Un “ticket pour le chemin de fer vers la voie lactée”, de la Terre à la Nébuleuse des confins de l'univers !
    Se faufilant discrètement hors de chez lui la nuit venue, Nobita part attendre le train. Il est vite rejoint par Suneo, Giant et Shizuka (l'amour de Nobita) qui voulaient voir si Nobita se vantait simplement lorsqu'il disait qu'il prendrait un vaisseau en forme de locomotive, ou s'il disait la vérité.
    Et en effet, le train de l'espace arrive ! Le contrôleur des tickets les accueille.

    Physiquement, c'est presque le même que celui de l'histoire originale, à ceci près qu'il n'est pas noir sous sa casquette et son uniforme, mais blanc !
    L'histoire est courte, et assez drôle puisque mis à part le contrôleur, nos jeunes héros ne trouveront pas âme qui vive, ni dans le train, ni sur la dernière planète de la Nébuleuse des confins de l'univers ! De plus, il s'agissait du dernier voyage, sans retour, pour le chemin de fer de la voie lactée, parce que “ça” a été inventé ! Et ce “ça”, c'est le dernier gag de l'histoire !

    Dans le volume 21, il y a une parodie de Superman, assez fidèle aux origines du super-héros !
    Doraemon effectue la maintenance d'un “vaisseau de sauvetage spatial”, dont la fonction est d'envoyer ses occupants automatiquement sur une planète où l'Homme peut vivre.
    Très curieux, Nobita ne peut s'empêcher d'appuyer sur un bouton à l'intérieur, ce qui l'envoie avec Doraemon sur une autre planète. Cette planète est presque similaire à la Terre. La différence tenant à la gravité qui y est plus faible. Ainsi, recueillis par la famille d'un journaliste harcelée par un syndicat du crime, Nobita décide de devenir “Nobitaman” et de partir délivré leur fille récemment kidnappée par le syndicat.
    Un très joli chapitre rendant hommage à l'Homme d'acier !

    Il y a aussi un chapitre parodiant Dracula, dans lequel Nobita est changé en chauve-souris. Mais au lieu d'aspirer le sang de ses victimes, il aspire leurs souvenirs ! Ce qui lui permet ainsi de faire toutes les bêtises possibles, puis de les faire oublier !

    La série regorge de nombreuses trouvailles, que ce soit dans les inventions farfelues ou les histoires. Les auteurs s'en donnent clairement à coeur joie pour notre plus grand plaisir !
    21 volumes sont sortis jusqu'ici par chez nous depuis 2007, sur les 45 de l'édition originale.
    Donc, le compte est bon, 21 volumes en l'espace de six ans, ça vous fait une moyenne d'à peu près 3 volumes par an, en sachant que les volumes sortaient plus souvent au début !
    Maintenant, on a de la chance quand on en a deux dans l'année ! 😪
    Jetez-vous sur ce titre, c'est du bon, du good old vintage ! On a pas souvent l'occasion d'en avoir ces temps-ci !

    "With the first link, the chain is forged. The first speech censured, the first thought forbidden, the first freedom denied, chains us all irrevocably." -Jean-Luc Picard
    Star Trek - The Next Generation / The Drumhead

    Natth
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    Natth le #288533

    C'est triste à dire, mais les références historiques du manga féminin sont encore ignorées en France. On met en valeur certains genres en oubliant que le shôjo a lui aussi son histoire ! Riyoko Ikeda en restera-t-elle la seule reptrésentante en France ? Non, car Moto Hagio est déjà là (Le coeur de Thomas) et son anthologie débarque le 6 novembre prochain.

    Le coeur de Thomas est considéré comme un précurseur du BL/yaoi, mais il parle surtout de personnages douloureux, bien construits et de relations fortes. L'homosexualité masculine sera principalement abordée dans Kaze to ki no uta. On y retrouvera même des clichés du BL toujours présents aujourd'hui.

    L'anthologie de Moto Hagio va nous parler de shôjo, de découverte de soi et des autres (en évitant les romances niaiseuses)… Et de science-fiction. Ce genre est plutôt rare dans les mangas s'adressant au public féminin. Pourtant, il serait dommage de rater un récit comme "Ils étaient onze". Il y a des mangas rares qu'il est important de tester avant de s'en faire une opinion définitive. On ne publie pas tous les joiurs une référence historique en France. Cependant, certains récits sont plus récents. "Ils étaient onze" date de 1975 (ce n'est pas le plus vieux) et "La fille de l'iguane" de 1994. Mais le talent est toujours là, intact.

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