Bienvenue chez les (Franco-)Belges !

16 sujets de 321 à 336 (sur un total de 336)

Posté dans : Manga & BD

  • Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #530804

    Ah, ça paraît bien intéressant, cette Page Blanche ! Et j’aime beaucoup le design de  couverture (ainsi que Pénélope Bagieu !).

    Dans un tout autre registre et avant de revenir à Yoko Tsuno, je suis tombé sur un album : Natacha hôtesse de l’air, à 1 euro chez un de mes soldeurs habituels. Introuvable, pas de raison d’hésiter… C’est par Walthéry au dessin et Gos au scénario. Le thème est celui de l’attaque en plein vol d’un avion de ligne par une bande de truands pour s’emparer de deux caisses de lingots d’or. Surprenant, l’avion est un antique DC3 de la Seconde Guerre Mondiale (mais il en a volé très longtemps tant ils étaient robustes), et il finit par manquer de s’écraser dans la jungle amazonienne. Natacha à cette occasion échappe aux bandits, puis réussira avec le stewart Walter (personnage quelque peu comique qu’elle vouvoie) à retourner contre eux une tribu indienne de coupeurs et réducteurs de têtes genre Jivaros. Les péripéties nombreuses sont bien enchaînées et le dessin à la Peyo est souple et clair. Bien sûr ce qu’on dénonce aujourd’hui comme “racisme” empêcherait toute réédition de cet album : dans l’avion Natacha s’affole : “Nous allons atterrir dans cet enfer infesté de sauvages”. Les Indiens totalement irrationnels de moeurs et de mentalité prennent Natacha pour une déesse ; le chef veut se la réserver on devine pourquoi ; ceux qui parlent français par un heureux hasard le font en “petit nègre”, et même leur langage indigène est une bouffonne déformation de notre langue. De plus le chef des brigands est un Asiatique et l’un d’eux un Noir colossal et stupide.

    Toutefois Natacha pour l’époque (à dater) représente une héroïne véritable, particulièrement intelligente et observatrice ; d’ailleurs c’est elle qui mène la lutte et fait définitivement échouer le plan des truands sur le point de réussir. Une curiosité, quoi.

    Veggie11
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    Veggie11 le #530805

    Je confirme, le premier album de ”Natacha” n’est pas une grande réussite avec son script ”Détournement d’avion” et l’appareil qui s’écrase dans la forêt amazonienne semble clairement inspiré d’un fait d’actualité ou d’un fantasme d’époque (l’avion qui s’évapore dans la Nature). Natacha devient plus intéressante à partir du tome 4 pour moi, d’autant que le scénario se rattrape sur la question du racisme. Après ”Natacha” a toujours été une série avec des hauts et des bas côté scénario, Walthéry est un très bon dessinateur mais un mauvais scénariste (ses histoires en solitaire sont catastrophiques, ce qu’appuyait bien Jacques Sadoul dans son ”Panorama de la bande-dessinée”). Les meilleurs albums sont vraiment ceux dans lesquels il bénéficie d’un bon scénariste.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #530817

    Il s’agit en effet, chère Veggie, du premier album, réunissant les planches d’une aventure publiée dans Spirou dès 1965 (cf. Wikipedia). Tes précisions sont bienvenues. Le fait est que Natacha, sans se dénuder (sauf dans une vignette prétendument “échappée” au journal !) est très sexy façon 1965 / 1970, en minijupe, vêtement qui horrifie à coup sûr nos soi-disant “féministes”, lesquelles rejoignent la vieille Coco Chanel (“Des femmes qui montrent leurs genoux ! Quelle horreur !”). La série a connu une douzaine de scénaristes à part Gos (Goossens).  Pour te confirmer sur l’inspiration d’époque, quand j’étais gamin les médias étaient très branchés sur la disparition mystérieuse en Amazonie d’un célèbre explorateur et ethnologue (oublié le nom).

    Veggie11
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    Veggie11 le #530853

    Il doit s’agir de Percy Fawcett, cet ”explorateur” passionné disparu dans les années 30 qui cherchait une ville abandonnée dans la forêt amazonienne, décrite dans un texte du XVIIIe siècle comme ayant ”une grande place recouverte de colonnes de pierre noire” (par la suite, on a prétendu qu’il cherchait l’Eldorado, une ville dont les maisons seraient plaquées d’or, ce fameux mythe très célèbre chez les Conquistadors et amateurs de mystères amérindiens).

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #531360

    Il doit s’agir de Percy Fawcett, cet ”explorateur” passionné disparu dans les années 30 qui cherchait une ville abandonnée dans la forêt amazonienne, décrite dans un texte du XVIIIe siècle comme ayant ”une grande place recouverte de colonnes de pierre noire” (par la suite, on a prétendu qu’il cherchait l’Eldorado, une ville dont les maisons seraient plaquées d’or, ce fameux mythe très célèbre chez les Conquistadors et amateurs de mystères amérindiens).

    Oui, c’est bien ça ! On pensait vers la fin des années 60 que le fils Fawcett parti avec son père survivait dans une tribu amazonienne.

    Comme je le disais plus haut, j’ai eu un petit crush pour Yoko Tsuno, dont les albums grâce à leur ancienneté sont soldés des clopinettes au Quartier Latin. A mon sens les meilleurs sont les plus réalistes, sur Terre, car ceux centrés sur la planète Vinéa, aux touffus scénarios, manquent de cohérence, élément pourtant crucial en SF ; de plus les costumes moulants en espèce de lycron et les décors évoquent le naïf futurisme genre “Cosmos 1999”, que “Star Wars” relégua au magasin des accessoires en carton-pâte. Toutefois Leloup créa de très belles machines volantes dont il peaufinait le fonctionnement. Ses meilleures histoires restent plutôt “La Frontière de la vie” par la minutieuse restitution de Rothenburg, ou “L’astrologue de Bruges” par celle de Bruges évidemment (malgré ici encore des enjeux décousus, difficiles à saisir). Au fil des aventures, le brun Vic devient un adulte mature visiblement en relation tendre avec Yoko, mais jamais dans sa chambre ou son lit 🙂 . Et la kamikaze lui échappe toujours pour une noble mission de sauvetage d’une amie : elle en a tant ! Eva, Emilia, Khâny, Monya, Litsy, Isora, Myna… “Pourquoi partent-elles toutes ?” sanglote t-elle à la fin de “La Porte des Âmes”. Là encore Leloup frôle les amours sans jamais y souscrire. Pourtanr le rouquin Pol, longtemps le comique gaffeur de service, rencontre et séduit Mieke tout à fait amoureuse de lui, une Brugeoise du 16eme siècle, couple ensuite lancé dans notre époque et dans l’espace avec Yoko, Vic et Rosée, formant une “famille” à l’héroïne.

    Au tout début, Yoko n’est pas tellement jolie : coiffure choucroutesque, menton un peu prognathe, narines trop marquées, yeux effilés genre caricature occidentale d’Asiatique, bras trop maigres. Par la suite Leloup va beaucoup l’améliorer et “saisir” la subtile rondeur de visage et le nez japonais (même si à mon avis il n’a jamais vraiment réussi les yeux : j’ai été marié 15 ans à une Japonaise).  Bref, malgré mes critiques de chercheur de poil aux oeufs, la saga “Yoko Tsuno” est devenue un remarquable  classique de l’école franco-belge, par son charme un peu désuet.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #532141

    Dans un trip un peu “nostalgie d’enfance”, j’ai relu quelques-uns de mes Johan et Pirlouit de Peyo. J’ai été frappé par le début du dernier album (Le Sortilège de Maltrochu ) : Johan a soudain des jambes très courtes et Pirlouit un look de Schtroumpf. J’ai alors appris sur des sites que Peyo, ayant pris conscience que son travail énorme face à l’explosion de demande d’aventures Schtroumpf contaminait son style, avait arrêté l’album ; puis, exténué, avait subi un infarctus ; ses amis ont réussi à lui remonter le moral en lui envoyant des dessins de ses héros en situations érotiques, et finalement il put brillamment terminer le récit, un de ses tout meilleurs.

    Certes les petits êtres bleus au langage si pittoresque étaient une formidable trouvaille, tout le monde sait comment, au cours d’un repas avec Franquin. Mais Peyo, grand passionné de Moyen-Âge et riche d’une énorme documentation sur l’époque, regrettait le tsunami Schtroumpf (sauf sur le plan financier) et se réserva ses “héros de coeur” Johan et Pirlouit, en confiant les nains bleus, Poussy, Jacky et Célestin, Benoît Brisefer à des collaborateurs : Walthéry, Derib, Gos, De Gieter, Wasterlain, Yvan Delporte… Peyo adorait dessiner de grandes cases panoramiques et spectaculaires montrant d’impressionnants châteaux. Il y soignait avec compétence les détails de la vie quotidienne. Les chansons de Pirlouit en vieux français sont authentiques ! Le seul point défectueux est que, comme beaucoup de vulgarisateurs, il fantasme les bourgades médiévales avec des maisons en pierre, toits pointus d’ardoises, colombages et encorbellements aux étages. Dans le réel, même à Paris jusqu’au 16e siècle, les maisons étaient de torchis et à toits de chaume, la pierre étant réservée aux fortifications ou aux demeures des notables,  évêques, couvents. Et aux églises, bien sûr.Tout le vieux centre de Troyes, par exemple, date du 17e siècle en réalité, et ce sont les mousquetaires de D’Artagnan qu’il faut imaginer dans ses rues et non des chevaliers du Temple. Pour autant Peyo ne masque guère le niveau de vie misérable du peuple, et un gag récurrent est celui de Pirlouit le morfal arrivant dans une auberge et commandant un festin, l’aubergiste n’ayant plus rien qu’un quignon de pain ou une soupe… L’hygiène, au contraire de certaines idées à la mode, était quasi inexistante, cause des lèpres et pestes. Les moines du moins prenaient un bain, selon la règle de Saint Benoît : un à Noël et un à Pâques… Quand on suggère à Maltrochu d’en prendre un la veille de son mariage, il s’exclame : “Pourquoi un bain ? J’en ai pris un il y a trois ans !”

    La première apparition des Schtroumpfs, dans  la Flûte à six trous , rebaptisé ensuite à six schtroumpfs (tout un symbole !) est amusante : bien moins rondouillards qu’ils ne deviendront, ils ont un bonnet haut et pointu, un nez assez grand. Leur village est fait de vrais champignons creux et semé d’autres champignons minces genre chanterelles… Plus tard ils vivront une vie “urbaine” dans des maisonnettes médiévales meublées, simplement en forme de champignons. C’est un triste paradoxe : les Schtroumpfs par leur succès mondial ont tué Peyo, qui s’est exténué à essayer de les gérer : il meurt d’un nouvel infarctus le soir du réveillon de Noël, le 24 décembre 1992.

    Veggie11
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    Veggie11 le #532142

    https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-17656/lhygiene-au-moyen-age/

    https://www.bibliotheque.toulouse.fr/wp-content/uploads/2018/12/classpat_hygiene_moyen_age.pdf

     

    La recherche historique évolue par l’étude de nouvelles sources. Rien à voir avec une ”mode”.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #532143

    Je ne lirai pas ces liens si c’est de l’hagiographie sur le Moyen-Âge. Je viens de voir un documentaire tout récent sur Arte, d’origine allemande, sur l’histoire de l’hygiène, qui ne fait que confirmer mes affirmations. J’ai aussi un livre très documenté sur la vie quotidienne monastique du Xe au XVe siècle, révélateur aussi. Et riche d’humour plutôt noir… Mais je me suis fait exclure d’un forum pour avoir osé douter du “chouette Moyen-Age” : il y a donc plus qu’une mode : une doxa sur ce thème. Les fameuses “étuves” sont très tardives, peu nombreuses, alimentées en eau du fleuve (avec tout ce qu’on jetait dedans, et non bouillie), et elles servaient à autre chose qu’à se laver… Bref, rien à voir avec les thermes romains et aqueducs omniprésents (le Romain moyen utilisait hebdomadairement 250 litres d’eau très pure ; nous 148). Bref, car il y a bien d’autres critères. Désolé chère Veggie, ici nous sommes en désaccord et tu n’as aucune chance de me convaincre d’écarter mes données. Toutefois au Moyen-Âge comme le soulignait le documentaire allemand il valait infiniment mieux vivre à la campagne que dans les bourgs, ces cloaques (et se baigner en rivière en été, déjà !).

    Pour en revenir aux Schtroumpfs, ce n’est pas le seul cas de personnages au départ très secondaires (après “La Flûte…” Peyo a produit “L’Anneau des Castellac” où ils n’apparaissent pas, et il croyait ne pas y revenir) qui finissent par supplanter, voire “tuer” le(s) héros en titre. Mais il me vient peu d’exemples concrets en tête, à part Spirou et Fantasio qui survivent très difficilement au Marsupilami, au prix de mutations sous l’Occupation… Fantasio connut un avatar en rédacteur-chef du Journal de Spirou, mais fut remplacé par Prunelle face à l’écrasante personnalité de Gaston.

    Vous auriez sûrement d’autres exemples.

     

    Veggie11
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    Veggie11 le #532144

    Après ta tentative de coller la responsabilité du déclenchement de la guerre russo-japonaise aux seuls Russes, plus rien ne me surprend de ta part lorsqu’il s’agit d’Histoire.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #532160

    Houlà, l’agression ! Non, je peux comprendre que tu te sentes vexée que je refuse de lire des plaidoyers pro-Moyen-Âge, mais on ne peut pas lire tous les liens d’internet ; on y trouve tout ce qu’on veut, il y a même des universitaires bardés de diplômes et négationnistes ou pétainistes, alors ….!

    Moi je te recommande cet excellent documentaire allemand sur l’hygiène , et je défends seulement la thèse de la quasi-absence de maisons de pierre dans le peuple, petite erreur de Peyo. Les archéologues, gens sérieux, te le diront : à part la “maison romane” d’un riche de Provins et la “Grange aux Dîmes” bien conservée (un centre de taxes religieuses), on n’a quasiment PAS de maisons du Moyen-Âge en Europe, tout simplement parce qu’elle étaient en simple torchis. Alors que même en dehors de Pompéi, on a les murs de villes entières dans l’empire romain. Peyo, et il a raison du point de vue BD, campe un monde médiéval plutôt sympa, légendaire, avec des philtres magiques, des enchanteurs, des seigneurs assez souvent méchants mais un bon roi cool, aucune pression religieuse… Bref, revenons à nos moutons.

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 2 mois et 2 semaines par Lord-Yupa Lord Yupa.
    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #532198

    Et j’y reviens.

    Qui est Johan ? d’abord un simple et tout jeune homme très pauvre, sa tunique en haillons, opposé à de cruels seigneurs dans Le Châtiment de Basenhau et dans Le Maître de Roucybeuf. Son courage le fera remarquer et il devient page et chevalier du roi, mieux vêtu (mais il restera longtemps jambes nues). Dans Le Lutin du Bois aux Roches il capture Pirlouit avant de constater que ce “lutin” très mal vu est innocent de l’enlèvement dont on l’accuse. Ils nouent alors amitié pour dix excellents albums de la “ligne claire”, aux scénarios assez “policiers” de très bonne qualité. Qui est Pirlouit ? un nain comme l’attestent au début son nez marqué, son front un peu dégarni et sa silhouette ; il a horreur d’être confondu avec un enfant, mais dans les derniers albums le mignon “style schtroumpf” lui en donne l’allure. Il est farceur, turbulent , chapardeur, lâche sauf quand il pique une colère. Il adore manger, se plaint toujours, n’a de morale que très élastique mais reste complètement dévoué à son ami Johan, lequel se voue volontiers à redresser les torts et lutter contre l’injustice ; bon cavalier et très bon escrimeur,  Johan supporte donc les frasques de Pirlouit. Ce dernier se bat en sautant très haut et prenant l’adversaire par derrière, ou encore en appelant à la rescousse sa fidèle chèvre et monture Biquette. avec ses coups de corne. Point commun avec le barde Assurancetourix, il chante effroyablement mal et fort, bien que ce soit d’authentiques complaintes en vieux français (très affectionnées par Peyo). L’environnement, les costumes et l’armement (sans arbalètes nées au 15e siècle par exemple) nous mettent au 13e siècle, malgré quelques anachronismes : des Vikings du 9e siècle, un habitat du peuple surestimé, un pouvoir et une présence religieuse au contraire sous-estimée. Pas de clergé, de moines, de cérémonies chrétiennes dans “Johan et Pirlouit”. La seule qu’on rencontre, dans le dernier album Le Sortilège de Maltrochu est celle du mariage (raté) de l’ignoble seigneur avec la belle Geneviève, mais c’est un simple moine en robe de bure et non un prêtre ordonné, en surplis, qui officie, autre erreur : visiblement Peyo n’avait nul intérêt pour ce thème. Geneviève est aussi la seule jolie femme (et une des rares femmes) de la saga mais le code hérité de la loi française de 1949 était très strictement misogyne avant 1968 / 1970, et l’album est de 1970. De même Peyo ne pourra pas tout de suite créer l’album (excellent) La Schtroumpfette . Dans cet autre univers, j’ai aussi un culte pour les Schtroumpfs Noirs, et pour L’Oeuf et les Schtroumpfs. Je crois que Peyo est mort juste après l’album 11 “Les Schtroumpfs Olympiques” (flemme de vérifier)…

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #532505

    Une belle BD : Filles Uniques , de Caroline Beka et Camille Méhu, chez Dargaud. Et ce n’est pas du tout à réserver aux filles !

    Pour l’heure seuls 2 albums sont parus, “Paloma” et “Céleste”, mais en principe il y en aura 5. En effet il s’agit d’un “club” que forment cinq lycéennes, Paloma, Céleste, Sierra, Apolline et Chélonia. Chacune est unique en son genre. Le dessin est à mon avis superbe, clair, élégant, imaginatif en ses cases, et le jeu des coloris pastellisés très agréable. Une influence manga est nette dans la grâce des filles (presque pas de nez par exemple). Surtout, le scénario tient la route et développe à merveille les problèmes vécus par des lycéennes. “Paloma” :  c’est une orpheline trimballée de famille d’accueil en famille d’accueil, extrêmement agressive et provocatrice au point de se faire rejeter à chaque fois. Mais cette fois elle tombe chez Liselotte, une femme à cheveux blancs qui va la dérouter… Et Chélonia, en terminale, a décidé de créer un club des filles déjetées, “uniques” ; c’est une hackeuse de première force qui a eu accès à leurs dossiers. Paloma aura beau résister et provoquer, finalement elle intègre le groupe. “Céleste” est terriblement timide, binoclarde à longs cheveux raides, habillée comme un sac. Elle a ses parents, qui l’aiment. Mais elle se considère comme une nulle, une incapable, et reçoit sur son portable de mystérieux SMS qui le lui répètent quotidiennement, sans compter deux lycéens qui la traitent en tarée. Le club va agir, brillamment. On attend avec impatience de voir les  3 autres cas : Sierra, une coléreuse qui n’a pas la langue dans sa poche, pleine de haine pour Malo, autre lycéen, son “ex”. Apolline, grande baraque de fille métisse, est lesbienne et pratique le rugby, très respectée par les mecs de son équipe. Chélonia, du nom d’une espèce de tortue, vit dans une maison assez étrange avec son père, lourdement handicapé.

    C’est psychologiquement solide, réaliste, et on en apprend pas mal, sans pathos outrancier, sur la manière dont “la société” essaie aussi mal que bien de gérer l’insertion féminine. Il est vrai qu’autrefois il n’y avait nul problème : les filles ne devaient pas le rester, se marier, faire des enfants, la cuisine, et absolument rien d’autre. Ce qui reste le cas dans les 3/4 du monde.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #533074

    Hommage au maître : Franquin, on nous a sorti tout récemment un album spécial riche de tout un “apparat critique”, comme on dit en littérature : Spirou et les Petits Formats .

    C’est un très beau travail (cher, près de 30 euros), recolorisé  selon les indications de Franquin, assorti de la publication en noir et blanc des demi-pages originelles dans “Le Parisien Libéré” en 1961, celles-ci commentées. A l’époque, notre auteur de 37 ans était une grande star, mais seulement dans le milieu de la BD, car celui de l’art pictural considèrait ce genre comme obscur et sans valeur aucune à côté des toiles vierges lacérées au rasoir d’Antoni Tapiès ou du moindre gribouillis de Picasso sur une nappe en papier de restaurant (et qui s’en amusait beaucoup et payait ses festins ainsi). Même Hergé en ce temps-là consacrait des millions à acheter de pures bouses “de musée” qui ne valent plus rien à côté d’une seule de ses planches originelles et qu’on commence à entasser dans les réserves… ainsi va le concept du Beau ! L’éditeur Dupuis, lui, affairiste mais lucide, sait très bien qu’il a un génie sous la main, toutefois du coup il le surcharge de travail. Pour mieux pénétrer le marché français, il le persuade de créer une aventure de Spirou pour le grand journal “Le Parisien Libéré”. Franquin, trop gentil comme toujours, ne refuse pas mais il est contraint d’agencer chez lui un “atelier” avec Roba comme assistant, un débutant dont il a deviné le fort potentiel. Celui-ci raconte : “Imaginez l’émotion d’un petit apprenti admis pour la première fois dans la pièce où travaille Léonard de Vinci, ou Michel-Ange : vous aurez une idée de ce que je ressentais !” Ainsi va naître l’extraordinaire aventure de Spirou avec les “petits formats”, située à Champignac.

    Je vais y revenir, car il y a beaucoup à dire, et je suis scotché sur la 5e saison de She-Ra !!!!

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #533104

    Dans l’atelier Franquin, c’est lui qui dessine “ses” personnages : Spirou, Fantasio, Spip, le marsupilami, le comte, le maire, Dupilon… et c’est Roba qui dessine les personnages annexes, les décors, les voitures. Roba est très doué pour les animaux et les enfants (Boule et Bill sera son triomphe), mais bien moins fort que Franquin pour les adultes, d’où un (léger) effet de contraste avec les héros familiers. Le récit est de Franquin bien sûr.

    Sans tout spoiler, disons qu’au départ, dans les rues de Champignac Fantasio annonce à Spirou avec sa vantardise habituelle qu’il tient un reportage génial sur un sujet “étrange”, et a un RV mystérieux en soirée, puis rentrera pour le diner au château du comte : celui-ci le leur a confié pendant qu’il se rend à un congrès. N’oublions pas que Fantasio a une vie professionnelle, et pas Spirou, ex-groom qui vit chez lui, à ses crochets dirait-on. Soucieux de réalisme, Franquin essaiera plus tard de faire de lui aussi un journaliste, et même de lui faire quitter son improbable uniforme rouge, mais comme c’est un identifiant, dans ces rares cas Spirou ne pourra quitter une chemise rouge, ni même ses gants blancs (sauf en Afrique, dans Le gorille a bonne mine ). Or Spirou le soir attend en vain Fantasio et dîne seul. Le lendemain matin son ami n’est pas rentré, constate t-il. Inquiet, notre groom part à sa recherche, aidé par le marsupilami, qui a compris et suit une piste. Harponné par l’ivrogne Dupilon, Spirou perd de vue le marsu (ce qui est très adroit du point de vue narratif). Quand il le retrouve, l’animal joue joyeusement avec une figurine de 12 cm de haut représentant Fantasio. Spirou est ébloui par le talent du miniaturiste supposé. Mais en y regardant de plus près il remarque une finesse extraordinaire de détails et constate que dans la poche de la veste déborde un journal à la date visible à la loupe : celui que Fantasio a acheté la veille au soir ! Et personne ne pourrait sculpter aussi rapidement une figurine. Le comble : Fantasio s’était amusé à prendre ses empreintes digitales. Spirou retrouve la feuille, examine la statuette au microscope… et lui voit les mêmes empreintes ! Bouleversé, il en conclut que Fantasio a été réduit à cet état ! Mais le coupable ?? Démarrage sur les chapeaux de roues d’une intrigue très mouvementée et très bien enchaînée. Franquin y donne une grande part à l’émotion de Spirou, à sa colère, à son acharnement, lui si calme usuellement, donnant la mesure de l’amitié très forte entre lui et Fantasio.

    Comme on sait, à cette époque extrêmement puritaine jusqu’à l’explosion de 1968, ces duos étonnamment intimes entre deux héros masculins compensent en quelque sorte l’absence de toute jeune femme ou jeune fille (Franquin un des premiers rompra le code avec Seccotine) : Tintin et Haddock, Blake et Mortimer, Tif et Tondu,  Johan et Pirlouit, Chick Bill et le petit Indien, Astérix et Obélix, Blondin et Cirage, etc. Bien sûr pour le psychanalyste il s’agit d’homosexualité, mais refoulée, inconsciente. Il n’est pas exclu que les auteurs de BD s’en amusaient entre eux par des “Dirty comics” à l’image de ceux sur Batman et Robin aux USA (pourtant bien moins touchés par le phénomène que l’Europe).

    Dans ce récit j’ai remarqué une chose curieuse : pendant plus de 15 pages, l’écureuil Spip est très présent. Il se livre en pensée à nombre de commentaires rationnels, voire ironiques, très lucides sur l’action. Puis à partir du retour du comte de Champignac il devient muet en pensée, et d’ailleurs absent de l’action de recherche de Fantasio (on ne sait jamais ce que pense le marsupilami, véritable animal, à peine domestiqué, très peu contrôlable). C’est le comte qui se met à assurer le rôle rationnel alors que Spirou ne vit que dans l’émotion, le bouillonnement, le trouble… et perd de vue certaines choses.

    Album-livre superbe et riche d’analyses et détails sur cette création qui mérite bien ce hors-série !

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #533219

    Autre sortie toute récente, Scotland de Rodolphe et Leo, tome 1, relance des aventures de Kathy Austin, agent du MI5 en 1947.

    J’aime beaucoup les créatures si frappantes imaginées par ces deux auteurs, et j’ai lu récemment la saga Kenya , en 5 tomes, autres fascinantes aventures de Kathy Austin. J’en reparlerai bientôt.

    Lord-Yupa
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    Lord Yupa le #533256

    Autre sortie toute récente, Scotland de Rodolphe et Leo, tome 1, relance des aventures de Kathy Austin, agent du MI5 en 1947. J’aime beaucoup les créatures si frappantes imaginées par ces deux auteurs, et j’ai lu récemment la saga Kenya , en 5 tomes, autres fascinantes aventures de Kathy Austin. J’en reparlerai bientôt.

    Je n’espère pas de réponse, tant ça se raréfie sur ce topic, mais je souhaite faire un peu de pub à Rodolphe et Leo :

    Avec Kenya nous sommes donc dans ce pays dès le début, en 1947, et suivons un safari de chasse comme il s’en pratiquait encore beaucoup, hélas pour la faune.  Au camp du soir, les tensions s’avèrent grandes entre les cinq Blancs escortés de quelques Noirs, simples pisteurs-serviteurs colonisés. En effet, un barbu fort en gueule et hyperviril, John Remington, ne montre qu’insolence et vulgarité envers les autres. Gros buveur de scotch, riche écrivain américain, chasseur passionné, c’est lui qui mène et paye l’expédition : on reconnaît évidemment un sosie d’Ernest Hemingway, et les albums ne sont pas avares d’autres sosies de personnalités de ces années, tel le pilote Hank Grabble, visiblement inspiré de Clark Gable. Les autres sont Daisy, épouse excédée de Remington,  Lord Balmer, “second fusil”, et un couple assez effacé, Roy et Judith. Le premier choc est leur découverte le lendemain, au milieu d’un groupe de girafes, d’un immense animal archaïque brouteur de cimes d’arbres, et qui réduit les girafes au statut de naines  ! Le second choc débouche sur l’horreur face à une créature carnassière, et sur la disparition du safari… A Mombasa arrive alors l’agent du MI 6 Kathy Austin, qui s’installe au collège sous une couverture d’enseignante. Car l’alerte a été donnée à Londres sur des “choses observées” au Kenya, outre la disparition du safari. Notre efficace et plutôt jolie Kathy Austin va alors s’enfoncer pour enquête dans le Serengeti et croiser d’impossibles animaux, horribles parasites ou géants effroyables, où Leo montre une maîtrise d’imagination et de dessin extraordinaire. L’atmosphère d’espionnage Guerre Froide à la Graham Greene (qu’on croise aussi !) et les OVNI ont leur rôle. En 5 tomes l’histoire très bien menée se boucle joliment.

    De quoi donner très envie de suivre les autres “Mondes de Leo” : Namibia, Amazonia également en 5 volumes. Avec Rodolphe il a mené aussi des sagas de S.F., Aldébaran, Bételgeuse, Antarès , mais j’apprécie moins le futur dystopique qu’ils imaginent, un gouvernement interstellaire non expressément dictatorial mais stupidement archi-conservateur et droitier : c’est peut-être trop près de ce qu’on risque en ce moment ? 🙂  …

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